Pendant ce temps, le 21 février, un Kampfgruppe de la 10. Panzer-Division, réduit à 30 Panzer et 20 canons automoteurs, se dirige vers Thala. Comme à l’accoutumée, Rommel déplore le manque de rapidité de la manœuvre. Toutefois, la 10. Panzer, appuyée par une vingtaine de Semoventi du DLVII Gruppo, repousse la 26th Armoured Brigade anglaise de Dunphie. La nuit tombée, abusant les Britanniques en faisant précéder leur colonne par un Valentine capturé, les Allemands parviennent à pénétrer au coeur du dispositif adverse. Il s’ensuit une mêlée confuse de trois heures. Les Allemands se retirent toutefois, non sans avoir capturé 700 Britanniques et détruit 38 chars et 28 canons pour la perte de 15 Panzer touchés. Toutefois, Rommel et Broich sont abusés sur les capacités réelles des Alliés en estimant à tort que Thala est solidement défendue. Une attaque suicide des dix derniers chars Valentine de Dunphie ne fait que confirmer leur impression pourtant faussée. Rommel croit que les Alliés s’apprêtent à lancer une attaque. En fait, Thala est virtuellement dépourvue de défenseurs, mais le bluff a réussi. La matinée du 22 février est ainsi gaspillée par Rommel, tandis que les défenseurs de Thala reçoivent enfin des renforts, soit des Sherman britanniques (peut-être des Churchill également, soit 40 blindés) et, surtout, de nombreuses batteries d’artillerie américaines (48 canons de la 9th US ID du général LeRoy Irwin, parvenus à Thala après une chevauchée de 1 200 kilomètres,), qui s’ajoutent aux 22 canons de 25 pounder et à 14 autres pièces d’artillerie. L’efficacité des frappes de cette concentration d’artillerie, ainsi que l’intervention de l’aviation alliée, rendent caduque tout nouvel assaut de la 10. Panzer-Division.
Une des raisons de l’échec de Rommel tient en la dispersion de ses efforts. La 21. Panzer est engagée à un conte trois en direction de la passe de Sbiba, localité de prime importance puisqu’elle commande la route qui mène au Kef. Les vétérans de l’Afrika-Korps reprennent l’offensive le 19 février, en même temps que l’attaque menée sur le col de Kasserine. Deux bataillons de Panzergrenadiere attaquent frontalement Sbiba pendant qu’une force de 39 Panzer tente un enveloppement par l’est. Mal conduite, peu soutenue, l’attaque échoue, les quatre Panzer ayant pénétré le dispositif ennemi succombant l’un après l’autre sous les coups des antichars et de l’artillerie adverse. Une douzaine de Panzersont victimes des tirs efficaces des défenses alliées, dont de redoutables antichars de 6 pounder. Anderson concentre à Sbiba le 18th US IR, plusieurs bataillons de la 34th US IR, la 1st Guards Brigade et diverses unités britanniques. Le 30, la 21. Panzer n’aligne plus que 48 Pz III-IV en état (et 44 en atelier).Toutes les tentatives des Allemands pour s’emparer des collines défendues par les Américains sont tenues en échec. La 21. Panzer-Division continue de fixer l’ennemi dans le secteur (la 8 Kompanie du Pz Rgt 8, rattachée au Pz Rgt 5, y détruit 14 tanks), mais Rommel lui retire l’Aufklärungs-Abteilung pour étoffer son dispositif au-delà de Kasserine.
