La guerre connaît un véritable tournant à la fin de l’année 1942 et au début de 1943 avec les revers essuyés par la Wehrmacht en Méditerranée et à Stalingrad, alors que les premières offensives aériennes sur le Reich commencent à frapper durement la population allemande. Des pourparlers de paix secrets entre les deux adversaires n’aboutissent pas. Dans le même temps, Hitler échappe par miracle à un attentat en plein vol sur le front de l’Est : les bouteilles contenant les explosifs ont gelées avec l’altitude et le détonateur n’a pas fonctionné ! La guerre se poursuit donc… La situation n’évolue pourtant pas en faveur du Reich. La situation à l’Est est des plus préoccupante pour la Wehrmacht. Alors que celle-ci est aux abois, l’Armée rouge, certes épuisée, sort glorieuse de la campagne d’hiver. Elle a arrêté et repoussé l’envahisseur nazi et peut maintenant espérer le vaincre. Les pertes enregistrées sont toutefois très élevées : du mois d’octobre 1942 à mars 1943, l’Armée Rouge perd 3,5 millions d’hommes, dont 1,1 millions de tués, prisonniers et disparus. Les effectifs des divisions vont diminuer de façon spectaculaire en 1943, passant de 9 500 hommes à 7 000. Toutefois, on constate un renforcement notable de la puissance matérielle des unités. De nombreux corps et divisions de la Garde, formées par conversion des unités les plus méritantes et des vétérans de Stalingrad, sont particulièrement bien dotés. L’artillerie, de plus en plus nombreuse et les unités blindées subissent des changements spectaculaires et connaissent une hausse considérables des moyens disponibles. Dans les unités d’infanterie, l’utilisation des pistolets-mitrailleurs PPSH 41 se généralise dans des proportions qui ne seront jamais atteintes chez aucun autre belligérant du conflit. Enfin, l’aviation soviétique peut désormais compter sur d’excellents avions disponibles en grandes quantités. En janvier 1943, l’Armée Rouge dispose de 407 divisions d’infanterie, dont 393 au front. Elle dispose en outre de 20 600 chars, dont 11 000 légers. Ces moyens considérables dont dispose l’Armée Rouge ne sont pas gaspillés. Staline sait reconnaître ses limites et ses généraux s’opposent à son projet d’offensive après la raspoutitsa. Joukov et ses collègues préconisent d’adopter une stratégie défensive afin d’aguerrir les troupes blindées encore inexpérimentées et d’affaiblir l’ennemi. L’Armée rouge pourra ensuite opérer une succession d’offensives dûment planifiées, des réserves stratégiques ayant été constituées pour repousser l’offensive d’été allemande et d’autres unités étant gardées pour mener ensuite des actions offensives. Les stratèges soviétiques semblent assurés du succès avant même le déclenchement de la dernière offensive d’été allemande sur le front de l’Est, à Koursk. Celle-ci reçoit le nom de code « Zitadelle », qui ne concerne pas directement le Heeresgruppe Nord, si ce n’est dans la mesure où, plus que jamais, ce dernier apparaît être en dernière position en matière de renforts. Ce dernier subit la stratégie de ses adversaires et se voit contraint de parer aux coups qui lui sont assénés.
Le Heeresgruppe Nord perd Schlüsselburg et le siège de Leningrad est levé
Carte Histoire & Collections, Militaria Magazine
La Stavka s’entête en effet à lancer des offensives pour lever enfin le siège de Leningrad, toujours isolée, une opportunité offerte depuis le départ de la 11. Armee et d’autres unités vers d’autres secteurs de l’Ostfront. L’offensive dite « Iskra » (ex- « Chlisselbourgskaïa »), coordonnée par Joukov en personne, est une opération conjointe des deux fronts systématiquement engagés dans les opérations dans le secteur : les Fronts du Volkhov du général Meretskovet de Leningrad du général Govorov, soit 300 000 hommes, 600 chars, 800 avions et près de 5 000 mortiers lourds et pièces d’artillerie au calibre supérieur à 76 mm, outre les unités navales des flottes de la Baltique et du lac Ladoga, à même de fournir un appui-feu. L’attaque s’effectuera au nord de Siniavino et ne vise, cette fois-ci, nullement à l’encerclement des forces allemandes : il s’agit de percer directement vers Leningrad. Après la levée du siège, prévue d’ici la fin janvier, le plan suppose une poursuite des opérations dans le secteur de Mga et du chemin de fer de Kirov. Les deux fronts ne sont distants que de 20 kilomètres, la zone entre Mga et le lac Ladoga ayant reçu le sobriquet de « col de la bouteille ». Il s’agit de « déboucher » celle-ci et d’établir une liaison terrestre –notamment en établissant une voie ferrée- entre la ville de l’ancien tsar Pierre le Grand et le reste de l’Union soviétique.
Si le front de l’Est s’embrase à la fin de 1942 et que l’Armée rouge obtient les résultats spectaculaires que l’on sait dans le sud de la Russie, la Stavka, très bien renseignée sur le dispositif adverse, estime que la 18. Armee du général Lindemann, affaiblie par les derniers combats très disputés de l’automne, est mûre pour un effondrement si elle est frappée en force. Lindemann va se battre à 1 contre 5 en hommes (il aligne 60 000 soldats dans la zone d’attaque) et à 1 contre 12 en blindés (il ne peut guère compter que sur une cinquantaine de Panzer et de StuG), le rapport de force étant à l’avenant pour l’artillerie. La Luftlotte 1, toujours la moins bien lotie à l’est, compte seulement 200 avions, soit quatre fois moins que la VVS. Si aucune réserve digne de ce nom n’est disponible à l’échelon de l’armée (déployée près de Mga, guère que quelques éléments de la 5. Gebirgs-Division et de la 96. ID, ainsi que les 23 blindés du schwere-Panzer-Abteilung 502), le terrain, dont on déjà souligné le caractère éminemment défavorable aux blindés et au déplacements motorisés en général, constitue cependant un atout qui joue en faveur des Allemands, dont les 26 divisions doivent assurer la défense d’un front étendu sur 450 km, dont 6 dans le secteur d’attaque. Celui-ci, on l’a souligné, est dès 1942 particulièrement fortifié, l’aspect relativement statique du front tenu par le Heeresgruppe Nord conférant aux lignes des deux l’aspect d’une réminiscence de la Grande Guerre.
Soutenue par 1 700 canons et la 13ème armée aérienne, une armée entière du Front de Leningrad–la 67ème– s’attaque à la seule 170. ID (la 61. ID est certes proche), épaulée par deux régiments (de la 5. Gebirgsjäger-Division et de la 227. ID), chargée de la défense de la ville-clé de Schlüsselburg, de l’éminence essentielle de Siniavino, tant convoitée en 1942, et de la zone industrielle attenante. Ces divisions sont du ressort du 24. Armee-Korps du général von Leyser. Dans le même temps, dans le secteur du Front du Volkhov, la zone où frappent conjointement la 2ème armée de Choc du général Romanovski et la 8ème armée, soutenues par pas moins de 4 500 canons, est tout aussi marquée par un déséquilibre des moyens mis en oeuvre : les Allemands défendent le secteur –notamment Lipka et la forêt de Krouglaïa Grove- avec le reliquat de la 227. ID, la 1. ID et deux régiments (un de la 223. ID et un autre de la 207. Sicherheits-Division).
