Eminent spécialiste du Japon, Franck Michelin nous offre une histoire absolument inédite en français, fruit des recherches et de travaux qu’on devine conséquents. L’auteur m’avait déjà convaincu dans son excellent La Guerre du Pacifique a commencé en Indochine 1940-1941.
Il s’agit ici de brosser une période plus large et de traiter le sujet central et acteur principal des événements décrit dans l’ouvrage précédent de Franck Michelin : l’armée japonaise. Pour être plus précis : l’armée impériale japonaise, puisque la période étudiée débute en 1953 pour s’arrêter en 1948.
Il est beaucoup question d’histoire sociale dans ce livre : qui étaient ces officiers et ces soldats japonais ? On constatera une évolution sensible au fil du temps, notamment celle des classes sociales, mais aussi la provenance géographique ou encore le fait ou non d’avoir recours à la conscription et quelle forme de conscription.
Si l’armement et les conditions matérielles sont évidemment évoquées, le lecteur est surtout invité à saisir, au fil des pages, l’importance des forces armées sur le plan, politique. De nombreuses pages sont consacrées aux diverses péripéties politiques de la période et on comprends le rôle majeur et essentiel que tient l’armée. Car ce livre est en fait aussi une histoire du Japon, que seul un auteur bien au fait de la société et de la culture japonaises est à même de rendre compte avec justesse pertinence.
Franck Michelin met au clair nombre de notions (Bushido, Kokutai…) et corrige bien des idées reçues (le sabre du samouraï…), ou des malentendus (Le Japon des années 1930 est-il fasciste et totalitaire), il vous explique aussi la part prise par les forces armées dans les conflits menés par l’armée impériale. La compréhension des Japonais et de leur culture -et en particulier le développement de l’idéologie impériale- donne des clés d’explication à leur comportement sur le champ de bataille, notamment la question des crimes de guerre, qu’elle partage avec l’armée allemande, impériale puis nazi. Lors des récits de ces guerres (contre la Chine au XIXe siècle, puis contre les Russes en 1904, de nouveau face aux Chinois ainsi que les heurts avec les Soviétiques, Première Guerre mondiale, la Guerre du Pacifique), on découvre les forces et faiblesses des Japonais, ainsi que les conséquences et, parfois, les erreurs de retour d’expérience (cuirassés et bataille décisive après Tsushima ; dogme de l’assaut de l’infanterie…).
Plusieurs aspects ont particulièrement suscité mon intérêt, en particulier le cheminement débouchant sur chacune des guerres de la période. On découvre à quel point les tensions et la rivalité entre les services ont eu de l’importance à cet égard, la marine -et l’amiral Yamamoto Isoroku- ne représentait nullement la force modérée et peu belliciste qu’on imagine. Certes, je regrette que la guerre du Pacifique ne soit pas davantage approfondie. Le récit des différents confits est le plus souvent mené au niveau des états-majors et des dirigeants. Il ne faut pas s’attendre à une histoire à auteur d’homme relatant le quotidien du soldat ou le détail des combats, même si les conditions climatiques et géographiques de certaines campagnes sont évidemment explicitées pour en saisir l’issue. Pour l’équipement et l’armement du soldat nippon au cours de la guerre du Pacifique, il y a cet ouvrage.
J’ai été surpris, lorsque l’auteur évoque l’historiographie de la guerre du Pacifique en français, que soit omis l’ouvrage majeur que Nicolas Bernard lui a consacré (qui vaut largement Costello et Spector, les dépasse même sous certains aspects), outre l’évocation des crimes de guerre dans les livres de Jean-Louis Margolin, mais aussi (mais cela sortait du propos) un livre tel que celui-ci -remarquable- consacré à Tarawa, alors l’Iwo Jima d’Ivan Cadeau (très réussi au demeurant) est cité.