Les renforts ne cessent en outre d’affluer, dont 25 Churchill tandis que 52 Sherman rejoignent le front à Tébessa ou sont en cours de transfert. Comme devant Kasserine et au-delà de celui-ci, les vétérans de la guerre du désert, bien plus à l’aise dans les opérations mobiles, ont fait preuve d’un manque criant de bon-sens tactique en négligeant les hauteurs qui commandent le terrain. Les retards et les revers ont achevé de paralyser la fougue retrouvée de Rommel face à un adversaire beaucoup plus réactif et pugnace qu’escompté. Les craintes d’un contournement de leurs lignes via Thala et la pression exercée au nord par la 5. Panzerarmee d’Arnim pousse les défenseurs de Sbiba à abandonner la place pour effectuer un repli sur Rohia dans la nuit du 22 au 23 février. Pourtant, les Allemands n’en tirent aucun profit et ne s’empareront pas de la localité. Lorsque Kesselring et Westphal, son nouveau chef d’état-major, rencontrent Rommel à son PC établi dans la passe de Kasserine le 22 février, ils découvrent un homme abattu, démoralisé alors même qu’il débordait d’enthousiasme quelques jours plus tôt. Rommel, à contrecoeur, donne l’ordre du repli. Montgomery s’attribue le mérite de cette décision, mais si les démonstrations de la 8th Army causent sans nul doute bien du souci au « Renard du Désert », l’impossibilité de forcer les verrous établis devant Tébessa, Thala et Sbiba explique avant tout l’arrêt de l’offensive. Les troupes de Rommel sont en outre épuisées et ce dernier évoque les difficultés causées par la boue et la couverture nuageuse, tandis que les Alliés ont comblé la brèche initialement réalisée en rameutant des renforts conséquents, qui plus est désormais positionnées sur un terrain particulièrement favorable à la défense. Lorsque Kesselring et le Comando Supremo mettent officiellement un terme à l’offensive, ils estiment que les buts recherchés ont été atteints en ayant fait subir de lourdes pertes à l’ennemi. On est pourtant bien loin de l’ambitieux objectif de s’emparer du Kef ou de Tébessa…
Le bilan de la bataille de Kasserine
Les Américains reprennent possession du col de Kasserine dès le 26 février. La poursuite reste timide, puisque l’avance alliée n’est retardée que par les mines et les destructions. Le bilan matériel et humain de la bataille est sans appel : les pertes des forces alliées, qui ont donc engagés environ 450 tanks et Tanks-Destroyers contre 230 blindés germano-italiens, sont nettement plus lourdes que celles des forces de l’Axe. Elles oscillent entre 7 500 et 10 000 hommes (au moins un millier de Franco-Britanniques), ainsi qu’au moins 350 blindés dotés d’un canon ou d’un obusier (64 tanks anglais a minima, une cinquantaine de pièces d’artillerie franco-britanniques), 250 pièces d’artillerie et des centaines de véhicules. Les Allemands enregistrent de leur côté la perte d’un millier d’hommes (201 tués), 14 canons et 20 chars définitivement détruits (peut-être jusqu’à 34 avec les Italiens, plus de nombreux engins endommagés qui ont été récupérés). Les Alliés reconnaissent la perte de 61 avions, dont 3 britanniques. La Luftwaffe a perdu 2 Stukas et 8 chasseurs dans le cadre de « Frühlinswind » et « Morgenluft ». L’Axe semble donc bien avoir remporté un indéniable succès tactique. Le butin matériel est conséquent : jeeps, half-tracks, canons automoteurs, essence et lubrifiants, etc, viennent s’ajouter à la manne prodiguée par chaque défaite subie par les Alliés en Tunisie… Les directives du Comando Supremo et la mauvaise volonté d’Arnim, qui a gardé d’importantes réserves de Panzer en dehors des combats, ont cependant privé les forces de l’Axe d’une victoire décisive. Rommel blâmera Bülowius, Hildebrandt et Broich pour leur absence de sens de l’urgence. Stratégiquement, ce revers tactique ne peut que retarder les velléités d’offensive d’Eisenhower mais, in fine, la victoire sera acquise comme prévue à la mi-mai 1943. L’affrontement a aussi le mérite de mettre en exergue ou de confirmer plusieurs disfonctionnements au sein des forces alliées. A la suite du rapport du général Harmon, le chef de la 2nd Armored Division basée au Maroc, envoyé auprès de Fredendall au plus fort de la crise, Eisenhower décide de relever ce dernier de son commandement et, après avoir proposé le poste à Mark Clark, commandant de la 5th US Army, de le remplacer par le général Patton à la tête du 2nd US Corps. Un choix judicieux car Patton saura reprendre en main les troupes américaines, leur donner une nouvelle impulsion et retrouver un esprit combattif. Par ailleurs, Eisenhower préconise d’unifier toutes les forces terrestres au sein du 18th Army Group, chaque secteur étant confiée à des unités d’une même nationalité afin de se prémunir de tout risque de confusion.
