Vers 16 heures, le 20 février 1943, Erwin Rommel perce enfin définitivement le cordon défensif américain de la passe de Kasserine. Alors que le Kampfgruppe de l’Afrika-Korps oblique vers Tébessa, via le Djebel el Hamra, le Kamfgruppe de la 10. Panzer-Division évolue sur le flanc droit et prend la direction de Thala, petite bourgade dont il doit s’emparer avant de foncer sur Le Kef, objectif assigné au « Renard du Désert ». Au débouché du col, la 10. Panzer-Division se heurte à la « Gore Force » (11 chars de la 26th Armoured Brigade, des Portees de 6 pounder et des pièces d’artillerie), venue renforcer les GI’s. Pour les Anglais, la lutte est inégale mais vaillante. Repoussés, ayant perdus tous leurs tanks et un antichar, les Britanniques se sont repliés à la nuit tombée de six kilomètres sur une position où les renforcent quatre M3 Lee américains. A 2 heures du matin, les Allemands reprennent leur avance, certes inexorable, mais ralentie depuis la veille par une poignée de Britanniques déterminés, en particulier le C Squadron des Lothians. Les survivants tentent de rejoindre les lignes britanniques.
Ce temps précieux est mis à profit pour la mise en défense de Thala par le reste de la 26th Armoured Brigade (6th Armoured Division) du Brigadier Dunphie, soit 50 tanks. La seule infanterie disponible consiste en la 10th Rifle Brigade, moins sa section antichar, mais le 2nd/5th Leicestershire de la 46th Division est en route, tout juste débarqué d’Algérie. La situation est critique : si Thala tombe tandis que les Américains sont repoussés au Djebel el Hamra, toutes les positions alliées en Tunisie seraient menacées.
Dunphie doit de nouveau gagner du temps pour permettre le renforcement de la position-clé de Thala. Sa mission est de retarder Rommel au moins jusqu’à 18 heures. Au petit jour, le 21 février, les deux régiments de la 26thArmoured Brigade –17th/21stLancers et Lothians and Border Horse– se déploient dans les collines hors de la ville, sur une crête à 25 kilomètres au sud de celle-ci. Quelques kilomètres en arrière des tanks, deux batteries de 24 pounder (F Battery du 12th RHA et 450th Battery du 71st Field Regiment RHA). 20 kilomètres en arrière, l’ultime position défensive à tenir sans esprit de recul est occupée par le reliquat du 12th RHA ainsi que le 2nd/5th Leicestershire. Devant les tankistes britanniques, qui ont positionnés leurs tanks en « hull-down » (à défilement de tourelles), un terrain ouvert, traversé tous les deux kilomètres environ par de légères ondulations dans le sens est-ouest. Dunphie sait qu’il ne dispose d’aucune réserve, que ses Valentine et Crusader sont surclassés par les Panzer et que les chances sont minces…
Ce n’est qu’en début d’après-midi que le contact est établi avec l’ennemi. Le lieutenant Waterston observe le spectacle de son Crusader, découvrant la masse impressionnante de l’ennemi, qui lui semble déployé comme à la parade. L’attaque débute vers 16 heures. Quelques échanges de tirs infructueux opposent quelques huit roues Sd. Kfz. 233 aux tanks. Très vite, six blindés du A Squadron17th/21stLancers sont toutefois incendiés. Dunphie, microphone en mains à bord de son scout car Daimler Dingo, reste calme pendant toute l’action. L’armement inférieur des Britanniques les obligent à manoeuvrer sans cesse pour trouver un couvert et tenter des frappes de flanc et à courte distance, les obligeant à reculer de crête en crête ou de colline en colline. Des obus fumigènes sont tirés pour masquer ces redéploiements. Les Panzer, soutenus par des Semonventi (du DLVII Gruppo), sont également supérieur en nombre et peuvent tenter des mouvements enveloppant. A chaque bond en arrière, quelques tanks anglais en moins, carcasses fumantes abandonnées dans le désert… Après une heure de combat, un premier repli est effectué, avec 15 chars en moins… Les tankistes qui survivent tentent de s’extirper de l’enfer : lorsque le sergent Antonio et ses compagnons avise un Bren Carrier redescendant la route à vive allure en compagnie du Dingo de Dumphie et d’un Crusader, il se juche sur la chenillette, portant le nombre d’homes transportés à treize…
Les Allemands tiennent à dessin leurs adversaires à longue portée, sachant que la distance est à leur avantage. Les Valentine et les Crusader mettent à profit le moindre bosquet de cactus, le moindre oued et le moindre repli de terrain pour se dissimuler autant que faire se peut. Quant au 25 pounder, ils font leur possible pour causer des pertes au sein des rangs de Panzergrenadiere.
