Les Fallschirmjäger à Eben-Emaël, les pilotes de Stukas à Sedan, les Panzerschütze de Rommel, … Des soldats d’élite et des images fortes, passées à la postérité, mais qui laissent oublier que la plupart des soldats allemands, les Landser, étaient avant tout des fantassins, à pied ou motorisés (ancêtres des Panzergrenadiere), voire des Pioniere, sans oublier les motocyclistes, souvent à l’avant-garde de la progression. L’infanterie n’est donc pas la plus célébrée par la Propagande Goebbels, et pourtant c’est elle qui a l’honneur d’entrer le première dans Paris et de parader dans la Ville Lumière le 14 juin 1940. On ne compte pas non plus les officiers de talent issu de son sérail, à commencer par le doyen des Feldmarschall, le prestigieux Gerd von Rundstedt.
Avant l’offensive
La campagne de Pologne inaugure ce qu’on appelle une « Blitzkrieg », une guerre éclair, rapide et peu meurtrière en regard des massacres de la guerre précédente. Néanmoins, le succès allemand masque d’importantes zones d’ombre. Les troupes n’ont pas toujours été à la hauteur et certaines unités manquent singulièrement d’entraînement, notamment les troupes de réservistes qui font preuve d’un manque de cohésion, voir de courage. Pourtant, cette première campagne constitue un baptême du feu, une expérience irremplaçable, ce qui constitue un atout face aux unités alliées encore non aguerries. Après la chute de la Pologne, la France et son allié britannique s’installent progressivement dans ce qui est convenu d’appeler la « Drôle de guerre », la « Sitzkrieg » ou « guerre assise » pour les Allemands. Hitler, à son grand dam, accepte de repousser l’offensive à l’Ouest (la Westfeldzug) au printemps. Ce délai est le bienvenu pour la Wehrmacht qui met à profit ces mois d’inaction pour parfaire son outil de combat. Les préparatifs et l’entraînement vont bon train, afin de pallier aux déficiences décelées en Pologne et pour maintenir la troupe en bonne condition. La véritable supériorité de la Heer réside dans l’existence de troupes potentiellement d’élite et de doctrines dont on ne trouve l’équivalent nulle part ailleurs. Les fantassins et les pionniers des unités d’active sont de bonnes conditions, les Schützen des Panzer-Divisionen ainsi qu’un régiment tel que le prestigieux IR Großdeutschland constituant par ailleurs des forces de premier ordre.
Organisation d’une division d’infanterie
Une division est un peu l’équivalent d’une armée en miniature. Au sein de la Wehrmacht, les ID sont dotés d’une structure assez classique : trois régiments d’infanterie, ainsi que d’un Artillerie-Regiment de trois Abteilungen, à l’instar des unités françaises. En revanche, la ID allemande dispose de davantage de moyens que son homologue française dans le domaine de la reconnaissance (Aufklärungs-Abteilung), mais surtout de la DCA (Flak), pour les unités de 1ère vague, ainsi que pour le combat antichar (Pak : un Panzer-Abwehr-Abteilung). Une ID compte également dans ses rangs un Pionier-Bataillon, une Nachrichten-Abteilung (transmissions) et des services. Les effectifs oscillent entre 15 000 et 18 000 hommes et de 4 000 à 6 000 chevaux pour les ID des quatre premières vagues de mobilisation. La situation des grandes unités de la Heer est donc très inégale en fonction de leurs vagues de mobilisation.
Fer de lance négligé par l’historiographie
Les fantassins allemands, Schützen motorisés ou piétons, motocyclistes démontés, troupes d’assaut du génie, ou encore Gebirgsjäger, se voient attribuer des missions les plus diverses, mais absolument essentielles pour le succès de la campagne à l’Ouest, étant entendu que seule une étroite et habile coopération interarmes constitue la seule clé du succès. Il reste que, quoi qu’il arrive, la touche finale avant le succès, les derniers mètres vers un bunker, une maison ou un bois tenu par l’ennemi, seront le fait de fantassins, cheville ouvrière de l’armée. Les Landser vont franchir des fleuves d’assaut, conquérir des bunkers et autres forteresses, constituer les renforts indispensables aux Fallschirmjäger (par voie terrestre en Belgique ; d’abord aéroportée en Hollande avec la 22. Luftlande-Infanterie-Division), assurer l’essentiel des combats de rues, qui à Lille, qui à Boulogne… Des combattants seront même acheminés sur les arrières de l’ennemi tels de véritables commandos à bord d’avions Fieseler Storch… Ces combats, qui débouchent le plus souvent sur des succès, témoignent de la polyvalence des Landser et, partant, de l’excellence de leur formation ainsi que du bien fondé de la doctrine de combat de la Wehrmacht.