L’offensive, retardée jusqu’à ce que la glace recouvrant les lacs et les marais soit jugée assez solide, débute dans la nuit du 11 au 12 janvier par un bombardement aérien des lignes de communications et des arrières allemands, suivi d’un pilonnage en règle par l’artillerie. En début de matinée, soutenus d’abord par près de 150 blindés légers traversant la Neva gelée, les force d’assaut du Front de Leningrad mènent une attaque qui, bien que se soldant par une hécatombe (les Allemands relèvent 3 000 cadavres ennemis) semble irrésistible et, dès le lendemain, balaye la 170. ID, incapable d’empêcher la formation d’une solide tête de pont entre Schlüsselburg et Gorodok 2 (où un Kampgruppe de la 96. ID et de quelques Tiger jusqu’alors en réserve sont redéployés), bientôt renforcée après l’édification d’un pont par le génie. En revanche, les deux autres secteurs du Heeresgruppe Nord qui sont assaillis par le Front de Leningrad, résistent, notamment devant Schüsselburg. La ligne des troupes du Front de Volkhov s’embrase à 11h15, trois heures après le début de l’assaut mené par leurs camarades du Front de Leningrad. Les Soviétiques sont à la peine. Certes, la 227. ID, renforcée par des éléments de la 96. ID, ploie sous le choc, mais les points d’appui essentiels résistent, notamment celui de la cité ouvrière N°8, véritable forteresse s’appuyant sur 16 bunkers, mais aussi ceux de Krouglaïa Grove et de Lipka. Sur l’autre aile, vers l’est, face au Front du Volkhov, la 1. ID ne manque pas de mordant. Le Kampfgruppe Wengler, retranché dans une forêt, n’en est expulsé qu’avec difficulté.
Les Allemands s’accrochent au terrain et, à leur habitude, contre-attaquent avec des Kampfgruppen de circonstance, occasionnant de lourdes pertes aux assaillants qui renouvellent leurs tentatives. Partout, l’avance soviétique reste ténue. Le 14, les Allemands subissent une tentative de débordement de troupes du Front de Volkhov sur leur aile via le lac Ladoga : évoluant sur la mer gelée, une brigade de skieurs soviétiques appuie la tentative d’encerclement des défenses de Lipka. Du côté du Front de Leningrad, de semblables opérations via le lac Ladoga se soldent également par un échec. Les blindés russes ne sont pas plus heureux : un régiment de T-34 est stoppé sur la Neva par quatre Panzer du schwere Panzer-Abteilung 502 (mais son Kommandeur, l’Oberleutnant Bodo von Gerdtell, est tué). Toutefois, Küchler ne peut guère crier victoire : l’extrémité nord de sa ligne de front est sur le point d’être isolée. Les Soviétiques soumettent donc la zone à de nouveaux assauts furieux débouchant sur des affrontements acharnés : il faut percer ! De fait, le 15 janvier, plusieurs points d’appui établis dans les cités ouvrières tombent au pouvoir des Soviétiques. Dès lors, les Allemands ne peuvent empêcher l’inévitable : les deux fronts soviétiques établissent leur jonction, enfermant la 227. ID et deux bataillons de la 96. ID dans un « Kessel » autour de Schlüsselburg. L’anneau est ténu et ne permet aucunement d’établir une liaison avec Leningrad. Fermeture temporaire puisqu’une contre-attaque énergique de la 61. ID permet de rétablir le contact, mais la tentative est vaine et se solde par une déconvenue notable : les Soviétiques referment de nouveau la nasse dans laquelle s’ajoutent deux régiments de la 61. ID… Les Allemands restent cependant tenaces et n’ont pas dit leur dernier mot. Partout, les Soviétiques doivent batailler dur pour tenter d’obtenir des gains territoriaux.
Ce n’est que le 18 janvier 1943 qu’on peut établir que le blocus de Leningrad est levé : en effet, une deuxième jonction est établie entre les deux fronts soviétiques, tandis que certaines positions allemandes tombent. La garnison isolée à Schlüsselburg (le Kampfgruppe Hühner, du nom du Kommandeur de la 61. ID) se fraye avec pertes un chemin vers la liberté à la faveur d’un barrage d’artillerie. Lindemann doit dissoudre quatre grandes unités (61., 96., 170. et 227. ID), ce qui est en soi un résultat plus qu’honorable à mettre au crédit des Frontoviki. La bataille est cependant loin d’être finie.
Comme prévu, les Soviétiques reprennent leur avance le 29 janvier, avec la 2ème armée de Choc toujours et encore, cette fois-ci vers le sud, en direction de Siniavino, pour élargir le corridor et assurer les lignes de communications. Les Soviétiques entendent en effet reprendre Mga et l’importante voie ferrée qu’elle commande. Si Siniavino tombe, la 11. ID rejette les Russes sur leurs positions de départ. La 18. Armee reste inébranlable. L’offensive russe est donc suspendue. Ordre est alors donné de fortifier les positions acquises afin de se prémunir de tout retour offensif allemand qui déboucherait sur un nouveau siège de Leningrad. Pour parachever leur victoire, les Soviétiques construisent en un temps record une voie ferrée qui relie Leningrad au reste de l’Union soviétique, même si l’étroitesse du corridor le place encore à portée de l’artillerie allemande, mais n’empêche pas la réalisation d’une voie ferrée en un temps record. L’échec subi par le Heeresgruppe Nord est donc sans appel. Au même moment, Velikie Louki (le 16 janvier) est définitivement reconquise par le Front de Kalinine (qui sera rebaptisé 1er Front de la Baltique). Sa situation stratégique devient plus délicate.