L’ordre général est perdu et ce sont des actions individuelles qui se multiplient. L’air est strié des lueurs des obus et balles traçantes, ainsi que de la traînée nébuleuse des fumigènes, tandis que le souffle des explosions, les blindés qui se consument et les nuages de poussière ajoutent à la confusion inhérente à chaque champ de bataille. Le lieutenant-colonel Hamilton-Russell, le commandant du 17th/21stLancers, perd deux « montures » sous sa direction, mais il rejoint à chaque fois un nouveau Valentine depuis lequel il continue à diriger son bataillon.
Rommel, présent sur le champ de bataille, se montre d’abord satisfait. Il compte 17 chars anglais détruits. Il se fourvoie en imaginant que les Crusader qu’il inspecte (des images immortalisées par le service de la Propagande) et qui affrontent ses Panzer sont armés de 75 mm, puisque ce sont en fait des 6 pounderde 57 mm. Peut-être est-il induit en erreur par les Crusader « close support » de 3 inch de 76 mm qui participent au combat. Toutefois, il presse de nouveau Broich, le Kommandeur de la 10. Panzer-Division. La 26thArmoured Brigade est menacée d’annihilation.
L’ennemi étant trop puissant et certainement plus qu’escompté, Dunphie, sa mission retardatrice menée à bien, décide de replier ses derniers chars et antitanks à l’abri de l’ultime ligne de défense établie à proximité de Thala. Ses deux régiments blindés ont soufferts, particulièrement les Lothians. La nuit enveloppe alors le champ de bataille. On rameute des renforts d’où qu’il est possible de dénicher des combattants pour défendre Thala, tâche assumée par la « Nick Force », du nom du Brigadier Nicholson, le commandant en second de la 6th Armoured Division : des antichars de la 229th Antitank Battery du 58th Antitank Regiment RA, des 25 pounder du 90/100th Field Battery du 23rd Army Field Regiment RA, des mortiers de 4,2 inch de la 86th Chemical Warfare Company RE, ainsi que six pièces antichars américaines de 37 mm. C’est avec ces forces que les fantassins de la 10th Rifle Brigade et du 2nd/5th Leicestershire,soutenus pat l’artillerie et les restes de la 26thArmoured Brigade, doivent impérativement stopper Rommel. D’autres renforts sont attendus, l’artillerie de la 9th US Infantry Division (qui sont dépêchés depuis la Maroc !) et Sherman du 16th/5th Lancers (depuis Sbiba où la 21. Panzer-Division est tenue en échec), mais il ne seront pas en lice avant le lendemain au mieux…
La nuit sera longue et décisive. Abrités derrière un cordon de mines dans leurs trous d’hommes et leurs positions d’armes lourdes, les Britanniques sont aux aguets. Une partie des 25 pounder est déployée dans un rôle antichar, les autres pièces étant dédiée à leur de soutien d’artillerie originel. Du côté des Lothians et des Lancers, les équipages exténués et quelques peu démoralisés par les pertes subies, procèdent au ravitaillement en carburant et en munitions. Ils n’alignent plus que deux douzaines de tanks en état de marche. Quelque repos ? Enfin ?
