Seconde Guerre Mondiale WWII

Février 1943, la bataille de Kasserine (4)

Le col de Kasserine : ultime succès pour le « Renard du désert »

Benoît Rondeau Copyright

Le col de Kasserine : ultime succès pour le « Renard du désert »

La passe de Kasserine est défendue par les troupes du génie du lieutenant-colonel Moore (1 450 hommes), et le26th IR du colonel Stark. A l’abri de nombreuses mines, mais disposées à la hâte et souvent mal dissimulées, retranchées dans la vallée en arrière de la passe et sur les hauteurs, ces troupes sont renforcées par 8 Sherman, des Tanks Destroyers et quatre batteries d’artillerie, dont une française. Quelques M3 Lee arriveront également en renfort. En arrière des positions américaines, la route de Thala est protégée par une avant-garde britannique commandée par le lieutenant-colonel Gore, soit 11 chars, des antitanks de 6 pounder et des pièces d’artillerie. Le gros de la 26th Armoured Brigade britannique du colonel Dunphie prend position à Thala. Dans la nuit du 18 au 19, Rommel lance l’Aufklärungs-Abteilung 3 de von Luck en avant-garde en direction de Kasserine, avec pour mission de s’emparer de la passe. Le dispositif américain est alors trop fort pour cette seule unité, qui est repoussée sans difficulté par l’artillerie. Il va donc falloir procéder à une attaque en force, qui échoie au Kampfgruppe Menton, pareillement repoussé, jouant par ailleurs de malchance puisque le mauvais temps empêche toute intervention de la Luftwaffe. Une troisième tentative est menée par l’ensemble du KG DAK à partir de 11 heures, les Panzer s’engouffrant dans la passe proprement dite, mais les défenses sont situées au-delà du col et une tempête de sable stoppe les opérations entre midi et 15 heures. Lorsque l’attaque reprend, les défenseurs américains se montrent tenaces. En outre, sous-estimant sans doute leurs adversaires et peu accoutumés aux combats en zone montagneuse, les vétérans de l’Afrika-Korps se déploient dans la vallée en négligeant les sommets où les Américains ont établis leurs observatoires d’artillerie, mis à part une hauteur d’importance située en avant de la passe qui est contrôlée dès le premier assaut. Si les assaillants traversent la rivière Hatab après avoir forcé le passage près du Djebel Zebbeus, ils ne peuvent s’enfoncer bien loin dans le dispositif adverse et laissent cinq Panzer détruits sur le terrain, d’autres étant immobilisés par des pannes mécaniques sur un terrain difficile (il a fallu traverser notamment un talus de chemin de fer) ou dans les champs de mines. La clé du succès réside en autre par la prise de contrôle des djebels Chambi et Semmama de part et d’autre de l’entrée de la passe, que l’infanterie doit contrôler pour assurer le succès des Panzer. Le soir du 19, tandis que deux compagnies de Panzergrenadiere (de l’ex- Sonderverband 288) commandés par les lieutenants Schmidt et Buchholz, infiltrent les hauteurs du Djebel Semmama, on se prépare à renouveler l’assaut le lendemain en faisant monter en ligne la Centauroet en redéployant les Panzer du KG DAK, tandis que la 10. Panzer-Division, retardée par Arnim alors que la vitesse d’exécution est de première importance pour Rommel face à un adversaire qui ne cesse de se renforcer devant Tébessa, Thala et Sbiba, est enfin arrivée depuis Sbeïtla. Les défenseurs de la passe de Kasserine, épuisés, sont alors à la limite de leur capacité de résistance.

