A ce stade de la guerre, les patrouilles du LRDG sont bien plus aptes et équipés pour mener des actions offensives de type commandos qu’au début de la guerre du désert, lorsque leurs missions étaient avant tout de patrouilles, de renseignements et d’opérations diverses sur les arrières de l’ennemi.
En septembre 1942, le LRDG se voit confier une mission –l’opération « Caravan »- pourtant caractéristique des raids du SAS : l’attaque d’un aérodrome, en l’occurrence celui de Barce, base de la Regia Aeronautica. L’aérodrome abrite les appareils de la 35ème escadre de bombardement, soit essentiellement des trimoteurs Cant Z 1007, ainsi qu’une escadrille de reconnaissance, dotée principalement de bimoteurs Caproni Ca. 311. Les défenses terrestres comprennent une compagnie de police italienne avec des automitrailleuses AB 41, une section de Giovani Fascisti, une compagnie de carabiniers, un bataillon de mitrailleurs, une batterie d’artillerie, une compagnie de chars légers L3/35, ainsi que plusieurs escadrons de cavaliers libyens.
« Caravan » se déroule dans le cadre d’une vaste série d’opérations menées de façon concomitante par l’ensemble des forces spéciales. Des plans détaillés pour des raids de grande envergure contre Tobrouk et Benghazi sont donc mis au point au QG du Caire. Les raiders du SAS et du LRDG n’interviendront pas seuls, puisque des commandos de la Royal Navy seront débarqués à Tobrouk par des destroyers et des vedettes lance-torpilles. Si cette dernière opération, baptisée « Agreement » est minutieusement conçue, sa mise en application le 13 septembre aboutit à un véritable fiasco. Les Allemands parviennent à couler le croiseur antiaérien HMS Coventry et le destroyer HMS Zulu. Les pertes humaines s’élèvent à 280 marins, 300 Royal Marines et 160 soldats. Le raid sur Benghazi, l’opération « Bigamy », avorte face à un ennemi désormais en alerte et prêt à repousser l’assaillant.
En revanche, le LRDG remporte un de ses plus beaux succès –sinon le plus réussi en matière d’attaques armées- lors du raid lancé sur Barce. L’opération « Caravan » est confiée au major Easonsmith et à sa patrouille T1, constituée de Néo-Zélandais, ainsi qu’à la patrouille G1, issue des Guards, dirigée par le capitaine Timpson. Parmi les accompagnateurs du raid, un certain major Peniakoff, alors officier de renseignement au sein de la Libyan Arab Force, mais qui sera plus connu comme père et commandant d’une nouvelle unité de sabotage surnommé la Popski’s Private Army. Le raid implique de gros moyens : 5 jeeps, 17 Chevrolets et 47 hommes.
L’attaque suppose une marche d’approche de pas moins de 1 800 kilomètres à travers un désert aride, nécessitant de franchir par deux fois l’épais cordon dunaire du Grand Erg oriental, ainsi que différents zones de terrain plus ou moins ardues pour les pneus et les mécaniques des véhicules qui vont être durement sollicités. Afin de faciliter le trajet, la patrouille S du LRDG (des Rhodésiens), ainsi que la Heavy Section du groupe, sont mis à contribution pour établir des dépôts. Ces derniers ne sauraient suffire, aussi les camions et les jeeps sont-ils dûment remplis au maximum de leurs capacités d’emports, munitions et essence en abondance conditionnant le succès ou l’échec final de l’entreprise.
En dépit de l’expérience accumulée depuis 1940, et même avant-guerre, traverser la grande barrière de sable reste une épreuve, réalité qui est mis en exergue par un drame qui survient lorsqu’une jeep se renverse alors qu’il négocie le sommet d’une dune (à vitesse maximale pour éviter l’enlisement). Le conducteur, T. Wann, se brise la colonne vertébrale, tandis que son passager, le capitaine Timson, est blessé à la tête. Les deux hommes doivent être évacués par air, une possibilité depuis que le LRDG s’est dotée d’une Air Section. Un parvient ainsi à atterrir puis à ramener les deux blessés au Caire. Easonsmith confie alors la patrouille G1 au sergent Dennis.