Joukov joue et perd contre von Küchler : le Heeresgruppe Nord n’est pas détruit
La position du Heeresgruppe Nord aurait pu s’avérer encore plus dramatique si la nouvelle offensive soviétique, baptisée « Etoile Polaire » (elle est connue aussi sous le nom de 2ème bataille du lac Ladoga en englobant l’opération « Iskra »), n’avait pas échoué. Comme dans le secteur sud de l’Ostfront, la Stavka surestime les capacités de l’Armée rouge tout en estimant prématurément la Wehrmacht comme déjà vaincue et impotente : un excès d’optimisme qui se traduit par les revers subis à Kharkov au sud et par l’échec d’ « Etoile Polaire », au nord. Du 10 février au 19 mars 1943, le Heeresgruppe Nord subit de plein fouet une offensive soviétique majeure : l’opération « Etoile Polaire ». Il s’agit d’une nouvelle tentative des Fronts du nord-Ouest, de Leningrad et du Volkhov de lever le siège de Leningrad et de reconquérir le territoire soviétique jusqu’aux pays baltes. Planifiée par Joukov, l’offensive prévoit de percer le front allemand à Staraia Russa et de liquider enfin le saillant de Demiansk, puis de lancer des forces blindées dans la profondeur du dispositif ennemi. Il s’agit d’une opération très ambitieuse, impliquant trois fronts : ceux de Leningrad, du Volkhov et du Nord-Ouest : elle vise ni plus ni moins à une tentative d’annihilation complète de l’intégralité du Heeresgruppe Nord en opérant un mouvement d’enveloppement par le sud et d’assurer de façon pérenne la sauvegarde de Leningrad. En choisissant Staraia Russa comme « schwerpunkt », Joukov espère s’épargner de nouvelles opérations à proximité de trop grande de Leningrad, qui seraient invariablement trop coûteuses et vaines, étant entendu que les Fronts de Leningrad et du Volkhov soutiendront néanmoins celui du Nord-Ouest par des opérations de diversion : le général russe n’est pas économe de la vie de ses hommes… L’offensive des 4ème et 54ème armées n’obtient pas le succès escompté. Pis, ils sont ramenés sur leur ligne de départ en date du 23 février. En revanche, l’assaut lancé depuis le front de Leningrad par la 55ème armée constitue l’épreuve suprême pour les Espagnols vêtus des uniformes de la Wehrmacht qui combattent au sein de la Division « Azul ». Comme ailleurs, le front allemand résiste à la tempête de feu et d’acier, mais 2 800 soldats hispaniques ne se relèvent pas… Lorsque l’offensive russe s’achève au 19 mars, les pertes de l’Armée rouge seraient de 270 000, s’il faut donner du crédit aux estimations des Allemands.
Plus au sud, Demiansk est défendue avec toujours autant d’acharnement par des éléments de la 16. Armee du général Busch, mais les défenseurs vont damer le pion à Joukov en lui infligeant un camouflet : la nécessité de trouver des troupes pour garnir l’Ostfront pousse l’OKH à procéder à l’évacuation des saillants de Demiansk et de Rhjev au cours de l’hiver et du printemps 1943. Cette opération aurait l’avantage de libérer 10 divisions allemandes à un moment où la crise des effectifs est particulièrement alarmante, tout en réduisant le front de plusieurs centaines de kilomètres. L’évacuation du saillant de Demiansk –opération « Ziethen »-, brillamment conduite par le Heeresgruppe Nord entre le 18 et le 22 février, raccourcit le front de façon significative, de telle sorte que l’opération « Etoile Polaire » se brise sur des défenses trop solides. Joukov s’entête, mais il lui faut renoncer, d’autant que la raspoutitsa amène à une fin des opérations. Pas plus que les opérations menées sur Orel-Briansk-Smolensk n’aboutiront à la destruction du Heeresgruppe Mitte, l’opération « Etoile Polaire » ne résultera pas dans la fin du Heeresgruppe Nord.
La position de ce dernier n’est nullement favorable pour autant. Les crises survenant sur les autres parties de l’Ostfront interdisent de le renforcer de façon significative, tandis que la priorité va aux Heeresgruppen Mitte et Süd en vue de l’offensive sur Koursk. Pis, Leningrad désormais libérée du blocus, les forces soviétiques qui s’y trouvent peuvent désormais être renforcées. Le Heeresgruppe Nord ne peut donc que s’affaiblir au fil du temps, alors que ses adversaires ne cessent de se renforcer… Le printemps et l’été sont marqués par une activité constante : dans la tête de pont de Kirishi où tient la 61. ID du général Krappe (elle y relève la 217. ID) ; dans le secteur de Mga, où la 11. ID échafaude une défense en profondeur et construit une route en à travers les marais ; devant Leningrad, encore et toujours, où les Espagnols s’accrochent à leurs positions devant Pushkin et les Landser des 170. et 215. ID aux ruines de Staro Panovo et d’Urizk ; etc. Des combats particulièrement violents éclatent cependant à la mi-mars pour Staraia Russa, que le maréchal soviétique Timochenko entend reprendre à l’occupant. Il est repoussé, mais les Soviétiques s’entêtent à plusieurs reprises au cours de l’été. Le front allemand demeurant trop solide au sud du lac Ilmen, l’Armée rouge relance en effet l’assaut plus au nord, près du lac Ladoga, à Siniavino. On s’y bat en juillet et en août. La 18. Armee y engage les 21., 61., 215. et 254. ID pour y relever des formations usées jusqu’à la corde, à l’image de la 11. ID, qui, pendant vingt jours, a soutenu 86 attaques montées par sept divisions ennemies. On se bat pendant des semaines dans les collines et les fourrés, les Russes tentant en vain d’enlever les tranchées et les bunkers où sont retranchés les Allemands.