Ces missions sont d’ordre tactique, opérationnelle ou stratégique. Outre saisir un pont intact sous le couvert de l’artillerie, il s’agit aussi de déployer des formations d’infanterie pour assurer le flanc des Panzer-Divisionen qui chevauchent vers la mer dans le cadre du Sichelschnitt, ou encore d’assurer une menace, qui devient pression, le long de la Ligne Maginot (les 17 ID du Heeresgruppe C de Wilhelm von Leeb en mai 1940). Les conquêtes réalisées par les unités motorisées sont défendues par les ID, qui sont chargées d’empêcher l’ennemi de couper les voies de communications vitales à l’acheminement des munitions, des vivres et du carburant aux unités de pointe. Au nord et au sud du front, ce sont essentiellement des ID qui combattent. La progression s’effectue donc sans recours au Panzer : ainsi, au soir du 10 mai 1940, 1er jour de la Westfeldzug, de quasiment toute la zone belge au nord de Maastrich (seule la 9. Pz est aux Pays-Bas), ainsi que du front s’étalant de Luxembourg à la frontière suisse. Et pourtant, ces unités avancent, comme en témoignent le KTB du Heeres-Gruppe B : « Sur l’aile droite du IX. AK [il s’agit de la 6. Armee], la 56. ID a brisé une forte défense ennemie et passé la Meuse à Venlo avnat d’atteindre la ligne Karst-Sevenum-Massbree. Plus au sud, la 30. ID a franchi la Meuse et atteint la ligne forêt à l’est de Meijel-Roggle. Sur le secteur du XI. AK, la 19. ID n’a rencontré qu’une faible résistance lors de sa traversé de la Meuse », etc. Dans le secteur crucial et très fortifié de Liège/Maastrich, ce sont les ID qui passent à l’attaque et qui tiennent le rôle essentiel, même si la 4. Pz intervient en soutien des aéroportés et bénéficient de leurs actions spectaculaires sur le canal Albert.
Il n’y a guère qu’au Gruppe Kleist que les unités mobiles sont en tête de la progression. Il en sera de même pendant toute la campagne : l’essentiel du front est tenu par des fantassins, qui progressent eux-aussi, ou bien qui assurent une flanc-garde efficace, l’un n’excluant pas forcément l’autre. Les opérations sont couronnées de succès : au 23 mai, on note que la 28. ID s’est emparée des quatre derniers ouvrages importants de Maubeuge, tandis que la 62. ID s’est déployée comme prévue sur la Somme, entre Péronne et Ham (le front jusqu’à la Dans tous les cas, l’infanterie est le soutien de/pour les autres armes, et réciproquement.
L’infanterie : le gros de l’armée allemande
En mai 1940, sans surprise, et à l’image de toutes les armées du monde, la Wehrmacht aligne essentiellement des divisions d’infanterie. Outre les unités indépendantes (à l’instar de l’IR Großdeutschland), sur les 156 divisions qu’elle déploie au moment du lancement de la Westfeldzug (y compris en réserve et en Pologne), l’armée allemande ne compte pas moins de 122 Infanterie-Divisionen contre 10 Panzer-Divisionen, 6 divisions motorisées (dont 2 SS) et 4 divisions diverses (Gebirgsjäger, cavalerie, police, de position et de Landwehr –la Territoriale).
Différences avec la Grande Guerre
En dépit de nombreuses similitudes, parfois en armement, et au-delà du déplacement à pied, les tactiques des soldats allemands de 1940 sont très différentes de celles de 1914, et même des Stosstruppen de 1918 : elles intègrent une coopération interarmes plus poussée, comprenant la Luftwaffe, mais aussi la capacité des nouvelles MG et des mortiers. Les réflexions de l’état-major allemand ne sont pas différentes de celles des autres armées mais leur écho est autrement plus important. En dépit de l’existence de la ligne Maginot et des positions d’arrêt espérées par les forces alliées, il n’y aura pas de redite de la guerre de position et des tranchées.
Des faits d’armes oubliés
Si les succès tactiques des Panzer ou des Fallschirmjäger sont bien connus, et souvent rappelés, il n’en va que très rarement de ceux des fantassins. Pourtant, leurs cadres ont souvent fait preuve de cet élan et de cet esprit d’initiative qui a fait toute la différence pour la Wehrmacht en 1940. Elle a également su faire usage de son matériel avec dextérité, ce qui n’a pas forcément été le cas des ses adversaires, pourtant eux aussi dotés d’un équipement pouvant être jugé performants pour l’époque (du FM 24/29 au canon antichar de 47 mm). On ne soulignera jamais assez le courage des premières unités d’infanterie lors de la traversée de la Meuse. Franchir une coupure humide sous le feu d’un ennemi retranché représente en effet incontestablement l’une des formes d’assaut les plus périlleuses qui soient en temps de guerre. Le spectacle que découvre Rommel près de Dinant semble dramatique : « La situation, quand j’arrivai, n’avait donc rien de plaisant. Nos bateaux étaient détruits les uns après les autres par le feu flanquant des Français et la traversée ne s’effectuait plus ». La traversée semble être au point mort. Alors que la Luftwaffe concentre ses moyens au-dessus de Sedan, en appui à Guderian, le franchissement de force se réalise grâce au soutien décisif de l’artillerie, amis aussi des Panzer opérant en tirs directes depuis la berge. A l’écluse de Houx, traversée en premier par des motocyclistes de l’Aufkl. Abt. 8 de la 5. Panzer-Division, le passage est des plus délicats pour les fantassins qui arrivent en renforts, ainsi qu’en témoigne le Feldwebel Blunk : « Par groupes de cinq, les hommes se lancent en avant, laissant un espace de 100 mètres entre eux et trouvant abri pour quelques secondes derrière les ruines de la maison de l’éclusier pour se protéger du tir de l’artillerie. Alors commence la traversée –isolée- du fleuve sur une passerelle d’un mètre de largeur et sous le tir des mitrailleuses ennemies venant des bunkers sur notre droite. Des morts gisent dans l’eau, des blessés s’agrippent fermement à l’écluse. » Un courage renouvelé à maintes reprises, et plus particulièrement lors du franchissement du Rhin par la 7. Armee du General Dollmann, le 15 juin 1940. Une offensive d’autant plus hasardeuse qu’elle se fait contre les positions de la Ligne Maginot.
