Seconde Guerre Mondiale WWII

HEERESGRUPPE NORD (2). 1942, LENINGRAD NE SERA PAS CONQUISE

L’année 1942 se termine par une sorte de statu-quo, mais le Heeresgruppe Nord est affaibli par les pertes subies, mais aussi par les ponctions opérées au profit des autres fronts.

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La situation à l’orée de l’année 1942

La Wehrmacht ne peut que constater que l’incroyable capacité de récupération de l’Armée Rouge, en dépit des pertes considérables qui lui sont infligées. Les réserves humaines et matérielles des Soviétiques semblent inépuisables, alors que les Etats-Unis entrent également en guerre. Aussi, pour Hitler, l’offensive projetée en 1942 est celle de la dernière chance. Il s’agit d’écraser l’Union Soviétique avant que tout le poids de l’industrie américaine ne pèse dans le conflit, ce qui signifierait une défaite inéluctable. Le 25 mars 1942, les pertes totales à l’Est dépasse le million d’hommes. Nombre d’unités ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. C’est ainsi que, à cette date, sur 162 divisions engagées sur le front de l’Est, 11 seulement sont aptes à l’offensive alors que pas moins de 47 divisions n’offrent plus que des capacités opérationnelles réduites et seront cantonnées dans des tâches défensives. La guerre de position refait son apparition, particulièrement au Heeresgruppe Nord, et beaucoup d’unités en sont réduites à vivre d’expédients en ayant recours aux réquisitions afin de compenser les pertes en équipement moderne. Les pertes en matériel sont en effet conséquentes puisque 3 500 chars ont été détruits, 142 à peine étant alors en état de fonctionnement sur l’ensemble du front russe, soit autant qu’au sein de l’Afrikakorps à la même date! La Luftwaffe a également beaucoup souffert en 1941, puisque ses pertes atteignent 5 000 appareils tous fronts confondus, dont 60% sur le front de l’Est. Un effort considérable est réalisé par la Wehrmachtpour renforcer ses unités à l’Est avant la reprise de l’offensive. En juin 1942, l’OKH dispose de 167 divisions à l’Est, dont 36 au Heeresgruppe Nordle moins bien pourvu. En face, l’Armée Rouge n’a cessé de se renforcer malgré les pertes subies depuis le début de la guerre. La supériorité tactique de la Wehrmacht et les choix stratégiques de 1942 vont-ils permettre à l’Allemagne de faire toutefois la différence ?

L’hiver 1941-1942 est celui des épreuves pour le Heeresgruppe Nord. Après l’attaque russe sur Tikhvine à la fin 1941, il faut faire face à de multiples contre-offensives, ordonnées par un Staline prématurément euphorique, qui pense que la Wehrmacht est mûre pour être anéantie et boutée hors d’Union soviétique. L’Armée rouge contre-attaque ainsi à Demiansk, s’évertuant à anéantir la poche, mais en vain (en janvier-février, puis du 1er mars au 30 avril), en direction de Kholm (jusqu’au 6 février), mais aussi à Liouban (de janvier à fin avril). Si la 18. Armee de von Küchler doit céder du terrain au-delà du Volkhov, la 16. Armee de Busch est violement repoussée jusqu’à Velikie-Luki, l’ennemi perçant au-delà en direction du sud, menaçant Vitebsk et Smolensk, ainsi que Viazma, à telle enseigne que la 9. Armee de Model, du Heeresgruppe Mitte, se retrouve presqu’encerclée dans ce qui sera appelé le saillant de Rjev. Staline, trop confiant, ordonne aux Fronts de Leningrad et du Volkhov de lever le siège de Leningrad en menant des assauts concentriques à travers la Neva et le Volkhov. 

Les poches de Demiansk et de Kholm

            Le 7 janvier, le Front du Volkhov du général Meretskov frappe en force les lignes de la 16. Armee (10. et 2. Armee-Korps) dans l’intention de briser l’étreinte qui enserre Leningrad. La 290. ID est pratiquement anéantie en quelques jours : encerclée, elle se replie toutefois vers l’ouest, ravitaillée par air. D’autres isolés demeurent sur place, à l’instar du conglomérat que représentent les 532 défenseurs de Vsvad, commandés par l’Hauptmann Pröhl. Le nid de résistance repousse tous les assauts pendant 13 jours, perdant moins de 100 hommes, avant de recevoir l’autorisation d’évacuer la place, ce que la garnison parvient à réaliser en parcourant les 25 km qui la sépare de la Division « Azul ». D’autres « hérissons » de défense sont au contraire moins chanceux, comme celui de l’Infanterie-Regiment 502, éliminé après cinq semaines de résistance. Cette offensive du 7 janvier 1942 sonne le lever de rideau pour un affrontement qui sera connue sous le nom de bataille de Demiansk.

