C’est dans la nuit du 14 au 15 juillet que le général Auchinleck, qui assume la direction de la 8thArmy tout en demeurant Commander in Chief Middle East, lance l’opération « Bacon ». L’attaque britannique vise la crête de Ruweisat puis la position stratégique de Deir el Shein où se concentrent des forces imposantes : la 15. Panzer-Division, de multiples batteries d’artillerie et des dépôts de ravitaillement. Auchinleck prévoit que le XIIICorps de Gott s’assurera de la crête de Ruweisat avec les Néo-Zélandais pour ensuite exploiter vers le nord avec la 1st Armoured Division. Celle-ci fera ainsi jonction avec les Australiens du XXXCorps. La difficulté majeure de la mise en œuvre de ce plan résulte du fait que les deux unités d’infanterie devant mener l’assaut n’appartiennent pas au même corps d’armée : la 2nd New-Zealandappartient au XIII tandis que la 5th Indian dépend du XXX. Par ailleurs, les brigades blindées de la 1stArmouredDivision ont reçu pour consigne de leurs chefs de rester sur leur ligne de départ jusqu’à ce que quelqu’un sollicite leur intervention. Auront-elles le temps de rejoindre l’infanterie avant la contre-attaque ennemie ?
La journée a été chaude et les soldats ont dû se terrer dans leurs étroites tranchées en luttant contre les mouches. Au moment de l’assaut, il fait au contraire froid et très sombre puisque la lune est absente du ciel. Alors qu’il n’est pas officier, le sergent Elliott se voit confier le commandement d’une section du 22ndBn de la 5thNZ Brigade, le nombre de cadres faisant défaut à la 2ndNew Zealand Division, une division récemment éprouvée qui, de surcroît, éprouve les plus grandes difficultés à assurer le renouvellement de ses effectifs, tous ses membres devant forcément provenir des antipodes.
La bataille est déclenchée à 23 heures. Le feu de l’artillerie s’abat sur les positions italiennes de la crête de Ruweisat. L’assaut néo-zélandais mené à la grenade et à la baïonnette est irrésistible et surprend Italiens et Allemands, de sorte que les objectifs sont tous atteints. La situation est donc grave pour Rommel, d’autant que plusieurs pièces de 88 mm ont été prises. Plus de 1 000 soldats italiens ont déjà été capturés. Il reste que les deux brigades néo-zélandaises qui ont participé à l’assaut nocturne se retrouvent mélangées à l’ouest de la crête de Ruweisat sans aucune communication avec l’état-major. Par ailleurs, de nombreuses poches de résistance subsistent sur la crête qui est loin d’être sécurisée. L’artillerie est en effet restée sur ses lignes de départ et n’ose ni ouvrir le feu ni changer de position devant l’ignorance de l’évolution de la bataille.
Le 22nd Bn, placé en soutien de la 4thNew Zealand Brigade qui mène l’assaut, a dû batailler quatre heures pour atteindre une zone au sud de la crête où il tente tant bien que mal de se retrancher, l’aube pointant sans que le renfort et le soutien promis des tanks britanniques ne soit effectif… Les chars de la 22nd Armoured Brigade auraient pourtant dû les soutenir mais ils n’ont pas bougé de leurs positions d’Alam Nayil. Au contraire, les seuls blindés qui apparaissent sur le champ de bataille sont ornés du palmier de l’Afrika-Korps et flanqués de Balkenkreuze caractéristiques : ce sont des Panzer ! Les moyens lourds font donc défaut aux Néo-Zélandais pour emporter la décision. Le 22nd Bn se situe exactement dans l’axe de la contre-attaque ennemie… Quatre canons antichars de la 33rd Antitank Battery portés sur camions sont certes en soutien, mais le sol est malheureusement si rocheux –une donnée essentielle connue depuis les terrassements du mois de juin – qu’il est impossible de dissimuler les pièces qui ouvrent donc le feu à bord des véhicules, offrant ainsi des cibles faciles et peu protégées.
