Lorsque la 7th Armoured Division du général Gott parvient à Gabr el Saleh le 19 novembre 1942, la surprise tactique obtenue par la 8th Army aux premières heures de l’opération « Crusader » est complète. A telle enseigne qu’Erwin Rommel, contredit en ce sens par Ludwig Cruewell, le commandant de l’Afrika-Korps ainsi que par le Comando Supremo, se fourvoie en ne considérant que les mouvements ennemis détectés ne constituent au pire qu’une reconnaissance en force. Les forces de l’Axe ne réagissant pas comme escompté, Gott, quelque peu décontenancé, pense toutefois capitaliser sur le succès apparent en dispersant ses brigades blindées, et ce sans en référer à ses supérieurs: la 4thdemeure en flanc-garde à Gabr el Saleh, la 7th oblique plein nord sur Sidi Rezegh, tandis que la toute fraîche 22nd Armoured Brigadedu Brigadier Scott-Cockburn met cap à l’ouest afin de contrôler le carrefours de pistes de Bir el Gobi, défendu par les Italiens, que les Britanniques, fort dédaigneux à leur endroit, considère ne constituer que du « menu fretin » qu’il sera aisé de disperser…
Le général Gambara, chef du Corpo d’Armata di Manovra, y a déployée la division blindée « Ariete » du général Balotta, alors la meilleure formation italienne sur le front de Libye. Le terrain est désespérément plat, l’oeil n’accrochant que les ruines d’un vieux fortin, ainsi que le puits asséché. Quartorze points d’appuis pour antichars -des 47/32 dotés de nouveau obus perforants à charge creuse, potentiellement redoutables- et mortiers sont occupés par les fantassins du 8o Reggimento Bersaglieri, soutenus par quelques M13/40, l’artillerie et quelques éléments de la milice maritime (doté de pièces de 102/35 montées sur camions FIAT 634N). La première escarmouche survient en début d’après-midi le 18 novembre, lorsque quelques automitrailleuses britanniques du 11th Hussars sont refoulées. Le lendemain matin, la véritable confrontation survient. Trop confiants, après avoir remporté une escarmouches face aux avant-gardes italiennes, les Britanniques se déploient comme pour mener une charge digne des plus belles page de l’histoire de la cavalerie : les 46 Crusader du 2nd Royal Gloucester Hussars et les 45 du 4th County of London Yeomanry (le 3rd County of London Yeomanry n’st que marginalement impliqué dans l’affrontement) vont faire montre d’un amateurisme à la hauteur de leur inexpérience, cette légèreté étant sans nul doute renforcée par la suite de succès spectaculaires remportés face aux Italiens depuis les premiers affrontements de la guerre du désert. Les Britanniques commettent l’erreur insigne de se lancer à l’attaque sans préparation d’artillerie…
La capitaine Taeggi témoigne du spectacle qui s’offre aux Italiens : « L’alarme n’avait pas encore été donnée que les chars apparurent en un ample demi-cercle convergeant sur Bir el Gobi. […] Dès les premières minutes, pas moins d’une vingtaine de chars furent arrêtés au centre, là où le feu convergeait. » Les défenses italiennes sont pour beaucoup parfaitement dissimulées (la plupart des pièces d’artillerie n’occupent pas de positions retranchées), au point que des Crusader pénètrent au sein du dispositif adverse sans même s’en apercevoir. Frappés à bout portant, les tanks sont incendiés les uns après les autres, tandis que d’autres blindés sont percés par les perforants des 102/35 de marine (unité « Milmart ») portés, ces derniers s’adjugeant le score d’une quinzaine d’engins britanniques. Les pertes sont cependant sensibles dans le camp italien, comme au III Battaglione Motorciclisti qui est balayée, le 4th County of London Yeomanry esquissant un mouvement d’enveloppement qui semble pouvoir aboutir.
