Antiquité Livre

Recension “La Grèce antique. Vérités et légendes”

Une plongée dans une civilisation fascinante

Caroline Fourgeaud-Laville, La Grèce antique. Vérités et légendes, Perrin, 2025

J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer l’intérêt marqué que je porte à la belle collection “Vérités et Légendes”, ainsi que tout le bien que je pense des écrits de Caroline Fourgeaud-Laville, brillante ambassadrice de la culture hellénique, dont on espère continuer à lire des ouvrages…

Après de bons opus sur la Rome antique, l’Egypte ancienne et le Débarquement, le lectorat des éditions Perrin se voit en effet gratifié de nouveau d’un excellent “Vérités et Légendes”, cette fois-ci consacré à la civilisation fascinante entre toutes: la Grèce, dont l’importance pour la civilisation européenne n’est plus à démontrer.

Ce très bel ouvrage c’est d’abord une superbe couverture, une photographie de Caroline Fourgeaud-Laville en personne. Il n’est par ailleurs pas si commun que la couverture d’un livre d’Histoire soit le cliché de l’auteur lui-même et cela méritait d’être souligné.

Au-delà de l’impact sur nos sociétés, nos valeurs et notre conception de l’existence, l’Antiquité grecque nous touche dans l’intime : comme beaucoup d’entre-nous, je n’oublierai jamais ma découverte de l‘Odyssée -demeuré mon livre favori- et d’Ulysse quand j’étais enfant, de même que ma première vision de l’Acropole -moment d’émotion s’il en fût- reste à jamais gravée dans ma mémoire.

Le choix des thèmes abordés comblera les attentes en la matière pour une approche sur la Grèce antique, car il est tout à la fois pertinent et varié, bien qu’on aurait évidemment imaginer d’autres entrées possibles, tant la matière est vaste, mais vous constaterez vite que les sujets traités permettent d’aborder bien plus de notions ou des faits que les intitulés des chapitres peuvent le laisser supposer.

Caroline Fourgeaud-Laville est une helléniste distinguée et si elle n’est pas une historienne, sa maîtrise du sujet justifie qu’elle se soit attelé à cet ouvrage. On retrouve son style littéraire si plaisant, aux termes choisis avec art : un détail qui n’en est pas un car le plaisir de la lecture passe aussi par l’usage d’une belle langue.

Le livre compte 22 entrées, des chapitres relativement courts, mais suffisamment longs pour aller à l’essentiel. Si le contenu s’adresse à un grand public -le néophyte se voit gratifié de maintes précisions en notes de bas de pages- l’amateur éclairé et le spécialiste y trouve son compte et passera un beau moment de lecture. Chose bienvenue, Caroline Fourgeaud-Laville multiplie les références directs aux sources les plus sérieuses, antiques comme contemporaines, les meilleurs spécialistes étant convoqués à cette fin.

L’auteure commence par définir ce qu’est un Grec, avant d’évoquer la langue grecque, une entame intelligente, même si ce genre de livre permet au lecteur leur de le feuilleter au grès de ses humeurs et selon ses centres d’intérêt.

Il y en a pour tous les goûts: religion (la Pythie, les Grecs étaient-ils croyants?), repas (la gourmandise (!), le vin et les autres alcools: non, a priori pas de ouzo pour Périclès…), l’art (musique, Parthénon, …), la politique, le sport ( la trêve olympique est un leurre),… Et, au fil des récits, des explications étymologiques bienvenues.

Des entrées -attendues- sur la guerre de Troie, le statut des femmes et l’homosexualité sont très bien traitées (parmi mes chapitres préférés), avec toutes les nuances nécessaires et un recul bienvenu dans le propos. On suit bien les progrès des connaissances archéologiques à propos de la première, tandis que les deux autres sujets briseront les idées reçues de beaucoup (pour les femmes, évidemment, le niveau social et la cité d’origine sont déterminant, ainsi qu’un élément essentiel : être de condition libre ou non). Je vous laisse découvrir l’argumentation et les faits avancés.

Ajoutons qu’il est question de kalos kagathos et du beau en général (l’art en est le reflet, cet art grec qui tutoie le sublime), un notion essentiel pour les Grecs, au même titre que la liberté ou le refus de l’hybris. Caroline Fourgeaud-Laville a également eu la bonne idée de traiter de la “mystérieuse” Atlantide, ce qui m’a permis de redécouvrir Pavlopetri. Autre sujet de bien des fantasmes, les Amazones, bien que les découvertes réalisées dans les tombes scythes n’ont pas le don de me convaincre…

Sur le plan politique, si, nous les Européens de l’Ouest, avons tendance à relier notre démocratie à son illustre devancière antique, celle de l’Athènes des Ve et IVe s avant J.-C., il est toujours bon de rappeler les limites de cette dernière. Sparte (lire ici), dénigrée en raison de l’intérêt que lui ont apporté notamment les nazis, se doit d’être appréciée à sa juste valeur, tant pour ses pratiques politiques que pour le quotidien de ses citoyens, plus versés dans les arts qu’on le pense, sans oublier un statut plus favorable pour les femmes en comparaison d’Athènes (souligné par l’auteure).

“Les Grecs étaient-ils écolos” répond à une préoccupation du moment, que ne se posaient pas les anciens Grecs : je vous laisse découvrir ce chapitre…

Deux bémols (s’il le fallait): en matière de robots, je m’attendais à une allusion au palais du divin Alcinoos ; quant à Marathon, l’exploit de la marche sur 40 km a aussi et surtout été le fait de l’armée qui a vaincu les Perses à Marathon, qui s’est payée le luxe de réaliser le trajet jusqu’au Phalère avant l’arrivée de la flotte perse…

Le “miracle grec” fait peut-être parfois oublier le legs des autres civilisations contemporaines des Hellènes (à commencer par l’Egypte, qui fascinait tant des hommes comme Hérodote, mais aussi de nombreux supposés législateurs), en médecine comme en sciences notamment, mais aussi en politique ainsi que dans le domaine religieux. Néanmoins, il s’est passé quelque chose de formidable au sein de cette extraordinaire civilisation dont nous sommes les héritiers, et que nous continuons de faire vivre, sans même nous en rende compte, comme nous l’explique Caroline Fourgeaud-Laville.

Bref, un bel ouvrage, idéal pour l’été : le lecteur apprendra beaucoup, à tout le moins passera un agréable moment. Il est également très utile à mes yeux pour les enseignants, car il permet de mettre bien des connaissances au point et de fournir des exemples précis.