Ci-dessus : David Whitehead est l’homme coiffé du chapeau de brousse
Thomson Post, 28 octobre-2 novembre 1942
Le 28 octobre, Bernard Montgomery poursuit son offensive à El Alamein (débutée le 23 octobre en soirée) au nord avec pour objectif de parvenir jusqu’à la route côtière et isoler ainsi des éléments de la Panzerarmee Afrika, essentiellement de la 164. Leichte-Afrika-Division. Les Australiens, sur la brèche depuis plusieurs jours, repartent à l’assaut à partir du Trig 29. La 20th Australian Brigade (brigadier Windeyer),soutenue par les blindés de la 23rd Armoured Brigade, progresse de façon satisfaisante mais l’unité est stoppée peu avant d’atteindre la voie ferrée. La 26th Australian Brigade du brigadier Whitehead attaque à droite de la 20th en direction de la position défensive ennemie baptisée « Thomson’s Post ». Cette redoute germano-italienne est astucieusement établie sur une position dominante, avec des nids de mitrailleuses se couvrant mutuellement, des tranchées, des réseaux de barbelés et des mines. Les combats qui s’ensuivent sont particulièrement acharnés et un bataillon de fantassins allemands est virtuellement anéanti au cours de cet affrontement. Ces attaques simultanées des unités australiennes oblige Rommel à engager de nouvelles unités plus au nord pour s’opposer à leur dangereuse progression en direction de la côte. Rommel, déterminé à remporter cet affrontement décisif et à na pas céder « Thomson’s Post », engage dans la lutte des forces conséquentes, en l’occurrence la 90. Leichte-Afrika-Division puis la 21.Panzer Division.
Dans la nuit du 30 octobre, les Australiens, décidés à isoler complètement « Thomson’s Post » et atteindre la mer, procèdent à une nouvelle attaque au-delà de la ligne de chemin de fer, à proximité de la route côtière. Appuyés par 360 pièces d’artillerie et les blindés du 40th RTR, les bataillons australiens (2/32nd, 2/24th et 2/48th, ces deux derniers commandés par le lieutenant-colonel Hammer), aux rangs clairsemés par les durs combats des jours précédant, tentent d’atteindre leurs objectifs dans la nuit. Les troupes du génie qui les accompagnent aménagent immédiatement un passage pour les véhicules à travers le talus de la voie ferrée, un travail de forçats qui nécessite trois heures de dur labeur à la pelle et à l’explosif. Au nombre des héros qui se distinguent, le sergent Kibby, du 2/48 Bn, qui se voit décerner une Victoria Cross à titre posthume après avoir neutralisé des nids de mitrailleuses à la grenade et au « Tommy Gun ». Lorsque son chef de section, le Captain Robbins, est blessé, il assume la direction de la troupe avec ordre de neutraliser des nids de mitrailleuses, alors que les Australiens risquent d’être tous abattus. Dans le fracas des combats, aucun « Digger » n’entend ses injonctions à le suivre et c’est donc seul qu’il élimine une première mitrailleuse. Un fait d’armes qui ne constitue que l’acte inaugural d’une semaine d’actions d’une bravoure peu commune, ne cessant de stimuler l’ardeur combattive de ses hommes, ou de réparer les lignes téléphoniques coupées par les tirs de barrage, alors que les combats font rage.
Un bâtiment se trouve isolé au milieu du champ de bataille. On le surnomme « le blockhaus ». Il s’agit en fait d’un édifice de six pièces qui servait avant guerre aux employés des chemins de fer. Il est transformé en hôpital par les Allemands et lorsque les Australiens s’emparent du secteur, trois médecins et neuf infirmiers allemands s’y trouvent encore et y poursuivront leur tâche tout au long de la bataille avec leurs confrères australiens, soignant indistinctement avec la même conscience professionnelle amis et ennemis.