Si l’été sur le front nord est le cadre d’affrontements relativement mesurés en termes d’effectifs, alors que des combats titanesques opposent les Heeresgruppe Mitte et Sud à une Armée rouge de plus en plus puissante, la fin de la période estivale est le cadre d’une nouvelle offensive de l’Armée rouge sur Siniavino, zone sur laquelle elle se casse les dents depuis déjà deux années. L’opération dure trois jours, du 15 au 18 septembre 1943. L’assaut furieux des Soviétiques permet enfin à ceux-ci d’arracher les hauteurs de Siniavino au Heeresgruppe Nord, ce dernier ne subit cependant aucun désastre. Globalement, ses lignes ont tenu. Même s’il faut renoncer à la tête de pont de Kirishi, il se trouve grosso modo sur les mêmes positions qu’il occupait au printemps, et ce en n’usant que de ses propres moyens, le groupe d’armées servant en outre de réservoir de renforts pour les autres fronts, y compris la lointaine Italie où est expédiée la 5. Gebirgs-Division. Les escadrilles de la Luftwaffe ne sont pas non plus les plus prioritaires au sein de la Wehrmacht. Néanmoins, en cet automne 1943, l’as de la chasse Walter Nowotny, atteint les 250 victoires -premier pilote de l’histoire à le faire (il ne sera dépassé que par quatre autres allemands)- et reçoit les glaives pour sa Ritterkreuz pour cet exploit insigne : il en était à sa centième victoire à la mi-juin…
La suite des opérations est nettement plus ardue. Le Heeresgruppe Nord, qui s’est certes constitué une réserve de trois divisions d’infanterie (il en aurait disposé de davantage s’il n’avait dû en céder au Heeresgruppe Mitte, outre le départ de la Division « Azul », sous la pression des Alliés, même si une « légion espagnole » demeure à l’Est avec des volontaires sous le commandement du général Esteban-Infantes), est confronté à une nouvelle opération d’envergure pendant tout l’automne 1943 : l’opération Novel-Gorodok, déclenchée le 6 octobre. Ieremenko, commandant du Front de Kalinine, envisage cette attaque comme une opération de soutien en faveur de son offensive principale, dirigée sur Vitebsk, tout en envisageant une exploitation vers Gorodok et Novosokolniki. Von Küchler a en effet hérité du secteur tenu par le 43. AK, transféré en septembre depuis le Heeresgruppe Mitte. Alors même que la voie ferrée assurant la liaison entre les constitue un objectif d’un intérêt évident pour l’Armée rouge, l’offensive surprend la 16. Armee dont le front est enfoncé dès le premier jour : la ville de Nevel tombe dès le premier jour. Comme à l’accoutumée, l’assaut est précédé de frappes aériennes et d’artillerie. La 2. Luftwaffe-Feld-Division, déjà affaiblie, est annihilée sous la puissance du choc, tandis que sa voisine, la 263. ID, subit des pertes sensibles. La piètre tenue de l’unité de rampants de la Luftwaffe n’empêche pas Hitler de refuser d’amalgamer ses restes dans une unité de la Heer : le Führer, furieux que l’armée n’ait pas tenu le front, déclare perfidement qu’il n’entend pas diluer une bonne formation de la Luftwaffe au sein d’une mauvaise de la Heer…
Frappant à la jonction des Heeresgruppen Nord et Mitte, les Soviétiques, qui ont presque atteint la ligne ferroviaire Nevel-Gorodok-Vitebsk dès le premier jour, obtiennent rapidement un saillant de 25 km de profondeur sur 35 de large. Ieremenko ne capitalise pas immédiatement le succès obtenu et marque une pause, immédiatement mise à profit par les deux Heeresgruppen, qui renforcent leurs positions, von Küchler ayant dépêché ses réserves dès le premier jour. Le Kommandeur du Heeresgruppe Nord et celui de la 16. Armee ne tergiversent pas et n’attendent pas les directives de l’OKH pour réagir : il faut absolument rétablir la liaison avec le Heeresgruppe Mitte. La contre-attaque prévue pour le 7 octobre est cependant repoussée : l’artillerie n’est pas prête, tandis que l’ennemi demeure actif. La bataille se poursuit donc : les Soviétiques cherchent à étendre leur saillant dans toutes les directions, tandis que les Allemands essaient de le résorber et d’y détruire d’importantes forces ennemies –des troupes du Front de Kalinine et du 2èmeFront de la Baltique (nouvelle dénomination donnée au Front de la Baltique au cours de la bataille), comme aux beaux jours de 1941.
Le 14 octobre, Hitler, considéré en général agressif sur le plan tactique, refuse qu’une contre-attaque soit lancée, car il estime que les forces rassemblées manquent de puissance. Quelques jours plus tard, c’est au tour de von Küchler de décliner une proposition de contre-attaque conjointe formulée par von Kluge, son homologue au Heeresgruppe Mitte (blessé dans un accident de voiture, Kluge est remplacé par Busch le 29 octobre). Les Russes sont, de leur côté, très actif. Début novembre, les 3ème et 4ème armées de Choc percent de nouveau et s’arrogent une trouée de 16 kilomètres, qui leur permet de contourner les flancs de la 16. Armee du Heeresgruppe Nord et de la 3. Panzerarmee du Heeresgruppe Mitte. Cette fois-ci, c’en est trop pour le Führer qui ordonne à von Küchler et Busch, qu’il a convoqué à son quartier-général, d’en finir avec le saillant soviétique. Le 8 novembre, le Heeresgruppe Mitte obtient quelques résultats, s’avançant de 8 kilomètres, mais von Küchler ne participe pas à la contre-attaque comme prévu, ne s’exécutant que le 10, sur ordre exprès de Hitler, qui met en avant une question d’honneur. L’attaque, de faible envergure, fait long feu et ne connaît même pas un semblant d’exécution puisque les troupes d’assaut, pilonnées, se replient rapidement sur leurs positions. Toutefois, les attaques soviétiques contre les deux Heeresgruppen sont également à la peine, aussi la Stavka procède-t-elle à des remaniements: le général Bagarmain se voit confier le 1er Front de la Baltique (ex-Kalinine), tandis que le 2nd Front de la Baltique échoie au général Popov. La 3ème armée de Choc s’en prend de nouveau à la 16. Armee, que von Küchler à renforcé de quelques éléments de la 18. Armee, et s’élance en direction de Pustohka, gagnant 30 km de profondeur à la date du 7 novembre, sur un front de 40 km de large. Toutefois, une attaque concommittante de la 6èmearmée de la Garde visant à isoler le 43. AK échoue.
Fin décembre, von Küchler procède à une évacuation du dangereux saillant, opération délicate, qui se déroule au cours de six journées, mais qui prend les Soviétiques de court. Il envisage un retrait plus global impliquant l’intégralité de son Heeresgruppe, à savoir un repli coordonné de plus de 240 km sur la ligne de la Narva et du lac Peïpous, dont la fortification est entamée : la ligne « Wotan-Panther », connue aussi sous le simple nom de ligne « Panther ». Comme en Italie au même moment, ce repli sur la ligne de défense principale s’effectuerait de façon séquentielle, par l’occupation de positions intermédiaires au cours des phases de repli. Des dizaines de milliers d’hommes, dont de nombreux civils, s’échinent à creuser des défenses, poser des barbelés et ériger des positions de campagne. Las, Hitler, extrêmement rétif à toute opération de cette nature, n’en a cure et ordonne de demeurer sur place. Pis, il faut de nouveau procéder au transfert de renforts à l’intention du Generalfeldmarschall von Manstein, qui est alors engagé dans de furieux combats entre Dniepr et Boug. Ainsi, pendant le second semestre de l’année 1943, von Küchler a dû céder 13 divisions, deux autres suivant en décembre 1943 et en janvier 1944.
Début décembre 1943, la Stavka est déterminée à ce que la campagne d’hiver qui s’annonce aboutisse à un succès stratégique majeure face au Heeresgruppe Nord : repousser ce dernier et lever définitivement toute menace pesant sur Leningrad. Les opérations du secteur nord, d’un caractère a priori secondaires à l’échelle de l’ensemble du théâtre des opérations que représente l’Ostfront, n’en ont pas moins mobilisé des forces considérables. Les colonnes de ravitaillement de la Wehrmacht ont transporté 1,5 million de tonnes au profit du Heeresgruppe Nord, alors même que l’activité des partisans a pris de l’ampleur, particulièrement au cours du dernier semestre de l’année (plus de 3 000 sabotages de tronçons de voies ferrées). Quand aux soldats des deux camps, les pertes se comptent en centaines de milliers.
