Seconde Guerre Mondiale

HENRY FOOTE

« Knightsbridge », 13 juin 1942

Benoît Rondeau Copyright

« Knightsbridge », 13 juin 1942

Le 12 juin, les brigades blindées de la 8th Army subissent une sévère correction au cours d’un engagement majeur opposant les chars des deux camps. 120 tanks sont laissés sur le terrain. Du 28 mai au 12 juin, 555 tanks endommagés ont été évacué du champ de bataille, ce qui signifie qu’en tenant compte des pertes définitives, il ne reste guère aux Britanniques qu’un peu plus de 160 chars en état, au mieux. La supériorité numérique est maintenant aux Germano-Italiens. En fin de journée, le général Ritchie a compris que le XIII Corps du général Gott, qui tient toujours la ligne de Gazala, va se trouver de nouveau au centre des combats et il lui subordonne par conséquent la 1st Armoured Division du général Lumsden. Le commandant de la 8th Army souhaite que les tanks soient concentrés en une unique force de frappe et que tout bénéfice soit tiré d’une coopération étroite avec leur infanterie d’accompagnement. Gott ordonne à Lumsden de s’assurer de la zone Acroma-Knightsbridge-Maabus el Rigel-Eluet el Tamar. De l’autre côté de la colline, le général Nehring relance l’Afrika-Korps vers l’avant le 13 juin au matin. Le plan prévoit que la 15. Panzer-Division, renforcée par l’Ariete et la Trieste, s’avance à l’ouest le long de l’Hagiag el Raml, tandis que la 21. Panzer-Division progressera vers l’est le long de la crête de Rigel, manoeuvre sur le flanc voulue par Rommel qui permettra d’isoler le « box » de Knightsbridge. Pendant ce temps, la 90. Leichte Afrika Division reçoit El Adem pour objectif.

Le choc des blindés qui survient dans la matinée tourne de nouveau à l’avantage de la Panzerarmee Afrika. Les 2nd et 22nd Armoured Brigades, ainsi que des éléments de la 31st Army Tank Brigade, parviennent tout juste à tenir le front à l’est de Knightsbridge. Ce 13 juin 1942, l’Armoured Corps subit un nouveau revers cinglant qui démontre une fois de plus combien l’Afrika-Korps l’emporte sur les Britanniques sur le plan tactique. Le I./ Abteilung du Panzer-Regiment 8 se montre ainsi capable d’anéantir douze Grant et seize Crusaderavec ses seuls Panzer, usant de la tactique de tirs rapides et de mouvement. L’autre bataillon du régiment s’adjuge quatorze Crusader et Stuart

La défaite de Gazala est consommée. Les restes des 2nd et 4th Armoured Brigades,redéployées dans la zone du « box de « Knightsbridge », ainsi que la 201st Guards Brigade, qui tient le point fort, sont en situation périlleuse, puisqu’en passe d’être encerclés par l’ennemi. Dans l’après-midi, en effet, la 21. Panzer-Division a débuté son assaut contre la position établie à l’extrémité ouest de la crête de Rigel. Les Panzer ont certes pu franchir le champ de mines mais ils sont à la peine faute d’infanterie d’accompagnement. Le choc est soutenu par le 2nd Scots Guards, une batterie du 11th Regiment RHA et la 6th South African Field Battery. Les tanks britanniques se mettent en position entre Knightsbridge et la crête de Rigel, le moral ébranlé par l’amère expérience des jours précédents. 

Pour les Queen’s Bays, les plus proches de la crête de Rigel, tout espoir semble perdu, faute de munitions… Vers 10 heures du matin, cependant, la relève est assurée par 25 Matilda du 7 RTR menés par le lieutenant-colonel Foote. Sitôt en place, les tankistes observent déjà les traçants des Panzer et des Pak de la 21. Panzer-Division, distants de moins d’un kilomètre, s’abattre sur leurs positions. La confrontation continue. Si les Allemands sont hors de portée des piètres canons de 2 pounder qui arment ses tanks, Foote a au moins la satisfaction et l’assurance de compter sur le soutien de pièces antichars de 6 pounder. Un perforant touche le Matilda de Foote. Ce dernier, contraint de quitter sa monture, continue néanmoins à assurer le commandement de son régiment en se rendant d’un blindé à l’autre à pied. Il insiste sur l’impérative nécessité de tenir le terrain jusqu’à la nuit tombante, moment où il sera alors temps d’opérer le repli qui a été ordonné par ses supérieurs. La tâche est ardue face à un ennemi supérieur, mais la providence vient en aide aux Britanniques en se manifestant sous la forme d’une tempête de sable qui obscurcit le champ de bataille trois heures durant. Cela ne saurait suffire. Lorsque le vent tombe, Foote supplée au retour d’une pleine visibilité en ordonnant des tirs de fumigène auprès de l’artillerie.

Les Allemands, maintenant renforcés par les fantassins du II/ Schützen-Regiment 104, pressés d’en finir et d’anéantir la Guards Brigade dans son « box » de Knightsbridge, accentuent la pression, l’arrivée imminente de la nuit rendant impératif un succès rapide. Les Panzer et les Flak de 8,8 cm sème la mort et la destruction, et ce d’autant plus aisément qu’aucune aspérité de terrain n’offre le moindre abri aux tanks anglais. Lourdement blindés, les Matilda ne sont pas immunisés contre les « Acht-Acht », comme les tankistes le savent depuis le désastre subi à Halfaya un an plus tôt.

Foote, qui a pris place dans un des blindés, déploie les deux escadrons qui lui reste et leur ordonne de foncer de l’avant sous le couvert des fumigènes tirés depuis les flancs de tourelles des Matilda. Les quelques centaines de mètres gagnés les placent hors des réglages de tirs des Allemands. Lorsque ces derniers ont réajusté leurs frappes, Foote ordonne la retraite après avoir répandu un nouvel écran de fumée. Lorsque les Matilda se rétablissent sur les premières positions, ils sont de nouveau la proie des tirs adverses. Le tank de Foote est touché à 29 reprises, des tirs qui réduisent à néant son armement, mais l’engin reste fonctionnel et peut encore user de ses pots de fumigènes. Le ballet organisé par Foote se répète jusqu’à la nuit tombante, oeuvre de courage et d’ingéniosité qui participe à la sauvegarde de Knightsbridge, soumis à une forte pression en d’autres secteurs du périmètre défensif. Lorsque l’obscurité envahit le champ de bataille, l’Afrika-Korps s’est emparée de l’extrémité ouest des positions des Scots Guards, mais le front britannique n’a pas cédé.

18 Matilda ont été détruit, mais la Guards Brigade est sauve et l’évacuation est réalisée la nuit même. Tandis que la 2nd Armoured Brigade s’accroche tant bien que mal à la bordure nord de la crête de Rigel, la 4th Armoured Brigade fait mouvement en direction d’Acroma. Gott, prenant acte de la position précaire dans laquelle se situent les forces déployées sur Knightsbridge, ordonne l’évacuation du « box » dans la nuit. Foote et son 7 RTR font partie des forces assignées à la défense de Tobrouk. Le lieutenant-colonel n’échappe pas à la reddition de la place le 21 juin 1942 et il part en captivité avec 33 000 autres soldats de Sa Majesté. Pour son action à Knightsbridge, il se voit décerné la Victoria Cross.