Seconde Guerre Mondiale WWII

Mars-avril, Patton et le II Corps à l’offensive

Les Américains effacent l'humiliation de Kasserine.

Benoît Rondeau Copyright

Triomphe modeste à Gafsa

Le II Corps de George Patton dispose de 88 473 hommes en mars 1943. Une force appréciable qu’Alexander charge de s’emparer de Maknassy et de Gafsa, l’opération recevant le nom de code « Wop » (littéralement « : « Rital »). Ses ordres sont de faciliter l’offensive de Montgomery sur Mareth en menaçant les arrières de l’ennemi et en y fixant certaines de ses unités. Tout en admettant que l’ennemi ne contre-attaquera les forces américaines qu’après avoir évacué la ligne Mareth, les services de renseignements de Patton estiment que les Italiens ne sont pas en mesure de stopper le II Corps, mais que 3 000 Fallschirmjäger pourraient les renforcer depuis Gabès, de même que la 15. Panzer-Division, créditée de 70 blindés et de 5 000 Panzergrenadiere… Le 15 mars, le II Corps détecte la présence de l’Auflklärungs-Abteilung 580 à l’est de Gafsa : la 21. Panzer-Division serait-elle aussi à redouter ? 

Le 16 mars à 23 heures, Patton, qui donne à ses subordonnés sa consigne habituelle, à savoir la victoire ou la mort, surprend l’état-major adverse en déclenchant son offensive sur Gafsa : les Allemands pensaient en effet qu’il faudrait bien plus de temps aux Américains pour se remettre de leur revers de Kasserine. En dépit de la pluie qui transforme le terrain en un océan de boue, la 1st ID du général Terry de la Mesa Allen et la 1st Armored d’Orlando Ward s’emparent de Gafsa, faiblement défendu, en repoussant sans difficultés les unités de reconnaissance qui défendent la place : la route d’El Guettar, où est positionnée la division blindée Centauro du général Calvi di Bergolo, est donc ouverte, mais la plupart des défenseurs se sont esquivés pour occuper des positions solides plus à l’est, sur le Djebel el Keddab et ses alentours, que tient en force le 5e Bersaglieri (renforcé par le 11e bataillon du 7e Bersaglieri), des antitanks du 132e régiment antichar, ainsi que des pièces de 90 mm du 131ème régiment d’artillerie, déployée dans la vallée au nord-est du Djebel el Ank.  Le succès remporté à Gafsa ce 17 mars, alors que les Français Libres s’emparent de Tozeur et que Montgomery est sur le point de lancer son offensive à Mareth, est modeste, mais c’est le premier à mettre au crédit du II Corps depuis un mois. Rien de tel pour redonner confiance aux hommes avant de les engager plus en avant. Les médias ne s’y trompent pas et grand cas est fait aux Etats-Unis de la reprise de Gafsa. Toutefois, la défense italienne se durcit et les Américains éprouvent de plus en plus de difficultés. Le 21 mars, un raid menés par le lieutenant-colonel Darby avec 500 Rangers et 70 servants de mortiers prend à revers la position italienne établie sur le défilé d’El Guettar qui est conquis. Des centaines de prisonniers sont capturés à la suite d’un assaut mené au clairon.L’avance reste cependant timide alors que presqu’aucun ennemi ne fait front aux Américains dans le secteur. La « Big Red One » soutenue par la 1st Armored Division est repoussée par la Centauro. Pourtant, pour Patton, les Italiens ne sont que du menu fretin, ses officiers marquant leur mépris en considérant leurs prisonniers comme rien de plus que des « ruines romaines supplémentaires ».