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La guerre est perdue
La guerre connaît un véritable tournant à la fin de l’année 1942 et au début de 1943 avec les revers essuyés par la Wehrmacht en Méditerranée et à Stalingrad, alors que les premières offensives aériennes sur le Reich commencent à frapper durement la population allemande. Des pourparlers de paix secrets entre les deux adversaires n’aboutissent pas. Dans le même temps, Hitler échappe par miracle à un attentat en plein vol sur le front de l’Est : les bouteilles contenant les explosifs ont gelées avec l’altitude et le détonateur n’a pas fonctionné ! La guerre se poursuit donc… La situation n’évolue pourtant pas en faveur du Reich. La situation à l’Est est des plus préoccupante pour la Wehrmacht. Alors que celle-ci est aux abois, l’Armée rouge, certes épuisée, sort glorieuse de la campagne d’hiver. Elle a arrêté et repoussé l’envahisseur nazi et peut maintenant espérer le vaincre. Les pertes enregistrées sont toutefois très élevées : du mois d’octobre 1942 à mars 1943, l’Armée Rouge perd 3,5 millions d’hommes, dont 1,1 millions de tués, prisonniers et disparus. Les effectifs des divisions vont diminuer de façon spectaculaire en 1943, passant de 9 500 hommes à 7 000. Toutefois, on constate un renforcement notable de la puissance matérielle des unités. De nombreux corps et divisions de la Garde, formées par conversion des unités les plus méritantes et des vétérans de Stalingrad, sont particulièrement bien dotés. L’artillerie, de plus en plus nombreuse et les unités blindées subissent des changements spectaculaires et connaissent une hausse considérables des moyens disponibles. Dans les unités d’infanterie, l’utilisation des pistolets-mitrailleurs PPSH 41 se généralise dans des proportions qui ne seront jamais atteintes chez aucun autre belligérant du conflit. Enfin, l’aviation soviétique peut désormais compter sur d’excellents avions disponibles en grandes quantités. En janvier 1943, l’Armée Rouge dispose de 407 divisions d’infanterie, dont 393 au front. Elle dispose en outre de 20 600 chars, dont 11 000 légers. Ces moyens considérables dont dispose l’Armée Rouge ne sont pas gaspillés. Staline sait reconnaître ses limites et ses généraux s’opposent à son projet d’offensive après la raspoutitsa. Joukov et ses collègues préconisent d’adopter une stratégie défensive afin d’aguerrir les troupes blindées encore inexpérimentées et d’affaiblir l’ennemi. L’Armée rouge pourra ensuite opérer une succession d’offensives dûment planifiées, des réserves stratégiques ayant été constituées pour repousser l’offensive d’été allemande et d’autres unités étant gardées pour mener ensuite des actions offensives. Les stratèges soviétiques semblent assurés du succès avant même le déclenchement de la dernière offensive d’été allemande sur le front de l’Est, à Koursk. Celle-ci reçoit le nom de code « Zitadelle », qui ne concerne pas directement le Heeresgruppe Nord, si ce n’est dans la mesure où, plus que jamais, ce dernier apparaît être en dernière position en matière de renforts. Ce dernier subit la stratégie de ses adversaires et se voit contraint de parer aux coups qui lui sont assénés.
Le Heeresgruppe Nord perd Schlüsselburg et le siège de Leningrad est levé
La Stavka s’entête en effet à lancer des offensives pour lever enfin le siège de Leningrad, toujours isolée, une opportunité offerte depuis le départ de la 11. Armee et d’autres unités vers d’autres secteurs de l’Ostfront. L’offensive dite « Iskra » (ex- « Chlisselbourgskaïa »), coordonnée par Joukov en personne, est une opération conjointe des deux fronts systématiquement engagés dans les opérations dans le secteur : les Fronts du Volkhov du général Meretskovet de Leningrad du général Govorov, soit 300 000 hommes, 600 chars, 800 avions et près de 5 000 mortiers lourds et pièces d’artillerie au calibre supérieur à 76 mm, outre les unités navales des flottes de la Baltique et du lac Ladoga, à même de fournir un appui-feu. L’attaque s’effectuera au nord de Siniavino et ne vise, cette fois-ci, nullement à l’encerclement des forces allemandes : il s’agit de percer directement vers Leningrad. Après la levée du siège, prévue d’ici la fin janvier, le plan suppose une poursuite des opérations dans le secteur de Mga et du chemin de fer de Kirov. Les deux fronts ne sont distants que de 20 kilomètres, la zone entre Mga et le lac Ladoga ayant reçu le sobriquet de « col de la bouteille ». Il s’agit de « déboucher » celle-ci et d’établir une liaison terrestre –notamment en établissant une voie ferrée- entre la ville de l’ancien tsar Pierre le Grand et le reste de l’Union soviétique.
Si le front de l’Est s’embrase à la fin de 1942 et que l’Armée rouge obtient les résultats spectaculaires que l’on sait dans le sud de la Russie, la Stavka, très bien renseignée sur le dispositif adverse, estime que la 18. Armee du général Lindemann, affaiblie par les derniers combats très disputés de l’automne, est mûre pour un effondrement si elle est frappée en force. Lindemann va se battre à 1 contre 5 en hommes (il aligne 60 000 soldats dans la zone d’attaque) et à 1 contre 12 en blindés (il ne peut guère compter que sur une cinquantaine de Panzer et de StuG), le rapport de force étant à l’avenant pour l’artillerie. La Luftlotte 1, toujours la moins bien lotie à l’est, compte seulement 200 avions, soit quatre fois moins que la VVS. Si aucune réserve digne de ce nom n’est disponible à l’échelon de l’armée (déployée près de Mga, guère que quelques éléments de la 5. Gebirgs-Division et de la 96. ID, ainsi que les 23 blindés du schwere-Panzer-Abteilung 502), le terrain, dont on déjà souligné le caractère éminemment défavorable aux blindés et au déplacements motorisés en général, constitue cependant un atout qui joue en faveur des Allemands, dont les 26 divisions doivent assurer la défense d’un front étendu sur 450 km, dont 6 dans le secteur d’attaque. Celui-ci, on l’a souligné, est dès 1942 particulièrement fortifié, l’aspect relativement statique du front tenu par le Heeresgruppe Nord conférant aux lignes des deux l’aspect d’une réminiscence de la Grande Guerre.
Soutenue par 1 700 canons et la 13ème armée aérienne, une armée entière du Front de Leningrad–la 67ème– s’attaque à la seule 170. ID (la 61. ID est certes proche), épaulée par deux régiments (de la 5. Gebirgsjäger-Division et de la 227. ID), chargée de la défense de la ville-clé de Schlüsselburg, de l’éminence essentielle de Siniavino, tant convoitée en 1942, et de la zone industrielle attenante. Ces divisions sont du ressort du 24. Armee-Korps du général von Leyser. Dans le même temps, dans le secteur du Front du Volkhov, la zone où frappent conjointement la 2ème armée de Choc du général Romanovski et la 8ème armée, soutenues par pas moins de 4 500 canons, est tout aussi marquée par un déséquilibre des moyens mis en oeuvre : les Allemands défendent le secteur –notamment Lipka et la forêt de Krouglaïa Grove- avec le reliquat de la 227. ID, la 1. ID et deux régiments (un de la 223. ID et un autre de la 207. Sicherheits-Division).