A l’approche de Barce, le 12 septembre, l’environnement change du tout au tout. L’aride désert du Sahara se mue en un paysage agricole, vert et boisé, tout en restant rocailleux, typique du climat méditerranéen. Les raiders sont entrés dans le Djebel Akhdar, la zone montagneuse qui recouvre le nord-ouest de la Cyrénaïque. La prudence et l’expérience témoignent de la qualité d’Easonsmith : ce dernier dissimule un Chevrolet, doté de réserves en eau, vivres et essence suffisantes, dans le secteur de Bir el Gerrari, à près de 100 kilomètres de l’objectif. Il s’agit du point de ralliement pour le groupe à l’issu du raid.
Le lendemain soir, 13 septembre, les véhicules s’ébranlent vers Barce. A Sidi Bu Raui, le poste de police italien est rapidement neutralisé, tandis que les fils téléphoniques sont coupés. Las, la camion de la patrouille T1 emportant la pièce Breda de 20 mm heurte dans l’obscurité le Chevrolet radio : le radiateur hors service, le camion armé du Breda doit être abandonné. Un des deux canons est donc perdu avant même que l’attaque ne soit réellement mise en oeuvre… S’approchant de l’objectif, les commandos du LRDG se dissimulent sous les arbres jusqu’à minuit. L’heure venue, le raid débute…
La patrouille G, menée par Easonsmith et Dennis, surprend les Italiens en plein sommeil dans la ville de Barce. Les casernes sont incendiées à la grenade et balayées par des rafales de 12,7 mm et de mitrailleuses double Browning et Vickers, tandis que le canon de 20 mm Breda cause des dommages considérables aux malheureux Italiens. Tous les dépôts partent en fumée sous l’effet des explosions. Easonsmith incendie deux tanks avec les Vickers de sa jeep, puis, pourchasse un parti d’Italiens entre les arcades d’un marché couvert avant d’incendier un parc de camions. Les raiders provoquent un carnage et laissent un chaos derrière eux.
Pendant ce temps, la patrouille T1 surgit sur la piste de l’aérodrome après en avoir enfoncé la porte. La colonne de cinq Chevrolet roule le long des 30 avions parqués en demi-cercle, les arrosant méthodiquement et copieusement de balles incendiaires et explosives, les appareils qui ne prennent pas feu –pas moins de dix- étant soigneusement détruits à l’aide de bombes à retardement Lewes (du nom de leur inventeur du SAS). La réplique des défenseurs est des plus chaotique et leurs tirs, trop hauts, ne causent aucun dommage aux assaillants, dont les cibles mouvantes sont malaisées à atteindre, d’autant plus que les Italiens craignent de toucher leurs avions en ouvrant le feu sur les camions ennemis qui défilent devant les avions… 23 avions sont détruits ou endommagés, dont 20 bombardiers. Quant aux chars légers L3/35, ils sont postés à l’opposé de l’aérodrome et s’avèrent tout à fait inefficace dans ce combat mené dans l’obscurité. Non contents d’avoir anéanti la 35ème escadre de bombardement, les raiders détruisent le dépôt de carburant ainsi que tous les installations de la base qui se présentent devant eux, illuminées par le formidable incendie qu’ils ont provoqué.
La patrouille T1 ne déplore aucune perte et les cinq Chevrolet foncent à travers la ville, les raiders supposant que leur route d’approche doit être maintenant bloquée. Le choix s’avère malheureux. Deux chars légers italiens sont sur le passage. Eblouis par les phares du camion du capitaine Wilder, les mitrailleurs italiens ratent leur cible, tandis que le Néo-Zélandais emboutit un des deux blindés, qui sont neutralisés à la grenade. Wilder, blessé, a néanmoins réussit à dégager un passage pour les autres camions, qui se faufilent à travers et poursuivent la progression dans la ville. La jeep dans laquelle est monté le capitaine se renverse cependant à un rond-point, le conducteur ne pouvant éviter le trottoir alors qu’il est aveuglé par les tirs de mitrailleuse double de son passager de droite… Les difficultés ne sont pas terminées puisqu’un Autoblinda 41 surgit et met le feu au camion Te Paki III du caporal Craw qui s’écrase contre un abri anti-aérien. L’équipage est capturé, soit six hommes.