Déboires à Maknassy

Patton ne va pas tarder à être confronté aux Allemands, le vrai combat selon lui- face à Rommel et à l’Afrikakorps, mais aussi à des Italiens beaucoup plus coriaces. Tandis que la 1st US ID avance vers El Guettar, la 1st US Armored attaque en direction de Maknassy. Le plan prévoit de s’emparer des hauteurs de Maknassy puis de stopper l’avance. Pure absurdité selon Patton : il faudrait le laisser aller jusqu’à la mer au lieu de se contenter « d’assurer un triomphe britannique ». Le 21 mars, Ward, à la tête de 20 000 hommes et de 227 tanks, s’empare de Sened et de ses 542 défenseurs. Maknassy semble à portée. La Brigata Imperiali (la 50a Brigata Speciale), reçoit cependant rapidement des renforts conséquents sous la forme du Kampfgruppe Lang. Si l’apport des Italiens, en partie ralliés par des officiers de la Flak sur ordre de l’Oberst Lang, ne doit aucunement être négligé, surtout au stade initial des combats, le mérite en revient avant tout aux combattants allemands et en premier lieu à 80 hommes de la Begleitkompanie de la KampfstaffelRommel qui tiennent fermement la passe de Maknassy, épaulés une pièce de Pak 38 et un Flak de 8.8 cm. Sous la direction du Major Medicus, les anciens gardes du corps du « Renard du Désert » tiennent le choc. Heureusement pour Medicus, les tanks américains sont empêtrés dans un champ de mines et les GI, qui ont emporté les premières positions, font preuve d’un manque consternant de combattivité alors que la partie semble entendue, sont repoussés par l’ultime réserve allemande constituée par un groupe de pionniers et de troupes des transmissions. Une deuxième percée est enrayée à la faveur d’un corps à corps acharnée. Une troisième tentative américaine échoue in extremis lorsqu’un sous-officier décide de manier lui-même le Pak 38 dont les servants ont été neutralisés. Les soldats de Medicus, épuisés, reçoivent enfin vers 18 heures le renfort du I./ Panzergrenadier-Rgt 69 du Major Friedrich-Wilhelm Buschhausen tandis que le I./ Panzergrenadier-Rgt de l’Hauptmann Haut prend position au nord de la passe jusqu’à l’oued el Leben. Avec les Italiens de la Brigata Imperiali, dont le commandant n’a cessé de s’exposer au feu pour rallier ses hommes, les Allemands interdisent le passage à la 1st US Armored Division d’Orlando Ward. Le 22 mars, les Américains sont donc repoussés à l’est de Maknassy au Djebel Naemia, hâtivement mis en défense par une poignée de combattants germano-italiens. Patton veut absolument réaliser la percée, pour ensuite lancer deux colonnes contre l’aérodrome de Mazzouna, et sur la route côtière. Le 23 mars, la colline n’est toujours pas prise tandis que le djebel voisin est reconquis en partie par les Germano-Italiens. Ward, envoyé en première ligne par Patton, est blessé en menant ses hommes à l’attaque. Pour Lang, un soutien supplémentaire prend la forme d’un bataillon de marche, mais surtout d’un Staffel de Stukas, ainsi que l’arrivée opportune de puissants Tiger I ainsi que de pièces lourdes de 17 cm. Le KG Lang engerbe aussi la Kampfstaffel O.B. (Luftwaffe), soit 30 hommes, ainsi que la Kompanie/Kesselring-Stabswache. Un autre élément de la Kampstaffel Rommel entre en lice et se déploie sur le flanc, au Wadi el Leben. Le 25 mars, un nouvel assaut américain est repoussé de justesse. Les attaques de Patton cessent le 29 mars : les Américains l’ignorent mais leurs adversaires sont à ce moment-là à court de munitions. Un nouvel effort soutenu et la route de la côte est ouverte… Début avril, les pertes de la 1st Armored Division se montent à 304 tués, 1 265 blessés et 116 disparus, auxquels s’ajoutent 40 chars détruits. « Les plans du Haut Commandement allié sont en retard de trois jours à une semaine, écrit Patton, et ils sont trop timides. Quand nous nous sommes emparés de Gafsa, on nous a dit de s’arrêter à El Guettar. […] Au même moment, ils m’ont dit de prendre Maknassy et de m’arrêter sur les collines juste à l’est… Ici, j’ai échoué en ne soutenant pas personnellement l’attaque sur les hauteurs. Ward pendant trois jours et a laissé l’ennemi se renforcer ». Ward paie le prix de l’échec : il est relevé de son commandement et remplacé par le général Harmon. 