Les 2/24th et 2/48th Bn, qui mènent l’attaque, déjà réduits à 450 hommes avant l’assaut, ne rassemblent plus qu’une centaine d’hommes arrivés à proximité du « blockhaus », un petit édifice qui servaient aux employés du chemin de fer, et du « saucer », ils ne peuvent percer plus en avant. Le 2/24th compte 42 tués et 116 blessés sur 206 hommes partis à l’assaut… Les pertes du 2/48th se montent à 47 tués et 148 blessés. L’attaque est donc un échec. Le surnom « saucer », soucoupe, vient de la platitude du terrain occupé par les Australiens, alors que les Allemands tiennent la crête côtière et observent les Australiens depuis le minaret de la mosquée de Sidi Abd el Rahman, distante de 8 kilomètres. Les fantassins australiens sont littéralement balayés par le feu allemand : mitrailleuses, mortiers et mines causent des ravages. L’assaut de « Thomson’s Post » est donc particulièrement meurtrier. Les hommes du génie qui auraient dû atteindre la zone dunaire proche de la côte sont également stoppés à mi-chemin dans une situation très vulnérable. Ces positions précaires vont être défendues avec acharnement par les Australiens au cours des deux jours suivants.
Pas moins de 25 contre-attaques sont menées par la 90. Leichte-Afrika-Division et la 21. Panzerdivision. Retranchés dans leurs positions exposées de toutes parts, les Australiens bénéficient toutefois du soutien des blindés, des antichars de 6 livres et des pièces de campagne des Rhodésiens de la 289th Battery Royal Artillery. 25 Valentine sont tout de même laissés sur le terrain. Au nord, la majeure partie des positions tenues par les pionniers du génie est reprise par les Allemands. Dans le secteur du « saucer », en revanche, Rommel a moins de succès : les Australiens se replient au sud de la voie ferrée, laissant l’hôpital du « blockhaus » au milieu du no man’s land séparant les lignes, mais ils échappent à l’anéantissement. Le désert impose toutefois son tempo à la bataille quand une tempête de sable se lève, recouvrant les cadavres et soumettant les vivants à rude épreuve, tout en leur apportant malgré tout un certain répit. Les Australiens ont constitué un saillant dangereux qui rend la position des unités allemandes encore à l’est de celui-ci inconfortable car elles y sont en danger d’encerclement et leur évacuation n’est pas des plus aisées puisque les Australiens ont coupé la route côtière.
Toutefois, devant l’ampleur des pertes, Morshead décide de faire relever la 26th Brigade par la 24th Brigade. Les nouveaux arrivants sont accueillis par le terrifiant spectacle de cadavres démembrés et de restes calcinés de pièces antichars, de tanks et de véhicules de toutes sortes. La relève s’effectue dans la nuit du 1er novembre de façon opportune car ce même jour les Allemands lancent une attaque résolue contre les lignes australiennes. Une tornade de feu s’abat sur les Australiens. L’infanterie allemande s’approche de très près et une grêle de balles et d’obus de mortiers et d’artillerie s’abat toute la matinée sur les Australiens. Une formation aérienne germano-italienne ne peut toutefois pas intervenir dans la bataille car elle est interceptée par la Desert Air Force. Tout l’après-midi les Australiens doivent résister aux assauts de l’infanterie allemande soutenue par des Panzer, des canons automoteurs et l’artillerie. Le combat autour des positions australiennes envahies de poussière et de fumées ne cesse pas avant le lendemain, 2 novembre, à 2h30 du matin. Les « Aussies » ont tenu !
Alors même que le « Renard du désert » est persuadé –à tort- que Montgomery va chercher la percée finale dans ce secteur, l’offensive finale –« Supercharge »- survient plus au sud, et débouche sur les combats acharnés pour Tell-el-Aqqaqir et la piste de Rahman. Le rôle joué par les Australiens dans le saillant nord du front pour le succès final à El Alamein est considérable. Leur ténacité et leur combativité ont été de grands atouts pour Montgomery.