            Frappant à la jonction des Heeresgruppen Nord et Mitte par un temps sibérien et en franchissant le lac Ilmen recouvert de glaces, les Soviétiques réussissent à percer en profondeur. La poussée des  3ème et 4ème armées de Choc débouche, après un mois d’affrontements acharnés sur un champ de bataille recouvert de forêts et de marais gelés, sur deux encerclements : à Demiansk et à Kholm. Plus de 100 000 hommes, soit six divisions commandées par le général von Brockdorff-Ahlefeldt (l’homme étant un comte, ses soldats ont baptisé la poche « le comté »), sont pris dans la nasse dans la première, la poche dépassant les 50 km de largeur. Il s’agit du premier « Kessel » d’importance. Von Leeb suggère immédiatement un repli sur la ligne de la Lovati. Devant la fin de non-recevoir de l’OKH, il présente sa démission qui est acceptée par le Führer, qui nomme von Küchler à la tête du Heeresgruppe Nord. 

Isolés, les Allemands ne vont devoir leur sauvegarde qu’aux opérations de ravitaillement menées par la Luftwaffe, qui met en place le premier pont aérien conséquent de la guerre, mobilisant ses ressources au maximum pour cela. Cet effort sera concluant, mais il fera un fâcheux précédant quand, l’automne suivant, Goering affirmera que sa Luftwaffe sera à même de ravitailler la poche de Stalingrad, autrement plus importante. Pour l’heure, les soldats assiégés sont ravitaillés par deux aérodromes. Les escadrilles de transport (15 groupes, y compris de bombardiers convertis dans ce rôle) sont mises à rude contribution du 8 février au 21 avril 1942, ainsi que celle de Kholm. Le bilan est flatteur : près de 270 tonnes acheminées chaque jour, 36 000 soldats évacués (essentiellement des blessés) et 33 000 transportés en renforts. 65 000 t sont convoyées à Demiansk. Un exploit qui a un coût : 265 avions de transports sont perdus. A Kholm, les 5 000 hommes du fort disparate Kampfgruppe Scherer (deux bataillons de fantassins et un de la Luftwaffe sont acheminés à bord de 80 planeurs) campent eux aussi fermement sur leurs positions et soutiennent le siège pendant 105 jours.

            Si les Russes échouent dans leurs tentatives pour réduire la poche, y compris en engageant le 1ercorps de parachutistes dont certains éléments sont largués au sein du dispositif allemand, le Heeresgruppe Nord monte une opération de dégagement baptisée « Brückenschlag ». Déclenchée le 21 mars depuis la zone de Staraïa Roussa, la contre-attaque est dirigée par le général von Seydlitz-Kurzbach et met en oeuvre huit divisions d’infanterie (une motorisée), dont la 21. Luftwaffe-Feld-Division du général Meindl, ainsi que diverses unités autonomes, dont le I/ Panzer Regiment 203, des StuG (659. et 666. StuG Abt.) et des Gebirgsjäger, ainsi que des éléments de la « Totenkopf ». L’attaque est particulièrement réussie dans la zone dévolue à la 5. Leichte-Division, mais l’adversaire est résolu et les conditions climatiques éprouvantes. Le seul succès tangible réside dans la prise de contact avec un Kampfgruppe qui n’est donc plus isolé. C’est donc au début du mois d’avril que von Seydlitz-Kurzbach reprend l’attaque, facilitée par une action concertée des assiégés à partir du 14 avril. Menant la tête de l’effort provenant du « Kessel », la « Totenkopf » franchit la Lovati en pleine crue et, le 19 avril, établit la jonction avec les troupes venues à la rescousse, en l’occurrence la 5. Leichte-Division. La liaison entre les deux forces allemandes est encore précaire et il faut élargir et affermir le corridor pour en assurer la pérennité, ce qui est chose effective début mai. Au même moment, les 318. et 122. ID appuyés par des StuG délivrent les encerclés de Kholm, qui ont subi environ 1 500 pertes (relativement peu distants du front allemand, ils ont toujours pu bénéficier du soutien de l’artillerie allemande). A Demiansk, les assiégés ont subi un peu plus de 3 300 tués, mais ils ont tenu. Un saillant se forme donc sur la ligne du Heeresgruppe Nord, maintenu en dépit du bon sens sur ordre de Hitler. Parmi les unités dévolues à la tâche de le tenir, une formation qui témoigne du principe de la « croisade contre le bolchevisme » menée par les nazis et leurs séides : le SS Freikorps Danmark, soit des SS danois.