Victoire défensive à El Guettar

Entre-temps, sur injonction de Kesselring qui perçoit clairement la menace que font peser les Américains, alors même que ses subordonnés lui paraissent apathiques, Arnim ordonne à Cramer de dépêcher la 10. Panzer-Division du général von Broich, pour renforcer la Centauro à El Guettar. Le 23 mars, les Allemands devancent les deux chefs en lançant la 10. Panzer (57 Panzer et autant d’engins blindés) contre la 1st US ID à El Guettar, alors que Patton et son état-major s’attendaient plutôt à une contre-attaque dans le secteur de Maknassy. Lorsque l’assaut débute peu après 5 heures du matin, les GI’s de la « Big Red One » sont heureusement éveillés car ils s’apprêtent eux-mêmes à lancer une attaque pour consolider les gains des derniers jours et poursuivre l’avance en direction de Gabès. Les traçantes qui strient l’obscurité et le cliquettement des chenilles de Panzer sous les tirs d’artillerie et de MG n’ont pour autant rien de rassurant : la mêlée sera furieuse ! Le brouillard se dissipe et, malgré la poussière, un spectacle impressionnant se dévoile aux yeux des défenseurs : la 10. Panzer-Division en ordre d’attaque ! Les premiers succès allemands laissent craindre un instant une répétition de la défaite de Kasserine : deux bataillons d’artillerie et de nombreuses unités d’infanterie sont bousculés par les Panzer. Les Landser sont confiants : ils n’éprouvent que mépris pour ces « Amis », qu’ils ont sévèrement corrigé un mois plus tôt à Sid-bou-Zid. Le 601st Tank Destroyer Bn du Major Baker, ses 31 half-tracks M3 Gun Motor Carriage (GMC) antichars (armés de 75 mm français) et ses 6 camions dotés d’impotentes canons de 37 mm, sont à la peine. L’unité est déployée en protection de l’artillerie supposée soutenir l’offensive américaine programmée, soit interdire toute infiltration de l’infanterie ennemie : la voilà contrainte d’affronter des Panzer ! Ceux-ci, ainsi que quelques Sturmgeschütze (Sturmgeschütz-Batterie/Panzer-Artillerie-Regiment 90) se déploient comme à la parade, escortés par le II./ Panzergrenadier-Rgt 69 et le II./ Panzergrenadier-Rgt 86, ainsi que des sapeurs, l’ensemble étant protégée contre toute attaque venant du ciel par les Flak de 2 cm de la 9e compagnie du Panzergrenadier-Rgt 86, ainsi que par les « acht-acht »  des Flak-Abt 3 et 4. En tête, des éléments du Kradschüstzen-Abteilung 10. Toutefois, le corridor d’attaque allemand est réduit par la nature sableuse et trop molle du sol, ainsi que par la topographie. Si les GI’s des premières lignes qui combattent pour la survie dans leurs « foxholes » n’aperçoivent que les assaillants les plus proches et sont parfois incapables d’engager leurs mortiers contre les Panzer qui maintiennent leurs distances en contrebas, d’autres, et en particulier les états-majors, jouissent de l’avantage d’embrasser l’intégralité du champ de bataille depuis les hauteurs tenues par la division. Theodore Roosevelt, le second de Terry Allen, ordonne de repositionner l’artillerie et de faire monter en ligne le 899th Tank Destroyer Bn et ses 36 M-10 flambant neufs, les premiers à intervenir en Tunisie et, partant, de la guerre. A 8h30, les premiers P-39 Airacobra apparaissent dans un ciel qui jusqu’alors semblait dévolu à la seule Luftwaffe, qui maintient cependant la pression jusque dans l’après-midi. De façon presque imperceptible, le sort de la bataille tourne peu à peu à l’avantage des Américains. Les cibles ne manquent pas pour les GI’s retranchés sur le Djbel Berda et la crête d’El Keddab, tenues par quatre bataillons d’infanterie (16th IR et 18th IRn ce dernier commandé par Franck Greer, qui se montre particulièrement à la hauteur) et leurs soutiens, bien que la pénurie de munitions menace. Les Panzer s’engouffrent en effet dans un champ de mines couvert par les feux de l’artillerie et des Tanks Destroyers. Toutefois, le baptême du feu du 899th Tank Destroyer Bn est sévère, puisque les quatre premiers blindés qui surgissent sur le champ de bataille sont incendiés en quelques instants, ayant à peine eu le loisir de tirer le moindre obus. D’autres ratent leurs cibles comme ne peuvent le faire que des novices… A 16h40, la 10. Panzer renouvelle sa tentative avec le concours de la Luftwaffe, les Panzergrenadiere se déployant bien hardiment à découvert, trompés par les canons américains qui cessent leurs tirs un instant, pour mieux leurrer l’ennemi en faisant croire à une pénurie de munitions. Les artilleurs des 32nd et 5th Field Artillery Bn, dont les observateurs dominent une vallée dépourvue de végétation sur laquelle le moindre mouvement est immédiatement détecté, s’en donnent ensuite à coeur joie. C’est un carnage. Les combats restent disputés jusqu’à la tombée de la nuit, y compris face aux Italiens qui reprennent à la « Big Red One » les quelques gains que celle-ci avait obtenus en début de journée. La journée est celle de Terry de la Mesa Allen, le bouillant command de la « Big Red One », plus que de Patton qui, somme toute, n’intervient que très peu sur le cours de la bataille. La victoire est américaine, mais elle reste ténue puisque les combats font rage dans les Djebels les trois jours qui suivent, l’infanterie américaine devant concéder des positions aux fantassins de la Centauro et de la 10. Panzer. Les Bersaglieri et Gruppo « Raimondini » Un message intercepté par ULTRA apprend que la 10. Panzer-Division n’aligne plus que 17 Pz III et 9 Pz IV en état et qu’un bataillon de Panzergrenadiere est « très épuisé ». 38 blindés sont détruits ou endommagés, dont la moitié est toutefois récupérée par les Allemands La division a perdu plus de 300 hommes. La « Big Red One » perd 203 hommes le 23 mars. 24 Tanks Destroyers M3 et 7 M10 ont été touchés, mais une partie sera remise en service. 

