Seconde Guerre Mondiale

GIACOMO COLOTTO

Tobrouk, 13-14 septembre 1942

Benoît Rondeau Copyright

Tobrouk, 13-14 septembre 1942

Unité d’élite au moral élevé, le  III Battaglione San Marco est une excellente formation du Regio Esercito. L’unité,  forte de 536 hommes à son arrivé en Libye en novembre 1941, est prévue pour mener un assaut amphibie dans la cadre de la bataille de Gazala, mais l’opération est annulée. L’unité entre à Tobrouk le 22 juin, le lendemain de la chute de la place forte. Alors que la Panzerarmee s’apprête à poursuivre son avance en Egypte, le San Marco prend position dans la forteresse. Elle est éclatée en plusieurs pelotons qui doivent tenir 12 kilomètres de côtes. Le littoral, très rocheux et escarpé, n’est qu’une suite de calanques et de falaises dans lesquelles le soldats italiens aménagent des points d’appuis parfaitement camouflés. Un élément de l’unité est déployé à Mersa Matrouh et quelques Maro’ entrent en action dans le cadre d’un raid audacieux mené depuis la mer dans la nuit du 3 au 4 septembre à 70 kilomètres en arrière des lignes britanniques, ce qui fait d’eux les soldats de l’armée de Rommel qui se sont le plus approché d’Alexandrie en cet été 1942 si décisif. Las pour ces soldats d’élite, l’équipée est un échec –la mission consistait en un sabotage de la voie ferrée et de l’aqueduc souterrain- et ils sont tous capturés.

            Quelques jours plus tard, le San Marco, commandé par le Tenente di Vascello Giacomo Colotto (l’homme vient de Bordeaux où il commandait un détachement du San Marco dans le cadre de la Betasom, la base de sous-marins italiens),remporte en revanche un succès retentissant , sans doute un de ses plus beaux faits d’armes. Les généraux Alexander et Montgomery lancent en effet l’opération « Agreement » dans le but de désorganiser les arrières de la Panzerarmee Afrika aventurée en Egypte. Différents raids doivent être menés simultanément contre plusieurs cibles d’intérêt en Libye, dont des bases aériennes, ainsi que, et surtout, une attaque contre le port de Tobrouk, baptisée opération « Daffodil ».

L’objet de l’attaque anglaise sur Tobrouk est de détruire les navires à l’ancre dans le port et de libérer les 4 000 prisonniers de guerre alliés qui se trouvent encore dans la place. Les moyens envisagés sont conséquents, à cent lieues des coups de main et séries d’opérations rapides envisagés par des hommes tels que David Stirling, le « père » du Special Air Service. Par son ampleur, l’opération « Agreement », et en particulier « Daffodil », son volet majeur, s’apparente aux grandes opérations commandos menées de la Norvège à Saint-Nazaire. C’est ainsi que le plan prévoit un assaut simultané venant de l’intérieur des terres et depuis la mer. L’assaut terrestre sera mené par 94 hommes des forces spéciales (LRDG, du SAS et du SIG), ce qui est déjà beaucoup selon les normes habituelles de ces unités. L’attaque menée depuis la mer implique des moyens autrement plus importants : 540 hommes (soit 380 Royal Marines, 160 fantassins de l’Argyll & Sutherland et du Royal Northumberland), 2 croiseurs et leur escorte, 2 destroyers, 18 vedettes lance-torpilles, 3 vedettes rapides ainsi qu’un sous-marin. Les Anglais sont confiants : selon eux, la défense du port n’est assuré que par des unités italiennes de second ordre et de faible valeur, pour autant que les Britanniques soient capables d’admettre que des soldats italiens puissent être de bons combattants… Un mépris des capacités de l’adversaire qui est récurrent dans les rangs de la 8th Army

Le 13 septembre, à 21h30, les bombardiers entrent en action alors que le LRDG et le SIG font irruption dans la forteresse, usant d’un subterfuge : une partie des raiders ont revêtu des uniformes de l’Afrika-Korps (des Juifs de Palestine du SIG) tandis que les autres tiennent le rôle de faux prisonniers britanniques. L’alarme est rapidement donnée et la chasse aux commandos tourne vite en défaveur de ces dernier. Dans le même temps, le débarquement s’avère être un fiasco complet : bien que camouflées en unités italiennes, les embarcations britanniques sont prises à partie et les Royal Marines tombent sous le feu de deux positions côtières du San Marco. A l’aube, les survivants sont acculés et encerclés par les Maro’, qui les contraignent à la reddition. Le désastre est complet pour les Britanniques. Les pertes en hommes sont sévères : près de 500 hommes hors de combat, prisonniers pour la plupart, sans compter les marins des bâtiments de la Mediterranean Fleet. Apprenant la mort de leurs camarades tués par un adversaire usurpateur d’uniforme (passible de la peine de mort selon les lois de la guerre), les hommes de la San Marco exécutent sommairement plusieurs prisonniers. Lors de cette longue nuit, le bataillon déplore 5 tués et 7 blessés, sur les 15 tués et 43 blessés subis par les Italiens. Le San Marco gagne alors le droit de prendre le nom de Battaglione Tobruch. Les derniers éléments ne quittent le port que le 12 novembre, avec la Panzerarmee en retraite, après la victoire remportée par Montgomery à El Alamein.