Benoît Rondeau Copyright
Deir Alinda, 3-4 septembre 1942
Le 2 septembre 1942, la défaite d’Alam Halfa consommée, Rommel ordonne le repli de sa Panzerarmee Afrika, à la grande consternation de ses subordonnées. Une attaque en force et déterminée de la 8th Army depuis Alam Nayil en direction du mont Himeimat permettrait de convertir ce succès défensif en victoire majeure par la destruction de l’Afrikakorps et des divisions blindées italiennes Ariete et Littorio, qui seraient isolées… las, Montgomery se contente de demi-mesures, même si Bernard Freyberg, le commandant de la 2nd New Zealand Division, entend bien saisir toute opportunité qui se présenterait pour exploiter tout succès qui se présenterait. L’opération « Beresford » est avant tout le fait de la 132nd Brigade de la 44th ID, appuyée, outre par l’artillerie, par les Valentine du 46 RTR et soutenue sur ses flancs par les 5th et 6th New Zealand Brigades et le 50 RTR. Cette opération, loin de constituer un assaut majeur pouvant mettre en péril l’armée de Rommel, vise à la conquête préalable de quelques crêtes…
En face, dans la zone de Deir Alinda, la zone principale se situant dans l’axe d’attaque, le front est tenu par des groupements de la division parachutiste d’élite italienne : la « Folgore » Plus à l’est, les lignes de l’Axe sont tenues par la division Trieste et par une autre formation solide : les Fallschirmjäger de la Brigade Ramcke, soit les homologues allemands des valeureux paracadustisti italiens. Le dispositif germano-italien est complété par des éléments de la 90. Leichte-Afrika-Division.
L’offensive « Beresford » est déclenchée dans la soirée du 22 septembre par 4 000 assaillants soutenus par 12 tanks du 46 RTR. L’assaut de diversion de la 6th New Zealand Brigade du Brigadier Clifton décime un bataillon de la « Brescia » surpris dans son sommeil. Si tout semble se présenter sous les meilleurs auspices pour les assaillants, la dynamique de l’offensive ne tarde pas à se gripper lorsque les Britanniques prennent contact avec la redoutable « Folgore », les premiers engagés étant le IX° et X° Battaglioni du 187° Reggimento. Les paras retiennent d’abord leurs tirs, pensant avoir affaire à des camarades allemands occupés à poser des mines. Une fusée éclairante, révélant la silhouette si caractéristique du casque anglais, a tôt fait d’établir la méprise, mais il est trop tard pour plusieurs nids de mitrailleuses où, comble de malchance les Breda s’enraillent toutes en même temps… L’initiative est cependant reprise par les paras italiens grâce à l’entrée en action des armes lourdes : mortiers de 81 mm et antichars de 47/32, qui mettent plusieurs coups au but sur les Valentine. La situation s’avère cependant tendue pour les Italiens du fait de multiples infiltrations, mais une énergique contre-attaque a raison de groupes d’assaillants qui, isolés, sont contraints de se rendre. Le major Rossi, qui dirige le IX° Battaglione,insiste pour que les communication soient assurée, au besoin au moyen d’estafettes, condition sine qua non d’une défense efficace et coordonnée. Dans le camp adverse, le QG de la 132nd Brigade perd au contraire le contact avec deux bataillons du Royal West Kent (RWK). La confusion est alors à son comble dans les rangs britanniques. Alors que de petits groupes regagnent les lignes de la 8th Army, le gros des effectifs poursuit la lutte dans des conditions défavorables, en terrain découvert, avec un courage et une détermination qui ne sont pas sans forcer l’admiration des paras de la « Folgore ». Du côté du 2nd Buffs, la troupe manque d’élan et l’unité regagne sa ligne de départ après avoir essuyé une centaine de pertes face aux Fallschirmjäger.
