Comme à l’accoutumée, je ne considère ici que la seule histoire militaire: les armées et leurs batailles.
Peut-on être, à ce sujet, un bon historien de la Seconde Guerre mondiale lorsqu’on est fortement politisé? Evidemment, non. On pourrait d’ailleurs faire la même remarque à propos de tout professeur d’Histoire. Ce qui ne signifie certes pas de renoncer à avoir une opinion politique, mais de veiller à ce qu’elle ne biaise pas ses écrits ou ses paroles.
Les ouvrages écrits au cours de la guerre et les décennies qui suivirent ne sont pas les seuls à souffrir de cet écueil majeur. Ce dernier est d’autant plus pernicieux que le lecteur peut être trompé en restant persuadé du “sérieux” du propos en raison des sources mises en avant (surtout si elles sont primaires) et de la titulature de l’auteur (l’universitaire), deux garanties qui sont en fait loin de l’être. De fait, les biais idéologiques, plus ou moins assumés ou conscients, écornent la qualité de livres, mais aussi de magazines parmi les plus renommés.
Certains mythes tirent en effet directement leur origine d’une idéologie, politique le plus souvent. Aucune tendance n’est épargnée : chacun y va ainsi de son écriture partiale de l’Histoire. Or, les études les remettant en cause de façon argumentée et le recul ne trouvent pas forcément leur relais dans la production d’ouvrage offerte aussi bien au grand public comme aux amateurs avertis et aux spécialistes. Pis: le lecteur n’a pas forcément conscience de cette distorsion de la réalité, surtout s’il partage le biais idéologique de l’auteur.
La mémoire du Jour J en souffre particulièrement (prétexte pour encenser les Soviétiques et dénigrer les Alliés occidentaux et -certes plus rarement- inversement). On pourrait multiplier à l’envi les faits d’armes mis en avant ou déformés au mépris de la vérité historique pour des raisons qui renvoient à la fierté patriotique (pro-Français et/ou anti-Anglos-Saxons) ou à une forme de propagande, plus ou moins consciente, d’une orientation politique déterminée (pro-Soviétiques).
Ainsi du mythe de Bir Hakeim : dès que le lecteur est confronté à un titre portant sur ce sujet, il peut être quasiment assuré qu’il n’en sera que de la geste de la France libre et du mythe d’un combat qui a permis El Alamein et qui, partant, a scellé le sort de Rommel en Afrique (ce qui est une contrevérité, ce qui est aisé à démontrer, comme je l’ai déjà fait, notamment lors d’un colloque de qualité organisé aux Invalides commémorant le 80e anniversaire de la bataille ) …Pourtant, le combat mené par les Français Libres a été extraordinaire et se suffit à lui-même. Si De Gaulle a eu raison de le mettre en avant en ces circonstances de 1942, ce superbe fait d’armes de Bir Hakeim a été récupéré et érigé en mythe, en distorsion absolue des faits, qui continuent à être colporté, y compris dans des musées prestigieux de ainsi que sous les plumes les plus averties. Et, comme corollaire, une vision tout aussi déformée de l’action de l’armée française, mais aussi des FFI, particulièrement de 1943 à 1945 : quelques écrits finissent par leur accorder une place majeure -équivalente à celles des Américains ou des Britanniques !- pour ne pas dire décisive, dans la victoire.
Autre écart lié à l’idéologie, s’appuyant sur un parti pris idéologique, un historien -pourtant talentueux par ailleurs- a avancé il y a quelques années la théorie la plus absurde qui soit (à mes yeux) pour expliquer l’incapacité des généraux américains à coopérer entre eux (on se demande pourquoi les maréchaux nazis et soviétiques souffraient eux-aussi de relations difficiles) : faut-il y comprendre un antiaméricanisme primaire dû à l’intérêt de cet auteur pour le communisme? Ce biais est aussi celui d’un auteur normand à succès, ancien universitaire, ce qui ne signifie pas que son travail a pu être de qualité.
A l’autre bout du spectre politique, ce sont au contraire des nostalgiques des forces du III. Reich qui produisent des œuvres où les propos dithyrambiques à l’endroit de la Panzerwaffe, des Waffen SS ou des Fallschirmjäger se répètent sans cesse, ad nauseam. Plusieurs maisons d’éditions se sont fait la spécialité de la chose, bien qu’il faille préciser qu’elles soient le plus souvent capables de produire des ouvrages de grande qualité, aussi bien dans l’iconographie que dans le texte. Il n’empêche, atténuer les crimes nazis, mettre en avant ceux des Alliés en guise d’équivalence (en niant l’idéologie sous-jacente, les circonstances ou les occurrences des forfaits), se faire l’écho de la propagande du III. Reich à 80 ans de distance ou encore ne voir dans les soldats allemands que de valeureux guerriers professionnels et particulièrement doués dans les pratiques martiales, voilà qui constituent un biais fort préjudiciable à l’Histoire, la vraie, celle qui fait fi de toute idéologie politique.