L’offensive, retardée jusqu’à ce que la glace recouvrant les lacs et les marais soit jugée assez solide, débute dans la nuit du 11 au 12 janvier par un bombardement aérien des lignes de communications et des arrières allemands, suivi d’un pilonnage en règle par l’artillerie. En début de matinée, soutenus d’abord par près de 150 blindés légers traversant la Neva gelée, les force d’assaut du Front de Leningrad mènent une attaque qui, bien que se soldant par une hécatombe (les Allemands relèvent 3 000 cadavres ennemis) semble irrésistible et, dès le lendemain, balaye la 170. ID, incapable d’empêcher la formation d’une solide tête de pont entre Schlüsselburg et Gorodok 2 (où un Kampgruppe de la 96. ID et de quelques Tiger jusqu’alors en réserve sont redéployés), bientôt renforcée après l’édification d’un pont par le génie. En revanche, les deux autres secteurs du Heeresgruppe Nord qui sont assaillis par le Front de Leningrad, résistent, notamment devant Schüsselburg. La ligne des troupes du Front de Volkhov s’embrase à 11h15, trois heures après le début de l’assaut mené par leurs camarades du Front de Leningrad. Les Soviétiques sont à la peine. Certes, la 227. ID, renforcée par des éléments de la 96. ID, ploie sous le choc, mais les points d’appui essentiels résistent, notamment celui de la cité ouvrière N°8, véritable forteresse s’appuyant sur 16 bunkers, mais aussi ceux de Krouglaïa Grove et de Lipka. Sur l’autre aile, vers l’est, face au Front du Volkhov, la 1. ID ne manque pas de mordant. Le Kampfgruppe Wengler, retranché dans une forêt, n’en est expulsé qu’avec difficulté.
Les Allemands s’accrochent au terrain et, à leur habitude, contre-attaquent avec des Kampfgruppen de circonstance, occasionnant de lourdes pertes aux assaillants qui renouvellent leurs tentatives. Partout, l’avance soviétique reste ténue. Le 14, les Allemands subissent une tentative de débordement de troupes du Front de Volkhov sur leur aile via le lac Ladoga : évoluant sur la mer gelée, une brigade de skieurs soviétiques appuie la tentative d’encerclement des défenses de Lipka. Du côté du Front de Leningrad, de semblables opérations via le lac Ladoga se soldent également par un échec. Les blindés russes ne sont pas plus heureux : un régiment de T-34 est stoppé sur la Neva par quatre Panzer du schwere Panzer-Abteilung 502 (mais son Kommandeur, l’Oberleutnant Bodo von Gerdtell, est tué). Toutefois, Küchler ne peut guère crier victoire : l’extrémité nord de sa ligne de front est sur le point d’être isolée. Les Soviétiques soumettent donc la zone à de nouveaux assauts furieux débouchant sur des affrontements acharnés : il faut percer ! De fait, le 15 janvier, plusieurs points d’appui établis dans les cités ouvrières tombent au pouvoir des Soviétiques. Dès lors, les Allemands ne peuvent empêcher l’inévitable : les deux fronts soviétiques établissent leur jonction, enfermant la 227. ID et deux bataillons de la 96. ID dans un « Kessel » autour de Schlüsselburg. L’anneau est ténu et ne permet aucunement d’établir une liaison avec Leningrad. Fermeture temporaire puisqu’une contre-attaque énergique de la 61. ID permet de rétablir le contact, mais la tentative est vaine et se solde par une déconvenue notable : les Soviétiques referment de nouveau la nasse dans laquelle s’ajoutent deux régiments de la 61. ID… Les Allemands restent cependant tenaces et n’ont pas dit leur dernier mot. Partout, les Soviétiques doivent batailler dur pour tenter d’obtenir des gains territoriaux.
Ce n’est que le 18 janvier 1943 qu’on peut établir que le blocus de Leningrad est levé : en effet, une deuxième jonction est établie entre les deux fronts soviétiques, tandis que certaines positions allemandes tombent. La garnison isolée à Schlüsselburg (le Kampfgruppe Hühner, du nom du Kommandeur de la 61. ID) se fraye avec pertes un chemin vers la liberté à la faveur d’un barrage d’artillerie. Lindemann doit dissoudre quatre grandes unités (61., 96., 170. et 227. ID), ce qui est en soi un résultat plus qu’honorable à mettre au crédit des Frontoviki. La bataille est cependant loin d’être finie.
Comme prévu, les Soviétiques reprennent leur avance le 29 janvier, avec la 2ème armée de Choc toujours et encore, cette fois-ci vers le sud, en direction de Siniavino, pour élargir le corridor et assurer les lignes de communications. Les Soviétiques entendent en effet reprendre Mga et l’importante voie ferrée qu’elle commande. Si Siniavino tombe, la 11. ID rejette les Russes sur leurs positions de départ. La 18. Armee reste inébranlable. L’offensive russe est donc suspendue. Ordre est alors donné de fortifier les positions acquises afin de se prémunir de tout retour offensif allemand qui déboucherait sur un nouveau siège de Leningrad. Pour parachever leur victoire, les Soviétiques construisent en un temps record une voie ferrée qui relie Leningrad au reste de l’Union soviétique, même si l’étroitesse du corridor le place encore à portée de l’artillerie allemande, mais n’empêche pas la réalisation d’une voie ferrée en un temps record. L’échec subi par le Heeresgruppe Nord est donc sans appel. Au même moment, Velikie Louki (le 16 janvier) est définitivement reconquise par le Front de Kalinine (qui sera rebaptisé 1er Front de la Baltique). Sa situation stratégique devient plus délicate.
