Seconde Guerre Mondiale WWII

Avril 1943, échec à Foundouk

Un succès durement acquis.

Benoît Rondeau Copyright

Ce cliché a été pris le 19 février 1943.

Premiers déboires contre un adversaire sous-estimé

Alors que les combats font rage sur la ligne Mareth et à El Guettar, Alexander caresse encore l’espoir de prendre l’ennemi à revers avec le IX Corps du général Crocker, qui reçoit donc l’ordre du général Anderson de se tenir prêt à intervenir en direction de Kairouan au moment opportun. Lorsque la 1a Armata est contrainte au repli au niveau de l’oued à Akarit, le commandant du 18th Army Group anticipe la percée de la ligne. La « Mailed Fist Division » (6th Armoured Division), qui a troqué ses Valentine et Crusader pour des Sherman, soutenue par la 34th US ID du général Ryder, le 51st RTR et ses tanks Churchill, ainsi que par la 128th Brigade (en provenance de la 46th ID), reçoit pour mission de couper la ligne de retraite de l’armée de Messe. La montée en ligne vers Foudouk de la 6th Armoured Division est dissimulée par des mouvements de nuit et la disposition de blindés factices à Sbiba où était cantonnée l’unité. Les Allemands sont leurrer et restent inconscients de la concentration de blindés britanniques sur cette portion du front tenue depuis des mois par des Français et des Américains. Ces défenseurs allemands sont jugés avec quelque condescendance par les Alliés, qui font l’erreur de ne voir en eux qu’une unité de second ordre. Il s’agit de la 999. Leichte Afrika Division, une division pour le moins atypique puisque, mis à part les cadres, ses régiments regroupent des soldats ayant subi la court martiale, condamnés pour des motifs mineurs d’ordre politique ou de droit commun, notamment des trafiquants du marché noir. Le service armé constitue pour tous ces hommes une possibilité de réhabilitation. Toutefois, marquant leur situation disciplinaire, les membres de la division ne sont en aucune manière autorisés à porter l’emblème national -l’aigle avec swastika- sur leur uniforme. Cette division constitue cependant une bonne unité qui va en fait faire preuve de pugnacité. Dernière formation majeure à rejoindre la tête de pont tunisienne, la 999. Leichte Afrika Division, originellement commandée par le Generalleutnant Thomas disparu avec l’avion qui l’emmène vers la Tunisie (il est remplacé par l’Oberst Baade) n’aligne en Afrique que deux régiments –les Afrika-Schützen-Regimenter (mot) 961 et 962– et des unités de soutien qui y parviennent en mars (le 17) et avril 1943. Le 961. Rgt, rattaché au Kampfgruppe Fullreideparticipe aux opérations défensives dans le secteur de Fondouk dès le mois de mars. Le secteur défensif occupé par les Allemands semble inexpugnable puisque l’assaillant doit s’exposer sur des kilomètres de terrain plat face à un défenseur dûment retranché sur des hauteurs fortifiées qui dominent la zone, les Djebels Haouareb et Rhorab. Le 27 mars, au cours d’un premier engagement sérieux, la 34th US ID, déjà sérieusement malmenée à Kasserine, perd 527 hommes contre les soldats formidablement retranchés de l’ Afrika-Schützen-Regiment (mot) 961.  

Une attaque en force beaucoup plus coûteuse et difficile qu’escompté

Le renouvellement de l’assaut par le IX British Corps du 8 au 10 avril confirme la combativité de la 999. Leichtequi, en barrant l’accès au col de Foundouk, empêche toute exploitation vers Kairouan alors que la destruction de l’intégralité de la 1a Armata poursuivie par la 8th Army semble à portée de main. Plein de suffisance, Crocker balaye tous les avertissements de Ryder et du général Koeltz, le commandant du 19e Corps français. Tandis que les Churchillet la 128th Brigade s’attaquent au secteur de Pichon, écrasant un bataillon algérien, avant d’obliquer vers le sud et tenter de prendre –en vain- l’ennemi à revers, privés de soutien aérien dans la crainte de frappes fratricides, 439 GI’s, ainsi que 6 Sherman, sont à nouveau perdus dans une attaque frontale en plein espace découvert contre le Djebel Haouareb, tenu par le 2e bataillon du 961. Rgt. Ce dernier, mis en alerte par l’artillerie qui déclenche prématurément ses tirs, cloue au sol les 6 000 fantassins et les blindés américains (751st Tk Bn et 831st TD Bn). Au nord, face aux défenses du Djebel Rhorah tenu par la 999. Leichte et le Marsch Bn 27, et au centre, dans la plaine de Fondouk, les Britanniques sont également à la peine. Les 8,8 cm et les Pak déciment les blindés américains et britanniques. Les Sherman du 17/21st Lancers apparaissent sur le champ de bataille lorsque la 34th ID renouvelle son attaque, ce qui ne fait que provoquer de la confusion au cours de laquelle quatre tanks sont rapidement incendiés, stoppant les Britanniques faire volte-face, tandis que les Pak tournent leur attention et leurs tubes vers les Sherman américains. 