La grande attaque débute donc dans la matinée du 20. L’artillerie, la Flak et les Nebelwerfer du Werfer-Regiment 71 (employés pour la première fois) appuient l’assaut des Bersaglieri et des Panzegrenadiere, les blindés ne devant intervenir que dans un second temps. La défense est tenace et, vers midi, il faut engager davantage de fantassins, ainsi que des Kradschützen. Les tirs de l’artillerie américaine, qui se redéploye plus en arrière, deviennent moins nourris, opportunité dont il faut profiter pour pousser plus en avant et franchir les champs de mines. Il est pourtant déjà 16h30 lorsqu’il faut envisager un nouvel effort majeur pour l’emporter enfin, à grand renfort d’artillerie. Les unités américaines sont encerclées sur le Djebel Semmama tandis que leurs véhicules sont capturés intacts. 900 soldats alliés sont capturés et les survivants retraitent en désordre. La Centauro parvient à progresser de près d’une dizaine de kilomètres en direction de Tébessa. Sur le flanc droit, sur la route de Thala, les Panzer du KG DAK se heurte à des éléments blindés américains et britanniques. Les Britanniques de la « Gore Force », positionnés en retrait des Américains, offrent une résistance courageuse mais désespérée. L’unité est anéantie, de même que quatre M3 Leeaméricains, non sans avoir causé quelques retards aux Allemands. De l’autre côté du col, une colonne américaine est ainsi anéantie par les Allemands. 

Si le matériel capturé par les forces de Rommel dans la passe de Kasserine est important, les deux journées perdues dans les combats pour s’emparer de ce col ont des conséquences des plus préjudiciables puisque Tébessa et Thala sont désormais défendues en force. Alors que la Stark Force lâche la passe de Kasserine, d’autres unités alliées sont en effet à même de défendre Tébessa, à savoir les Rangers, la 1st US Infantry Division, les CCA et le CCB de la 1st US Armored Division, ainsi qu’une unité de reconnaissance britannique, le Derbyshire Yeomanry. En outre, la Welwert Force défend la passe de Dernaïa entre Fériana et Tébessa, tandis que la Bowen Force assure la sécurité encore plus au sud du dispositif américain, dans une zone négligée par Rommel qui a reçu l’ordre de frapper plus au nord mais qui aurait pu constituer une alternative intéressante pour s’assurer du contrôle de Tébessa.. Les autres objectifs visés par Rommel sont pareillement renforcés par Anderson puisque, à Thala et à Sbiba, d’autres troupes se mettent en position. 

La rivière Hatab est alors gonflée par les pluies, alors que l’unique pont a été détruit par les Américains en retraite, a pour conséquences de diviser géographiquement les vainqueurs de la passe de Kasserine en deux éléments : la 10. Panzer-Division au nord, vers Thala, et la Centauro et le Kampfgruppe de l’Afrika-Korps au sud en direction de Tébessa, tandis que la 21. Panzer-Division demeure engagée devant Sbiba. Rommel tente donc de forcer le destin sur trois axes divergents. La traversée du col de Kasserine est toutefois bien lente, ce qui occasionne encore une nouvelle perte de temps. Le 21 février, la Centauro est stoppée par le CCB au niveau du col de Bou Chebka, alors que les renforts alliés convergent vers Tébessa. Le 2nd Bn 13th Armored Regiment de Gardiner tient l’ennemi en respect avec, comme à Sbeïtla, les tanks dissimulés dans un oued à défilement de tourelle, tandis que mortiers et canons automoteurs sont disposés dans les champs de cactus alentours. Les troupes de l’Afrika-Korps et les Italiens ont par ailleurs de nouveau négligé les hauteurs dont ils ne peuvent s’emparer, et subissent le pilonnage de l’artillerie. Le 22 février, les débuts sont cette fois-ci prometteurs pour les assaillants. Mais les troupes de Bülowius s’égarent et s’attaquent par erreur à Bou Chebka et non au Djebel Hamra. Ce faisant, elles prennent au dépourvu les défenseurs et des batteries américaines sont capturées. Le succès allemand est cependant de courte durée. Le KG DAK est donc définitivement bloqué. Au cours de ces combats pour le col de Bou Chebka, 7 Panzer sont détruits, le bataillon du Pz Rgt 8 revendiquant de son côté le tableau de chasse suivant : 9 tanks, 3 tanks-destroyers et 4 canons automoteurs. Les Panzeront été confronté à une nouvelle arme de l’arsenal antichar ennemi : le bazooka, arme révolutionnaire qui incendie un premier Panzer III dès l’après-midi du 22 février. Il faut maintenant procéder à la manœuvre délicate du repli, en procédant avec art à la pause de mines et de « booby traps », tout en évacuant le plus possible d’engins endommagés ainsi que de matériels capturés.