La neutralisation des défenses apparemment les plus inexpugnables débute dès le début de la campagne. Ainsi, la 71. ID attaque l’ouvrage de La Ferté le 16 mai, fantassins et pionniers progressant jusqu’aux défenses sous le couvert des 88 mm qui ouvrent le feu en tir tendu. Toutes les coupoles sont neutralisées le 19, mais ce n’est que le 2 juin que des soldats allemands découvrent que les défenseurs ont tous péris asphyxiés.
La litanie des victoires des Panzer sont aussi celles des Landser de l’infanterie car les fantassins (ainsi que les autres armes) sont les éternels soutiens des blindés, sans cela impotents. Face aux forces alliées, les Landser ont fait montre de supériorité tactique, une réalité loin de constituer un poncif. Les victoires de Hollande et de Belgique, la percée de Dinant à Sedan, la défense à Montcornet, la bataille de Lille, l’assaut à travers le Rhin sur la Ligne Maginot,… : dans tous les cas, les fantassins ont tenu un rôle important, voire décisif, si ce n’est, quelques fois, le plus important. Indéniablement, les ID ont mené leurs missions à bien. Toutes les contre-attaques alliées menées contre le corridor des Panzer en mai 1940, opérations par ailleurs très mal conçues, se soldent par des échecs retentissants, très coûteux en blindés. Or ces succès allemands sont uniquement le fait de divisions de fantassins…
Le parcours de la 12. ID peut être donné comme emblématique des ID au cours de la Westfeldzug. Placée en réserve du Heeresgruppe A, elle se dirige vers la région d’Arras où, dans le cadre du II. AK, elle participe donc à l’encerclement des forces alliées aventurées en Belgique et en Hollande, en particulier le Groupe d’Armées 1 français. Lors du Fall Rot, elle combat de la Somme à Saint-Valéry-en-Caux, franchit la Seine au sud-est de Rouen et termine la campagne à l’est de Nantes, sur la Loire.
Un matériel de qualité
Les stocks de l’armée vaincue en 1918 étant saisis ou détruits par les vainqueurs, l’Allemagne bénéficiant d’une industrie de guerre moderne, l’équipement et l’armement de base sont de qualité, sans être en général de supériorité technique indiscutable. Si le fusil standard K 98 est l’équivalent des fusils en dotation chez les Alliés, l’armée allemande bénéficie d’armes particulièrement performantes, en particulier la mitrailleuse MG 34 à haute cadence de tir (900 coups par minute), dont dispose chaque groupe de combat (pour 5 à 700 mitrailleuses par ID), et qui est sans équivalent dans les autres armées, ainsi que de mitraillettes MP 38 (improprement appelées Schmeisser). Toute aussi décisive, la Wehrmacht dispose en outre d’une bonne dotation en radio pour l’époque.
Difficultés et échecs
De façon non surprenante, formant le gros du corps de bataille et présente à tous les combats, l’infanterie subit la plus grande part des pertes enregistrées. La 16. ID est ainsi sérieusement malmenée à Stonne : la division compte ainsi 2 903 pertes au cours du seul mois de mai. Les écarts sont importants : au cours de la même période, une unité comme la 7. ID perd trois fois moins d’hommes… A Monthermé, il faut deux jours -les 13 et 14 mai- aux Schützen de la 6. Panzer-Division du General Kempf, pourtant soutenus par la Luftwaffe et appuyés par les autres armes de la division, pour venir à bout des défenseurs de la 42e demi-brigade de mitrailleurs (soit à peine plus de 3 000 hommes). Le General Kempf pose ce constat amer : « Les Français se battent avec un allant qui laisse mes soldats pantois et furieux. » A La Horgne, les fantassins du Schützen-Regiment 1 de l’Oberstleutnant Balck peinent face à la résistance inspirée des Spahis qui ne cèdent qu’à la faveur du soutien des Panzer. L’un des échecs les plus célèbres est celui infligé à la 73. ID à la faveur des contre-attaques de la 14e DI du général de Lattre de Tassigny. Si la division allemande réussit à franchir l’Aisne et le canal des Ardennes, les concentrations de tirs de l’artillerie françaises et les contre-attaques la rejettent sur la rive nord du fleuve. Pis, 800 soldats allemands sont capturés par les Français…
Les soldats allemands de 1940 ont donc, à l’occasion, subi de sérieux revers, et notamment les fantassins. Certes, ces échecs ne sont pas comparables à ceux subis par les fantassins français. En effet, si les demi-succès français d’Hannut et de Gembloux ou encore ceux obtenus sur l’Aisne et la Somme après des combats d’une rare intensité très coûteux pour les Allemands, sont indéniables, ils ne retardent jamais ceux-ci plus de deux jours, autant dire rien. En revanche, les revers subis par la Wehmacht, en particulier par son infanterie, ne sont que temporaires. De plus, puisque la campagne est victorieuse, les souffrances et les fatigues liées à la marche sont atténuées par un moral élevé au sein de troupes motivées.