Joukov joue et perd contre von Küchler : le Heeresgruppe Nord n’est pas détruit
La position du Heeresgruppe Nord aurait pu s’avérer encore plus dramatique si la nouvelle offensive soviétique, baptisée « Etoile Polaire » (elle est connue aussi sous le nom de 2ème bataille du lac Ladoga en englobant l’opération « Iskra »), n’avait pas échoué. Comme dans le secteur sud de l’Ostfront, la Stavka surestime les capacités de l’Armée rouge tout en estimant prématurément la Wehrmacht comme déjà vaincue et impotente : un excès d’optimisme qui se traduit par les revers subis à Kharkov au sud et par l’échec d’ « Etoile Polaire », au nord. Du 10 février au 19 mars 1943, le Heeresgruppe Nord subit de plein fouet une offensive soviétique majeure : l’opération « Etoile Polaire ». Il s’agit d’une nouvelle tentative des Fronts du nord-Ouest, de Leningrad et du Volkhov de lever le siège de Leningrad et de reconquérir le territoire soviétique jusqu’aux pays baltes. Planifiée par Joukov, l’offensive prévoit de percer le front allemand à Staraia Russa et de liquider enfin le saillant de Demiansk, puis de lancer des forces blindées dans la profondeur du dispositif ennemi. Il s’agit d’une opération très ambitieuse, impliquant trois fronts : ceux de Leningrad, du Volkhov et du Nord-Ouest : elle vise ni plus ni moins à une tentative d’annihilation complète de l’intégralité du Heeresgruppe Nord en opérant un mouvement d’enveloppement par le sud et d’assurer de façon pérenne la sauvegarde de Leningrad. En choisissant Staraia Russa comme « schwerpunkt », Joukov espère s’épargner de nouvelles opérations à proximité de trop grande de Leningrad, qui seraient invariablement trop coûteuses et vaines, étant entendu que les Fronts de Leningrad et du Volkhov soutiendront néanmoins celui du Nord-Ouest par des opérations de diversion : le général russe n’est pas économe de la vie de ses hommes… L’offensive des 4ème et 54ème armées n’obtient pas le succès escompté. Pis, ils sont ramenés sur leur ligne de départ en date du 23 février. En revanche, l’assaut lancé depuis le front de Leningrad par la 55ème armée constitue l’épreuve suprême pour les Espagnols vêtus des uniformes de la Wehrmacht qui combattent au sein de la Division « Azul ». Comme ailleurs, le front allemand résiste à la tempête de feu et d’acier, mais 2 800 soldats hispaniques ne se relèvent pas… Lorsque l’offensive russe s’achève au 19 mars, les pertes de l’Armée rouge seraient de 270 000, s’il faut donner du crédit aux estimations des Allemands.
Plus au sud, Demiansk est défendue avec toujours autant d’acharnement par des éléments de la 16. Armee du général Busch, mais les défenseurs vont damer le pion à Joukov en lui infligeant un camouflet : la nécessité de trouver des troupes pour garnir l’Ostfront pousse l’OKH à procéder à l’évacuation des saillants de Demiansk et de Rhjev au cours de l’hiver et du printemps 1943. Cette opération aurait l’avantage de libérer 10 divisions allemandes à un moment où la crise des effectifs est particulièrement alarmante, tout en réduisant le front de plusieurs centaines de kilomètres. L’évacuation du saillant de Demiansk –opération « Ziethen »-, brillamment conduite par le Heeresgruppe Nord entre le 18 et le 22 février, raccourcit le front de façon significative, de telle sorte que l’opération « Etoile Polaire » se brise sur des défenses trop solides. Joukov s’entête, mais il lui faut renoncer, d’autant que la raspoutitsa amène à une fin des opérations. Pas plus que les opérations menées sur Orel-Briansk-Smolensk n’aboutiront à la destruction du Heeresgruppe Mitte, l’opération « Etoile Polaire » ne résultera pas dans la fin du Heeresgruppe Nord.
La position de ce dernier n’est nullement favorable pour autant. Les crises survenant sur les autres parties de l’Ostfront interdisent de le renforcer de façon significative, tandis que la priorité va aux Heeresgruppen Mitte et Süd en vue de l’offensive sur Koursk. Pis, Leningrad désormais libérée du blocus, les forces soviétiques qui s’y trouvent peuvent désormais être renforcées. Le Heeresgruppe Nord ne peut donc que s’affaiblir au fil du temps, alors que ses adversaires ne cessent de se renforcer… Le printemps et l’été sont marqués par une activité constante : dans la tête de pont de Kirishi où tient la 61. ID du général Krappe (elle y relève la 217. ID) ; dans le secteur de Mga, où la 11. ID échafaude une défense en profondeur et construit une route en à travers les marais ; devant Leningrad, encore et toujours, où les Espagnols s’accrochent à leurs positions devant Pushkin et les Landser des 170. et 215. ID aux ruines de Staro Panovo et d’Urizk ; etc. Des combats particulièrement violents éclatent cependant à la mi-mars pour Staraia Russa, que le maréchal soviétique Timochenko entend reprendre à l’occupant. Il est repoussé, mais les Soviétiques s’entêtent à plusieurs reprises au cours de l’été. Le front allemand demeurant trop solide au sud du lac Ilmen, l’Armée rouge relance en effet l’assaut plus au nord, près du lac Ladoga, à Siniavino. On s’y bat en juillet et en août. La 18. Armee y engage les 21., 61., 215. et 254. ID pour y relever des formations usées jusqu’à la corde, à l’image de la 11. ID, qui, pendant vingt jours, a soutenu 86 attaques montées par sept divisions ennemies. On se bat pendant des semaines dans les collines et les fourrés, les Russes tentant en vain d’enlever les tranchées et les bunkers où sont retranchés les Allemands.