Il n’en est rien : des tirs et des balles et obus traçants brisent la quiétude nocturne ne direction des positions de l’infanterie, à moins de deux kilomètres des positions de l’artillerie et des tanks: l’ennemi attaque de nouveau, prenant la « Nick Force » par surprise. Le poids de l’attaque porte sur les bleus du 2nd/5th Leicestershire. Les Allemands ont usé d’un « cheval de Troie » en lançant une colonne blindée menée par un Valentine capturé en état de fonctionner. Les Panzer écrasent les positions d’infanterie et, en quelques minutes, les Allemands ont pénétré au sein du dispositif défensif anglais. Ils sont déjà sur les positions de la 26thArmoured Brigade. Les véhicules incendiés illuminent le champ de bataille, détachant les silhouettes des engins encore intacts du fond nocturne. Les tanks des Lothians, en pleine opération de ravitaillement en essence, sont dans l’incapacité de faire pivoter leurs tourelles. Le 17th/21st Lancers est plus heureux : un camion anglais en flamme illumine une colonne allemande et trois Panzer sont touchés coup sur coup. La mêlée est toutefois confuse, le combat acharné. La surprise passée, la riposte britannique gagne en cohésion. Des blindés allemands, dévoilés par des fusées Very, sont pris à partie à bout portant par des 25 pounder et les antichars encore en action. Les Panzergrenadiere étant d’affronter les fantassins anglais et les positions d’artillerie éparpillées de part et d’autre de la route, les Panzer sont en effet esseulés.
Le cours de l’affrontement commence à se renverser en faveur de la « Nick Force ». Après trois heures de combat, la 10. Panzer-Division se retire sur la crête que tenait le 2nd/5th Leicestershire (réduits à 40 hommes). Il s’ensuit une mêlée confuse de trois heures. Les Allemands se retirent certes, mais non sans avoir capturé 700 Britanniques et détruit 38 chars et 28 canons pour la perte de 15 Panzer touchés.
Rommel est tenu en échec. S’il avait continué son assaut et forcé le cordon anglais, il n’aurait trouvé à Thala qu’un bataillon français mal armée et mal équipé… Mais le répit n’est peut-être que de courte durée. Les hommes restent aux aguets, les sens en alerte… On s’attend à ce que l’ennemi revienne en force, aussi les Royal Engineers s’empressent-ils de placer des charges de démolition sur les Panzer abandonnés sur le champ de bataille pour les faire sauter : au moins, ils ne seront pas récupérables par les soldats de Rommel…
Nicholson racle les fonds de tiroirs et expédie en première ligne tout le personnel de l’arrière : cuisiniers, conducteurs, personnel administratif, de la logistique et de la maintenance… Pourtant, sa situation s’améliore sensiblement. Si attend encore les Sherman venant de Sbiba, l’artillerie américaine de la 9th Infantry Division est enfin arrivée. Le général Le Roy Irwin apporte avec lui 48 canons et 2 500 hommes.
Le Brigadier Nicholson comprend qu’à l’évidence sa position n’est pas assurée pour autant. L’ennemi, sur la crête, occupe une position favorable qui domine le secteur. Il faut la lui reprendre. Quelques blindés de renfort sont livrés aux Lothians du lieutenant-colonel Blake par un Delivery Squadronet affectés à des équipages épuisés qui viennent de survivre à un coup au but la veille… C’est à Blake, avec ses dix malheureux tanks, qu’échoie la terrible mission de repousser l’ennemi de la crête. Une opération suicide, qui n’a que peu de chance de succès. L’officier ne s’en cache pas à ses hommes : « Je doute que l’un d’entre nous en revienne ». L’attaque est lancée à cinq heures du matin et fait long feu : sept des dix engins sont promptement détruits et l’assaut cesse…
Un échec ? En fait, survenant après que la percée de la nuit ait été endiguée, cette attaque des Lancers démontre de la combattivité des Britanniques, qui surprend Broich. Pis, les salves d’artillerie gagnent en intensité. L’assaut prévu pour le matin n’est donc pas lancé. Sur les autres axes de poussée de l’offensive germano-italienne, l’Afrika-Korps est bloqué sur la route de Tébessa et la 21. Panzer-Division à Sbiba. Rommel est convaincu que tout espoir s’est envolé. L’offensive est suspendue.
A Thala, les défenseurs, de nouveau renforcés, n’en ont pas conscience. Ils ont remporté un beau succès sur l’élite de l’armée allemande en Afrique, un succès qui repose avant tout sur le formidable engagement de la 24th Armoured Brigade de Dunphie.