On découvre, avec l’étude de cette période qui court du milieu du XIXe s au milieu du XXe s, comment le Japon a émergé pour devenir une puissance régionale, crainte et respectée, mais aussi méprisée. Ses relations, en particulier diplomatiques, avec les différents Etats européens et les Etats-Unis sont passionnantes à découvrir et Franck Michelin nous apprend beaucoup à ce sujet. Les pages concernant les différents traités, notamment ceux ayant trait à la puissance navale, mais aussi les options stratégiques envisagées sont du plus haut intérêt. On découvre l’influence de leurs armées, la présence de missions militaires et d’instructeurs français m’ayant fort surpris : non, le Japon n’a pas pris exemple uniquement sur la Royal Navy ou l’armée prussienne puis allemande. Le livre explique aussi avec pertinence les liens culturels et politiques qui lient le Japon à son voisinage, ainsi que les politiques menées par le Japon à leur égard (Chine, Corée, îles diverses…).
Comme il se doit, pour saisir pleinement les événements relatés, l’auteur a dû effectuer un très utile et indispensable retour en arrière, jusqu’au temps du shogunat et des mythiques samouraï (il faut lire Julien Peltier -bizarrement absent lui-aussi de la bibliographie- à propos de ces derniers), de Tokugawa, des guerres civiles jusqu’à l’ère Meiji et des personnages tels que Saigo, Katsura, etc. Le lecteur sera plongé dans les arcanes de la politique intérieure japonaise et les luttes pour le pouvoir sur la longue durée et c’est essentiel pour comprendre l’armée impériale japonaise.
L’ouvrage termine par une toute aussi utile évocation du Japon contemporain et de son rapport à l’armée.
Bref, un livre novateur, qui fourmille d’informations, et, en dépit de quelques longueurs, fort passionnant et très instructif : le lectorat français ne peut que beaucoup apprendre dans un tel ouvrage.
Franck Michelin, Kôgun. Histoire de l’armée japonaise. 1853-1948, Passés Composés, 2026
Eminent spécialiste du Japon, Franck Michelin nous offre une histoire absolument inédite en français, fruit des recherches et de travaux qu’on devine conséquents. L’auteur m’avait déjà convaincu dans son excellent La Guerre du Pacifique a commencé en Indochine 1940-1941.
Il s’agit ici de brosser une période plus large et de traiter le sujet central et acteur principal des événements décrit dans l’ouvrage précédent de Franck Michelin : l’armée japonaise. Pour être plus précis : l’armée impériale japonaise, puisque la période étudiée débute en 1953 pour s’arrêter en 1948.
Il est beaucoup question d’histoire sociale dans ce livre : qui étaient ces officiers et ces soldats japonais ? On constatera une évolution sensible au fil du temps, notamment celle des classes sociales, mais aussi la provenance géographique ou encore le fait ou non d’avoir recours à la conscription et quelle forme de conscription.
Si l’armement et les conditions matérielles sont évidemment évoquées, le lecteur est surtout invité à saisir, au fil des pages, l’importance des forces armées sur le plan, politique. De nombreuses pages sont consacrées aux diverses péripéties politiques de la période et on comprends le rôle majeur et essentiel que tient l’armée. Car ce livre est en fait aussi une histoire du Japon, que seul un auteur bien au fait de la société et de la culture japonaises est à même de rendre compte avec justesse pertinence.
Franck Michelin met au clair nombre de notions (Bushido, Kokutai…) et corrige bien des idées reçues (le sabre du samouraï…), ou des malentendus (Le Japon des années 1930 est-il fasciste et totalitaire), il vous explique aussi la part prise par les forces armées dans les conflits menés par l’armée impériale. La compréhension des Japonais et de leur culture -et en particulier le développement de l’idéologie impériale- donne des clés d’explication à leur comportement sur le champ de bataille, notamment la question des crimes de guerre, qu’elle partage avec l’armée allemande, impériale puis nazi. Lors des récits de ces guerres (contre la Chine au XIXe siècle, puis contre les Russes en 1904, de nouveau face aux Chinois ainsi que les heurts avec les Soviétiques, Première Guerre mondiale, la Guerre du Pacifique), on découvre les forces et faiblesses des Japonais, ainsi que les conséquences et, parfois, les erreurs de retour d’expérience (cuirassés et bataille décisive après Tsushima ; dogme de l’assaut de l’infanterie…).