Avant l’ère du bazooka, qui fait son apparition plus tardivement dans la guerre, les Landser se sont trouvés en difficulté notamment lorsqu’il a fallu faire face aux blindés alliés avec pour seule défense leurs petits canons de 37 mm (Pak 36, disponibles à 13 000 exemplaires) aux performances médiocres. A Montcornet ou à Arras, et plus encore à Abbeville, bien des servants de Pak périssent écrasés sous les chenilles des blindés, ou ont été pulvérisés par les tirs adverses. Les blindés français et britanniques seront la cause de mouvements de panique chez les Allemands, à l’instar des SS de la Totenkopf à Arras ou même du prestigieux IR Großdeutschland à Stonne. A Abbeville, les 28 et 29 mai, la 57. ID du General Blümm, aguerrie en Pologne, connaît un instant de flottement face à la 4e DCR de De Gaulle : un de ses bataillons est virtuellement anéanti. C’est la débandade… L’infanterie allemande, au mépris de tout bon sens tactique, mène un assaut suicidaire : plusieurs centaines de soldats bavarois se dressent hors de leurs trous et attaquent en rangs serrés, baïonnettes au canon, pour se faire faucher à bout portant par les mitrailleuses ou pulvérisé par les obus des chars B1-Bis… Mais les batteries d’artillerie allemandes auront le dernier mot. Pendant ce temps, à Dunkerque, ce ne sont pas moins de huit divisions d’infanterie allemandes (certes épaulées par la 9. Panzer-Division) qui tentent de réduire la poche. Elles ne sont pas en mesure de briser suffisamment tôt les défenses françaises, de sorte que 340 000 franco-britanniques sont évacués par la mer au cours de l’opération « Dynamo ».
Certaines opérations s’avèrent tout simplement constituer des échecs complets. Le 14 juin, la 1. Armee du General von Witzleben lance six ID en premier échelon, appuyées par plus de 1 000 canons et 300 bombardiers, face au secteur fortifié de la Ligne Maginot sis entre Saint-Avold et Sarrable, soit sur une trentaine de kilomètres. Si les Schützen et les Pioniere ne manquent pas de courage, ils sont tenus en échec devant les blockhaus français. Le bilan est très lourd dans les deux camps : plus de 5 000 allemands et 2 500 français sont tombés ce jour-là. La nuit suivante, les défenseurs doivent cependant évacuer leurs positions en raison de la rupture de front sur l’Aisne, qui les menace d’encerclement.
Parmi les fantassins les plus médiocres, on compte une partie des Waffen SS, décriés à l’occasion par les officiers de la Heer qui combattent à leur côté. Après l’épreuve de la contre-attaque blindée britannique d’Arras du 22 mai, les SS de la SS-Totenkopf-Division sont à la peine le 27 mai dans le franchissement du canal de la Bassée. Le seul SS-T-IR 2, en pointe de l’assaut, accuse la perte prohibitive de 650 hommes, dont 150 tués…
In fine, si le rôle de l’infanterie a été évidemment indispensable à la victoire de la Wehrmacht, ce n’est pas elle qui a donné la victoire aux Allemands. Ce sont les Panzer-Divisionen, appuyées par la Luftwaffe, qui ont permis d’imposer un tempo aux opérations qui a dépassé les états-majors alliés. Elles seules possédaient le matériel qui a permis de remporter une victoire rapide, ce qui passera à la postérité sous le vocable de « Blitzkrieg ». De plus, une grande partie des ID de réserve ont passé plus de temps à marcher qu’à combattre…
Les écueils de l’infanterie allemande
La campagne de Pologne est loin d’avoir suffisamment aguerri toutes les troupes. Pis, toutes les unités ne sont pas équipées de façon satisfaisante : le mortier de 8 cm Granatwerfer 34 fait largement défaut (ainsi que le 5 cm léger), sauf dans les unités de première vague. Seules ces unités de la 1ère vague disposent de Flak de 2 cm (12 pièces) et d’obusiers d’infanterie de 15 cm. D’autres armes s’avèrent inadaptées : outre certains armements obsolètes ou disparates (notamment chez les Waffen SS qui disposent d’armes tchécoslovaques…), c’est le cas des fusils antichars Panzerbüsche 38, à tel point que certains soldats devant se déplacer à pied auraient renoncé à les porter… Si les carences sont également inquiétantes dans la dotation en véhicules, les ID de la 1ère vague restent favorisées (même si 15 de ces 35 n’ont que deux compagnies au lieu de trois dans leur Panzer-Jäger-Abteilung, faute de véhicules).
Conclusion : une image biaisée
En ce printemps 1940, l’impact de l’arrivée de ces Landser, disciplinés et à l’allure martiale, est durable auprès des civils des pays envahis. Ce sont le plus souvent ces hommes qu’ils vont côtoyer pendant les années noires de l’Occupation. Et pourtant, l’historiographie et les images qui nous sont le plus souvent parvenues de la guerre accordent la part belle aux autres acteurs -plus modernes- de la victoire du Reich.
L’image qui reste du soldat allemand en 1940 pour le grand public, voire pour certains vétérans qui furent leurs adversaires, est celui d’un combattant d’une armée moderne et motorisée, alors qu’en réalité la Wehrmacht est alors en grande partie hippomobile. Pis, bien des unités sont mal équipées, pour ne pas dire de piètre qualité, sans que les circonstances de la campagne n’aient été en mesure de le mettre en valeur. Ces soldats ont pourtant le plus souvent damé le pion à leurs adversaires.
Un des grands oubliés de la Westfeldzug, les fantassins allemands, de l’infanterie proprement dite ou non, que ce soit les pionniers ou les motocyclistes, constituent donc les gros bataillons de la Wehrmacht qui envahit l’Ouest en 1940. La victoire que ces soldats remportent est en apparence si éclatante, parfois marquée par peu de combats, qu’elle provoque en eux un sentiment d’hybris. Cette belle infanterie va pourtant bientôt atteindre ses limites, à l’Est…
Une lecture recommandée sur le sujet : Eric Denis, 1940. La Wehrmacht de Fall Gelb, Economica, 2018.