Benoît Rondeau Copyright
Thala, 22-23 février 1943
Vers 16 heures, le 20 février 1943, Erwin Rommel perce enfin définitivement le cordon défensif américain de la passe de Kasserine. Alors que le Kampfgruppe de l’Afrika-Korps oblique vers Tébessa, via le Djebel el Hamra, le Kamfgruppe de la 10. Panzer-Division évolue sur le flanc droit et prend la direction de Thala, petite bourgade dont il doit s’emparer avant de foncer sur Le Kef, objectif assigné au « Renard du Désert ». Au débouché du col, la 10. Panzer-Division se heurte à la « Gore Force » (11 chars de la 26th Armoured Brigade, des Portees de 6 pounder et des pièces d’artillerie), venue renforcer les GI’s. Pour les Anglais, la lutte est inégale mais vaillante. Repoussés, ayant perdus tous leurs tanks et un antichar, les Britanniques se sont repliés à la nuit tombée de six kilomètres sur une position où les renforcent quatre M3 Lee américains. A 2 heures du matin, les Allemands reprennent leur avance, certes inexorable, mais ralentie depuis la veille par une poignée de Britanniques déterminés, en particulier le C Squadron des Lothians. Les survivants tentent de rejoindre les lignes britanniques.
Ce temps précieux est mis à profit pour la mise en défense de Thala par le reste de la 26th Armoured Brigade (6th Armoured Division) du Brigadier Dunphie, soit 50 tanks. La seule infanterie disponible consiste en la 10th Rifle Brigade, moins sa section antichar, mais le 2nd/5th Leicestershire de la 46th Division est en route, tout juste débarqué d’Algérie. La situation est critique : si Thala tombe tandis que les Américains sont repoussés au Djebel el Hamra, toutes les positions alliées en Tunisie seraient menacées.
Dunphie doit de nouveau gagner du temps pour permettre le renforcement de la position-clé de Thala. Sa mission est de retarder Rommel au moins jusqu’à 18 heures. Au petit jour, le 21 février, les deux régiments de la 26th Armoured Brigade –17th/21st Lancers et Lothians and Border Horse– se déploient dans les collines hors de la ville, sur une crête à 25 kilomètres au sud de celle-ci. Quelques kilomètres en arrière des tanks, deux batteries de 24 pounder (F Battery du 12th RHA et 450th Battery du 71st Field Regiment RHA). 20 kilomètres en arrière, l’ultime position défensive à tenir sans esprit de recul est occupée par le reliquat du 12th RHA ainsi que le 2nd/5th Leicestershire. Devant les tankistes britanniques, qui ont positionnés leurs tanks en « hull-down » (à défilement de tourelles), un terrain ouvert, traversé tous les deux kilomètres environ par de légères ondulations dans le sens est-ouest. Dunphie sait qu’il ne dispose d’aucune réserve, que ses Valentine et Crusader sont surclassés par les Panzer et que les chances sont minces…
Ce n’est qu’en début d’après-midi que le contact est établi avec l’ennemi. Le lieutenant Waterston observe le spectacle de son Crusader, découvrant la masse impressionnante de l’ennemi, qui lui semble déployé comme à la parade. L’attaque débute vers 16 heures. Quelques échanges de tirs infructueux opposent quelques huit roues Sd. Kfz. 233 aux tanks. Très vite, six blindés du A Squadron 17th/21st Lancers sont toutefois incendiés. Dunphie, microphone en mains à bord de son scout car Daimler Dingo, reste calme pendant toute l’action. L’armement inférieur des Britanniques les obligent à manoeuvrer sans cesse pour trouver un couvert et tenter des frappes de flanc et à courte distance, les obligeant à reculer de crête en crête ou de colline en colline. Des obus fumigènes sont tirés pour masquer ces redéploiements. Les Panzer, soutenus par des Semonventi (du DLVII Gruppo), sont également supérieur en nombre et peuvent tenter des mouvements enveloppant. A chaque bond en arrière, quelques tanks anglais en moins, carcasses fumantes abandonnées dans le désert… Après une heure de combat, un premier repli est effectué, avec 15 chars en moins… Les tankistes qui survivent tentent de s’extirper de l’enfer : lorsque le sergent Antonio et ses compagnons avise un Bren Carrier redescendant la route à vive allure en compagnie du Dingo de Dumphie et d’un Crusader, il se juche sur la chenillette, portant le nombre d’homes transportés à treize…
Les Allemands tiennent à dessin leurs adversaires à longue portée, sachant que la distance est à leur avantage. Les Valentine et les Crusader mettent à profit le moindre bosquet de cactus, le moindre oued et le moindre repli de terrain pour se dissimuler autant que faire se peut. Quant au 25 pounder, ils font leur possible pour causer des pertes au sein des rangs de Panzergrenadiere.