Le danger est plus imminent en secteur néo-zélandais, là où attaque le 27th NZ Bn. Les Transalpins sont établis dans des « foxholes » ou des points d’appuis assez dispersés, ce qui facilite la tâche des assaillants qui, baïonnette au canon, en viennent au corps à corps, grenades à l’appui. Amleto Carugno, le commandant du X° Battaglione, est tué, sort partagé plus tard dans la nuit par son homologue au IX°Battaglione, le major Rossi, pistolet au point mais qui reste témérairement exposé, négligeant de se mettre à couvert. Une poignée de Néo-Zélandais –une soixantaine d’hommes- s’enfonce profondément dans les lignes, trop peu pour mettre sérieusement en péril la ligne de front à eux seuls, mais suffisamment pour représenter une nuisance. La défense s’organise cependant et les opérations de ratissage ont raison des intrus. Mais les combats font rage par ailleurs, particulièrement dans le secteur de la « Trieste », et des Maoris du 26th NZ Bn se sont faufilés entre les mailles des défenses par ailleurs copieusement bombardées. Ces soldats d’élite des antipodes en viennent aux mains avec les paras italiens : une confrontation acharnée qui cause des pertes sensibles de part et d’autre, jusqu’à ce que les paracadutista prennent le dessus et refoulent les assaillants.
Alors que les deux camps se réorganisent, les paras de la « Folgore » procédant à l’évacuation et à la mise à l’abri des blessés et des prisonniers, le Brigadier Clifton, qui est à la tête de la 6th New Zealand Brigade, décide de se rendre en personne en première ligne afin d’établir clairement a situation. Soudain, alors que l’officier est montée à bord d’une jeep avec deux de ses hommes, des Italiens de la « Folgore », menés par le tenente Dezza, surgissent de la nuit et capturent les imprudents qui se sont jetés tout seuls dans la gueule du loup. Clifton ne se laisse pas désemparer et tente un coup de bluff en prétendant être venu demander la reddition des Italiens, alors qu’une attaque de tanks serait sur le point de survenir. Subterfuge qui est répété devant le tenente colonnello Camosso et qui ne prend pas, Camosso à qui on avait présenté Clifton comme « un cuistre coiffé d’une casquette de chef de gare »… Le Néo-Zélandais tentera en vain d’obtenir des Allemands d’être leur captif… Plus que la capture d’un Brigadier, l’intérêt d’avoir fait prisonnier Clifton réside dans les documents qu’il avait imprudemment avec lui.
Lorsque l’aube point, la défaite de Freyberg est consommée. Les pertes de la « Folgore » seraient de 124 tués et 110 blessés, soit 20% des effectifs engagés, ce qui représente une proportion importante. La fatigue accumulée, l’inexpérience de beaucoup pour lesquels l’affrontement a représenté le baptême du feu, ainsi qu’un certain panache suranné, peuvent expliquer ces pertes sensibles. Les Britanniques accusent la perte de plus de 700 hommes, dont au moins 200 capturés. Le choc principal a été soutenu par les Italiens, en particulier ceux de la « Folgore », qui n’ont eu nul besoin d’être corseté ou « moralement » soutenu par leurs camarades allemands pour remporter la victoire, contrairement à ce que l’a laissé entendre la vulgate relatant l’épopée de la 8th Army depuis lors. Le premier combat d’envergure de la « Folgore » confirme la valeur de l’unité, qui sera confirmé dans les événements à venir, particulièrement au cours de la deuxième bataille d’El Alamein. Si le fait d’armes italien est incontestable, il semble évident que Bernard Montgomery a laissé passer une opportunité de changer la face de la campagne en ne lançant pas ses blindés en masse dans une zone fort démunie en moyens antichars alors même que les unités motorisées de la Panzerarmee Afrika, souffrant de pénurie de carburant et de munitions et soumise aux attentions de la Desert Air Force, est en grand péril.
