Il y a des historiens qui prétendent connaître la Seconde Guerre mondiale sur le plan militaire, et des lecteurs pour croire que ces historiens -parmi eux quelques universitaires de premier plan- maîtrisent leur propos. Il faut saluer le talent de certains, capables de faire admettre que leur oeuvre est novatrice (“chapeaux bas!”). Je pense notamment à une somme récente consacrée à l’intégralité du conflit. Il n’aura échappé à personne que la Seconde Guerre mondiale reste le sujet d’une pléthore d’ouvrages, le meilleur y côtoyant le pire, et ce en dépit d’une crise du livre annoncée depuis des lustres. Mais, au fait, de quels aspects de ce conflit est-il question ? De la guerre en tant que telle, à savoir les armées, les combattants et leurs matériels et leurs doctrines ? Rarement, en tout cas dans l’Hexagone, si on fait abstraction des maisons d’éditions spécialisées, ce qui signifie tirages limitées et lectorat potentiel ultra-ciblé et immanquablement limité. C’est en effet mal vu en France, particulièrement au sein d’une clique d’ayatollahs de la profession qui distribuent les points, persuadés d’être infaillibles et, plus encore, d’être les seuls à décider -pouvoir qu’ils se sont adjugés- ce qu’il est bon ou non d’aborder dans un ouvrage et de quelle manière on doit procéder.
Il ne faut se méprendre sur le fond de ma pensée. Les aspects non militaires de la guerre ont leur intérêt, bien plus même : leur étude et leur compréhension sont absolument indispensables. Qu’on soit clair : mon propos n’est pas ici de critiquer les travaux de ceux qui font de l’histoire sociale, politique, économique, etc (le dernier livre de Camille Mahé, consacré aux enfants, est superbe), bref tout sauf du récit de faits militaires, car leurs travaux sont à la fois nécessaires et novateurs, mais aussi indispensables pour saisir le phénomène guerrier. Le résultat peut donc être quand même plutôt réussi (ex: le Tome III de la série “Mondes en Guerre“ qui pêche quand même par des oublis incroyables).
Ceci étant, en lisant des ouvrages de vulgarisation ou bien des titres portant sur les aspects non strictement militaires que je viens d’évoquer, dès lors que ces auteurs évoquent une bataille, un général, un blindé (ce dernier cas est rarissime), il y a une très forte chance pour que ce passage soit truffé d’erreurs (qui me prêtent à sourire), même chez les meilleurs éditeurs et sous la plume des historiens les plus réputés (cf Michel Winock qui, dans son ouvrage sur la Libération date la libération de Cherbourg du 17 juin et oublie les Américains dans celle de Paris). Cela en devient parfois consternant, surtout quand on constate les tirades dithyrambiques à l’endroit de ces productions, faute au lecteur et au journaliste en question d’être en mesure de déceler les limites de l’ouvrage qu’il tient entre ses mains. Je renvoie aux erreurs sans nombre détectées dans l’ouvrage collectif consacré à La Guerre du désert dirigé par Olivier Wieviorka (que j’estime par ailleurs peu convainquant dans cet autre livre), la biographie d’Eisenhower d’Hélène Harter ou encore Carlo d’Este -oui, même lui!- qui est pourtant par ailleurs excellent) et son Churchill, chef de guerre. Je précise tout de même au lecteur de mon article que j’apprécie ces trois ouvrages (ainsi que celui de Winock), dont j’ai mis en exergue les qualités car je mets un point d’honneur à ne recenser uniquement des ouvrages dont je reconnais les qualités et que je recommande (je ne fais pas partie des magazines spécialisés, des blogueurs et des individus qui salissent à l’envi le travail des autres, par jalousie ou par bassesse dénuée de scrupules). Plus récemment, 300 Jours, par Eric Branca, compte aussi un nombre non négligeable d’erreurs de détails (sur le plan militaire, le livre ne manquant cependant pas d’intérêt par ailleurs), bien qu’il puise pourtant dans des livres de guerre d’auteurs reconnus.