Face à une contre-offensive sur le Volkhov

Pendant ce temps, le 13 janvier 1942, soit une semaine après la première offensive qui débouche sur l’encerclement de Demiansk, la 2ème armée de choc et la 59ème armée percent la ligne de la 16. Armee dans le secteur de la 126. ID, entre Ieremez et Kolomo, à la jointure des deux armées du Heeresgruppe Nord. Von Küchler ne s’attendait nullement à une offensive ou à la moindre possibilité de percée dans ce secteur. Il dépêche des renforts et réorganise promptement son dispositif, mais le terrain, très boisé et enneigé, ne facilite pas les mouvements, qui plus est par un froid polaire. Parmi les troupes envoyées refermer la brèche, la SS-Polizei-Division, qui se verra subordonner le Panzer-Regiment 203. Cette unité va revendiquer la destruction de 115 blindés soviétiques entre décembre 1941 et mai 1942, et ce pour la perte d’à peine 14 Panzer. Affrontant les T-34 et autres KV, l’unité produit néanmoins un rapport dans lequel elle affirme l’infériorité des modèles soviétiques, en raison d’une vision vers l’extérieur des plus limitées, de piètres schémas tactiques et plus globalement d’un mauvaise préparation au combat des équipages (cadences de tirs, manière de conduire). Le rapport insiste sur la nécessiter d’engager les chars lourds adverses avec des groupes d’au moins huit Panzer : en effet, dès que l’ennemi est touché (même sans que l’obus perce), il a tendance à tourner sur lui-même et, partant, d’exposer ses flancs… Enfin, il n’est pas recommander d’enterrer les Panzer comme des Pak car cela mène invariablement à leur perte en cas d’attaque frontale. 

Sur le front, les pertes de part et d’autres sont élevées et la ligne allemande semble céder. La 215. ID est arrivée au bout de ses ressources, alors même qu’un parachutage de vivres et de munitions par la Luftwaffe s’avère être un fiasco. Le 25 janvier, la 2ème armée de choc s’est déjà enfoncée de 80 kilomètres… Un mois plus tard, après de nouvelles poussées, les Soviétiques sont proches de Gorka et de Viritsa. Toutefois, les Allemands s’avèrent capables de rameuter suffisamment de troupes pour empêcher toute expansion de la percée. En mars, les engagements se multiplient et les Soviétiques essaient de nouveau de pousser plus en avant, mais ce sont les Allemands qui, à force de détermination, réalisent à manoeuvrer pour finalement isoler la 2ème armée de choc le 19 mars, alors même que le Front de Leningrad est également entré en lice dans le but d’effectuer la jonction avec la 2ème armée de choc. 

La contre-attaque allemande se matérialise. Deux pinces attaquent en effet de part et d’autre du saillant : le Gruppe « Haenicke » au nord et le Gruppe « Jaschke » au sud. La poche du Volkhov se referme sur 180 000 Soviétiques. Pourtant, la 58. ID (qui attaque depuis le sud) et la « Polizei » (au nord) sont exsangues, ce qui signifie que l’encerclement est précaire. Le 27 mars, les Russes ont ouvert un corridor, dans lequel ils vont jusqu’à aménager des voies ferrées. Une lutte acharnée s’engage pendant des jours, puis s’éternise des semaines durant, la relève étant assurée le 16 mai par la 20. ID (m). Le succès final des SS et des Landser ne tient qu’à l’intervention de la Luftwaffe, en particulier des Stukas. Le 31 mai, les Allemands referment la nasse pour la seconde fois, et cette fois-ci définitivement. Si, fin mars, une partie des 52ème et 59ème armées parvient à s’extirper de la nasse, le 28 juin 1942, la 2ème armée de choc, commandée par le général Vlassov depuis le 14 avril (il a été convoyé à cette attention dans la poche par avion), a cessé d’exister, intégralement annihilées à Miasnyi Bor (les dernières redditions ont lieu au mois de juillet). Si on ne dénombre que 33 000 prisonniers, les Soviétiques ont subi des pertes notables. Un beau succès pour von Küchler, récompensé deux jours plus tard par l’octroi d’un bâton de Generalfeldmarschall, quelques jours après Erwin Rommel, qui vient de s’emparer de Tobrouk, un mois avant von Manstein, le vainqueur de Sébastopol. Quant au vaincu, Vlassov, il se retournera contre le Vojd en prenant fait et cause pour les nazis en levant l’Armée de Libération Russe.