Benoît Rondeau Copyright
Deir Alinda, 3-4 septembre 1942
Le 2 septembre 1942, la défaite d’Alam Halfa consommée, Rommel ordonne le repli de sa Panzerarmee Afrika, à la grande consternation de ses subordonnées. Une attaque en force et déterminée de la 8th Army depuis Alam Nayil en direction du mont Himeimat permettrait de convertir ce succès défensif en victoire majeure par la destruction de l’Afrikakorps et des divisions blindées italiennes Ariete et Littorio, qui seraient isolées… las, Montgomery se contente de demi-mesures, même si Bernard Freyberg, le commandant de la 2nd New Zealand Division, entend bien saisir toute opportunité qui se présenterait pour exploiter tout succès qui se présenterait. L’opération « Beresford » est avant tout le fait de la 132nd Brigade de la 44th ID, appuyée, outre par l’artillerie, par les Valentine du 46 RTR et soutenue sur ses flancs par les 5th et 6th New Zealand Brigades et le 50 RTR. Cette opération, loin de constituer un assaut majeur pouvant mettre en péril l’armée de Rommel, vise à la conquête préalable de quelques crêtes…
En face, dans la zone de Deir Alinda, la zone principale se situant dans l’axe d’attaque, le front est tenu par des groupements de la division parachutiste d’élite italienne : la « Folgore » Plus à l’est, les lignes de l’Axe sont tenues par la division Trieste et par une autre formation solide : les Fallschirmjäger de la Brigade Ramcke, soit les homologues allemands des valeureux paracadustisti italiens. Le dispositif germano-italien est complété par des éléments de la 90. Leichte-Afrika-Division.
L’offensive « Beresford » est déclenchée dans la soirée du 22 septembre par 4 000 assaillants soutenus par 12 tanks du 46 RTR. L’assaut de diversion de la 6th New Zealand Brigade du Brigadier Clifton décime un bataillon de la « Brescia » surpris dans son sommeil. Si tout semble se présenter sous les meilleurs auspices pour les assaillants, la dynamique de l’offensive ne tarde pas à se gripper lorsque les Britanniques prennent contact avec la redoutable « Folgore », les premiers engagés étant le IX° et X° Battaglioni du 187° Reggimento. Les paras retiennent d’abord leurs tirs, pensant avoir affaire à des camarades allemands occupés à poser des mines. Une fusée éclairante, révélant la silhouette si caractéristique du casque anglais, a tôt fait d’établir la méprise, mais il est trop tard pour plusieurs nids de mitrailleuses où, comble de malchance les Breda s’enraillent toutes en même temps… L’initiative est cependant reprise par les paras italiens grâce à l’entrée en action des armes lourdes : mortiers de 81 mm et antichars de 47/32, qui mettent plusieurs coups au but sur les Valentine. La situation s’avère cependant tendue pour les Italiens du fait de multiples infiltrations, mais une énergique contre-attaque a raison de groupes d’assaillants qui, isolés, sont contraints de se rendre. Le major Rossi, qui dirige le IX° Battaglione,insiste pour que les communication soient assurée, au besoin au moyen d’estafettes, condition sine qua non d’une défense efficace et coordonnée. Dans le camp adverse, le QG de la 132nd Brigade perd au contraire le contact avec deux bataillons du Royal West Kent (RWK). La confusion est alors à son comble dans les rangs britanniques. Alors que de petits groupes regagnent les lignes de la 8th Army, le gros des effectifs poursuit la lutte dans des conditions défavorables, en terrain découvert, avec un courage et une détermination qui ne sont pas sans forcer l’admiration des paras de la « Folgore ». Du côté du 2nd Buffs, la troupe manque d’élan et l’unité regagne sa ligne de départ après avoir essuyé une centaine de pertes face aux Fallschirmjäger.