Si vous prenez entre les mains un ouvrage qui traite de Stalingrad ou encore des Américains en Normandie, assurez-vous que l’auteur n’aient pas des sympathies trop marquées qui influenceraient trop son jugement. Combien d’absurdités ai-je lu de la part d’individus assurément anti-américains et anti-britanniques. La seule parade est d’accumuler le savoir sur la question, ce qui permet aisément de déceler les fautes, les orientations idéologiques, et donc de tempérer un propos qui peut par ailleurs, dans d’autres passages, s’avérer excellent et instructif.
Il est tout de même des affirmations, des remarques qu’on ne peut accepter et qui ne sont plus de l’idéologie mais confinent au délit et devraient, je pense, être pénalement sanctionnées : trop de souffrances sont imputables au nazisme et au communisme soviétique ainsi qu’à leurs avatars pour que cela soit pris à la légère ; quant à l’antisémitisme et au racisme, sous-jacent quand on admire un nazi, il est inadmissible et, fort heureusement, interdit par la loi…
Lorsqu’on écrit, on ne peut se départir totalement des opinions, ni de son vécu et de ses origines qui influent celles-ci, l’objectivité absolue constituant en fait un leurre. Mais un auteur peut (et doit) veiller à être honnête, à accepter de dire ce qui lui déplaît, à ne pas omettre un fait qui va à l’encontre d’une démonstration ou de l’opinion ressentie à l’endroit d’une armée, d’un général, voire même d’un matériel militaire. J’ai personnellement pas hésité à réviser certains passages de mes écrits lorsque j’ai réalisé -ou qu’on a porté à ma connaissance- d’autres découvertes qui corrigeaient mes propos.
Il convient également être honnête avec les lecteurs et ne pas annoncer qu’on apporte un récit dépassionné quand ce n’est pas le cas. En ce qui me concerne, je m’oblige à être impartial, mais je n’ai pas dissimulé -par exemple- que j’ai toujours éprouvé de la sympathie pour Patton dans l’introduction de l’ouvrage que j’ai consacré au grand général.
Comme à l’accoutumée, je ne considère ici que la seule histoire militaire: les armées et leurs batailles.
Peut-on être, à ce sujet, un bon historien de la Seconde Guerre mondiale lorsqu’on est fortement politisé? Evidemment, non. On pourrait d’ailleurs faire la même remarque à propos de tout professeur d’Histoire. Ce qui ne signifie certes pas de renoncer à avoir une opinion politique, mais de veiller à ce qu’elle ne biaise pas ses écrits ou ses paroles.
Les ouvrages écrits au cours de la guerre et les décennies qui suivirent ne sont pas les seuls à souffrir de cet écueil majeur. Ce dernier est d’autant plus pernicieux que le lecteur peut être trompé en restant persuadé du “sérieux” du propos en raison des sources mises en avant (surtout si elles sont primaires) et de la titulature de l’auteur (l’universitaire), deux garanties qui sont en fait loin de l’être. De fait, les biais idéologiques, plus ou moins assumés ou conscients, écornent la qualité de livres, mais aussi de magazines parmi les plus renommés.
Certains mythes tirent en effet directement leur origine d’une idéologie, politique le plus souvent. Aucune tendance n’est épargnée : chacun y va ainsi de son écriture partiale de l’Histoire. Or, les études les remettant en cause de façon argumentée et le recul ne trouvent pas forcément leur relais dans la production d’ouvrage offerte aussi bien au grand public comme aux amateurs avertis et aux spécialistes. Pis: le lecteur n’a pas forcément conscience de cette distorsion de la réalité, surtout s’il partage le biais idéologique de l’auteur.
La mémoire du Jour J en souffre particulièrement (prétexte pour encenser les Soviétiques et dénigrer les Alliés occidentaux et -certes plus rarement- inversement). On pourrait multiplier à l’envi les faits d’armes mis en avant ou déformés au mépris de la vérité historique pour des raisons qui renvoient à la fierté patriotique (pro-Français et/ou anti-Anglos-Saxons) ou à une forme de propagande, plus ou moins consciente, d’une orientation politique déterminée (pro-Soviétiques).