Le Landser dans la Westfelzug de 1940
Les Fallschirmjäger à Eben-Emaël, les pilotes de Stukas à Sedan, les Panzerschütze de Rommel, … Des soldats d’élite et des images fortes, passées à la postérité, mais qui laissent oublier que la plupart des soldats allemands, les Landser, étaient avant tout des fantassins, à pied ou motorisés (ancêtres des Panzergrenadiere), voire des Pioniere, sans oublier les motocyclistes, souvent à l’avant-garde de la progression. L’infanterie n’est donc pas la plus célébrée par la Propagande Goebbels, et pourtant c’est elle qui a l’honneur d’entrer le première dans Paris et de parader dans la Ville Lumière le 14 juin 1940. On ne compte pas non plus les officiers de talent issu de son sérail, à commencer par le doyen des Feldmarschall, le prestigieux Gerd von Rundstedt.
Avant l’offensive
La campagne de Pologne inaugure ce qu’on appelle une « Blitzkrieg », une guerre éclair, rapide et peu meurtrière en regard des massacres de la guerre précédente. Néanmoins, le succès allemand masque d’importantes zones d’ombre. Les troupes n’ont pas toujours été à la hauteur et certaines unités manquent singulièrement d’entraînement, notamment les troupes de réservistes qui font preuve d’un manque de cohésion, voir de courage. Pourtant, cette première campagne constitue un baptême du feu, une expérience irremplaçable, ce qui constitue un atout face aux unités alliées encore non aguerries. Après la chute de la Pologne, la France et son allié britannique s’installent progressivement dans ce qui est convenu d’appeler la « Drôle de guerre », la « Sitzkrieg » ou « guerre assise » pour les Allemands. Hitler, à son grand dam, accepte de repousser l’offensive à l’Ouest (la Westfeldzug) au printemps. Ce délai est le bienvenu pour la Wehrmacht qui met à profit ces mois d’inaction pour parfaire son outil de combat. Les préparatifs et l’entraînement vont bon train, afin de pallier aux déficiences décelées en Pologne et pour maintenir la troupe en bonne condition. La véritable supériorité de la Heer réside dans l’existence de troupes potentiellement d’élite et de doctrines dont on ne trouve l’équivalent nulle part ailleurs. Les fantassins et les pionniers des unités d’active sont de bonnes conditions, les Schützen des Panzer-Divisionen ainsi qu’un régiment tel que le prestigieux IR Großdeutschland constituant par ailleurs des forces de premier ordre.
Organisation d’une division d’infanterie
Une division est un peu l’équivalent d’une armée en miniature. Au sein de la Wehrmacht, les ID sont dotés d’une structure assez classique : trois régiments d’infanterie, ainsi que d’un Artillerie-Regiment de trois Abteilungen, à l’instar des unités françaises. En revanche, la ID allemande dispose de davantage de moyens que son homologue française dans le domaine de la reconnaissance (Aufklärungs-Abteilung), mais surtout de la DCA (Flak), pour les unités de 1ère vague, ainsi que pour le combat antichar (Pak : un Panzer-Abwehr-Abteilung). Une ID compte également dans ses rangs un Pionier-Bataillon, une Nachrichten-Abteilung (transmissions) et des services. Les effectifs oscillent entre 15 000 et 18 000 hommes et de 4 000 à 6 000 chevaux pour les ID des quatre premières vagues de mobilisation. La situation des grandes unités de la Heer est donc très inégale en fonction de leurs vagues de mobilisation.
Fer de lance négligé par l’historiographie
Les fantassins allemands, Schützen motorisés ou piétons, motocyclistes démontés, troupes d’assaut du génie, ou encore Gebirgsjäger, se voient attribuer des missions les plus diverses, mais absolument essentielles pour le succès de la campagne à l’Ouest, étant entendu que seule une étroite et habile coopération interarmes constitue la seule clé du succès. Il reste que, quoi qu’il arrive, la touche finale avant le succès, les derniers mètres vers un bunker, une maison ou un bois tenu par l’ennemi, seront le fait de fantassins, cheville ouvrière de l’armée. Les Landser vont franchir des fleuves d’assaut, conquérir des bunkers et autres forteresses, constituer les renforts indispensables aux Fallschirmjäger (par voie terrestre en Belgique ; d’abord aéroportée en Hollande avec la 22. Luftlande-Infanterie-Division), assurer l’essentiel des combats de rues, qui à Lille, qui à Boulogne… Des combattants seront même acheminés sur les arrières de l’ennemi tels de véritables commandos à bord d’avions Fieseler Storch… Ces combats, qui débouchent le plus souvent sur des succès, témoignent de la polyvalence des Landser et, partant, de l’excellence de leur formation ainsi que du bien fondé de la doctrine de combat de la Wehrmacht.
Ces missions sont d’ordre tactique, opérationnelle ou stratégique. Outre saisir un pont intact sous le couvert de l’artillerie, il s’agit aussi de déployer des formations d’infanterie pour assurer le flanc des Panzer-Divisionen qui chevauchent vers la mer dans le cadre du Sichelschnitt, ou encore d’assurer une menace, qui devient pression, le long de la Ligne Maginot (les 17 ID du Heeresgruppe C de Wilhelm von Leeb en mai 1940). Les conquêtes réalisées par les unités motorisées sont défendues par les ID, qui sont chargées d’empêcher l’ennemi de couper les voies de communications vitales à l’acheminement des munitions, des vivres et du carburant aux unités de pointe. Au nord et au sud du front, ce sont essentiellement des ID qui combattent. La progression s’effectue donc sans recours au Panzer : ainsi, au soir du 10 mai 1940, 1er jour de la Westfeldzug, de quasiment toute la zone belge au nord de Maastrich (seule la 9. Pz est aux Pays-Bas), ainsi que du front s’étalant de Luxembourg à la frontière suisse. Et pourtant, ces unités avancent, comme en témoignent le KTB du Heeres-Gruppe B : « Sur l’aile droite du IX. AK [il s’agit de la 6. Armee], la 56. ID a brisé une forte défense ennemie et passé la Meuse à Venlo avnat d’atteindre la ligne Karst-Sevenum-Massbree. Plus au sud, la 30. ID a franchi la Meuse et atteint la ligne forêt à l’est de Meijel-Roggle. Sur le secteur du XI. AK, la 19. ID n’a rencontré qu’une faible résistance lors de sa traversé de la Meuse », etc. Dans le secteur crucial et très fortifié de Liège/Maastrich, ce sont les ID qui passent à l’attaque et qui tiennent le rôle essentiel, même si la 4. Pz intervient en soutien des aéroportés et bénéficient de leurs actions spectaculaires sur le canal Albert.