Le danger est plus imminent en secteur néo-zélandais, là où attaque le 27th NZ Bn. Les Transalpins sont établis dans des « foxholes » ou des points d’appuis assez dispersés, ce qui facilite la tâche des assaillants qui, baïonnette au canon, en viennent au corps à corps, grenades à l’appui. Amleto Carugno, le commandant du X° Battaglione, est tué, sort partagé plus tard dans la nuit par son homologue au IX°Battaglione, le major Rossi, pistolet au point mais qui reste témérairement exposé, négligeant de se mettre à couvert. Une poignée de Néo-Zélandais –une soixantaine d’hommes- s’enfonce profondément dans les lignes, trop peu pour mettre sérieusement en péril la ligne de front à eux seuls, mais suffisamment pour représenter une nuisance. La défense s’organise cependant et les opérations de ratissage ont raison des intrus. Mais les combats font rage par ailleurs, particulièrement dans le secteur de la « Trieste », et des Maoris du 26th NZ Bn se sont faufilés entre les mailles des défenses par ailleurs copieusement bombardées. Ces soldats d’élite des antipodes en viennent aux mains avec les paras italiens : une confrontation acharnée qui cause des pertes sensibles de part et d’autre, jusqu’à ce que les paracadutista prennent le dessus et refoulent les assaillants.
Alors que les deux camps se réorganisent, les paras de la « Folgore » procédant à l’évacuation et à la mise à l’abri des blessés et des prisonniers, le Brigadier Clifton, qui est à la tête de la 6th New Zealand Brigade, décide de se rendre en personne en première ligne afin d’établir clairement a situation. Soudain, alors que l’officier est montée à bord d’une jeep avec deux de ses hommes, des Italiens de la « Folgore », menés par le tenente Dezza, surgissent de la nuit et capturent les imprudents qui se sont jetés tout seuls dans la gueule du loup. Clifton ne se laisse pas désemparer et tente un coup de bluff en prétendant être venu demander la reddition des Italiens, alors qu’une attaque de tanks serait sur le point de survenir. Subterfuge qui est répété devant le tenente colonnello Camosso et qui ne prend pas, Camosso à qui on avait présenté Clifton comme « un cuistre coiffé d’une casquette de chef de gare »… Le Néo-Zélandais tentera en vain d’obtenir des Allemands d’être leur captif… Plus que la capture d’un Brigadier, l’intérêt d’avoir fait prisonnier Clifton réside dans les documents qu’il avait imprudemment avec lui.
Lorsque l’aube point, la défaite de Freyberg est consommée. Les pertes de la « Folgore » seraient de 124 tués et 110 blessés, soit 20% des effectifs engagés, ce qui représente une proportion importante. La fatigue accumulée, l’inexpérience de beaucoup pour lesquels l’affrontement a représenté le baptême du feu, ainsi qu’un certain panache suranné, peuvent expliquer ces pertes sensibles. Les Britanniques accusent la perte de plus de 700 hommes, dont au moins 200 capturés. Le choc principal a été soutenu par les Italiens, en particulier ceux de la « Folgore », qui n’ont eu nul besoin d’être corseté ou « moralement » soutenu par leurs camarades allemands pour remporter la victoire, contrairement à ce que l’a laissé entendre la vulgate relatant l’épopée de la 8th Army depuis lors. Le premier combat d’envergure de la « Folgore » confirme la valeur de l’unité, qui sera confirmé dans les événements à venir, particulièrement au cours de la deuxième bataille d’El Alamein. Si le fait d’armes italien est incontestable, il semble évident que Bernard Montgomery a laissé passer une opportunité de changer la face de la campagne en ne lançant pas ses blindés en masse dans une zone fort démunie en moyens antichars alors même que les unités motorisées de la Panzerarmee Afrika, souffrant de pénurie de carburant et de munitions et soumise aux attentions de la Desert Air Force, est en grand péril.
MARIO BALOTTA
DAVID STIRLING
DAVID WHITEHEAD
CHARLES DUNPHIE
« JAKE » EASONSMITH