Objectif secondaire et moyens limités pour 1942 au Heeresgruppe Nord

            Lorsque Hitler planifie les opérations pour l’été 1942, il accord la priorité aux opérations dans le Caucase, du ressort du Heeresgruppe Sud. Si aucune offensive majeure n’est attribuée au Heeresgruppe Mitte, le Heeresgruppe Nord devrait enfin établir la jonction avec les Finlandais (en s’assurant de toutes les rives du lac Ladoga) et régler une fois pour toutes le sort de Leningrad (directive N°41 puis N°45), qui constitue le second objectif de la Wehrmacht (opération « Feuerzauber » puis rebaptisée « Nordlicht », soit « aurore boréale »), mais dans un second temps. L’opération prévoit trois corps d’armée pour percer les défenses soviétiques au sud de Leningrad. Un corps doit ensuite isoler Leningrad des troupes soviétiques par le sud et l’ouest, tandis que les deux autres se dirigeront vers l’est et détruiront les forces soviétiques, entre la rivière Neva et le lac Ladoga.  La ville, pilonnée et dont les défenseurs auront été décimés, ne devrait a priori par être le cadre de combats de rues intenses. La prise de Leningrad suppose un renforcement conséquent des moyens en artillerie du Heeresgruppe Nord. Il est donc décidé de faire remonter depuis Sébastopol les pièces lourdes qui ont participé à la réduction du port, en particulier Dora, Karl et Thor. 

C’est aussi de Sébastopol que doivent provenir les effectifs nécessaires à « Nordlicht ». Après la conquête de la Crimée, les forces de la 11. Armee de von Manstein sont divisées : un corps d’armée reste en Crimée pour des raisons de sécurité et en vue d’une intervention dans le Caucase, la 22. ID est transférée en Crète en tant que division d’occupation et la 72. ID part au centre du groupe d’armées. Le transfert à l’autre bout du front de l’Est dans la zone où opère le Heeresgruppe Nord (sans lui être subordonné, bien qu’opérant dans son secteur : l’armée est directement rattachée à l’OKH) ne concerne que l’état-major de l’armée, ainsi que deux corps : les 30. et 54. Korps, avec seulement quatre divisions d’infanterie. Dans la perspective d’un assaut contre Leningrad, le Heeresgruppe Nord reçoit aussi une unité d’engins explosifs téléguidés : le Panzer-Abteilung 300 (F.L.), doté de Pz III, de Goliaths et de Borgward B.IV. En juillet 1942, la 12. Panzer-Division compte à peine 58 et la 8. Panzer-Division en aligne 68 à la fin juin (dont 65 Pz 38t). Toutefois, pour renforcer les unités blindées engagées vers le Caucase, les 8. et 12. Panzer-Divisionen doivent chacune céder un Abteilung de Panzer (au profit des 13. et 16. Panzer-Divisionen). En revanche, la 12. Panzer-Division reçoit la 1ère compagnie du Panzer-Abteilung z.b.V.66, équipé de Pz IV, ainsi que d’antiques et obsolètes Pz I et Pz II… Par ailleurs, si 1 671 Pak de 75 mm ou de 76,2 mm sont assignés aux trois groupes d’armées en vue de la reprise des opérations, le Heeresgruppe Nord n’en perçoit que 300, dont aucun Pak 40 ni Pak 41. La priorité accordée au front sud signifie aussi une réduction du nombre de canons pour nombre de batteries dans la zone nord de l’Ostfront : le total est ainsi réduit de quatre à trois pièces, dont beaucoup d’origines russe ou française. La crise des effectifs demeure par ailleurs marquée au niveau du personnel : le 1er avril, les divisions du Heeresgruppe Nord accusent un déficit moyen de 3 648 hommes.  