Benoît Rondeau Copyright
Ci-dessus : David Whitehead est l’homme coiffé du chapeau de brousse
Thomson Post, 28 octobre-2 novembre 1942
Le 28 octobre, Bernard Montgomery poursuit son offensive à El Alamein (débutée le 23 octobre en soirée) au nord avec pour objectif de parvenir jusqu’à la route côtière et isoler ainsi des éléments de la Panzerarmee Afrika, essentiellement de la 164. Leichte-Afrika-Division. Les Australiens, sur la brèche depuis plusieurs jours, repartent à l’assaut à partir du Trig 29. La 20th Australian Brigade (brigadier Windeyer),soutenue par les blindés de la 23rd Armoured Brigade, progresse de façon satisfaisante mais l’unité est stoppée peu avant d’atteindre la voie ferrée. La 26th Australian Brigade du brigadier Whitehead attaque à droite de la 20th en direction de la position défensive ennemie baptisée « Thomson’s Post ». Cette redoute germano-italienne est astucieusement établie sur une position dominante, avec des nids de mitrailleuses se couvrant mutuellement, des tranchées, des réseaux de barbelés et des mines. Les combats qui s’ensuivent sont particulièrement acharnés et un bataillon de fantassins allemands est virtuellement anéanti au cours de cet affrontement. Ces attaques simultanées des unités australiennes oblige Rommel à engager de nouvelles unités plus au nord pour s’opposer à leur dangereuse progression en direction de la côte. Rommel, déterminé à remporter cet affrontement décisif et à na pas céder « Thomson’s Post », engage dans la lutte des forces conséquentes, en l’occurrence la 90. Leichte-Afrika-Division puis la 21.Panzer Division.
Dans la nuit du 30 octobre, les Australiens, décidés à isoler complètement « Thomson’s Post » et atteindre la mer, procèdent à une nouvelle attaque au-delà de la ligne de chemin de fer, à proximité de la route côtière. Appuyés par 360 pièces d’artillerie et les blindés du 40th RTR, les bataillons australiens (2/32nd, 2/24th et 2/48th, ces deux derniers commandés par le lieutenant-colonel Hammer), aux rangs clairsemés par les durs combats des jours précédant, tentent d’atteindre leurs objectifs dans la nuit. Les troupes du génie qui les accompagnent aménagent immédiatement un passage pour les véhicules à travers le talus de la voie ferrée, un travail de forçats qui nécessite trois heures de dur labeur à la pelle et à l’explosif. Au nombre des héros qui se distinguent, le sergent Kibby, du 2/48 Bn, qui se voit décerner une Victoria Cross à titre posthume après avoir neutralisé des nids de mitrailleuses à la grenade et au « Tommy Gun ». Lorsque son chef de section, le Captain Robbins, est blessé, il assume la direction de la troupe avec ordre de neutraliser des nids de mitrailleuses, alors que les Australiens risquent d’être tous abattus. Dans le fracas des combats, aucun « Digger » n’entend ses injonctions à le suivre et c’est donc seul qu’il élimine une première mitrailleuse. Un fait d’armes qui ne constitue que l’acte inaugural d’une semaine d’actions d’une bravoure peu commune, ne cessant de stimuler l’ardeur combattive de ses hommes, ou de réparer les lignes téléphoniques coupées par les tirs de barrage, alors que les combats font rage.
Un bâtiment se trouve isolé au milieu du champ de bataille. On le surnomme « le blockhaus ». Il s’agit en fait d’un édifice de six pièces qui servait avant guerre aux employés des chemins de fer. Il est transformé en hôpital par les Allemands et lorsque les Australiens s’emparent du secteur, trois médecins et neuf infirmiers allemands s’y trouvent encore et y poursuivront leur tâche tout au long de la bataille avec leurs confrères australiens, soignant indistinctement avec la même conscience professionnelle amis et ennemis.