Sans doute faut-il y voir un désintérêt pour la chose militaire, plus certainement un dédain pour les écrits d’autres auteurs (dont je fais partie), non membres du sérail et de l’entre-soi entretenu par certains, alors que ce sont ces auteurs négligés qui produisent des ouvrages portant spécifiquement sur les armées, leurs commandants et leurs batailles. Il suffirait à ces grands historiens de daigner vérifier l’information à une source sûre (n’est-ce pas la démarche à suivre lorsqu’on écrit l’Histoire ?) pour éviter des écueils, qui tutoient parfois le ridicule. Leur bibliographie témoigne ainsi de ce mépris pour l’événement guerrier (que mes ouvrages soient absents des bibliographies de livres consacrés à la guerre du désert ou à la Wehrmacht le Jour J, est tout de même remarquable et révélateur), quand bien même leur sujet traiterait d’événements se déroulant au cours de la Seconde Guerre mondiale, pis, évoquerait qui une bataille, qui un général, qui du matériel…
Vous comprendrez ci-dessous, quoique l’auteur n’aie pas toujours voix en la matière (par rapport à l’éditeur), le choix des couvertures témoigne également du peu de cas accordé à la connaissance des armées.
Quelques exemples de couvertures ratées confinant à l’amateurisme:
Ci-dessus: une belle photo de Marines pour évoquer le Jour J en Normandie. C’est vrai qu’on a très peu de clichés du 6 juin à notre disposition !!!!
Ci-dessus, exceptionnel! Des soldats de l’Empire britannique pour un sujet portant sur l’US Army!
L’éditeur de Léon Gautier n’a donc pas été capable de trouver autre chose que des soldats britanniques débarquant en Sicile en juillet 1943 pour la couverture des mémoires du plus célèbre de nos commandos du 6 juin?
Sur l’aspect “militaire” que je trouve négligé, Lire aussi:
Il y a des historiens qui prétendent connaître la Seconde Guerre mondiale sur le plan militaire, et des lecteurs pour croire que ces historiens -parmi eux quelques universitaires de premier plan- maîtrisent leur propos. Il faut saluer le talent de certains, capables de faire admettre que leur oeuvre est novatrice (“chapeaux bas!”). Je pense notamment à une somme récente consacrée à l’intégralité du conflit. Il n’aura échappé à personne que la Seconde Guerre mondiale reste le sujet d’une pléthore d’ouvrages, le meilleur y côtoyant le pire, et ce en dépit d’une crise du livre annoncée depuis des lustres. Mais, au fait, de quels aspects de ce conflit est-il question ? De la guerre en tant que telle, à savoir les armées, les combattants et leurs matériels et leurs doctrines ? Rarement, en tout cas dans l’Hexagone, si on fait abstraction des maisons d’éditions spécialisées, ce qui signifie tirages limitées et lectorat potentiel ultra-ciblé et immanquablement limité. C’est en effet mal vu en France, particulièrement au sein d’une clique d’ayatollahs de la profession qui distribuent les points, persuadés d’être infaillibles et, plus encore, d’être les seuls à décider -pouvoir qu’ils se sont adjugés- ce qu’il est bon ou non d’aborder dans un ouvrage et de quelle manière on doit procéder.
Il ne faut se méprendre sur le fond de ma pensée. Les aspects non militaires de la guerre ont leur intérêt, bien plus même : leur étude et leur compréhension sont absolument indispensables. Qu’on soit clair : mon propos n’est pas ici de critiquer les travaux de ceux qui font de l’histoire sociale, politique, économique, etc (le dernier livre de Camille Mahé, consacré aux enfants, est superbe), bref tout sauf du récit de faits militaires, car leurs travaux sont à la fois nécessaires et novateurs, mais aussi indispensables pour saisir le phénomène guerrier. Le résultat peut donc être quand même plutôt réussi (ex: le Tome III de la série “Mondes en Guerre“ qui pêche quand même par des oublis incroyables).
