Seconde Guerre Mondiale WWII

Février 1943, la bataille de Kasserine (3)

L’Afrika-Korps renoue avec le succès

Benoît Rondeau Copyright

L’Afrika-Korps renoue avec le succès

Le 15 février Liebenstein passe à l’attaque à son tour. La poussée de Rommel en direction de Gafsa pourrait être plus vigoureuse, mais le « Renard du désert », dont le KG Afrika-Korps reste d’une puissance mesurée, ignore tout du dispositif qui lui fait face. Il est en effet prévu que la 21. Panzer-Division se redéploie pour appuyer son avance. Or, celle-ci est retenue par Ziegler à Sidi-bou-Zid, tandis que l’Aufklärung du Gruppe DAK découvre que les Américains abandonnent Gafsa et El Guettar. Les Rangers du 1st Ranger Battalion sont les derniers à évacuer la place. La couverture du repli général en direction de Fériana est assurée par une unité de reconnaissance britannique, en l’occurrence le Derbyshire Yeomanry. L’avant-garde du DAK, le Kampfgruppe Menton, occupe donc Gafsa dans l’après-midi. Le 16, tandis que la Centauro fait écran au nord de la ville, le Kampfgruppe Menton poursuit l’avance dès 2 heures du matin. Les combats menés pour Fériana s’apparentent plus à des escarmouches. Le I./Pz Rgt 8 revendique la destruction de 12 tanks et de 8 half-tracks (peut-être des Tanks-Destroyers). Thélepte tombe le 17. 34 appareils alliés impossibles à évacuer sont détruits avant d’évacuer la base aérienne établie dans la localité. Une compagnie américaine, non prévenue de l’ordre de repli, subit 75 pertes ses 12 Tanks Destroyers sont anéantis. Ce même jour, Liebenstein, blessé, est remplacé par le colonel Bülowius. Au sud-ouest, l’unité de protection de Rommel, sa Kampfstaffel, devant détruire le tunnel de chemin de fer de Metlaoui, s’empare d’une quantité considérable de wagons chargés de phosphates ainsi que de précieuses réserves de carburant. Les soldats de l’Afrika-Korps mettent la main sur 50 tonnes de carburant et de lubrifiants, une aubaine si on en juge par les difficultés de ravitaillement que connaissent les forces de l’Axe. Rommel se prend alors à rêver à nouveau d’une profonde offensive qui prendrait à revers la 1st Army. Toutefois, une partie des effectifs qu’il a engagés doit reprendre la route au sud et rejoindre la ligne « Mareth ». Pis, alors que le Kampfgruppe de l’Afrika Korps progresse vers Kasserine où il établit la jonction avec les avant-gardes de la 21. Panzer-Division, Arnim redéploie la 10. Panzer-Division au nord, vers Pichon et Fondouk, dans une vaine tentative pour prendre de vitesse le 19ème Corps français en retraite tandis que la 21. Panzer-Division demeure à Sbeïtla.

Occasion manquée pour le Comando Supremo

Une victoire décisive semble à portée de main. Quand Alexander arrive à Tébessa, il est consterné par le spectacle qu’il l’attend : les Américains s’apprêtent à se replier et commencent à détruire des dépôts de vivres et de munitions. Rommel veut précisément frapper à Tébessa, contre les Américains et les lignes de ravitaillements alliées. Les Allemands pourraient alors espérer prendre Bône. Un tel succès obligerait à un retrait total de Tunisie et un gain de plusieurs mois avant qu’Eisenhower ne soit en mesure de reprendre l’offensive. Le 18, Rommel plaide pour son plan en faveur d’une poussée en force vers Tébessa auprès d’un Arnim moins convaincu que jamais par une option qu’il a rejeté avant même que l’offensive ne débute, trop conscient par ailleurs que cela signifierait pour lui la perte de contrôle de toutes les divisions de Panzer alors déployées en Afrique. Rommel soumet alors son projet au Comando Supremo et à Kesselring. Ce dernier, enthousiaste, l’appuie. Ce 18 février constitue la journée décisive, un tournant dans la bataille. Aucune action offensive majeure n’est entreprise par les unités de Panzer ce jour-là. Les troupes du DAK perdent leur temps à mener des escarmouches infructueuses, non sans quelques tirs fratricides (entre le Kampfgruppe Menton et la 7/I du Pz Rgt 8). Adolf Lamm ne peut que laisser ce commentaire dépité : « En raison d’une erreur de message à deux reprises (ce jour-là) et de mauvaises conditions (montagneuses), la compagnie retourne à 19 heures à Fériana après avoir opéré un déploiement inutile. » Le 19 février toutefois, les directives du Comando Supremo arrivent enfin. Les Italiens refusent le plan ambitieux de Rommel et lui enjoignent au contraire de mener une action offensive plus réduite sur Le Kef. Rommel enrage du manque de clairvoyance de ses supérieurs (« Incroyable et désastreuse myopie ! Tout notre plan est à l’eau. ») qui lui ordonnent de frapper bien trop près des réserves alliées. Arnim est pareillement furieuxmais, s’il cède la 21. Panzer-Division, il attend encore jusqu’au 20 février avant de consentir à mettre en mouvement la 10. Panzer-Division, et encore garde t-il par devers lui la moitié de l’unité et tous les Tiger, une initiative déplorable qui va peser lourd sur les opérations de Rommel. Ce dernier peut cependant reprendre l’offensive, baptisée« Sturmflut ». Avec les effectifs disponibles et à la lumière des récents engagements, tous les espoirs sont encore permis. Pour atteindre le Kef, Rommel a deux possibilités : passer par Sbiba ou forcer la passe de Kasserine. Il décide d’engager le KG DAK sur Kasserine, pendant que la 21. Panzer-Division attaque en direction de Sbiba, la 10. Panzer-Division restant maintenue en deuxième échelon à Sbeïtla, prête à intervenir dans l’une ou l’autre direction selon l’évolution de la situation.  Pour leurrer l’ennemi sur ses intentions réelles, Rommel engage en outre plus au sud la Centaur,o renforcée par des unités allemandes, sur la route de Gafsa à Tébessa.