Livre Seconde Guerre Mondiale WWII

Recension de “Tiger de la schwere Panzer-Abteilung 503”

La référence sur le sujet

Max Stein, Tiger de la schwere Panzer-Abteilung 503. Panzers Normandie 44, Maranes, 2020

Le Tiger I est mon char préféré, depuis toujours, et j’ai eu là entre les mains un livre vraiment de qualité, novateur, fouillé et dûment documenté. Nous avons là un travail d’historien de très haute qualité, fruit de très nombreuses années de recherches, d’interviews et de réflexions.

Max Stein est incontestablement notre spécialiste national du Tiger. Très actif auprès du Musée des Blindés de Saumur, vous ne risquez pas non plus d’admirer le Tiger II du musée lors de la moindre manifestation en Normandie sans croiser l’auteur… J’ai déjà salué un bel ouvrage de son crû (voir ici, où il est aussi question aussi du livre d’autres auteurs), dédié au Tiger de Vimoutiers, vénérable (et unique) relique dont l’avenir est incertain.

Ce Tiger de Vimoutiers appartenant au schwere Panzer-Abteilung 503, ce qui est une découverte que l’on doit à Max Stein, et c’est ce bataillon qui est précisément l’objet de cette étude. Cet Abteilung est aussi le premier à disposer de Tiger II (on lira avec intérêt le passage concernant les fameuses tourelles dites “Porsche”).

Beaucoup d’idées reçues sont revues et corrigées, notamment sur les engagements survenus en Normandie et les circonstances qui ont amené la pertes de ces Panzer lourds. L’auteur nous surprend d’emblée en établissant la véracité sur la consommation des Tiger ainsi que sur la mécanique de ce Panzer de légende, ses connaissance techniques étant un avantage certains pour pleinement saisir la genèse du monstre d’acier et nous exposer ses forces et faiblesses. A travers le déroulement de la bataille de Normandie, le lecteur découvrira aussi à quel point il est difficile d’engager et de maintenir opérationnel un bataillon de chars lourds et sera sans doute surpris des pertes survenant par simple accident.

L’ouvrage de Max Stein est nettement plus réussi et approfondi que 45 Tiger en Normandie, publié en 2002 par Didier Lodieu, même si ce livre ne manque pas d’intérêt, et il ne fait nullement double emploi avec celui-ci: il s’avère bien mieux documenté et plus précis, abordant des questions ignorées par Didier Lodieu.

L’auteur nous emmène d’abord en Russie, mais surtout en Normandie puis dans le Vexin, où va opérer le bataillon de chars lourds, sans s’y distinguer au feu comme les deux Abteilungen de la Waffen SS qui sont également engagés en Normandie.

Le récit de Max Stein est clair, reprend des passages bien connus (Goodwood, Suisse normande, Poche de Falaise,…), mais s’avère néanmoins capable de nous en apprendre beaucoup à ce propos, ce qui est remarquable.

Le texte nous emmène sur des aspects moins traités, ou plus rapidement, et ce toujours avec une extrême précision et une enquête rigoureuse: ainsi du récit de la montée au front, du passage de la Seine et, surtout, des combats dans le Vexin, autour de Mantes. Max Stein évoque largement le Tiger II du musée de Saumur, son origine et son engagement.

Un des “+”de l’ouvrage réside dans les témoignages, recueillis par l’auteur en personne, qui par ailleurs est originaire du secteur de Caen (secteur “Goodwood”, comme moi), ce qui représente un atout de taille pour saisir le déroulement des faits. La documentation est par ailleurs des plus sérieuses. L’iconographie est riche (agrémentée de profils et d’organigrammes qui raviront les amateurs), sans parler des cartes, très utiles et lisibles. Les informations retirées des photographies sont d’importance, parfois d’une évidence (mais il fallait le voir…), comme ce fameux cliché d’un Tiger II tombé dans un trou présenté comme ayant été pris près de Démouville, en contradiction absolue avec la topographie du secteur (il n’y a pas de colline comme celle qui est nettement visible à l’arrière-plan!).