Antiquité Livre

Recension “La Grèce hellénistique et romaine”

Super opus final sur la Grèce ancienne

Catherine Grandjean (direction), La Grèce hellénistique et romaine, Belin, 2024

J’avais déjà eu l’occasion d’exprimer mon admiration pour la qualité du travail effectué sous la direction de Catherine Grandjean.

Cette suite logique à la Grèce classique reprend la formule qui a fait ses preuves avec la superbe série “Mondes Anciens” : texte sérieux et documenté, présentation agréable et fort illustrée (les cartes sont toujours remarquables et les photographies en grand format), auteurs spécialistes et connaissant leurs propos.  

Féru d’histoire grecque (et romaine), il s’agit de la période que je connais le moins (sans être pour autant béotien en la matière), ce qui rendait cet ouvrage d’autant plus passionnant à découvrir.

L’ouvrage couvre la période correspondant à une “dilatation” de l’espace hellénique et permet de comprendre dans quelle mesure s’effectue la diffusion de la culture grecque, ainsi que, question essentielle, ses rapports avec la culture romaine: l’intégration dans l’empire romain a-t-elle renforcée le processus, changé la donne? Vous aurez bien des réponses.

J’ai pris un vif plaisir à en faire la lecture. Comme à l’accoutumé, on aimerait un livre portant sur chacun des sujets évoqués, mais cette synthèse est de haut niveau et cette qualité lui confère tout son intérêt.  

La présentation suit un cadre chronologique, mais, comme toujours, permet aussi une approche thématique. C’est une des forces de la collection. L’entame explique les choix des bornes du sujet (Alexandre le Grand et Hadrien).

Suivent pas moins de 13 chapitres, chacun d’eux étant divisé en trois parties : c’est dire que les auteurs embrassent un vaste sujet en 700 pages (hors annexes). Ces spécialistes n’abordent pas que le récit chronologique des événements politiques et guerriers (fort bien mené et appréciable, d’autant que la situation est fort mouvante et complexe avec les Diadoques et les Epigones), mais aussi les modèles politiques (la monarchie hellénistique, mais aussi la vitalité des cités à cette époque, ainsi que les koinon) et leurs évolutions dans l’espace et le temps, de même que «la question de l’hellénisme (un chapitre entier) et l’intégration du monde grec au monde romain : l’émergence d’un monde nouveau ».

L’ouvrage aborde les marges du monde helléniques, aussi bien en Occident (Marseille) qu’aux confins que représentent la Sogdiane et la Bactriane, mais aussi divers royaumes et peuples, dont les Juifs, dont le rôle est à souligner. J’ai particulièrement aimé les diverses mises au point concernant Sparte, Athènes, Rhodes ou encore Pergame et bien sûr Alexandrie.  La vie urbaine, la ruralité, les cités et les évergètes, la philosophie, la paideia, etc: le panorama est complet.

Les auteurs ont mis à coeur de convoquer les meilleures spécialistes comme références et, en bons universitaires, citent régulièrement leurs pairs et les thèses avancées au fil de leurs récits : il s’agit donc ici d’une mise au point s’appuyant sur les débats historiographiques les plus récents. Ainsi, l’amateur est certain de la base solide du texte qu’il a sous les yeux, tandis que le lecteur averti, s’il navigue en terrain connu, saura trouver son plaisir en découvrant quelques détails qu’il ignorait. 

Les “ateliers ” et annexes présentent à chaque fois des curiosités : citons, ici, la question de la géographie alexandrine ou encore “des animaux dans l’Histoire”. En revanche, relier les koinon à l’Union européenne ne m’a pas du tout convaincu.

Un beau livre, bien écrit sur un sujet passionnant : j’y ai consacré de belles heures de lecture et j’en remercie vivement les auteurs !