Benoît Rondeau Copyright
Echec de Rommel devant Thala et Siba
Pendant ce temps, le 21 février, un Kampfgruppe de la 10. Panzer-Division, réduit à 30 Panzer et 20 canons automoteurs, se dirige vers Thala. Comme à l’accoutumée, Rommel déplore le manque de rapidité de la manœuvre. Toutefois, la 10. Panzer, appuyée par une vingtaine de Semoventi du DLVII Gruppo, repousse la 26th Armoured Brigade anglaise de Dunphie. La nuit tombée, abusant les Britanniques en faisant précéder leur colonne par un Valentine capturé, les Allemands parviennent à pénétrer au coeur du dispositif adverse. Il s’ensuit une mêlée confuse de trois heures. Les Allemands se retirent toutefois, non sans avoir capturé 700 Britanniques et détruit 38 chars et 28 canons pour la perte de 15 Panzer touchés. Toutefois, Rommel et Broich sont abusés sur les capacités réelles des Alliés en estimant à tort que Thala est solidement défendue. Une attaque suicide des dix derniers chars Valentine de Dunphie ne fait que confirmer leur impression pourtant faussée. Rommel croit que les Alliés s’apprêtent à lancer une attaque. En fait, Thala est virtuellement dépourvue de défenseurs, mais le bluff a réussi. La matinée du 22 février est ainsi gaspillée par Rommel, tandis que les défenseurs de Thala reçoivent enfin des renforts, soit des Sherman britanniques (peut-être des Churchill également, soit 40 blindés) et, surtout, de nombreuses batteries d’artillerie américaines (48 canons de la 9th US ID du général LeRoy Irwin, parvenus à Thala après une chevauchée de 1 200 kilomètres,), qui s’ajoutent aux 22 canons de 25 pounder et à 14 autres pièces d’artillerie. L’efficacité des frappes de cette concentration d’artillerie, ainsi que l’intervention de l’aviation alliée, rendent caduque tout nouvel assaut de la 10. Panzer-Division.
Une des raisons de l’échec de Rommel tient en la dispersion de ses efforts. La 21. Panzer est engagée à un conte trois en direction de la passe de Sbiba, localité de prime importance puisqu’elle commande la route qui mène au Kef. Les vétérans de l’Afrika-Korps reprennent l’offensive le 19 février, en même temps que l’attaque menée sur le col de Kasserine. Deux bataillons de Panzergrenadiere attaquent frontalement Sbiba pendant qu’une force de 39 Panzer tente un enveloppement par l’est. Mal conduite, peu soutenue, l’attaque échoue, les quatre Panzer ayant pénétré le dispositif ennemi succombant l’un après l’autre sous les coups des antichars et de l’artillerie adverse. Une douzaine de Panzersont victimes des tirs efficaces des défenses alliées, dont de redoutables antichars de 6 pounder. Anderson concentre à Sbiba le 18th US IR, plusieurs bataillons de la 34th US IR, la 1st Guards Brigade et diverses unités britanniques. Le 30, la 21. Panzer n’aligne plus que 48 Pz III-IV en état (et 44 en atelier). Toutes les tentatives des Allemands pour s’emparer des collines défendues par les Américains sont tenues en échec. La 21. Panzer-Division continue de fixer l’ennemi dans le secteur (la 8 Kompanie du Pz Rgt 8, rattachée au Pz Rgt 5, y détruit 14 tanks), mais Rommel lui retire l’Aufklärungs-Abteilung pour étoffer son dispositif au-delà de Kasserine.