Le II Corps vers Gabès

Cette journée est celle d’un double succès pour Patton. Il a d’abord attiré à lui des réserves blindées qui autrement auraient été engagées face à Montgomery. Il a ensuite stoppé net l’attaque d’une division de Panzer. Par ailleurs, le lieutenant-colonel Strangeways, envoyé par le Britannique auprès de Patton, organise une opération visant à leurrer l’ennemi en faisant disposer des chars factices à la station de Sened. Les Allemands doivent ainsi penser que Patton se concentre en vue d’une attaque en force au-delà de Maknassy alors que l’effort sera lancé vers Gabès depuis El Guettar. Alexander a en effet félicité Patton pour la prestation de ses hommes et lui a demandé de renouveler l’attaque en direction de Gabès le 28 pour soulager Monty. Les Alliés commentent donc l’erreur de prélever une partie de la 1st Armored Division pour l’expédier dans le secteur d’El Guettar avec pour intention… d’atteindre la mer, mais à Gabès.  Las, de nouveau, les troupes ne se mettent ne mouvement qu’après des délais considérables. Si l’effort avait été plus soutenu devant Maknassy, au lieu d’El Guettar, beaucoup trop près de la ligne Mareth, la campagne de Tunisie en aurait été écourtée de plusieurs semaines. Si Patton avait eu toute latitude pour engager son corps d’armées, il aurait atteint la côte et encerclé le gros des forces adverse encore engagées devant Montgomery. On reste confondu par la légèreté d’Alexander, principal responsable de ces occasions manquées, qui va amender par six fois ses ordres à l’attention des Américains. On ne peut l’expliquer que de deux manières : ce sont, à ses yeux, de mauvais soldats et c’est à la 8th Army de Montgomery qu’échoit le rôle principal. Pis, Alexander, par la voie de McCreery son chef d’état-major, a envoyé des instructions détaillées –jusqu’au niveau du bataillon- à l’intention de Patton. Le sang de celui-ci ne fait qu’un tour mais c’est avec courtoisie qu’il proteste. Plein d’amertume, il écrit à Marshall : « Tout ce qu’on m’a laissé, c’est le commandement des opérations prescrites ». 

Dans le secteur d’El Guettar, passer à l’offensive sera chose moins aisée que remporter un succès défensif, lui même obtenu à l’arraché. La 10. Panzer et la Centauro mettent en effet à profit le terrain, scarifié de canyons et parsemé de crêtes, en érigeant des défenses, particulièrement sur la colline 365, hérissée de tranchées, de positions de mitrailleuses et disposant de pas moins de 10 antichars de 75 mm. De Foundouk à El Guettar en passant par Maknassy, trois divisions d’infanterie américaines (1st, 9thet 34th) sont engagées avec le soutien de la 1st Armored Division. Le chef d’état-major de la Centauro décrit ainsi la bataille : «Notre artillerie et nos champs de mines ont stoppé à plusieurs reprises les attaques réitérées de centaines de chars ennemis, trois fois plus nombreux que les nôtres. Le second jour, avec deux Semoventi et 14 chars, nous avons même mené une contre-attaque surprise sur le flanc d’une importante formation blindée ». Les pertes dans les rangs de l’infanterie américaine sont également conséquentes. La 9th US ID,dont c’est le premier véritable engagement, appuyée pourtant par 140 canons, subit ainsi tous les revers d’une unité de « bleus » : un bataillon du 47th Infantry Regiment s’égare dans les lignes italiennes et y laisse 242 prisonniers. Le terrain rocheux ne favorise pas la mise en place des lignes téléphoniques, d’autant que les véhicules chenillés et l’intensité des tirs ont tôt fait de sectionner nombre de câbles. Le manque de couvert oblige les unités de transmissions à s’installer dans des camions, position particulièrement exposée. Il reste la possibilité de recourir à des estafettes, mais il faut deux hommes dans chaque jeep car il faut observer le ciel dans la crainte des nombreux appareils ennemis. 