Balotta réagit fermement et avec circonspection en lançant une contre-attaque à ce moment précis, vers 13h30, soit un peu plus d’une heure après les premiers combats. 65 M13/40 du 132o Reggimento Carristi, suivis de motocyclistes qui n’auront de cesse de zigzaguer avec courage entre les blindés (qui faisant office d’infirmiers, qui de pourvoyeurs, etc),se lancent dans une mêlée furieuse. Les Crusader, supérieurs en nombre, se portent à la rencontre de ce nouvel adversaire valeureux, négligeant peut-être quelque peu les antichars dont les tirs précis demeurent redoutables, alors même que les deux régiments de chars anglais sont esseulés, l’infanterie d’accompagnement n’étant pas engagée en étroite coopération avec les tanks. Les tankistes italiens ne se ménagent pas. Le sergent Curtarelli, des Bersaglieri, témoigne du courage des défenseurs italiens : « J’entends l’aboiement continu de son de son canon de 47/32 [il évoque la pièce servie par le sergent Carbognani]. Un char en flammes…un deuxième… le sixième est sur lui, touché aux chenilles, mais l’engin continue à ferrailler, prenant de plein fouet le sous-officier et son canon. » Le lieutenant Zacchei n’hésite pas, de son côté, à jeter une grenade dans la tourelle d’un Crusader, un geste qui aurait été salué par des prisonniers à l’issue des combats. Des hommes n’hésitent pas à se ruer sur les engins endommagés pour en extraire des obus dont les M13/40 encore en lice ont impérativement besoin. Les Italiens tiennent le choc, mieux : ils repoussent la 22nd Armoured Brigade, et l’appui de l’artillerie s’avère insuffisant pour permettre aux Britanniques de remporter le combat. Lorsque le crépuscule envahit le champ de bataille de Bir el Gobi, la victoire appartient donc aux Italiens. Comme les Britanniques à Beda Fomm, les antichars italiens ont tenu le choc des vagues successives de chars adverses, l’intervention des blindés transalpins s’avérant également aussi décisive que celle des Britanniques lors de la bataille qui avait scellé le sort de la XaArmata en février 1941. Le bilan est sévère pour les Britanniques : entre 50 et 57 engins sont endommagés ou détruits, et ils ne sont pas restés maîtres du terrain…Cela signifie donc que le tiers du parc blindé de la 22ndArmoured Brigade est perdu avant même d’avoir affronté l’Afrika-Korps, dont la destruction est pourtant l’objectif premier assigné au XXX Corps par le général Cunningham. L’exploit des Italiens est donc conséquent. L’ « Ariete » accuse des pertes du même ordres, avec 34 chars détruits et 15 autres réparables. 9 canons antichars sont détruits. Les pertes se limitent à 200 hommes, environ.
L’échec ne constitue pas seulement un camouflet pour les Britanniques, alors qu’il témoigne de la valeur des troupes italiennes. Il signifie également que la 7th Armoured Division et la XXX Corps vont devoir consacrer une part non négligeable de leurs moyens à assurer une flanc-garde sur l’aile gauche, et ce au détriment d’événements autrement plus importants pour la suite de l’opération « Crusader », qui surviennent à Gabr el Saleh et, surtout, à Sidi Rezegh. Bir el Gobi ne tombera pas. Le carrefour de piste sera le cadre d’un second affrontement d’envergure en décembre, au cours duquel le Corpo d’Armata di Manovra du général Gambarra et des éléments de la Giovanni Fascisti soutiennent de nouveau le choc des assauts britannique.
Benoît Rondeau Copyright
Bir el Gobi, 19 novembre 1941
Lorsque la 7th Armoured Division du général Gott parvient à Gabr el Saleh le 19 novembre 1942, la surprise tactique obtenue par la 8th Army aux premières heures de l’opération « Crusader » est complète. A telle enseigne qu’Erwin Rommel, contredit en ce sens par Ludwig Cruewell, le commandant de l’Afrika-Korps ainsi que par le Comando Supremo, se fourvoie en ne considérant que les mouvements ennemis détectés ne constituent au pire qu’une reconnaissance en force. Les forces de l’Axe ne réagissant pas comme escompté, Gott, quelque peu décontenancé, pense toutefois capitaliser sur le succès apparent en dispersant ses brigades blindées, et ce sans en référer à ses supérieurs: la 4th demeure en flanc-garde à Gabr el Saleh, la 7th oblique plein nord sur Sidi Rezegh, tandis que la toute fraîche 22nd Armoured Brigadedu Brigadier Scott-Cockburn met cap à l’ouest afin de contrôler le carrefours de pistes de Bir el Gobi, défendu par les Italiens, que les Britanniques, fort dédaigneux à leur endroit, considère ne constituer que du « menu fretin » qu’il sera aisé de disperser…
Le général Gambara, chef du Corpo d’Armata di Manovra, y a déployée la division blindée « Ariete » du général Balotta, alors la meilleure formation italienne sur le front de Libye. Le terrain est désespérément plat, l’oeil n’accrochant que les ruines d’un vieux fortin, ainsi que le puits asséché. Quartorze points d’appuis pour antichars -des 47/32 dotés de nouveau obus perforants à charge creuse, potentiellement redoutables- et mortiers sont occupés par les fantassins du 8o Reggimento Bersaglieri, soutenus par quelques M13/40, l’artillerie et quelques éléments de la milice maritime (doté de pièces de 102/35 montées sur camions FIAT 634N). La première escarmouche survient en début d’après-midi le 18 novembre, lorsque quelques automitrailleuses britanniques du 11th Hussars sont refoulées. Le lendemain matin, la véritable confrontation survient. Trop confiants, après avoir remporté une escarmouches face aux avant-gardes italiennes, les Britanniques se déploient comme pour mener une charge digne des plus belles page de l’histoire de la cavalerie : les 46 Crusader du 2nd Royal Gloucester Hussars et les 45 du 4th County of London Yeomanry (le 3rd County of London Yeomanry n’st que marginalement impliqué dans l’affrontement) vont faire montre d’un amateurisme à la hauteur de leur inexpérience, cette légèreté étant sans nul doute renforcée par la suite de succès spectaculaires remportés face aux Italiens depuis les premiers affrontements de la guerre du désert. Les Britanniques commettent l’erreur insigne de se lancer à l’attaque sans préparation d’artillerie…
La capitaine Taeggi témoigne du spectacle qui s’offre aux Italiens : « L’alarme n’avait pas encore été donnée que les chars apparurent en un ample demi-cercle convergeant sur Bir el Gobi. […] Dès les premières minutes, pas moins d’une vingtaine de chars furent arrêtés au centre, là où le feu convergeait. » Les défenses italiennes sont pour beaucoup parfaitement dissimulées (la plupart des pièces d’artillerie n’occupent pas de positions retranchées), au point que des Crusader pénètrent au sein du dispositif adverse sans même s’en apercevoir. Frappés à bout portant, les tanks sont incendiés les uns après les autres, tandis que d’autres blindés sont percés par les perforants des 102/35 de marine (unité « Milmart ») portés, ces derniers s’adjugeant le score d’une quinzaine d’engins britanniques. Les pertes sont cependant sensibles dans le camp italien, comme au III Battaglione Motorciclisti qui est balayée, le 4th County of London Yeomanry esquissant un mouvement d’enveloppement qui semble pouvoir aboutir.