Les deux colonnes du raid se rejoignent au rendez-vous convenu de Sidi Selim, mais sont maintenant réduites à dix camions et trois jeeps, un des Chevrolets de la patrouille des Guards s’étant égarés dans l’obscurité. Ils sont alors pris à partie depuis les collines par les cavaliers libyens qui leur tendent une embuscade. Les Chevrolets et les jeeps sont criblés de balles, un des camions devant même changer de pneu sous les tirs, mais, grâce à la puissance de feu de l’armement embarqué, tous les engins parviennent à se frayer un passage.
Le 14 septembre, les raiders se dissimulent en camouflant leurs véhicules sous les arbres et des filets, mis à part le camion radio, immobilisé au sommet d’une colline. Il faut endurer toute la journée les raids de l’aviation italienne, dont les pilotes sont assoiffés de vengeance après l’affront subi la nuit précédente. Les appareils bombardent et effectuent des strafings à l’aveuglette, prenant pour cible les zones où les assaillants auraient pu se réfugier. Les raiders du LRDG ne répliquent pas, afin de ne pas se dévoiler à l’ennemi, mais plusieurs sont blessés dans le processus (Wilder a les deux jambes traversées par des balles) et, pis, la plupart des véhicules sont en flammes… Outre le camion dissimulé à Bir el Gerrani et qu’il faut maintenant récupérer, il ne reste plus qu’un camion et deux jeeps pour emporter en plein désert 33 hommes, dont 11 blessés, alors même que Koufra est à plus de 1 200 kilomètres…
Easonsmith décide de minimiser les risques et divise ses effectifs en quatre groupes. Le 1er groupe, avec le dernier Chevrolet et une jeep, embarquant les blessés, parvient à Bir el Gerrani sous la direction du capitaine Lawson, le médecin qui a accompagné le raid. La jeep a dû être abandonnée, mais, après avoir pris des vivres dans le Chevrolet de secours, le groupe poursuit son chemin avec son camion jusqu’à une piste abandonnée de la RAF. Ils seront trouvés par la patrouille Y du LRDG et les blessés évacués par voie aérienne. Quant au Te Anau II, qui a participé à l’attaque sur l’aérodrome de Barce, il réussit l’exploit de retourner jusqu’à la base de l’oasis de Koufra, avec pas moins de 39 impacts à travers sa carrosserie.
Pendant ce temps, l’autre jeep doit également être réparée, vidée de son huile à la suite d’une rupture de son carter par une roche dans l’obscurité. Après une marche de 130 km, Easonsmith arrive à son tour à Bir el Gerrani. Son groupe est sauvé le 17 après avoir établi la jonction avec la patrouille S des Rhodésiens du LRDG, alors occupés à prendre leur breakfast.
Une dizaine d’hommes sont pourtant restés séparés, menés par le Néo-Zélandais Frank Jopling, lui même blessé à la jambe. La suite s’apparente à une épopée. Au bout de quatre jours de marche dans le désert, le groupe se fragmente, Jopling et un autre raider, le caporal Gutteridge, ralentissant la progression. Ces deux hommes connaissent les affres de la soif dans le désert, le gosier si sec qu’ils en souffrent de la gorge, les contraignant à devoir boire leur propre urine… Le sixième jour, ils sont secourus par un Arabe, qui leur sauve la vie. Jopling souffre cependant de gangrène et, le huitième jour, le médecin arabe auprès duquel on l’a amené est formel : si on ne lui prodigue pas rapidement les soins adéquats, il est perdu. Les deux hommes doivent donc se constituer prisonniers. Deux autres raiders sont également dissimulés chez des Arabes, mais pendant deux mois.
Au final, si 10 hommes sont capturés, l’opération « Caravan » n’a coûté aucune vie humaine aux Britanniques, tandis que les Italiens n’en déplorent que quatre tués. Les pertes matérielles et l’impact moral de l’ensemble des raids menés à la mi-septembre 1942, alors que se prépare la seconde bataille d’El Alamein, n’est pas négligeable : il oblige Rommel et les Italiens à renforcer leurs arrières et à protéger la côte en arrière du front d’El Alamein.