Si l’été sur le front nord est le cadre d’affrontements relativement mesurés en termes d’effectifs, alors que des combats titanesques opposent les Heeresgruppe Mitte et Sud à une Armée rouge de plus en plus puissante, la fin de la période estivale est le cadre d’une nouvelle offensive de l’Armée rouge sur Siniavino, zone sur laquelle elle se casse les dents depuis déjà deux années. L’opération dure trois jours, du 15 au 18 septembre 1943. L’assaut furieux des Soviétiques permet enfin à ceux-ci d’arracher les hauteurs de Siniavino au Heeresgruppe Nord, ce dernier ne subit cependant aucun désastre. Globalement, ses lignes ont tenu. Même s’il faut renoncer à la tête de pont de Kirishi, il se trouve grosso modo sur les mêmes positions qu’il occupait au printemps, et ce en n’usant que de ses propres moyens, le groupe d’armées servant en outre de réservoir de renforts pour les autres fronts, y compris la lointaine Italie où est expédiée la 5. Gebirgs-Division. Les escadrilles de la Luftwaffe ne sont pas non plus les plus prioritaires au sein de la Wehrmacht. Néanmoins, en cet automne 1943, l’as de la chasse Walter Nowotny, atteint les 250 victoires -premier pilote de l’histoire à le faire (il ne sera dépassé que par quatre autres allemands)- et reçoit les glaives pour sa Ritterkreuz pour cet exploit insigne : il en était à sa centième victoire à la mi-juin…
La suite des opérations est nettement plus ardue. Le Heeresgruppe Nord, qui s’est certes constitué une réserve de trois divisions d’infanterie (il en aurait disposé de davantage s’il n’avait dû en céder au Heeresgruppe Mitte, outre le départ de la Division « Azul », sous la pression des Alliés, même si une « légion espagnole » demeure à l’Est avec des volontaires sous le commandement du général Esteban-Infantes), est confronté à une nouvelle opération d’envergure pendant tout l’automne 1943 : l’opération Novel-Gorodok, déclenchée le 6 octobre. Ieremenko, commandant du Front de Kalinine, envisage cette attaque comme une opération de soutien en faveur de son offensive principale, dirigée sur Vitebsk, tout en envisageant une exploitation vers Gorodok et Novosokolniki. Von Küchler a en effet hérité du secteur tenu par le 43. AK, transféré en septembre depuis le Heeresgruppe Mitte. Alors même que la voie ferrée assurant la liaison entre les constitue un objectif d’un intérêt évident pour l’Armée rouge, l’offensive surprend la 16. Armee dont le front est enfoncé dès le premier jour : la ville de Nevel tombe dès le premier jour. Comme à l’accoutumée, l’assaut est précédé de frappes aériennes et d’artillerie. La 2. Luftwaffe-Feld-Division, déjà affaiblie, est annihilée sous la puissance du choc, tandis que sa voisine, la 263. ID, subit des pertes sensibles. La piètre tenue de l’unité de rampants de la Luftwaffe n’empêche pas Hitler de refuser d’amalgamer ses restes dans une unité de la Heer : le Führer, furieux que l’armée n’ait pas tenu le front, déclare perfidement qu’il n’entend pas diluer une bonne formation de la Luftwaffe au sein d’une mauvaise de la Heer…
Frappant à la jonction des Heeresgruppen Nord et Mitte, les Soviétiques, qui ont presque atteint la ligne ferroviaire Nevel-Gorodok-Vitebsk dès le premier jour, obtiennent rapidement un saillant de 25 km de profondeur sur 35 de large. Ieremenko ne capitalise pas immédiatement le succès obtenu et marque une pause, immédiatement mise à profit par les deux Heeresgruppen, qui renforcent leurs positions, von Küchler ayant dépêché ses réserves dès le premier jour. Le Kommandeur du Heeresgruppe Nord et celui de la 16. Armee ne tergiversent pas et n’attendent pas les directives de l’OKH pour réagir : il faut absolument rétablir la liaison avec le Heeresgruppe Mitte. La contre-attaque prévue pour le 7 octobre est cependant repoussée : l’artillerie n’est pas prête, tandis que l’ennemi demeure actif. La bataille se poursuit donc : les Soviétiques cherchent à étendre leur saillant dans toutes les directions, tandis que les Allemands essaient de le résorber et d’y détruire d’importantes forces ennemies –des troupes du Front de Kalinine et du 2èmeFront de la Baltique (nouvelle dénomination donnée au Front de la Baltique au cours de la bataille), comme aux beaux jours de 1941.
Le 14 octobre, Hitler, considéré en général agressif sur le plan tactique, refuse qu’une contre-attaque soit lancée, car il estime que les forces rassemblées manquent de puissance. Quelques jours plus tard, c’est au tour de von Küchler de décliner une proposition de contre-attaque conjointe formulée par von Kluge, son homologue au Heeresgruppe Mitte (blessé dans un accident de voiture, Kluge est remplacé par Busch le 29 octobre). Les Russes sont, de leur côté, très actif. Début novembre, les 3ème et 4ème armées de Choc percent de nouveau et s’arrogent une trouée de 16 kilomètres, qui leur permet de contourner les flancs de la 16. Armee du Heeresgruppe Nord et de la 3. Panzerarmee du Heeresgruppe Mitte. Cette fois-ci, c’en est trop pour le Führer qui ordonne à von Küchler et Busch, qu’il a convoqué à son quartier-général, d’en finir avec le saillant soviétique. Le 8 novembre, le Heeresgruppe Mitte obtient quelques résultats, s’avançant de 8 kilomètres, mais von Küchler ne participe pas à la contre-attaque comme prévu, ne s’exécutant que le 10, sur ordre exprès de Hitler, qui met en avant une question d’honneur. L’attaque, de faible envergure, fait long feu et ne connaît même pas un semblant d’exécution puisque les troupes d’assaut, pilonnées, se replient rapidement sur leurs positions. Toutefois, les attaques soviétiques contre les deux Heeresgruppen sont également à la peine, aussi la Stavka procède-t-elle à des remaniements: le général Bagarmain se voit confier le 1er Front de la Baltique (ex-Kalinine), tandis que le 2nd Front de la Baltique échoie au général Popov. La 3ème armée de Choc s’en prend de nouveau à la 16. Armee, que von Küchler à renforcé de quelques éléments de la 18. Armee, et s’élance en direction de Pustohka, gagnant 30 km de profondeur à la date du 7 novembre, sur un front de 40 km de large. Toutefois, une attaque concommittante de la 6èmearmée de la Garde visant à isoler le 43. AK échoue.
Fin décembre, von Küchler procède à une évacuation du dangereux saillant, opération délicate, qui se déroule au cours de six journées, mais qui prend les Soviétiques de court. Il envisage un retrait plus global impliquant l’intégralité de son Heeresgruppe, à savoir un repli coordonné de plus de 240 km sur la ligne de la Narva et du lac Peïpous, dont la fortification est entamée : la ligne « Wotan-Panther », connue aussi sous le simple nom de ligne « Panther ». Comme en Italie au même moment, ce repli sur la ligne de défense principale s’effectuerait de façon séquentielle, par l’occupation de positions intermédiaires au cours des phases de repli. Des dizaines de milliers d’hommes, dont de nombreux civils, s’échinent à creuser des défenses, poser des barbelés et ériger des positions de campagne. Las, Hitler, extrêmement rétif à toute opération de cette nature, n’en a cure et ordonne de demeurer sur place. Pis, il faut de nouveau procéder au transfert de renforts à l’intention du Generalfeldmarschall von Manstein, qui est alors engagé dans de furieux combats entre Dniepr et Boug. Ainsi, pendant le second semestre de l’année 1943, von Küchler a dû céder 13 divisions, deux autres suivant en décembre 1943 et en janvier 1944.
Début décembre 1943, la Stavka est déterminée à ce que la campagne d’hiver qui s’annonce aboutisse à un succès stratégique majeure face au Heeresgruppe Nord : repousser ce dernier et lever définitivement toute menace pesant sur Leningrad. Les opérations du secteur nord, d’un caractère a priori secondaires à l’échelle de l’ensemble du théâtre des opérations que représente l’Ostfront, n’en ont pas moins mobilisé des forces considérables. Les colonnes de ravitaillement de la Wehrmacht ont transporté 1,5 million de tonnes au profit du Heeresgruppe Nord, alors même que l’activité des partisans a pris de l’ampleur, particulièrement au cours du dernier semestre de l’année (plus de 3 000 sabotages de tronçons de voies ferrées). Quand aux soldats des deux camps, les pertes se comptent en centaines de milliers.
Recension “South Africans versus Rommel”
Les divisions blindées alliées en Afrique du Nord
VICTOR TURNER
HANS CRAMER
« Lili Marleen »: le « tube » de la Seconde Guerre mondiale