Si les 6 pounder parviennent à toucher trois Panzer, dont au moins l’un d’entre eux prend feu, la disproportion des moyens ne fait aucun doute sur l’issue de l’engagement. L’inévitable survient : le bataillon est laminé par les tirs germano-italiens et réduit à la reddition. Deux bataillons de la 4thNew Zealand Brigade subissent un sort similaire, soit la perte de plus de 1 500 fantassins néo-zélandais : un coût exorbitant pour les résultats obtenus. L’Afrika-Korps remporte donc un succès complet. Du 22nd Bn, seule demeure la section d’Elliott, positionnée à l’extrémité du flanc gauche. Tôt le matin, il avait immédiatement identifié le péril et mis en alerte les chefs des sections voisines, mais leurs commandants ne l’avaient pas pris au sérieux : il ne peut s’agir que de tanks britanniques. Elliott, après en avoir discuté avec ses caporaux, prend alors sur lui de repositionner sa petite troupe vers une crête, puis une seconde, loin du danger, et entre en contact avec des éléments du 21st Bn. Ce faisant, une balle de MG le blesse à la poitrine, mais, par chance, le projectile est dévié par son livret de solde et il n’est que légèrement touché…
Elliott apprend alors qu’un officier du 21st Bn, blessé, est demeuré sur le terrain, à proximité de l’ennemi. N’écoutant que son devoir et son courage, il décide de se porter à son secours, un geste qui est le prélude à un fait d’arme hors du commun. Suivi de huit hommes, il est pris sous les tirs de deux mitrailleuses. Tandis que cinq « Kiwis » opèrent des tirs de neutralisation sur le nid le plus proche, Elliott charge avec les trois autres, baïonnette au canon, sur les 500 mètres qui le séparent de l’autre mitrailleuse. Là, onze italiens de la « Pavia » lèvent les bras et se constituent prisonniers sans demander leur reste. Elliott découvre alors que le point fort comprend d’autres mitrailleuses et un antichar qu’il s’empresse de détruire. Deux autres positions se révèlent alors par leurs tirs et, après avoir dépêché vers l’arrière un de ses soldats en quête d’un renfort, Elliott les neutralise sans difficulté, accompagné de ses prisonniers peu récalcitrants et de deux de ses hommes. Ces derniers doivent maintenant surveiller 50 captifs. Elliott poursuit donc seul sa mission, parcourant de nouveau un terrain découvert sous les tirs adverses, ne trouvant son salut qu’à l’abri d’une épave de camion. Ce dernier, un camion-citerne, est troué de balles par une rafale, provoquant la chute d’un filet d’une eau des plus rafraîchissante pour le téméraire Néo-Zélandais. Un tir le touche à la cuisse, le faisant culbuter au sol. Ce faisant, il observe un tireur menaçant ses deux hommes : il le neutralise avant de renouveler sa charge, grenade en main, un nouvel acte de bravoure qui lui permet de capturer une quinzaine d’ennemis, des Allemands, cette fois-ci (a priori). La poignée de Néo-Zélandais a tué 30 Germano-Italiens et en a capturé 142, tandis qu’est évacué sain et sauf l’officier blessé, pour le secours duquel ces « Kiwis » ont réalisé cet exploit. En récompense, Keith Elliott est promu officier et se voit décerner une Victoria Cross particulièrement méritée.
Ruweisat, 14 juillet 1942
C’est dans la nuit du 14 au 15 juillet que le général Auchinleck, qui assume la direction de la 8thArmy tout en demeurant Commander in Chief Middle East, lance l’opération « Bacon ». L’attaque britannique vise la crête de Ruweisat puis la position stratégique de Deir el Shein où se concentrent des forces imposantes : la 15. Panzer-Division, de multiples batteries d’artillerie et des dépôts de ravitaillement. Auchinleck prévoit que le XIII Corps de Gott s’assurera de la crête de Ruweisat avec les Néo-Zélandais pour ensuite exploiter vers le nord avec la 1st Armoured Division. Celle-ci fera ainsi jonction avec les Australiens du XXX Corps. La difficulté majeure de la mise en œuvre de ce plan résulte du fait que les deux unités d’infanterie devant mener l’assaut n’appartiennent pas au même corps d’armée : la 2nd New-Zealandappartient au XIII tandis que la 5th Indian dépend du XXX. Par ailleurs, les brigades blindées de la 1stArmoured Division ont reçu pour consigne de leurs chefs de rester sur leur ligne de départ jusqu’à ce que quelqu’un sollicite leur intervention. Auront-elles le temps de rejoindre l’infanterie avant la contre-attaque ennemie ?
La journée a été chaude et les soldats ont dû se terrer dans leurs étroites tranchées en luttant contre les mouches. Au moment de l’assaut, il fait au contraire froid et très sombre puisque la lune est absente du ciel. Alors qu’il n’est pas officier, le sergent Elliott se voit confier le commandement d’une section du 22ndBn de la 5th NZ Brigade, le nombre de cadres faisant défaut à la 2nd New Zealand Division, une division récemment éprouvée qui, de surcroît, éprouve les plus grandes difficultés à assurer le renouvellement de ses effectifs, tous ses membres devant forcément provenir des antipodes.
La bataille est déclenchée à 23 heures. Le feu de l’artillerie s’abat sur les positions italiennes de la crête de Ruweisat. L’assaut néo-zélandais mené à la grenade et à la baïonnette est irrésistible et surprend Italiens et Allemands, de sorte que les objectifs sont tous atteints. La situation est donc grave pour Rommel, d’autant que plusieurs pièces de 88 mm ont été prises. Plus de 1 000 soldats italiens ont déjà été capturés. Il reste que les deux brigades néo-zélandaises qui ont participé à l’assaut nocturne se retrouvent mélangées à l’ouest de la crête de Ruweisat sans aucune communication avec l’état-major. Par ailleurs, de nombreuses poches de résistance subsistent sur la crête qui est loin d’être sécurisée. L’artillerie est en effet restée sur ses lignes de départ et n’ose ni ouvrir le feu ni changer de position devant l’ignorance de l’évolution de la bataille.
