Livre Seconde Guerre Mondiale WWII

Recension “Le ciel du Reich. 1944”

Une bataille majeure de la Seconde Guerre mondiale

Jean-Claude Foucrier, Le ciel du Reich. 1944, Perrin, 2025

Les récits consacrés à la guerre aérienne sont les parents pauvres des livres d’histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale. Le risque d’être redondant et peu captivant pèse sur celui qui s’y risque. Jean-Claude Foucrier, dont j’ai déjà pu apprécier les travaux (cf ici et ici), échappe à ce travers dans ce livre très réussi des éditions Perrin, qui paraît dans la très belle collection “Champs de Bataille”.

Le sujet est la campagne de bombardements menée par les Alliés en 1944, l’étude débutant évidemment plus en amont, en particulier avec l’année 1943. L’auteur nous rappelle la genèse des doctrines du bombardement stratégique de façon parfaitement claire en insistant plus particulièrement sur le cas de l’USAAF, qui est au coeur du sujet, avec le Bomber Command de la RAF. Le lecteur découvrira les controverses et comprendra les choix opérés, notamment sur le plan industriel.

Jean-Claude Foucrier a la capacité d’expliquer des éléments parfois complexes -stratégie, développement de types d’appareils, systèmes de guidage ou de détection, tactiques de combat aérien ou de bombardement- de façon très limpide et efficace.

On apprécie aussi la présentation de principaux leaders des forces aériennes alliées, tout en collant au sujet et sans se perdre dans des biographies qui n’auraient pas de sens.

Le plan de l’ouvrage est organisé comme suit : 1. La doctrine: cibler pour vaincre; 2. Pointblank: préparer l’invasion de l’Europe ; 3. La défaite de la Luftwaffe ; 4. Exploiter la mémoire.

Si l’axe d’étude porte sur l’année 1944, à savoir les opérations de bombardements en préliminaire à Overlord (quoiqu’elles en face en quelque sorte partie), et en particulier l’opération “Agreement” et la “Big Week”, le déroulé du texte nous narre l’engagement des forces aériennes stratégiques alliées depuis le début de la guerre, et notamment “Pointblank” (auquel se rattache “Agreement”) et on comprend les choix de cibles effectués selon les impératifs du moment (Torch, maîtriser l’Atlantique, viser l’industrie ennemie, bombardement de terreur, Oil Plan, Transportation Plan…).

Je n’avais jamais lu une synthèse aussi efficace sur les opérations de bombardements stratégique visant le Reich ainsi que leurs objectifs, de même que les réactions allemandes. La mise au point des connaissances au bénéfice des travaux les plus récents est des plus efficaces.

Les témoignages sont à cet égard des éléments efficaces pour bien saisir la situation. On est parfois abusé par les chiffres, ceux de productions d’appareils allemands ou des scores des chasseurs de la Luftwaffe, mais on comprend ici que bien des succès sont en trompe-l’oeil et que les engagements deviennent suicidaires, que les chances de remporter le moindre succès semblent illusoires.

Les erreurs majeurs commises par les uns et les autres (Jeschonnek -car Goering n’est pas le seul incapable au sein de la Luftwaffe- comme Eaker, par exemple) sont explicitées, de même que l’évolution des pratiques de certains “barons” de l’aviation stratégique, les querelles d’ego et de prestige national comme d’arme (l’aviation américaine entend démontrer qu’elle mérite son indépendance).

Les “lourds” ont-ils bien éradiqué la Luftwaffe avant le Jour J. Oui, aidés aussi en cela par le stupide “Bay Blitz” voulu par Hitler car “Pointblank” et “Agreement” visent avant tout à détruire la Luftwaffe en la forçant au combat. Pourtant, les Alliés n’en ont nullement conscience, comme l’explique l’auteur (d’où les mesures de précaution prises). Cela ne va pas dire que la Luftwaffe (qui inclut la Flak, ce qui ne se comprend pas dans le livre) est impotente et n’aurait pas pu faire mieux: le Reich a lui aussi multiplié les erreurs.

L’aviation stratégique alliée n’a pas non plus obtenu l’objectif chimérique qui était le sien dès avant la guerre, à savoir être en mesure de mettre à genoux l’ennemi à elle seule, mais ces bombardements se sont avérés essentiels et très importants, ne serait-ce que par l’effort de guerre imposé, quand bien même le Reich a été en mesure de multiplier de façon conséquente sa production d’armements (qui ne doit pas tout à Speer…). J’ai eu plusieurs occasion de le démontrer. écrire, comme je l’ai lu ailleurs, que les bombardements stratégiques au-dessus du reich ont été inutiles et que les Soviétiques ont eu raison de ne pas investir dans une aviation stratégique est une absurdité.

Comme le fait remarquer l’auteur avec justesse, l’avènement de l’arme atomique semble annoncer le triomphe de l’aviation stratégique comme arme absolue. En 1945, l’armée américaine, et notamment son aviation, est la meilleure du monde (voir mon livre consacré au GI).

L’ultime partie , Exploiter la mémoire, est savoureuse : je laisse les lecteurs en découvrir la substance.

Au final, un livre très réussi, nécessaire pour appréhender pleinement la Seconde Guerre mondiale: tous les fronts ont leur importance.