L’ordre général est perdu et ce sont des actions individuelles qui se multiplient. L’air est strié des lueurs des obus et balles traçantes, ainsi que de la traînée nébuleuse des fumigènes, tandis que le souffle des explosions, les blindés qui se consument et les nuages de poussière ajoutent à la confusion inhérente à chaque champ de bataille. Le lieutenant-colonel Hamilton-Russell, le commandant du 17th/21st Lancers, perd deux « montures » sous sa direction, mais il rejoint à chaque fois un nouveau Valentine depuis lequel il continue à diriger son bataillon.
Rommel, présent sur le champ de bataille, se montre d’abord satisfait. Il compte 17 chars anglais détruits. Il se fourvoie en imaginant que les Crusader qu’il inspecte (des images immortalisées par le service de la Propagande) et qui affrontent ses Panzer sont armés de 75 mm, puisque ce sont en fait des 6 pounderde 57 mm. Peut-être est-il induit en erreur par les Crusader « close support » de 3 inch de 76 mm qui participent au combat. Toutefois, il presse de nouveau Broich, le Kommandeur de la 10. Panzer-Division. La 26th Armoured Brigade est menacée d’annihilation.
L’ennemi étant trop puissant et certainement plus qu’escompté, Dunphie, sa mission retardatrice menée à bien, décide de replier ses derniers chars et antitanks à l’abri de l’ultime ligne de défense établie à proximité de Thala. Ses deux régiments blindés ont soufferts, particulièrement les Lothians. La nuit enveloppe alors le champ de bataille. On rameute des renforts d’où qu’il est possible de dénicher des combattants pour défendre Thala, tâche assumée par la « Nick Force », du nom du Brigadier Nicholson, le commandant en second de la 6th Armoured Division : des antichars de la 229th Antitank Battery du 58th Antitank Regiment RA, des 25 pounder du 90/100th Field Battery du 23rd Army Field Regiment RA, des mortiers de 4,2 inch de la 86th Chemical Warfare Company RE, ainsi que six pièces antichars américaines de 37 mm. C’est avec ces forces que les fantassins de la 10th Rifle Brigade et du 2nd/5th Leicestershire,soutenus pat l’artillerie et les restes de la 26th Armoured Brigade, doivent impérativement stopper Rommel. D’autres renforts sont attendus, l’artillerie de la 9th US Infantry Division (qui sont dépêchés depuis la Maroc !) et Sherman du 16th/5th Lancers (depuis Sbiba où la 21. Panzer-Division est tenue en échec), mais il ne seront pas en lice avant le lendemain au mieux…
La nuit sera longue et décisive. Abrités derrière un cordon de mines dans leurs trous d’hommes et leurs positions d’armes lourdes, les Britanniques sont aux aguets. Une partie des 25 pounder est déployée dans un rôle antichar, les autres pièces étant dédiée à leur de soutien d’artillerie originel. Du côté des Lothians et des Lancers, les équipages exténués et quelques peu démoralisés par les pertes subies, procèdent au ravitaillement en carburant et en munitions. Ils n’alignent plus que deux douzaines de tanks en état de marche. Quelque repos ? Enfin ?