Le 9 avril, Crocker, frustré par les événements de la veille, ordonne à la 26th Armoured Brigade de « Pips » Roberts de forcer le passage à travers la passe, quel qu’en soit le coût : un ordre qui n’est pas sans rappeler la mission confiée cinq mois plus tôt à la 9th Armoured Brigade du Brigadier Currie au cours de l’opération Supercharge, à El Alamein. Il y a urgence : l’ennemi est sur le point de s’échapper et de se rétablir sur la position d’Enfidaville. La perspective de devoir franchir le double obstacle de champs de mines couverts par des antichars dans le cadre d’une charge digne des plus belles pages de la cavalerie semble suicidaire. Le Major Nix, l’un des commandants d’escadron du 17/21st Lancers, ne s‘y trompe pas lorsqu’il déclare à ses chefs de chars : « Au revoir. Je ne vous reverrai pas. Nous allons tous être tués. » L’escadron de Nix est le premier à s’engager dans la fournaise. Lorsque l’officier débouche du petit village de Fondouk, un perforant de 8,8 cm pulvérise son M4 et le tue. Seuls deux tanks de son escadron échappent aux mines et aux Paks, l’escadron en deuxième échelon, commandé par le Major Maxwell, subissant une correction presqu’aussi sévère. Sur les pentes du Djebel Rhorab, les Welsh Guards sont pareillement à la peine, bataillant des heures durant des heures avant de s’emparer de la hauteur tant convoitée. Dans la passe, les tankistes du 16/5 Lancers se voient épargnés du sort dramatique qui a frappé leurs camarades du 17/21st Lancers du lieutenant-colonel Hamilton-RusselUne reconnaissance permet de découvrir une faille dans le dispositif ennemi : un oued qui traverse la passe dans toute sa longueur, suffisamment ferme pour être emprunté par une colonne de tanks, mais encore trop humide pour que les Allemands aient pu l’intégrer dans leurs champs de mines. La formation blindée fonce donc vers l’est, suivie de la 10th Rifle Brigade sur Bren Carriers et du 2nd Lothians. Las, bien que parvenus dans une zone d’où ils peuvent menacer l’armée de Messe en retraite, n’ayant subi que 4 pertes (dont un seul Sherman perdu dans l’oued), les tanks britanniques stoppent leur mouvement et se retranchent pour la nuit. Crocker reste inquiet pour son flanc droit, puisque les Américains et les Coldstream Guards se sont montrés incapables de sécuriser le Djebel Haouareb, qui ne tombe qu’au petit jour, le 10 avril. Pis, on craint que les 10. et 21. Panzer-Divisionen n’aient été redirigée vers Fondouk pour parer la menace que fait planer Crocker. En fait, seuls une poignée de Panzerinterviennent, mais cela suffit à refroidir les ardeurs de la 6th Armoured Division, assez satisfaite des gains de la journée. 39 chars anglais ont été détruits depuis la veille (auxquels il faut ajouter sans doute entre 10 et 20 chars américains) et des centaines d’hommes touchés. La poussée de la division reprend au matin du 10 avril. 

La 1a Armata ne sera pas détruite…

Au moment où le CCA de la 1st Armored Division américaine remontant depuis le sud et Maknassy parvient dans la passe de Fondouk, l’ennemi s’est esquivé de la passe et des djebels, n’abandonnant que 650 prisonniers aux vainqueurs, laissant une arrière-garde équipée de 76,2 soviétiques pour retarder davantage les Britanniques qui foncent vers l’est, sur un terrain plat favorable à l’évolution des blindés. Lorsque ces derniers parviennent dans des champs constellé de fleurs au niveau de la route Fondouk-Kairouan, les Sherman, encore redoutables à ce stade de la guerre, sont en mesure de décimer les retardataires à distance et neutralisent quatre Flak de 8,8 cm, 16 antichars, ainsi que 14 chars, dont des M13/40. Las, il est trop tard pour prendre le gros de la 1a Armata dans la nasse. Le 11 avril, les automitrailleuses du 12th Lancers de la 8th Army entrent en contact avec leurs homologues du 1st Derbyshire Yeomanryde la 1st Army : les deux armées britanniques ont établi la jonction. Vers 11 heures, après une intervention destructrice des Stukas contre la la 6th Armoured Division, un scout car et deux jeeps du 1st Derbyshire Yeomanry font leur entrée à Kairouan. Les tanks poursuivent leur progression vers le nord. A Bordj, « Pips » Roberts lance ses blindées dans une charge folle en tentant de prendre par le flanc une série de collines défendues par une vingtaine de chars. Les Germano-Italiens sont décimés et mis en fuite, pour le coût de cinq tanks du 16th/5th Lothians. Pour les Britanniques, l’échec de la percée de Fondouk, obtenu trop tardivement, est de la responsabilité des Américains. Crocker ne mâche pas ses mots et va même jusqu’à formuler ses critiques acerbes à travers la presse, ce qui a le don d’enrager Patton puisqu’Eisenhower a formellement interdit à ses généraux américains toute critique envers les Britanniques, une exigence qu’il ne semble pas devoir imposer avec autant de rigueur à ces derniers.