Ceci étant, en lisant des ouvrages de vulgarisation ou bien des titres portant sur les aspects non strictement militaires que je viens d’évoquer, dès lors que ces auteurs évoquent une bataille, un général, un blindé (ce dernier cas est rarissime), il y a une très forte chance pour que ce passage soit truffé d’erreurs (qui me prêtent à sourire), même chez les meilleurs éditeurs et sous la plume des historiens les plus réputés (cf Michel Winock qui, dans son ouvrage sur la Libération date la libération de Cherbourg du 17 juin et oublie les Américains dans celle de Paris). Cela en devient parfois consternant, surtout quand on constate les tirades dithyrambiques à l’endroit de ces productions, faute au lecteur et au journaliste en question d’être en mesure de déceler les limites de l’ouvrage qu’il tient entre ses mains. Je renvoie aux erreurs sans nombre détectées dans l’ouvrage collectif consacré à La Guerre du désert dirigé par Olivier Wieviorka (que j’estime par ailleurs peu convainquant dans cet autre livre), la biographie d’Eisenhower d’Hélène Harter ou encore Carlo d’Este -oui, même lui!- qui est pourtant par ailleurs excellent) et son Churchill, chef de guerre. Je précise tout de même au lecteur de mon article que j’apprécie ces trois ouvrages (ainsi que celui de Winock), dont j’ai mis en exergue les qualités car je mets un point d’honneur à ne recenser uniquement des ouvrages dont je reconnais les qualités et que je recommande (je ne fais pas partie des magazines spécialisés, des blogueurs et des individus qui salissent à l’envi le travail des autres, par jalousie ou par bassesse dénuée de scrupules). Plus récemment, 300 Jours, par Eric Branca, compte aussi un nombre non négligeable d’erreurs de détails (sur le plan militaire, le livre ne manquant cependant pas d’intérêt par ailleurs), bien qu’il puise pourtant dans des livres de guerre d’auteurs reconnus.
Sans doute faut-il y voir un désintérêt pour la chose militaire, plus certainement un dédain pour les écrits d’autres auteurs (dont je fais partie), non membres du sérail et de l’entre-soi entretenu par certains, alors que ce sont ces auteurs négligés qui produisent des ouvrages portant spécifiquement sur les armées, leurs commandants et leurs batailles. Il suffirait à ces grands historiens de daigner vérifier l’information à une source sûre (n’est-ce pas la démarche à suivre lorsqu’on écrit l’Histoire ?) pour éviter des écueils, qui tutoient parfois le ridicule. Leur bibliographie témoigne ainsi de ce mépris pour l’événement guerrier (que mes ouvrages soient absents des bibliographies de livres consacrés à la guerre du désert ou à la Wehrmacht le Jour J, est tout de même remarquable et révélateur), quand bien même leur sujet traiterait d’événements se déroulant au cours de la Seconde Guerre mondiale, pis, évoquerait qui une bataille, qui un général, qui du matériel…
Vous comprendrez ci-dessous, quoique l’auteur n’aie pas toujours voix en la matière (par rapport à l’éditeur), le choix des couvertures témoigne également du peu de cas accordé à la connaissance des armées.
Quelques exemples de couvertures ratées confinant à l’amateurisme:
Ci-dessus: une belle photo de Marines pour évoquer le Jour J en Normandie. C’est vrai qu’on a très peu de clichés du 6 juin à notre disposition !!!!
Ci-dessus, exceptionnel! Des soldats de l’Empire britannique pour un sujet portant sur l’US Army!
L’éditeur de Léon Gautier n’a donc pas été capable de trouver autre chose que des soldats britanniques débarquant en Sicile en juillet 1943 pour la couverture des mémoires du plus célèbre de nos commandos du 6 juin?
Sur l’aspect “militaire” que je trouve négligé, Lire aussi:
Je reviendrai dans un autre article sur un autre aspect: la diversité des types d’historiens qui s’intéressent à la Seconde Guerre mondiale;
ENRICO FRATTINI
HENRY FOOTE
GEORGE GUNN
GIACOMO COLOTTO
GILBERT ELLMAN