Il n’y a guère qu’au Gruppe Kleist que les unités mobiles sont en tête de la progression. Il en sera de même pendant toute la campagne : l’essentiel du front est tenu par des fantassins, qui progressent eux-aussi, ou bien qui assurent une flanc-garde efficace, l’un n’excluant pas forcément l’autre. Les opérations sont couronnées de succès : au 23 mai, on note que la 28. ID s’est emparée des quatre derniers ouvrages importants de Maubeuge, tandis que la 62. ID s’est déployée comme prévue sur la Somme, entre Péronne et Ham (le front jusqu’à la Dans tous les cas, l’infanterie est le soutien de/pour les autres armes, et réciproquement.
L’infanterie : le gros de l’armée allemande
En mai 1940, sans surprise, et à l’image de toutes les armées du monde, la Wehrmacht aligne essentiellement des divisions d’infanterie. Outre les unités indépendantes (à l’instar de l’IR Großdeutschland), sur les 156 divisions qu’elle déploie au moment du lancement de la Westfeldzug (y compris en réserve et en Pologne), l’armée allemande ne compte pas moins de 122 Infanterie-Divisionen contre 10 Panzer-Divisionen, 6 divisions motorisées (dont 2 SS) et 4 divisions diverses (Gebirgsjäger, cavalerie, police, de position et de Landwehr –la Territoriale).
Différences avec la Grande Guerre
En dépit de nombreuses similitudes, parfois en armement, et au-delà du déplacement à pied, les tactiques des soldats allemands de 1940 sont très différentes de celles de 1914, et même des Stosstruppen de 1918 : elles intègrent une coopération interarmes plus poussée, comprenant la Luftwaffe, mais aussi la capacité des nouvelles MG et des mortiers. Les réflexions de l’état-major allemand ne sont pas différentes de celles des autres armées mais leur écho est autrement plus important. En dépit de l’existence de la ligne Maginot et des positions d’arrêt espérées par les forces alliées, il n’y aura pas de redite de la guerre de position et des tranchées.
Des faits d’armes oubliés
Si les succès tactiques des Panzer ou des Fallschirmjäger sont bien connus, et souvent rappelés, il n’en va que très rarement de ceux des fantassins. Pourtant, leurs cadres ont souvent fait preuve de cet élan et de cet esprit d’initiative qui a fait toute la différence pour la Wehrmacht en 1940. Elle a également su faire usage de son matériel avec dextérité, ce qui n’a pas forcément été le cas des ses adversaires, pourtant eux aussi dotés d’un équipement pouvant être jugé performants pour l’époque (du FM 24/29 au canon antichar de 47 mm). On ne soulignera jamais assez le courage des premières unités d’infanterie lors de la traversée de la Meuse. Franchir une coupure humide sous le feu d’un ennemi retranché représente en effet incontestablement l’une des formes d’assaut les plus périlleuses qui soient en temps de guerre. Le spectacle que découvre Rommel près de Dinant semble dramatique : « La situation, quand j’arrivai, n’avait donc rien de plaisant. Nos bateaux étaient détruits les uns après les autres par le feu flanquant des Français et la traversée ne s’effectuait plus ». La traversée semble être au point mort. Alors que la Luftwaffe concentre ses moyens au-dessus de Sedan, en appui à Guderian, le franchissement de force se réalise grâce au soutien décisif de l’artillerie, amis aussi des Panzer opérant en tirs directes depuis la berge. A l’écluse de Houx, traversée en premier par des motocyclistes de l’Aufkl. Abt. 8 de la 5. Panzer-Division, le passage est des plus délicats pour les fantassins qui arrivent en renforts, ainsi qu’en témoigne le Feldwebel Blunk : « Par groupes de cinq, les hommes se lancent en avant, laissant un espace de 100 mètres entre eux et trouvant abri pour quelques secondes derrière les ruines de la maison de l’éclusier pour se protéger du tir de l’artillerie. Alors commence la traversée –isolée- du fleuve sur une passerelle d’un mètre de largeur et sous le tir des mitrailleuses ennemies venant des bunkers sur notre droite. Des morts gisent dans l’eau, des blessés s’agrippent fermement à l’écluse. » Un courage renouvelé à maintes reprises, et plus particulièrement lors du franchissement du Rhin par la 7. Armee du General Dollmann, le 15 juin 1940. Une offensive d’autant plus hasardeuse qu’elle se fait contre les positions de la Ligne Maginot.