Il n’en est rien : des tirs et des balles et obus traçants brisent la quiétude nocturne ne direction des positions de l’infanterie, à moins de deux kilomètres des positions de l’artillerie et des tanks: l’ennemi attaque de nouveau, prenant la « Nick Force » par surprise. Le poids de l’attaque porte sur les bleus du 2nd/5th Leicestershire. Les Allemands ont usé d’un « cheval de Troie » en lançant une colonne blindée menée par un Valentine capturé en état de fonctionner. Les Panzer écrasent les positions d’infanterie et, en quelques minutes, les Allemands ont pénétré au sein du dispositif défensif anglais. Ils sont déjà sur les positions de la 26th Armoured Brigade. Les véhicules incendiés illuminent le champ de bataille, détachant les silhouettes des engins encore intacts du fond nocturne. Les tanks des Lothians, en pleine opération de ravitaillement en essence, sont dans l’incapacité de faire pivoter leurs tourelles. Le 17th/21st Lancers est plus heureux : un camion anglais en flamme illumine une colonne allemande et trois Panzer sont touchés coup sur coup. La mêlée est toutefois confuse, le combat acharné. La surprise passée, la riposte britannique gagne en cohésion. Des blindés allemands, dévoilés par des fusées Very, sont pris à partie à bout portant par des 25 pounder et les antichars encore en action. Les Panzergrenadiere étant d’affronter les fantassins anglais et les positions d’artillerie éparpillées de part et d’autre de la route, les Panzer sont en effet esseulés.
Le cours de l’affrontement commence à se renverser en faveur de la « Nick Force ». Après trois heures de combat, la 10. Panzer-Division se retire sur la crête que tenait le 2nd/5th Leicestershire (réduits à 40 hommes). Il s’ensuit une mêlée confuse de trois heures. Les Allemands se retirent certes, mais non sans avoir capturé 700 Britanniques et détruit 38 chars et 28 canons pour la perte de 15 Panzer touchés.
Rommel est tenu en échec. S’il avait continué son assaut et forcé le cordon anglais, il n’aurait trouvé à Thala qu’un bataillon français mal armée et mal équipé… Mais le répit n’est peut-être que de courte durée. Les hommes restent aux aguets, les sens en alerte… On s’attend à ce que l’ennemi revienne en force, aussi les Royal Engineers s’empressent-ils de placer des charges de démolition sur les Panzer abandonnés sur le champ de bataille pour les faire sauter : au moins, ils ne seront pas récupérables par les soldats de Rommel…
Nicholson racle les fonds de tiroirs et expédie en première ligne tout le personnel de l’arrière : cuisiniers, conducteurs, personnel administratif, de la logistique et de la maintenance… Pourtant, sa situation s’améliore sensiblement. Si attend encore les Sherman venant de Sbiba, l’artillerie américaine de la 9th Infantry Division est enfin arrivée. Le général Le Roy Irwin apporte avec lui 48 canons et 2 500 hommes.
Le Brigadier Nicholson comprend qu’à l’évidence sa position n’est pas assurée pour autant. L’ennemi, sur la crête, occupe une position favorable qui domine le secteur. Il faut la lui reprendre. Quelques blindés de renfort sont livrés aux Lothians du lieutenant-colonel Blake par un Delivery Squadronet affectés à des équipages épuisés qui viennent de survivre à un coup au but la veille… C’est à Blake, avec ses dix malheureux tanks, qu’échoie la terrible mission de repousser l’ennemi de la crête. Une opération suicide, qui n’a que peu de chance de succès. L’officier ne s’en cache pas à ses hommes : « Je doute que l’un d’entre nous en revienne ». L’attaque est lancée à cinq heures du matin et fait long feu : sept des dix engins sont promptement détruits et l’assaut cesse…
Un échec ? En fait, survenant après que la percée de la nuit ait été endiguée, cette attaque des Lancers démontre de la combattivité des Britanniques, qui surprend Broich. Pis, les salves d’artillerie gagnent en intensité. L’assaut prévu pour le matin n’est donc pas lancé. Sur les autres axes de poussée de l’offensive germano-italienne, l’Afrika-Korps est bloqué sur la route de Tébessa et la 21. Panzer-Division à Sbiba. Rommel est convaincu que tout espoir s’est envolé. L’offensive est suspendue.
A Thala, les défenseurs, de nouveau renforcés, n’en ont pas conscience. Ils ont remporté un beau succès sur l’élite de l’armée allemande en Afrique, un succès qui repose avant tout sur le formidable engagement de la 24th Armoured Brigade de Dunphie.
« JAKE » EASONSMITH
ENRICO FRATTINI
HENRY FOOTE
GEORGE GUNN
GIACOMO COLOTTO