Balotta réagit fermement et avec circonspection en lançant une contre-attaque à ce moment précis, vers 13h30, soit un peu plus d’une heure après les premiers combats. 65 M13/40 du 132o Reggimento Carristi, suivis de motocyclistes qui n’auront de cesse de zigzaguer avec courage entre les blindés (qui faisant office d’infirmiers, qui de pourvoyeurs, etc), se lancent dans une mêlée furieuse. Les Crusader, supérieurs en nombre, se portent à la rencontre de ce nouvel adversaire valeureux, négligeant peut-être quelque peu les antichars dont les tirs précis demeurent redoutables, alors même que les deux régiments de chars anglais sont esseulés, l’infanterie d’accompagnement n’étant pas engagée en étroite coopération avec les tanks. Les tankistes italiens ne se ménagent pas. Le sergent Curtarelli, des Bersaglieri, témoigne du courage des défenseurs italiens : « J’entends l’aboiement continu de son de son canon de 47/32 [il évoque la pièce servie par le sergent Carbognani]. Un char en flammes…un deuxième… le sixième est sur lui, touché aux chenilles, mais l’engin continue à ferrailler, prenant de plein fouet le sous-officier et son canon. » Le lieutenant Zacchei n’hésite pas, de son côté, à jeter une grenade dans la tourelle d’un Crusader, un geste qui aurait été salué par des prisonniers à l’issue des combats. Des hommes n’hésitent pas à se ruer sur les engins endommagés pour en extraire des obus dont les M13/40 encore en lice ont impérativement besoin. Les Italiens tiennent le choc, mieux : ils repoussent la 22nd Armoured Brigade, et l’appui de l’artillerie s’avère insuffisant pour permettre aux Britanniques de remporter le combat. Lorsque le crépuscule envahit le champ de bataille de Bir el Gobi, la victoire appartient donc aux Italiens. Comme les Britanniques à Beda Fomm, les antichars italiens ont tenu le choc des vagues successives de chars adverses, l’intervention des blindés transalpins s’avérant également aussi décisive que celle des Britanniques lors de la bataille qui avait scellé le sort de la Xa Armata en février 1941. Le bilan est sévère pour les Britanniques : entre 50 et 57 engins sont endommagés ou détruits, et ils ne sont pas restés maîtres du terrain…Cela signifie donc que le tiers du parc blindé de la 22nd Armoured Brigade est perdu avant même d’avoir affronté l’Afrika-Korps, dont la destruction est pourtant l’objectif premier assigné au XXX Corps par le général Cunningham. L’exploit des Italiens est donc conséquent. L’ « Ariete » accuse des pertes du même ordres, avec 34 chars détruits et 15 autres réparables. 9 canons antichars sont détruits. Les pertes se limitent à 200 hommes, environ.
L’échec ne constitue pas seulement un camouflet pour les Britanniques, alors qu’il témoigne de la valeur des troupes italiennes. Il signifie également que la 7th Armoured Division et la XXX Corps vont devoir consacrer une part non négligeable de leurs moyens à assurer une flanc-garde sur l’aile gauche, et ce au détriment d’événements autrement plus importants pour la suite de l’opération « Crusader », qui surviennent à Gabr el Saleh et, surtout, à Sidi Rezegh. Bir el Gobi ne tombera pas. Le carrefour de piste sera le cadre d’un second affrontement d’envergure en décembre, au cours duquel le Corpo d’Armata di Manovra du général Gambarra et des éléments de la Giovanni Fascisti soutiennent de nouveau le choc des assauts britannique.
Independant Tank Battalions en Normandie. Premiers combats, juin 1944.
LE “TOMMY” EN NORMANDIE. LE QUOTIDIEN.
Avril-mai 1943, l’offensive et la victoire finale des Alliés. “Strike” et “Vulcan”
Avril 1943, échec à Foundouk
Avril 1943, l’oued Akarit