Les 2/24th et 2/48th Bn, qui mènent l’attaque, déjà réduits à 450 hommes avant l’assaut, ne rassemblent plus qu’une centaine d’hommes arrivés à proximité du « blockhaus », un petit édifice qui servaient aux employés du chemin de fer, et du « saucer », ils ne peuvent percer plus en avant. Le 2/24th compte 42 tués et 116 blessés sur 206 hommes partis à l’assaut… Les pertes du 2/48th se montent à 47 tués et 148 blessés. L’attaque est donc un échec. Le surnom « saucer », soucoupe, vient de la platitude du terrain occupé par les Australiens, alors que les Allemands tiennent la crête côtière et observent les Australiens depuis le minaret de la mosquée de Sidi Abd el Rahman, distante de 8 kilomètres. Les fantassins australiens sont littéralement balayés par le feu allemand : mitrailleuses, mortiers et mines causent des ravages. L’assaut de « Thomson’s Post » est donc particulièrement meurtrier. Les hommes du génie qui auraient dû atteindre la zone dunaire proche de la côte sont également stoppés à mi-chemin dans une situation très vulnérable. Ces positions précaires vont être défendues avec acharnement par les Australiens au cours des deux jours suivants.
Pas moins de 25 contre-attaques sont menées par la 90. Leichte-Afrika-Division et la 21. Panzerdivision. Retranchés dans leurs positions exposées de toutes parts, les Australiens bénéficient toutefois du soutien des blindés, des antichars de 6 livres et des pièces de campagne des Rhodésiens de la 289th Battery Royal Artillery. 25 Valentine sont tout de même laissés sur le terrain. Au nord, la majeure partie des positions tenues par les pionniers du génie est reprise par les Allemands. Dans le secteur du « saucer », en revanche, Rommel a moins de succès : les Australiens se replient au sud de la voie ferrée, laissant l’hôpital du « blockhaus » au milieu du no man’s land séparant les lignes, mais ils échappent à l’anéantissement. Le désert impose toutefois son tempo à la bataille quand une tempête de sable se lève, recouvrant les cadavres et soumettant les vivants à rude épreuve, tout en leur apportant malgré tout un certain répit. Les Australiens ont constitué un saillant dangereux qui rend la position des unités allemandes encore à l’est de celui-ci inconfortable car elles y sont en danger d’encerclement et leur évacuation n’est pas des plus aisées puisque les Australiens ont coupé la route côtière.
Toutefois, devant l’ampleur des pertes, Morshead décide de faire relever la 26th Brigade par la 24th Brigade. Les nouveaux arrivants sont accueillis par le terrifiant spectacle de cadavres démembrés et de restes calcinés de pièces antichars, de tanks et de véhicules de toutes sortes. La relève s’effectue dans la nuit du 1er novembre de façon opportune car ce même jour les Allemands lancent une attaque résolue contre les lignes australiennes. Une tornade de feu s’abat sur les Australiens. L’infanterie allemande s’approche de très près et une grêle de balles et d’obus de mortiers et d’artillerie s’abat toute la matinée sur les Australiens. Une formation aérienne germano-italienne ne peut toutefois pas intervenir dans la bataille car elle est interceptée par la Desert Air Force. Tout l’après-midi les Australiens doivent résister aux assauts de l’infanterie allemande soutenue par des Panzer, des canons automoteurs et l’artillerie. Le combat autour des positions australiennes envahies de poussière et de fumées ne cesse pas avant le lendemain, 2 novembre, à 2h30 du matin. Les « Aussies » ont tenu !
Alors même que le « Renard du désert » est persuadé –à tort- que Montgomery va chercher la percée finale dans ce secteur, l’offensive finale –« Supercharge »- survient plus au sud, et débouche sur les combats acharnés pour Tell-el-Aqqaqir et la piste de Rahman. Le rôle joué par les Australiens dans le saillant nord du front pour le succès final à El Alamein est considérable. Leur ténacité et leur combativité ont été de grands atouts pour Montgomery.
CHARLES DUNPHIE
« JAKE » EASONSMITH
ENRICO FRATTINI
HENRY FOOTE
GEORGE GUNN