Les renforts ne cessent en outre d’affluer, dont 25 Churchill tandis que 52 Sherman rejoignent le front à Tébessa ou sont en cours de transfert. Comme devant Kasserine et au-delà de celui-ci, les vétérans de la guerre du désert, bien plus à l’aise dans les opérations mobiles, ont fait preuve d’un manque criant de bon-sens tactique en négligeant les hauteurs qui commandent le terrain. Les retards et les revers ont achevé de paralyser la fougue retrouvée de Rommel face à un adversaire beaucoup plus réactif et pugnace qu’escompté. Les craintes d’un contournement de leurs lignes via Thala et la pression exercée au nord par la 5. Panzerarmee d’Arnim pousse les défenseurs de Sbiba à abandonner la place pour effectuer un repli sur Rohia dans la nuit du 22 au 23 février. Pourtant, les Allemands n’en tirent aucun profit et ne s’empareront pas de la localité. Lorsque Kesselring et Westphal, son nouveau chef d’état-major, rencontrent Rommel à son PC établi dans la passe de Kasserine le 22 février, ils découvrent un homme abattu, démoralisé alors même qu’il débordait d’enthousiasme quelques jours plus tôt. Rommel, à contrecoeur, donne l’ordre du repli. Montgomery s’attribue le mérite de cette décision, mais si les démonstrations de la 8th Army causent sans nul doute bien du souci au « Renard du Désert », l’impossibilité de forcer les verrous établis devant Tébessa, Thala et Sbiba explique avant tout l’arrêt de l’offensive. Les troupes de Rommel sont en outre épuisées et ce dernier évoque les difficultés causées par la boue et la couverture nuageuse, tandis que les Alliés ont comblé la brèche initialement réalisée en rameutant des renforts conséquents, qui plus est désormais positionnées sur un terrain particulièrement favorable à la défense. Lorsque Kesselring et le Comando Supremo mettent officiellement un terme à l’offensive, ils estiment que les buts recherchés ont été atteints en ayant fait subir de lourdes pertes à l’ennemi. On est pourtant bien loin de l’ambitieux objectif de s’emparer du Kef ou de Tébessa…
Le bilan de la bataille de Kasserine
Les Américains reprennent possession du col de Kasserine dès le 26 février. La poursuite reste timide, puisque l’avance alliée n’est retardée que par les mines et les destructions. Le bilan matériel et humain de la bataille est sans appel : les pertes des forces alliées, qui ont donc engagés environ 450 tanks et Tanks-Destroyers contre 230 blindés germano-italiens, sont nettement plus lourdes que celles des forces de l’Axe. Elles oscillent entre 7 500 et 10 000 hommes (au moins un millier de Franco-Britanniques), ainsi qu’au moins 350 blindés dotés d’un canon ou d’un obusier (64 tanks anglais a minima, une cinquantaine de pièces d’artillerie franco-britanniques), 250 pièces d’artillerie et des centaines de véhicules. Les Allemands enregistrent de leur côté la perte d’un millier d’hommes (201 tués), 14 canons et 20 chars définitivement détruits (peut-être jusqu’à 34 avec les Italiens, plus de nombreux engins endommagés qui ont été récupérés). Les Alliés reconnaissent la perte de 61 avions, dont 3 britanniques. La Luftwaffe a perdu 2 Stukas et 8 chasseurs dans le cadre de « Frühlinswind » et « Morgenluft ». L’Axe semble donc bien avoir remporté un indéniable succès tactique. Le butin matériel est conséquent : jeeps, half-tracks, canons automoteurs, essence et lubrifiants, etc, viennent s’ajouter à la manne prodiguée par chaque défaite subie par les Alliés en Tunisie… Les directives du Comando Supremo et la mauvaise volonté d’Arnim, qui a gardé d’importantes réserves de Panzer en dehors des combats, ont cependant privé les forces de l’Axe d’une victoire décisive. Rommel blâmera Bülowius, Hildebrandt et Broich pour leur absence de sens de l’urgence. Stratégiquement, ce revers tactique ne peut que retarder les velléités d’offensive d’Eisenhower mais, in fine, la victoire sera acquise comme prévue à la mi-mai 1943. L’affrontement a aussi le mérite de mettre en exergue ou de confirmer plusieurs disfonctionnements au sein des forces alliées. A la suite du rapport du général Harmon, le chef de la 2nd Armored Division basée au Maroc, envoyé auprès de Fredendall au plus fort de la crise, Eisenhower décide de relever ce dernier de son commandement et, après avoir proposé le poste à Mark Clark, commandant de la 5th US Army, de le remplacer par le général Patton à la tête du 2nd US Corps. Un choix judicieux car Patton saura reprendre en main les troupes américaines, leur donner une nouvelle impulsion et retrouver un esprit combattif. Par ailleurs, Eisenhower préconise d’unifier toutes les forces terrestres au sein du 18th Army Group, chaque secteur étant confiée à des unités d’une même nationalité afin de se prémunir de tout risque de confusion.
Février 1943, la bataille de Kasserine (4)
L’historien exploité : tout travail mérite salaire
Février 1943, la bataille de Kasserine (3)
schwere Panzer-Abteilung 501 (novembre 1942)
334. Infanterie-Division (décembre 1942)