Plusieurs aspects ont particulièrement suscité mon intérêt, en particulier le cheminement débouchant sur chacune des guerres de la période. On découvre à quel point les tensions et la rivalité entre les services ont eu de l’importance à cet égard, la marine -et l’amiral Yamamoto Isoroku- ne représentait nullement la force modérée et peu belliciste qu’on imagine. Certes, je regrette que la guerre du Pacifique ne soit pas davantage approfondie. Le récit des différents confits est le plus souvent mené au niveau des états-majors et des dirigeants. Il ne faut pas s’attendre à une histoire à auteur d’homme relatant le quotidien du soldat ou le détail des combats, même si les conditions climatiques et géographiques de certaines campagnes sont évidemment explicitées pour en saisir l’issue. Pour l’équipement et l’armement du soldat nippon au cours de la guerre du Pacifique, il y a cet ouvrage.
J’ai été surpris, lorsque l’auteur évoque l’historiographie de la guerre du Pacifique en français, que soit omis l’ouvrage majeur que Nicolas Bernard lui a consacré (qui vaut largement Costello et Spector, les dépasse même sous certains aspects), outre l’évocation des crimes de guerre dans les livres de Jean-Louis Margolin, mais aussi (mais cela sortait du propos) un livre tel que celui-ci -remarquable- consacré à Tarawa, alors l’Iwo Jima d’Ivan Cadeau (très réussi au demeurant) est cité.
On découvre, avec l’étude de cette période qui court du milieu du XIXe s au milieu du XXe s, comment le Japon a émergé pour devenir une puissance régionale, crainte et respectée, mais aussi méprisée. Ses relations, en particulier diplomatiques, avec les différents Etats européens et les Etats-Unis sont passionnantes à découvrir et Franck Michelin nous apprend beaucoup à ce sujet. Les pages concernant les différents traités, notamment ceux ayant trait à la puissance navale, mais aussi les options stratégiques envisagées sont du plus haut intérêt. On découvre l’influence de leurs armées, la présence de missions militaires et d’instructeurs français m’ayant fort surpris : non, le Japon n’a pas pris exemple uniquement sur la Royal Navy ou l’armée prussienne puis allemande. Le livre explique aussi avec pertinence les liens culturels et politiques qui lient le Japon à son voisinage, ainsi que les politiques menées par le Japon à leur égard (Chine, Corée, îles diverses…).
Comme il se doit, pour saisir pleinement les événements relatés, l’auteur a dû effectuer un très utile et indispensable retour en arrière, jusqu’au temps du shogunat et des mythiques samouraï (il faut lire Julien Peltier -bizarrement absent lui-aussi de la bibliographie- à propos de ces derniers), de Tokugawa, des guerres civiles jusqu’à l’ère Meiji et des personnages tels que Saigo, Katsura, etc. Le lecteur sera plongé dans les arcanes de la politique intérieure japonaise et les luttes pour le pouvoir sur la longue durée et c’est essentiel pour comprendre l’armée impériale japonaise.
L’ouvrage termine par une toute aussi utile évocation du Japon contemporain et de son rapport à l’armée.
Bref, un livre novateur, qui fourmille d’informations, et, en dépit de quelques longueurs, fort passionnant et très instructif : le lectorat français ne peut que beaucoup apprendre dans un tel ouvrage.
RECENSION “LES VIKINGS” DE LUCIE MALBOS
SITES HISTORIQUES : SENTIR VIBRER LE SOUFFLE DE L’HISTOIRE !
Transmettre l’Histoire: enseigner, publier…
Independant Tank Battalions en Normandie. Premiers combats, juin 1944.
LE “TOMMY” EN NORMANDIE. LE QUOTIDIEN.