Benoît Rondeau Copyright
Barce, 13 septembre 1942
A ce stade de la guerre, les patrouilles du LRDG sont bien plus aptes et équipés pour mener des actions offensives de type commandos qu’au début de la guerre du désert, lorsque leurs missions étaient avant tout de patrouilles, de renseignements et d’opérations diverses sur les arrières de l’ennemi.
En septembre 1942, le LRDG se voit confier une mission –l’opération « Caravan »- pourtant caractéristique des raids du SAS : l’attaque d’un aérodrome, en l’occurrence celui de Barce, base de la Regia Aeronautica. L’aérodrome abrite les appareils de la 35ème escadre de bombardement, soit essentiellement des trimoteurs Cant Z 1007, ainsi qu’une escadrille de reconnaissance, dotée principalement de bimoteurs Caproni Ca. 311. Les défenses terrestres comprennent une compagnie de police italienne avec des automitrailleuses AB 41, une section de Giovani Fascisti, une compagnie de carabiniers, un bataillon de mitrailleurs, une batterie d’artillerie, une compagnie de chars légers L3/35, ainsi que plusieurs escadrons de cavaliers libyens.
« Caravan » se déroule dans le cadre d’une vaste série d’opérations menées de façon concomitante par l’ensemble des forces spéciales. Des plans détaillés pour des raids de grande envergure contre Tobrouk et Benghazi sont donc mis au point au QG du Caire. Les raiders du SAS et du LRDG n’interviendront pas seuls, puisque des commandos de la Royal Navy seront débarqués à Tobrouk par des destroyers et des vedettes lance-torpilles. Si cette dernière opération, baptisée « Agreement » est minutieusement conçue, sa mise en application le 13 septembre aboutit à un véritable fiasco. Les Allemands parviennent à couler le croiseur antiaérien HMS Coventry et le destroyer HMS Zulu. Les pertes humaines s’élèvent à 280 marins, 300 Royal Marines et 160 soldats. Le raid sur Benghazi, l’opération « Bigamy », avorte face à un ennemi désormais en alerte et prêt à repousser l’assaillant.
En revanche, le LRDG remporte un de ses plus beaux succès –sinon le plus réussi en matière d’attaques armées- lors du raid lancé sur Barce. L’opération « Caravan » est confiée au major Easonsmith et à sa patrouille T1, constituée de Néo-Zélandais, ainsi qu’à la patrouille G1, issue des Guards, dirigée par le capitaine Timpson. Parmi les accompagnateurs du raid, un certain major Peniakoff, alors officier de renseignement au sein de la Libyan Arab Force, mais qui sera plus connu comme père et commandant d’une nouvelle unité de sabotage surnommé la Popski’s Private Army. Le raid implique de gros moyens : 5 jeeps, 17 Chevrolets et 47 hommes.
L’attaque suppose une marche d’approche de pas moins de 1 800 kilomètres à travers un désert aride, nécessitant de franchir par deux fois l’épais cordon dunaire du Grand Erg oriental, ainsi que différents zones de terrain plus ou moins ardues pour les pneus et les mécaniques des véhicules qui vont être durement sollicités. Afin de faciliter le trajet, la patrouille S du LRDG (des Rhodésiens), ainsi que la Heavy Section du groupe, sont mis à contribution pour établir des dépôts. Ces derniers ne sauraient suffire, aussi les camions et les jeeps sont-ils dûment remplis au maximum de leurs capacités d’emports, munitions et essence en abondance conditionnant le succès ou l’échec final de l’entreprise.
En dépit de l’expérience accumulée depuis 1940, et même avant-guerre, traverser la grande barrière de sable reste une épreuve, réalité qui est mis en exergue par un drame qui survient lorsqu’une jeep se renverse alors qu’il négocie le sommet d’une dune (à vitesse maximale pour éviter l’enlisement). Le conducteur, T. Wann, se brise la colonne vertébrale, tandis que son passager, le capitaine Timson, est blessé à la tête. Les deux hommes doivent être évacués par air, une possibilité depuis que le LRDG s’est dotée d’une Air Section. Un parvient ainsi à atterrir puis à ramener les deux blessés au Caire. Easonsmith confie alors la patrouille G1 au sergent Dennis.