Le 22nd Bn, placé en soutien de la 4th New Zealand Brigade qui mène l’assaut, a dû batailler quatre heures pour atteindre une zone au sud de la crête où il tente tant bien que mal de se retrancher, l’aube pointant sans que le renfort et le soutien promis des tanks britanniques ne soit effectif… Les chars de la 22nd Armoured Brigade auraient pourtant dû les soutenir mais ils n’ont pas bougé de leurs positions d’Alam Nayil. Au contraire, les seuls blindés qui apparaissent sur le champ de bataille sont ornés du palmier de l’Afrika-Korps et flanqués de Balkenkreuze caractéristiques : ce sont des Panzer ! Les moyens lourds font donc défaut aux Néo-Zélandais pour emporter la décision. Le 22nd Bn se situe exactement dans l’axe de la contre-attaque ennemie… Quatre canons antichars de la 33rd Antitank Battery portés sur camions sont certes en soutien, mais le sol est malheureusement si rocheux –une donnée essentielle connue depuis les terrassements du mois de juin – qu’il est impossible de dissimuler les pièces qui ouvrent donc le feu à bord des véhicules, offrant ainsi des cibles faciles et peu protégées.
Si les 6 pounder parviennent à toucher trois Panzer, dont au moins l’un d’entre eux prend feu, la disproportion des moyens ne fait aucun doute sur l’issue de l’engagement. L’inévitable survient : le bataillon est laminé par les tirs germano-italiens et réduit à la reddition. Deux bataillons de la 4th New Zealand Brigade subissent un sort similaire, soit la perte de plus de 1 500 fantassins néo-zélandais : un coût exorbitant pour les résultats obtenus. L’Afrika-Korps remporte donc un succès complet.
Du 22nd Bn, seule demeure la section d’Elliott, positionnée à l’extrémité du flanc gauche. Tôt le matin, il avait immédiatement identifié le péril et mis en alerte les chefs des sections voisines, mais leurs commandants ne l’avaient pas pris au sérieux : il ne peut s’agir que de tanks britanniques. Elliott, après en avoir discuté avec ses caporaux, prend alors sur lui de repositionner sa petite troupe vers une crête, puis une seconde, loin du danger, et entre en contact avec des éléments du 21st Bn. Ce faisant, une balle de MG le blesse à la poitrine, mais, par chance, le projectile est dévié par son livret de solde et il n’est que légèrement touché…
Elliott apprend alors qu’un officier du 21st Bn, blessé, est demeuré sur le terrain, à proximité de l’ennemi. N’écoutant que son devoir et son courage, il décide de se porter à son secours, un geste qui est le prélude à un fait d’arme hors du commun. Suivi de huit hommes, il est pris sous les tirs de deux mitrailleuses. Tandis que cinq « Kiwis » opèrent des tirs de neutralisation sur le nid le plus proche, Elliott charge avec les trois autres, baïonnette au canon, sur les 500 mètres qui le séparent de l’autre mitrailleuse. Là, onze italiens de la « Pavia » lèvent les bras et se constituent prisonniers sans demander leur reste. Elliott découvre alors que le point fort comprend d’autres mitrailleuses et un antichar qu’il s’empresse de détruire. Deux autres positions se révèlent alors par leurs tirs et, après avoir dépêché vers l’arrière un de ses soldats en quête d’un renfort, Elliott les neutralise sans difficulté, accompagné de ses prisonniers peu récalcitrants et de deux de ses hommes. Ces derniers doivent maintenant surveiller 50 captifs. Elliott poursuit donc seul sa mission, parcourant de nouveau un terrain découvert sous les tirs adverses, ne trouvant son salut qu’à l’abri d’une épave de camion. Ce dernier, un camion-citerne, est troué de balles par une rafale, provoquant la chute d’un filet d’une eau des plus rafraîchissante pour le téméraire Néo-Zélandais. Un tir le touche à la cuisse, le faisant culbuter au sol. Ce faisant, il observe un tireur menaçant ses deux hommes : il le neutralise avant de renouveler sa charge, grenade en main, un nouvel acte de bravoure qui lui permet de capturer une quinzaine d’ennemis, des Allemands, cette fois-ci (a priori). La poignée de Néo-Zélandais a tué 30 Germano-Italiens et en a capturé 142, tandis qu’est évacué sain et sauf l’officier blessé, pour le secours duquel ces « Kiwis » ont réalisé cet exploit. En récompense, Keith Elliott est promu officier et se voit décerner une Victoria Cross particulièrement méritée.
JOHN « JOCK » CAMPBELL
LALBAHADUR THAPA
RONALD MOORE
PHILIPPE LECLERC
Recension de “Eighth Army’s Greatest Victories. Alam Halfa to Tunis 1942-1943” d’Adrian Stewart