A ce stade des opérations, en août 1942, Hitler est persuadé que Stalingrad va tomber sous l’escarcelle de la Wehrmacht, tandis que le Caucase est sur le point d’être conquis intégralement. Il semble donc temps de se tourner vers Leningrad. Le Führer commet ici une grave erreur de jugement en sous-estimant les capacités de l’Armée rouge, et en particulier les abondantes réserves dont elle dispose. Pis, sur le front du Heeresgruppe Nord, la Stavka devance l’OKH en lançant une offensive majeure dès le mois d’août 1942. 

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Septembre 1942 : Tiger dans la taïga

 Si le félin du nom de tigre est un animal des zones boisées, le Panzer éponyme n’y est nullement à l’aise. Les premiers Tiger I à entrer en lice au cours de la Seconde Guerre mondiale sont engagés par le schwere Panzer-Abteilung 502 du Major Märker dans le secteur de Leningrad, à Mga (l’unité ne compte alors qu’une compagnie avec 9 Tiger –dotation complète qu’à la fin de septembre 1942- et 18 Pz III, dont cinq avec des 50 mm longs et cinq avec des 75 mm courts, beaucoup moins lors de l’entrée en action). L’intervention des chars lourds en terrain marécageux et boisé, loin de semer le chaos dans les rangs ennemis, s’avère particulièrement mal pensée et se solde par un pitoyable fiasco. Cette entrée en lice survient en août-septembre 1942, sur un terrain détrempé et forestier, par ailleurs couvert de mines. Le 29 août, 3 Tiger tombent en panne… Le 22 septembre, ce sont 4 engins qui sont hors de combat, a priori non suite à des T-34 enterrés –cibles difficiles à acquérir- qui les auraient touchés, mais également pour des défaillances des moteurs, les Allemands ne pouvant toutefois ne récupérer que 3 des Panzer. Dans l’incapacité de récupérer les mastodontes, les Allemands les abandonnent à l’ennemi qui risque ainsi tout loisir d’étudier le nouveau char allemand puisque le blindé est quasiment intact : il est donc sabordé deux mois plus tard (certaines sources indiquent que les Soviétiques ont été en mesure de s’emparer du char et de l’étudier par le menu). Les chars lourds allemands ont donc été employés contre tout bon sens, gaspillant la surprise tactique de l’entrée en lice d’un puissant blindé, par ailleurs engagé sur un terrain où l’allonge de sa pièce de 88 mm ne donne pas pleinement son potentiel. La 5 février 1943, l’unité n’aligne plus que 5 Tiger opérationnels, accusant certes la perte de 5 blindés lourds  lors de l’évacuation de la zone de Schlüsselburg, mais elle est créditée de la destruction de 107 chars russes entre le 21 septembre 1942 et le 18 février 1943 (ce qui inclut peut-être le palmarès de la 2e compagnie, alors en opération au sein du Heeresgruppe Don).

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La difficile bataille de Siniavino

            Si le Heeresgruppe Nord n’est pas chargé d’une opération majeure comparable au Fall Blau dont doit s’acquitter le Heeresgruppe Sud, l’année 1942 n’épargne pas le groupe d’armée qui subit le choc de nombreuses contre-offensives soviétiques : ainsi de l’offensive de Siniavino des Fronts de Leningrad et du Volkhov en août et septembre (suivie de la destruction, pour la deuxième fois, de la 2ème armée de choc à Siniavino du 19 août au 20 octobre), mais également des attaques contre le saillant de Demiansk (en juillet, août et septembre 1942). Si la première offensive s’achève par un succès allemand et un désastre pour les Soviétiques, elle empêche le Heeresgruppe Nord de s’emparer de Leningrad en l’obligeant à faire intervenir le gros de ses forces –y compris la 11. Armee nouvellement arrivée- pour parer la menace. Ce faisant, l’armée de von Manstein est décimée : les moyens font désormais défaut pour une offensive majeure contre la ville de Pierre le Grand. L’opération contre Siniavino, qui débute le 27 août 1942 (après des combats préliminaires déclenchés dès le 19 août par le Front de Leningrad), constitue une véritable surprise pour le haut-commandement allemand, manquant de peu de rompre le blocus de Leningrad. Les Allemands, qui se préparaient eux mêmes à passer à l’offensive, disposent de moyens pour contrecarrer les desseins soviétiques, ce que les Russes n’ont pas prévu (comme les Allemands, ils ignorent que l’ennemi est sur le point de lancer une offensive majeure), mais la puissance des contre-attaques de la Wehrmacht ne parviennent pas à annihiler l’adversaire dans un premier temps. 

