Livre Seconde Guerre Mondiale WWII

Livres de guerre sur la Seconde Guerre mondiale. Qui lire?

On ne compte plus le nombre de livres de guerre qui sont publiés en France.

Mon propos se limite aux livres d’histoire militaire, non aux autres aspects de la Seconde Guerre mondiale. Il va de soi que les autres aspects de ce conflit présentent autant de sujets d’études nécessaires à sa compréhension, mais j’ai abordé la question du peu de cas que ces derniers peuvent faire des événements militaires dans un autre article sur mon blog ce matin (a contrario, la maîtrise ou la simple la connaissance des aspects de la guerre hors du champ de bataille faire peuvent défauts aux spécialistes d’histoire militaire).

On mesurera le caractère relatif d’une telle démarche. Il ne reflète que mon opinion et, sans doute, mes centres d’intérêt. Le facteur déterminant est ici les publications des auteurs, et non d’éventuelles connaissances que tel ou tel autre auteur pourrait maîtriser sur le plan militaire, sans que cela ne se traduise dans un ouvrage: il est sans doute des historiens et des auteurs, qui semblent parfaitement béotiens en matière d’histoire militaire dans leurs écrits, tout en possédant un solide bagage de connaissances à ce sujet par intérêt personnel.

Les auteurs qui retiennent mon attention sont généralement aussi ceux qui écrivent bien, qui apportent du neuf, qui savent captiver le lecteur. Certes, écrire sur un sujet inédit ou presque inconnu n’est en aucune manière une garantie sur le contenu… Il faut au contraire éviter comme la peste ceux qui font montre d’un manque d’objectivité, ceux qui multiplient sans cesse les erreurs les plus basiques et ceux qui cherchent outrageusement à se faire un nom, ce qui les pousse à avancer les thèses les plus farfelues (j’y suis revenu dans le précédent article). Je n’aime pas le style académique et je n’apprécie pas non la précision tellement chirurgicale qu’elle en devient ennuyeuse et le genre “je recopie des journaux de marche d’unités” (avec l’illusion d’être historien).

On ne compte plus le nombre de livres de guerre qui sont publiés en France. Ils sont le fruit de travaux d’écriture plus ou moins sérieux, signés de la plume d’auteurs plus ou moins reconnus, à tort ou à raison, par leurs pairs et/ou le grand public. Le meilleur côtoie le pire, certains auteurs étant vraiment médiocres (je n’en ferai pas la liste), surévalués ou multipliant les poncifs éculés, d’autres, brillants, sont hélas peu connus du grand public et leur notoriété ne dépasse pas le cercle restreint des spécialistes.

Nombre d’entre-eux sont talentueux, chacun avec son style, ses centres d’intérêts, sa façon décrire, les éléments qu’il entend mettre en avant, le lectorat recherché.

L’Histoire militaire compte dans ses rangs d’éminents spécialistes universitaires, comme Yan Le Bohec pour l’armée romaine, Philippe Contamine pour le Moyen-Age, Patrice Brun pour la guerre en Grèce, etc. L’université française est malheureusement moins généreuse dès lors qu’il s’agit des armées et des batailles de la Seconde Guerre mondiale.

On observera que les titres universitaires, parfois révélateurs de talents, sont au contraire souvent ronflants et masquant bien des insuffisances, et ne rentrent nullement en ligne de compte. Beaucoup de nos auteurs les plus talentueux ne sont pas des universitaires, certains n’ont même pas suivi d’études d’histoire, et pourtant ce sont les meilleurs auteurs dans leur domaine.

Qui oserait ainsi remettre en cause l’expertise de Vincent Bernard pour la guerre de Sécession, quand bien même aucun travail universitaire ne cautionne ses prodigieuses connaissances et son don de les transmettre? Qui contesterait que l’on puisse qualifier de travail d’historien les ouvrages de Nicolas Bernard, tous de grandes réussites? Doit-on encore présenter Jean Lopez et ce qu’on lui doit sur la guerre germano-soviétique et l’Armée rouge en particulier?

Dès lors qu’il s’agit de la Seconde Guerre mondiale, je pourrais multiplier les exemples de très bons écrivains en histoire militaire qui s’avèrent être des historiens sans pour autant occuper des postes universitaires, voire même sans être thésards pour la plupart (ne nous méprenons toutefois pas un certain nombre d’éminents docteurs dont la thèse porte sur la Seconde Guerre mondiale sur le plan militaire), mais spécialistes reconnus pour des aspects spécifiques du conflit : Eric Denis et Camille Harlé-Vargas (pour l’armée française en 1940), David Zambon (l’armée italienne), Hugues Wenkin (pour les Ardennes en 1940 et en 1944, avant même qu’il ne devienne docteur en Histoire d’ici quelques années…), Philippe Guillemot (les Ardennes en 1944), Daniel Feldmann (ses études de généraux), Stéphane Simmonet (1er BFMC, les poches de l’Atlantique), Nicolas Aubin (pour l’année 1944 à l’Ouest), Jean-Luc Leleu (superbement novateur sur l’armée allemande en Normandie, quoique pas très grand vulgarisateur)… L’infographie a ouvert de nouvelles perspectives et je salue le travail de Julien Peltier, qui participe à un renouvellement de la transmission de la connaissance de la Seconde Guerre mondiale.

Je recommande les travaux de nombre de militaires, à la retraite ou encore en service, titulaires de thèses pour nombre d’entre-eux : Michel Goya, Rémy Porte, Michel Truttmann (la Ligne Maginot!), Vincent Arbarétier, Max Schiavon… Que de superbes ouvrages -notamment sur 1940- à eux tous!

Les auteurs cités ci-dessus sont ceux que je recommande pour les domaines évoqués. Une liste très loin d’être exhaustive. On m’excusera de ne pas citer tous les auteurs dont j’apprécie les productions en histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale, parfois à l’occasion d’un unique livre.

La bataille de Normandie est, cela est une évidence, particulièrement appréciée par les auteurs et les lecteurs. On doit ainsi, pour les Britanniques au cours de la campagne, lire des auteurs comme Stéphane Jacquet, Christophe Prime pour les opérations de la 1st US Army, Michel de Trez pour les combats pour Carentan, Patrick Fissot pour la guerre des haies, ou, si on recherche du sérieux sur les Tiger, quelqu’un comme Max Stein, Philippe Esvelin si on cherche à tout savoir sur le planeur Waco et les forces aérotransportées américaines, etc. Quant à Clément Horvath, il est devenu la référence pour la transmission des témoignages des hommes et femmes des forces armées alliées au cours du conflit au moyen des lettres écrites à cette époque.

Ces auteurs connus, passeurs de mémoire auprès du plus grand nombre, ne sont pas les seuls dépositaires d’une connaissance pointue des événements. Nombre d’amateurs anonymes, de gérants et d’employés de musées, de chercheurs préparant une thèse (ils sont plusieurs, versés dans l’étude des armées, dont on attend les travaux et leur publication), maîtrisent admirablement leur sujet et mériteraient sans doute une visibilité qu’ils n’ont pas.

Peu à peu, d’autres auteurs émergent, des talents se révèlent, et c’est une excellente chose.