Livre Seconde Guerre Mondiale WWII

Recension “Sur le Front. La face cachée de l’US Army”.

Excellent, instructif et avec un humour décapant

Bill Maulduin, Sur le front. La face cachée de l’US Army, Pierre de Taillac, 2025

« Le plus sûr moyen de devenir pacifiste est de s’engager dans l’infanterie. »
Bill Mauldin

Les éditions Pierre de Taillac ont eu l’excellente idée de publier l’ouvrage du fameux GI caricaturiste de la revue Stars and Strips, Bill Maulduin, lauréat du Prix Pulitzer en 1945, à 23 ans seulement. La traduction et la présentation sont assurées avec brio par Nicolas Ancellin.

Avec Ernie Pyle, Bill Maulduin est l’un de ceux qui ont su transcrire au mieux, l’un par le texte et l’autre par le dessin, la réalité du quotidien du simple “trouffion” américain sur le front, ceux que Maulduin appelle les Dogfaces, à savoir avant tout les fantassins. On comprend pourquoi ces deux hommes étaient tant admirés des GI’s, qui pestaient contre les abus d’une propagande de guerre incapable de transcrire la réalité.

L’infanterie, reine des batailles, est exigeante. A elle l’inconfort et l’insécurité de tous les instants. Elle est souvent dénigrée et sur elle retombe les plus grosses pertes. Corollaire direct, les fantassins maugréent volontiers contre tous ceux qui ne sont pas des leurs mais qui goûtent un service a priori nettement plus agréable ou, pire, qui sont les seuls à tirer bénéfice de leurs exploits.

Le modeste est fluet Maulduin est parvenu à se faire un nom et à se faire accepter par ses supérieurs, qui ont parfaitement compris que son humour caustique et grinçant constitue une soupape de sécurité indispensable au bien-être du soldat du front. Le général Mark Clark l’avait compris et lui avait procuré une Jeep à usage personnel. Le général Eisenhower lui-même, toujours soucieux du bien-être de ses hommes, avait aussi accepté les dessins de cet insolent jeune homme. Il en est allé autrement d’autres supérieurs, à commencer par le général Patton, à propos duquel j’évoque la rencontre avec Bill Maulduin dans la biographie que je consacre au fameux général.

Car, c’est bien connu, les soldats râlent et pestent: contre la nourriture, contre la misère de l’existence, contre les officiers, contre les “planqués” de l’arrière… Loin de considérations patriotiques et politiques, leurs préoccupations sont plus terre à terre : les filles (celles du pays, mais aussi les autres), les 88, les chaussettes, les tracasseries de la discipline… Et avant tout, les copains de l’unité, une véritable famille. Maulduin sait aussi reconnaître que les GI’s des autres armes éprouvent aussi des difficultés particulières (lot commun de toutes les forces combattantes), ainsi qu’en témoignent certaines de ses caricatures.

L’ouvrage de Maulduin est illustré de très nombreux dessins de sa main, au moins un toutes les deux pages, outre un texte, passionnant et enlevé, qui se lit comme un roman et dont la traduction est très réussie.

Vous saurez tout sur le ressenti du simple fantassin américain, des combines et de ses tracas, ses craintes, ainsi que nombre d’allusions à des événements précis (libération de Rome, débarquement en Provence…)… les remplaçants, le combat en montagne, la boue, la fatigue, les marches, la vie dans les ruines, l’alcool, le matériel, les civils, les conducteurs roulant comme des fous, la pluie, les aménités que s’octroient les officiers, les prisonniers, etc.

Un ouvrage passionnant, drôle et émouvant à la fois, et très instructif.

Un livre à lire en priorité, mais aussi en complément de l’ouvrage d’Ernie Pyle, traduit lui aussi en français, ainsi que mon livre consacré au GI sur tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale (ainsi qu’à la postérité ainsi que l’évolution de son image jusqu’à nos jours).