Le Heeresgruppe Nord a l’avantage de disposer de défenses relativement solides, établies depuis des mois sur un front largement statique. La zone d’attaque, très boisée et humide, n’est par ailleurs guère propice à une offensive majeure. La 8ème armée soviétique, qui va mener l’attaque, est dûment renforcée à cet effet, notamment en unités de génie, mais aussi en puissance de feu (outre des tanks et la multiplication des armes automatiques en dotation, la densité en pièces d’artillerie peut atteindre 100 canons par kilomètre de front). Le 19 août, le général Halder note dans son journal la situation sur le front de Leningrad : « des attaques locales, comme d’habitude ». De fait, ce n’est que le 27 août que le Front du Volkhov lance l’offensive, avec une puissance qui fait rapidement prendre aux Allemands la mesure de l’entreprise. Dès le début des combats, ceux-ci sont contraints d’envoyer la 11. Armee-Korps et le 8. Luftwaffe-Korps pour endiguer le flot, et ce au détriment de la mise en position en vue de « Nordlicht ». Hitler confie à von Manstein le commandement de l’intégralité des forces déployées entre la Baltique et Kirichi, ne laissant que le secteur du Volkhov à la charge de Lindemann. Les lignes de la 223. ID sont en effet enfoncées. Outre de nouvelles escadrilles affectées à la Luftflotte 1, il faut dépêcher des renforts terrestres de toutes les directions : 5. Gebirgs-Division et 28. Leichte-Division, qui se préparaient à « Nordlicht », et 170 ID, à peine arrivée dans le secteur, puis 12. Panzer-Division et 96. ID. C’est dans ce cadre que les premiers exemplaires du mythique Tiger I entrent en action au cours du conflit et effectuent ainsi leur baptême du feu, de façon peu concluante (voir encadré). La poussée russe semble irrésistible : le 9 septembre, il ne sont plus qu’à six kilomètres de la Neva. Un dernier effort et la jonction est établie avec le front de Leningrad ! Toutefois, les importantes hauteurs de Siniavino, positions stratégiques dominant un terrain désespérément plat et humide, demeurent aux mains des Allemands. Les Soviétiques, qui ont engagée la 2ème armée de Choc (reconstituée) semblent alors dans l’impasse. Du côté allemand, sur ordre exprès du Führer, von Manstein assume la direction des opérations dans le secteur. Le Feldmarschall cherche à isoler les forces soviétiques qui ont opéré la percée, mais sa contre-attaque du 10 septembre se solde par un fiasco : les Soviétiques sont seulement freinés.

Le 21 septembre, la deuxième tentative, cette fois-ci par une manoeuvre en tenaille –la pince sud assumant le rôle majeur- est nettement plus conséquente. Elle met en oeuvre sept divisions, dont quatre dans un rôle offensif principal. La jonction est établie après cinq jours de combats acharnés. 12 370 prisonniers sont rassemblés. Les Soviétiques ont perdu 244 chars. Ce n’est que le 15 octobre que les Landser parviennent à reprendre le terrain concédé (mis à part une petite tête de pont acquise par le Front de Leningrad près de Moskovkaïa Doubrovka), mais il a fallu pour cela batailler un mois durant contre des Frontoviki déterminés à échapper à l’encerclement et qui se battent avec acharnement pour chaque position, tandis que d’autres troupes allemandes (dont la 12. Panzer-Division) repoussent les tentatives du Front de Leningrad pour venir à la rescousse des forces enfermées dans la nasse. Les pertes sont conséquentes dans les deux camps (la 2ème armée de Choc est annihilée pour la seconde fois) et 48 000 Soviétiques prennent le chemin de la captivité. Mais, côté allemand, les pertes sont d’autant plus dommageables pour le Heeresgruppe Nord que la situation évolue dramatiquement au sud de l’Ostfront : en novembre, des renforts doivent être envoyés à Stalingrad. Outre la situation générale sur le front de l’Est, la saison est alors avancée et les effectifs trop ténus : « Nordlicht » n’aura jamais lieu.