La percée, recherchée à El Guettar, n’est pas réalisée, au grand dam de Patton qui observe de ses yeux le champ de bataille du haut d’une colline. Alors que Patton avait espéré, en vain, que l’attaque sur Maknassy attire vers lui les forces engagées à El Guettar, c’est au contraire la défense de ce secteur qui s’est renforcée avec l’arrivée de la 21. Panzer-Division. … 15 blindés américains flambent en quelques minutes. 22 Chars et tanks Destroyers sont perdus en vain en trois jours d’attaques infructueuses opérées par la Task Force Benson (du nom du commandant du 13th Armored Regiment), groupe de combat constitué pour l’occasion autour de la 1st US Armoured Division. Les pertes dans les rangs de l’infanterie américaine sont également conséquentes. Les GI’s accusent la perte de 6 000 hommes, dont 845 tués, en trois semaines. La seule 9th US ID, qui consomme 10 millions de cartouches et expéde 47 000 obus d’artillerie –dont 40 000 de 105 mm- et 20 000 de mortiers près d’El Guettar, subit 1 812 pertes en une semaine. Les raids aériens de la Luftwaffe achèvent de rendre la tentative américaine infructueuse. Notons que, en difficulté ailleurs sur le front tunisien, la Luftwaffe parvient à s’accorder une supériorité locale dans le secteur du II US Corps. Alors que Patton, en rage devant l’incapacité des forces aériennes à couvrir les troupes au sol, converse à Gafsa avec Tedder et Spaatz, deux des principaux responsables de l’aviation alliée en Tunisie, trois chasseurs ennemis bombardent le bâtiment où ils se réunissent. Patton ne pouvait espérer meilleur argument pour sa démonstration. « Si je pouvais trouver les fils de pute qui pilotent ces avions », lance-t-il, « j’enverrais une médaille à chacun d’entre eux ». En dépit des moyens engagés, Patton doit suspendre l’attaque, elle ne pourra reprendre qu’au départ des Allemands après la percée de Montgomery au oued Akarit. Menacée d’encerclement, la 10. Panzer, qui tient toujours le Maknassy et le Djebel Berda dans le secteur d’El Guettar, reçoit l’ordre de la retraite à 22h00 le 6 avril. Rassemblée à Mezzouna, l’unité se replie avec difficulté, l’encombrement générant des embouteillages. L’artillerie et l’aviation ennemie sèment le chaos, mais la division mène à bien son redéploiement qui s’achève le 12 avril. C’est au cours de cette retraite en direction d’Enfidaville et de Tunis que le chef des opérations de la 10. Panzer-Division, l’Oberstleutnant Claus von Stauffenberg, est grièvement blessé par un chasseur-bombardier en maraude. Le 7 avril, espérant couper la retraite de l’ennemi engagé face à la 8th Army le chef du II Corps enjoint le colonel Clarence Benson, de pousser jusqu’à la Méditerranée. L’avance est rapide et un millier de prisonniers sont capturés, s’ajoutant aux 3 700 déjà tombés entre les mains des hommes de Patton. Ce dernier, prenant un risque exagéré pour un général de son rang, s’aventure en jeep au-delà des lignes américaines sur la route qui mène à Gabès, précédé de deux autres véhicules. Peu après qu’il ait fait demi-tour, une patrouille américaine établit le contact avec la 8th Army. La rencontre entre les deux chefs victorieux, Patton et Montgomery, que le premier souhaitait, n’a pas lieu, « Monty » ayant décliné l’invitation.