La neutralisation des défenses apparemment les plus inexpugnables débute dès le début de la campagne. Ainsi, la 71. ID attaque l’ouvrage de La Ferté le 16 mai, fantassins et pionniers progressant jusqu’aux défenses sous le couvert des 88 mm qui ouvrent le feu en tir tendu. Toutes les coupoles sont neutralisées le 19, mais ce n’est que le 2 juin que des soldats allemands découvrent que les défenseurs ont tous péris asphyxiés.
La litanie des victoires des Panzer sont aussi celles des Landser de l’infanterie car les fantassins (ainsi que les autres armes) sont les éternels soutiens des blindés, sans cela impotents. Face aux forces alliées, les Landser ont fait montre de supériorité tactique, une réalité loin de constituer un poncif. Les victoires de Hollande et de Belgique, la percée de Dinant à Sedan, la défense à Montcornet, la bataille de Lille, l’assaut à travers le Rhin sur la Ligne Maginot,… : dans tous les cas, les fantassins ont tenu un rôle important, voire décisif, si ce n’est, quelques fois, le plus important. Indéniablement, les ID ont mené leurs missions à bien. Toutes les contre-attaques alliées menées contre le corridor des Panzer en mai 1940, opérations par ailleurs très mal conçues, se soldent par des échecs retentissants, très coûteux en blindés. Or ces succès allemands sont uniquement le fait de divisions de fantassins…
Le parcours de la 12. ID peut être donné comme emblématique des ID au cours de la Westfeldzug. Placée en réserve du Heeresgruppe A, elle se dirige vers la région d’Arras où, dans le cadre du II. AK, elle participe donc à l’encerclement des forces alliées aventurées en Belgique et en Hollande, en particulier le Groupe d’Armées 1 français. Lors du Fall Rot, elle combat de la Somme à Saint-Valéry-en-Caux, franchit la Seine au sud-est de Rouen et termine la campagne à l’est de Nantes, sur la Loire.
Un matériel de qualité
Les stocks de l’armée vaincue en 1918 étant saisis ou détruits par les vainqueurs, l’Allemagne bénéficiant d’une industrie de guerre moderne, l’équipement et l’armement de base sont de qualité, sans être en général de supériorité technique indiscutable. Si le fusil standard K 98 est l’équivalent des fusils en dotation chez les Alliés, l’armée allemande bénéficie d’armes particulièrement performantes, en particulier la mitrailleuse MG 34 à haute cadence de tir (900 coups par minute), dont dispose chaque groupe de combat (pour 5 à 700 mitrailleuses par ID), et qui est sans équivalent dans les autres armées, ainsi que de mitraillettes MP 38 (improprement appelées Schmeisser). Toute aussi décisive, la Wehrmacht dispose en outre d’une bonne dotation en radio pour l’époque.
Difficultés et échecs
De façon non surprenante, formant le gros du corps de bataille et présente à tous les combats, l’infanterie subit la plus grande part des pertes enregistrées. La 16. ID est ainsi sérieusement malmenée à Stonne : la division compte ainsi 2 903 pertes au cours du seul mois de mai. Les écarts sont importants : au cours de la même période, une unité comme la 7. ID perd trois fois moins d’hommes… A Monthermé, il faut deux jours -les 13 et 14 mai- aux Schützen de la 6. Panzer-Division du General Kempf, pourtant soutenus par la Luftwaffe et appuyés par les autres armes de la division, pour venir à bout des défenseurs de la 42e demi-brigade de mitrailleurs (soit à peine plus de 3 000 hommes). Le General Kempf pose ce constat amer : « Les Français se battent avec un allant qui laisse mes soldats pantois et furieux. » A La Horgne, les fantassins du Schützen-Regiment 1 de l’Oberstleutnant Balck peinent face à la résistance inspirée des Spahis qui ne cèdent qu’à la faveur du soutien des Panzer. L’un des échecs les plus célèbres est celui infligé à la 73. ID à la faveur des contre-attaques de la 14e DI du général de Lattre de Tassigny. Si la division allemande réussit à franchir l’Aisne et le canal des Ardennes, les concentrations de tirs de l’artillerie françaises et les contre-attaques la rejettent sur la rive nord du fleuve. Pis, 800 soldats allemands sont capturés par les Français…
Les soldats allemands de 1940 ont donc, à l’occasion, subi de sérieux revers, et notamment les fantassins. Certes, ces échecs ne sont pas comparables à ceux subis par les fantassins français. En effet, si les demi-succès français d’Hannut et de Gembloux ou encore ceux obtenus sur l’Aisne et la Somme après des combats d’une rare intensité très coûteux pour les Allemands, sont indéniables, ils ne retardent jamais ceux-ci plus de deux jours, autant dire rien. En revanche, les revers subis par la Wehmacht, en particulier par son infanterie, ne sont que temporaires. De plus, puisque la campagne est victorieuse, les souffrances et les fatigues liées à la marche sont atténuées par un moral élevé au sein de troupes motivées.