La bataille de Velikié Louki

            Un mois après la conclusion de la bataille de Siniavino, une autre crise majeure survient au Heeresgruppe Nord, cette fois-ci dans la partie sud de sa ligne de front. Velikié Loki, défendue par les 7 000 soldats de la 83. ID du général Scherer est un verrou traversé par un axe ferroviaire majeur qui subit un assaut majeur le 24 novembre 1942. Au 18 novembre 1942, alors que, très loin au sud, l’opération « Uranus » débouche au bout de quelques jours sur l’encerclement de la 6. Armee à Stalingrad, le Heeresgruppe Nord semble plus démuni et éloigné du centre de gravité de l’Ostfront que jamais : la 12. Panzer-Division compte 65 Panzer et la 8. Panzer-Division à peine 15… Le Pz. Rgt. 203 en ajoute 9 de plus et le s. Pz. Abteilung 502, 23 (dont 6 Tiger). Parallèlement, le 28 novembre, les forces du Front du Nord-Ouest attaquent de nouveau les défenses de la 16. Armee autour du saillant de Demiansk. La Stavka voit alors les choses en grand et elle lance des opérations majeures sur l’intégralité du front, « Mars », contre le Heeresgruppe Mitte, se soldant sur un échec de premier ordre. Dans la zone du Heeresgruppe Nord, Staline lance les 3ème et 4ème armées contre quatre divisions allemandes. Les assaillants cherchent à contourner la ville par les deux flancs et parviennent à y isoler la 83. ID dès le 27 novembre. Scherer, qui a déjà subi le siège de Kholm et décidément maudit par le destin, reçoit l’ordre de tenir coûte que coûte. La 20. ID (m) est chargée de rompre l’encerclement, mais cela ne saurait suffire et d’autres formations sont rameutées dans le secteur, dont la 8. Panzer-Division, l’une des rares unités blindées à disposition de von Küchler. Les assiégés repoussent tous les assauts mais la situation matérielle devient de plus en plus délicate, en dépit du soutien logistique assuré par la Luftwaffe. Si les Soviétiques échouent à réduire la place et à s’emparer de la ligne ferroviaire de Novosokolniki, les Allemands ne sont pas plus heureux dans leurs tentatives pour dégager Scherer et ses hommes. Début janvier, un nouvel effort (opération « Totila ») échoue pareillement. Pis : la situation s’aggrave dans Velikié Louki où une partie des troupes est isolée du reste de la garnison. Tentant leur chance, à peine 150 Landser parviennent à rompre l’encerclement et rejoindre les lignes du Heeresgruppe Nord le 14 janvier. Quant aux défenseurs retranchés autour de la gare et dans la partie sud de Velikié Louki, ils déposent les armes le 16 janvier. Pour les Allemands, la gravité du revers va au-delà du fait de devoir rayer quelques milliers d’hommes du rôle des effectifs : la perte de la ville signifie celle d’une liaison ferroviaire directe entre les Heeresgruppen Nord et Mitte. Les transports par voie ferrée sont essentiels à la logistique de la Wehrmacht. Au cours de l’année 1942, la zone Heeresgruppe Nord a reçu 3 200 convois ferroviaires de ravitaillement, 1 300 de munitions et 560 de carburant, outre 2 900 autres trains.

L’année 1942 se termine donc par une sorte de statu-quo, mais le Heeresgruppe Nord est doublement affaibli par les pertes occasionnées par les multiples offensives russes, mais aussi par les ponctions opérées au profit des autres fronts : outre le transfert de la 11. Armee au Heeresgruppe Mitte, ce sont 9 divisions qui quittent le giron de Kuechler. La guerre semble ne pas devoir finir et la chute Leningrad paraît être une chimère. D’aucuns se sentent égarés dans une zone secondaire de l’Ostfront, démunie des moindres aménités, dans un territoire jugé arriéré. Le secteur du front du Volkhov, près de Leningrad, est ainsi qualifié de « trou-du-cul du monde » par le Kommandeur dépité de la 121. ID. Le Heeresgruppe Nord a cependant remporté des succès tactiques, dont le bilan peut se résumer par quelques chiffres : 4 400 chars et 1 800 canons ennemis détruits ou capturés revendiqués, ainsi que 84 000 prisonniers.