Ainsi du mythe de Bir Hakeim : dès que le lecteur est confronté à un titre portant sur ce sujet, il peut être quasiment assuré qu’il n’en sera que de la geste de la France libre et du mythe d’un combat qui a permis El Alamein et qui, partant, a scellé le sort de Rommel en Afrique (ce qui est une contrevérité, ce qui est aisé à démontrer, comme je l’ai déjà fait, notamment lors d’un colloque de qualité organisé aux Invalides commémorant le 80e anniversaire de la bataille ) …Pourtant, le combat mené par les Français Libres a été extraordinaire et se suffit à lui-même. Si De Gaulle a eu raison de le mettre en avant en ces circonstances de 1942, ce superbe fait d’armes de Bir Hakeim a été récupéré et érigé en mythe, en distorsion absolue des faits, qui continuent à être colporté, y compris dans des musées prestigieux de ainsi que sous les plumes les plus averties. Et, comme corollaire, une vision tout aussi déformée de l’action de l’armée française, mais aussi des FFI, particulièrement de 1943 à 1945 : quelques écrits finissent par leur accorder une place majeure -équivalente à celles des Américains ou des Britanniques !- pour ne pas dire décisive, dans la victoire.
Autre écart lié à l’idéologie, s’appuyant sur un parti pris idéologique, un historien -pourtant talentueux par ailleurs- a avancé il y a quelques années la théorie la plus absurde qui soit (à mes yeux) pour expliquer l’incapacité des généraux américains à coopérer entre eux (on se demande pourquoi les maréchaux nazis et soviétiques souffraient eux-aussi de relations difficiles) : faut-il y comprendre un antiaméricanisme primaire dû à l’intérêt de cet auteur pour le communisme? Ce biais est aussi celui d’un auteur normand à succès, ancien universitaire, ce qui ne signifie pas que son travail a pu être de qualité.
A l’autre bout du spectre politique, ce sont au contraire des nostalgiques des forces du III. Reich qui produisent des œuvres où les propos dithyrambiques à l’endroit de la Panzerwaffe, des Waffen SS ou des Fallschirmjäger se répètent sans cesse, ad nauseam. Plusieurs maisons d’éditions se sont fait la spécialité de la chose, bien qu’il faille préciser qu’elles soient le plus souvent capables de produire des ouvrages de grande qualité, aussi bien dans l’iconographie que dans le texte. Il n’empêche, atténuer les crimes nazis, mettre en avant ceux des Alliés en guise d’équivalence (en niant l’idéologie sous-jacente, les circonstances ou les occurrences des forfaits), se faire l’écho de la propagande du III. Reich à 80 ans de distance ou encore ne voir dans les soldats allemands que de valeureux guerriers professionnels et particulièrement doués dans les pratiques martiales, voilà qui constituent un biais fort préjudiciable à l’Histoire, la vraie, celle qui fait fi de toute idéologie politique.
Si vous prenez entre les mains un ouvrage qui traite de Stalingrad ou encore des Américains en Normandie, assurez-vous que l’auteur n’aient pas des sympathies trop marquées qui influenceraient trop son jugement. Combien d’absurdités ai-je lu de la part d’individus assurément anti-américains et anti-britanniques. La seule parade est d’accumuler le savoir sur la question, ce qui permet aisément de déceler les fautes, les orientations idéologiques, et donc de tempérer un propos qui peut par ailleurs, dans d’autres passages, s’avérer excellent et instructif.
Il est tout de même des affirmations, des remarques qu’on ne peut accepter et qui ne sont plus de l’idéologie mais confinent au délit et devraient, je pense, être pénalement sanctionnées : trop de souffrances sont imputables au nazisme et au communisme soviétique ainsi qu’à leurs avatars pour que cela soit pris à la légère ; quant à l’antisémitisme et au racisme, sous-jacent quand on admire un nazi, il est inadmissible et, fort heureusement, interdit par la loi…
Lorsqu’on écrit, on ne peut se départir totalement des opinions, ni de son vécu et de ses origines qui influent celles-ci, l’objectivité absolue constituant en fait un leurre. Mais un auteur peut (et doit) veiller à être honnête, à accepter de dire ce qui lui déplaît, à ne pas omettre un fait qui va à l’encontre d’une démonstration ou de l’opinion ressentie à l’endroit d’une armée, d’un général, voire même d’un matériel militaire. J’ai personnellement pas hésité à réviser certains passages de mes écrits lorsque j’ai réalisé -ou qu’on a porté à ma connaissance- d’autres découvertes qui corrigeaient mes propos.
Il convient également être honnête avec les lecteurs et ne pas annoncer qu’on apporte un récit dépassionné quand ce n’est pas le cas. En ce qui me concerne, je m’oblige à être impartial, mais je n’ai pas dissimulé -par exemple- que j’ai toujours éprouvé de la sympathie pour Patton dans l’introduction de l’ouvrage que j’ai consacré au grand général.
HENRY FOOTE
GEORGE GUNN
GIACOMO COLOTTO
GILBERT ELLMAN
JOHN « JOCK » CAMPBELL