Avant l’ère du bazooka, qui fait son apparition plus tardivement dans la guerre, les Landser se sont trouvés en difficulté notamment lorsqu’il a fallu faire face aux blindés alliés avec pour seule défense leurs petits canons de 37 mm (Pak 36, disponibles à 13 000 exemplaires) aux performances médiocres. A Montcornet ou à Arras, et plus encore à Abbeville, bien des servants de Pak périssent écrasés sous les chenilles des blindés, ou ont été pulvérisés par les tirs adverses. Les blindés français et britanniques seront la cause de mouvements de panique chez les Allemands, à l’instar des SS de la Totenkopf à Arras ou même du prestigieux IR Großdeutschland à Stonne. A Abbeville, les 28 et 29 mai, la 57. ID du General Blümm, aguerrie en Pologne, connaît un instant de flottement face à la 4e DCR de De Gaulle : un de ses bataillons est virtuellement anéanti. C’est la débandade… L’infanterie allemande, au mépris de tout bon sens tactique, mène un assaut suicidaire : plusieurs centaines de soldats bavarois se dressent hors de leurs trous et attaquent en rangs serrés, baïonnettes au canon, pour se faire faucher à bout portant par les mitrailleuses ou pulvérisé par les obus des chars B1-Bis… Mais les batteries d’artillerie allemandes auront le dernier mot. Pendant ce temps, à Dunkerque, ce ne sont pas moins de huit divisions d’infanterie allemandes (certes épaulées par la 9. Panzer-Division) qui tentent de réduire la poche. Elles ne sont pas en mesure de briser suffisamment tôt les défenses françaises, de sorte que 340 000 franco-britanniques sont évacués par la mer au cours de l’opération « Dynamo ».
Certaines opérations s’avèrent tout simplement constituer des échecs complets. Le 14 juin, la 1. Armee du General von Witzleben lance six ID en premier échelon, appuyées par plus de 1 000 canons et 300 bombardiers, face au secteur fortifié de la Ligne Maginot sis entre Saint-Avold et Sarrable, soit sur une trentaine de kilomètres. Si les Schützen et les Pioniere ne manquent pas de courage, ils sont tenus en échec devant les blockhaus français. Le bilan est très lourd dans les deux camps : plus de 5 000 allemands et 2 500 français sont tombés ce jour-là. La nuit suivante, les défenseurs doivent cependant évacuer leurs positions en raison de la rupture de front sur l’Aisne, qui les menace d’encerclement.
Parmi les fantassins les plus médiocres, on compte une partie des Waffen SS, décriés à l’occasion par les officiers de la Heer qui combattent à leur côté. Après l’épreuve de la contre-attaque blindée britannique d’Arras du 22 mai, les SS de la SS-Totenkopf-Division sont à la peine le 27 mai dans le franchissement du canal de la Bassée. Le seul SS-T-IR 2, en pointe de l’assaut, accuse la perte prohibitive de 650 hommes, dont 150 tués…
In fine, si le rôle de l’infanterie a été évidemment indispensable à la victoire de la Wehrmacht, ce n’est pas elle qui a donné la victoire aux Allemands. Ce sont les Panzer-Divisionen, appuyées par la Luftwaffe, qui ont permis d’imposer un tempo aux opérations qui a dépassé les états-majors alliés. Elles seules possédaient le matériel qui a permis de remporter une victoire rapide, ce qui passera à la postérité sous le vocable de « Blitzkrieg ». De plus, une grande partie des ID de réserve ont passé plus de temps à marcher qu’à combattre…
Les écueils de l’infanterie allemande
La campagne de Pologne est loin d’avoir suffisamment aguerri toutes les troupes. Pis, toutes les unités ne sont pas équipées de façon satisfaisante : le mortier de 8 cm Granatwerfer 34 fait largement défaut (ainsi que le 5 cm léger), sauf dans les unités de première vague. Seules ces unités de la 1ère vague disposent de Flak de 2 cm (12 pièces) et d’obusiers d’infanterie de 15 cm. D’autres armes s’avèrent inadaptées : outre certains armements obsolètes ou disparates (notamment chez les Waffen SS qui disposent d’armes tchécoslovaques…), c’est le cas des fusils antichars Panzerbüsche 38, à tel point que certains soldats devant se déplacer à pied auraient renoncé à les porter… Si les carences sont également inquiétantes dans la dotation en véhicules, les ID de la 1ère vague restent favorisées (même si 15 de ces 35 n’ont que deux compagnies au lieu de trois dans leur Panzer-Jäger-Abteilung, faute de véhicules).
Conclusion : une image biaisée
En ce printemps 1940, l’impact de l’arrivée de ces Landser, disciplinés et à l’allure martiale, est durable auprès des civils des pays envahis. Ce sont le plus souvent ces hommes qu’ils vont côtoyer pendant les années noires de l’Occupation. Et pourtant, l’historiographie et les images qui nous sont le plus souvent parvenues de la guerre accordent la part belle aux autres acteurs -plus modernes- de la victoire du Reich.
L’image qui reste du soldat allemand en 1940 pour le grand public, voire pour certains vétérans qui furent leurs adversaires, est celui d’un combattant d’une armée moderne et motorisée, alors qu’en réalité la Wehrmacht est alors en grande partie hippomobile. Pis, bien des unités sont mal équipées, pour ne pas dire de piètre qualité, sans que les circonstances de la campagne n’aient été en mesure de le mettre en valeur. Ces soldats ont pourtant le plus souvent damé le pion à leurs adversaires.
Un des grands oubliés de la Westfeldzug, les fantassins allemands, de l’infanterie proprement dite ou non, que ce soit les pionniers ou les motocyclistes, constituent donc les gros bataillons de la Wehrmacht qui envahit l’Ouest en 1940. La victoire que ces soldats remportent est en apparence si éclatante, parfois marquée par peu de combats, qu’elle provoque en eux un sentiment d’hybris. Cette belle infanterie va pourtant bientôt atteindre ses limites, à l’Est…
Une lecture recommandée sur le sujet : Eric Denis, 1940. La Wehrmacht de Fall Gelb, Economica, 2018.
LES UNITES DE RECONNAISSANCE DU DAK (Partie 2)
RUDOLPH WITZIG
LES UNITES DE RECONNAISSANCE DU DAK (Partie 1)
Recension “South Africans versus Rommel”
Les divisions blindées alliées en Afrique du Nord