A l’approche de Barce, le 12 septembre, l’environnement change du tout au tout. L’aride désert du Sahara se mue en un paysage agricole, vert et boisé, tout en restant rocailleux, typique du climat méditerranéen. Les raiders sont entrés dans le Djebel Akhdar, la zone montagneuse qui recouvre le nord-ouest de la Cyrénaïque. La prudence et l’expérience témoignent de la qualité d’Easonsmith : ce dernier dissimule un Chevrolet, doté de réserves en eau, vivres et essence suffisantes, dans le secteur de Bir el Gerrari, à près de 100 kilomètres de l’objectif. Il s’agit du point de ralliement pour le groupe à l’issu du raid.
Le lendemain soir, 13 septembre, les véhicules s’ébranlent vers Barce. A Sidi Bu Raui, le poste de police italien est rapidement neutralisé, tandis que les fils téléphoniques sont coupés. Las, la camion de la patrouille T1 emportant la pièce Breda de 20 mm heurte dans l’obscurité le Chevrolet radio : le radiateur hors service, le camion armé du Breda doit être abandonné. Un des deux canons est donc perdu avant même que l’attaque ne soit réellement mise en oeuvre… S’approchant de l’objectif, les commandos du LRDG se dissimulent sous les arbres jusqu’à minuit. L’heure venue, le raid débute…
La patrouille G, menée par Easonsmith et Dennis, surprend les Italiens en plein sommeil dans la ville de Barce. Les casernes sont incendiées à la grenade et balayées par des rafales de 12,7 mm et de mitrailleuses double Browning et Vickers, tandis que le canon de 20 mm Breda cause des dommages considérables aux malheureux Italiens. Tous les dépôts partent en fumée sous l’effet des explosions. Easonsmith incendie deux tanks avec les Vickers de sa jeep, puis, pourchasse un parti d’Italiens entre les arcades d’un marché couvert avant d’incendier un parc de camions. Les raiders provoquent un carnage et laissent un chaos derrière eux.
Pendant ce temps, la patrouille T1 surgit sur la piste de l’aérodrome après en avoir enfoncé la porte. La colonne de cinq Chevrolet roule le long des 30 avions parqués en demi-cercle, les arrosant méthodiquement et copieusement de balles incendiaires et explosives, les appareils qui ne prennent pas feu –pas moins de dix- étant soigneusement détruits à l’aide de bombes à retardement Lewes (du nom de leur inventeur du SAS). La réplique des défenseurs est des plus chaotique et leurs tirs, trop hauts, ne causent aucun dommage aux assaillants, dont les cibles mouvantes sont malaisées à atteindre, d’autant plus que les Italiens craignent de toucher leurs avions en ouvrant le feu sur les camions ennemis qui défilent devant les avions… 23 avions sont détruits ou endommagés, dont 20 bombardiers. Quant aux chars légers L3/35, ils sont postés à l’opposé de l’aérodrome et s’avèrent tout à fait inefficace dans ce combat mené dans l’obscurité. Non contents d’avoir anéanti la 35ème escadre de bombardement, les raiders détruisent le dépôt de carburant ainsi que tous les installations de la base qui se présentent devant eux, illuminées par le formidable incendie qu’ils ont provoqué.
La patrouille T1 ne déplore aucune perte et les cinq Chevrolet foncent à travers la ville, les raiders supposant que leur route d’approche doit être maintenant bloquée. Le choix s’avère malheureux. Deux chars légers italiens sont sur le passage. Eblouis par les phares du camion du capitaine Wilder, les mitrailleurs italiens ratent leur cible, tandis que le Néo-Zélandais emboutit un des deux blindés, qui sont neutralisés à la grenade. Wilder, blessé, a néanmoins réussit à dégager un passage pour les autres camions, qui se faufilent à travers et poursuivent la progression dans la ville. La jeep dans laquelle est monté le capitaine se renverse cependant à un rond-point, le conducteur ne pouvant éviter le trottoir alors qu’il est aveuglé par les tirs de mitrailleuse double de son passager de droite… Les difficultés ne sont pas terminées puisqu’un Autoblinda 41 surgit et met le feu au camion Te Paki III du caporal Craw qui s’écrase contre un abri anti-aérien. L’équipage est capturé, soit six hommes.
Les deux colonnes du raid se rejoignent au rendez-vous convenu de Sidi Selim, mais sont maintenant réduites à dix camions et trois jeeps, un des Chevrolets de la patrouille des Guards s’étant égarés dans l’obscurité. Ils sont alors pris à partie depuis les collines par les cavaliers libyens qui leur tendent une embuscade. Les Chevrolets et les jeeps sont criblés de balles, un des camions devant même changer de pneu sous les tirs, mais, grâce à la puissance de feu de l’armement embarqué, tous les engins parviennent à se frayer un passage.
Le 14 septembre, les raiders se dissimulent en camouflant leurs véhicules sous les arbres et des filets, mis à part le camion radio, immobilisé au sommet d’une colline. Il faut endurer toute la journée les raids de l’aviation italienne, dont les pilotes sont assoiffés de vengeance après l’affront subi la nuit précédente. Les appareils bombardent et effectuent des strafings à l’aveuglette, prenant pour cible les zones où les assaillants auraient pu se réfugier. Les raiders du LRDG ne répliquent pas, afin de ne pas se dévoiler à l’ennemi, mais plusieurs sont blessés dans le processus (Wilder a les deux jambes traversées par des balles) et, pis, la plupart des véhicules sont en flammes… Outre le camion dissimulé à Bir el Gerrani et qu’il faut maintenant récupérer, il ne reste plus qu’un camion et deux jeeps pour emporter en plein désert 33 hommes, dont 11 blessés, alors même que Koufra est à plus de 1 200 kilomètres…
Easonsmith décide de minimiser les risques et divise ses effectifs en quatre groupes. Le 1er groupe, avec le dernier Chevrolet et une jeep, embarquant les blessés, parvient à Bir el Gerrani sous la direction du capitaine Lawson, le médecin qui a accompagné le raid. La jeep a dû être abandonnée, mais, après avoir pris des vivres dans le Chevrolet de secours, le groupe poursuit son chemin avec son camion jusqu’à une piste abandonnée de la RAF. Ils seront trouvés par la patrouille Y du LRDG et les blessés évacués par voie aérienne. Quant au Te Anau II, qui a participé à l’attaque sur l’aérodrome de Barce, il réussit l’exploit de retourner jusqu’à la base de l’oasis de Koufra, avec pas moins de 39 impacts à travers sa carrosserie.
Pendant ce temps, l’autre jeep doit également être réparée, vidée de son huile à la suite d’une rupture de son carter par une roche dans l’obscurité. Après une marche de 130 km, Easonsmith arrive à son tour à Bir el Gerrani. Son groupe est sauvé le 17 après avoir établi la jonction avec la patrouille S des Rhodésiens du LRDG, alors occupés à prendre leur breakfast.
Une dizaine d’hommes sont pourtant restés séparés, menés par le Néo-Zélandais Frank Jopling, lui même blessé à la jambe. La suite s’apparente à une épopée. Au bout de quatre jours de marche dans le désert, le groupe se fragmente, Jopling et un autre raider, le caporal Gutteridge, ralentissant la progression. Ces deux hommes connaissent les affres de la soif dans le désert, le gosier si sec qu’ils en souffrent de la gorge, les contraignant à devoir boire leur propre urine… Le sixième jour, ils sont secourus par un Arabe, qui leur sauve la vie. Jopling souffre cependant de gangrène et, le huitième jour, le médecin arabe auprès duquel on l’a amené est formel : si on ne lui prodigue pas rapidement les soins adéquats, il est perdu. Les deux hommes doivent donc se constituer prisonniers. Deux autres raiders sont également dissimulés chez des Arabes, mais pendant deux mois.
Au final, si 10 hommes sont capturés, l’opération « Caravan » n’a coûté aucune vie humaine aux Britanniques, tandis que les Italiens n’en déplorent que quatre tués. Les pertes matérielles et l’impact moral de l’ensemble des raids menés à la mi-septembre 1942, alors que se prépare la seconde bataille d’El Alamein, n’est pas négligeable : il oblige Rommel et les Italiens à renforcer leurs arrières et à protéger la côte en arrière du front d’El Alamein.
DAVID WHITEHEAD
CHARLES DUNPHIE
ENRICO FRATTINI
HENRY FOOTE
GEORGE GUNN