22 juin 1941-16 janvier 1942 : Generalfeldmarschall von Leeb
17 janvier 1942-8 janvier 1944 : Generalfeldmarschall von Küchler
9 janvier-30 mars 1944 : Generalfeldmarschall Model
31 mars-3 juillet 1944 : General Lindeman
4 juillet-24 juillet 1944 : General Friessner
25 juillet 1944-14 janvier 1945 : General Schörner
15 janvier 1944-25 janvier 1945 : General Rendulic
26 janvier 1945-9 mars 1945 : General von Vietinghoff-Scheel
10 mars 1945-14 mars 1945 : General Rendulic
15 mars 1945-8 mai 1945 : General Hilpert
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Armées subordonnées au Heeresgruppe Nord
Juin-Septembre 1941 : Panzergruppe 4, 16. Armee, 18. Armee
Octobre 1941 : 16. Armee, 18. Armee
Janvier-Août 1942 : 16. Armee, 18. Armee
Septembre-Novembre 1942 : 16. Armee, 18. Armee, 11. Armee
Décembre 1942-Février 1944 : 16. Armee, 18. Armee
Mars 1944-Septembre 1944 : Armee-Abteilung Narwa, 16. Armee, 18. Armee
Octobre 1944 : Armee-Abteilung Grasser, 16. Armee, 18. Armee
Novembre 1944 : Armee-Abteilung Kleffel, 16. Armee, 18. Armee
Décembre 1944-Janvier 1945 : 16. Armee, 18. Armee
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Juin-juillet 1941 : l’offensive irrésistible du Heeresgruppe Nord
Si la surprise stratégique de « Barbarossa » est totale, l’immensité du front oblige les différents groupes d’armées à opérer dans des directions divergentes. Au nord, l’invasion de Pays-Baltes et la prise de Leningrad, la ville symbolique de la révolution bolchevique et centre industriel de première importance, est confiée au Heeresgruppe Nord du maréchal von Leeb. Ces opérations bénéficieront en outre du soutien non négligeable des troupes finlandaises de Mannerheim, qui combattront en Carélie, bien déterminés à obtenir leur revanche sur les Russes, tout en fixant un maximum d’unités soviétiques. Von Leeb engage de 3 Panzerdivisionen (1., 6. et 8. Panzerdivisionen), 3 divisions motorisées, 23 divisions d’infanterie Le soutien aérien est fourni par 1 070 avions. En face, les Soviétiques disposent du Front du Nord du général Popov dans la région militaire de Leningrad et du Front du Nord-Ouest du général Kouznetsov dans la région militaire baltique, soit 28 divisions et 3 corps mécanisés. Ces troupes ont l’avantage d’avoir à défendre une zone de plaines côtières basses, avec des rivières, des marais, des lacs et des forêts impraticables pour les Panzer. Le district militaire de Leningrad aligne 1 857 chars et celui de Riga pas moins de 1 549, un total combiné qui dépasse l’intégralité des effectifs de la Panzerwaffe à l’Est… Toutefois, nombre de ces chars sont dépassés, pour ne pas dire de simples tankettes.
(Carte Histoire & Collections)
Von Leeb a compris que le terrain offre peu de possibilités de mouvement pour des manœuvres d’encerclement, aussi décide t-il de lancer les divisions du Panzer-Gruppe 4 de Hoepner directement sur Leningrad. Dès le premier jour, la situation au nord du front se développe de manière très favorable pour les Allemands qui franchissent le Niemen. La 11ème armée soviétique est mise en déroute. Qui plus est, les 8ème et 3ème armées soviétiques, respectivement au nord et au sud de la 11ème, s’avèrent incapables de combler la brèche. Aucune unité soviétique n’est donc à même de s’opposer à la progression de von Leeb vers Vilnius et Kaunas. La ruée des Panzer est d’autant plus facilitée que le ciel est à la Luftwaffe : en l’espace de trois jours, l’aviation soviétique de la région baltique perd 920 avions sur 1 080… Toutefois, dès le 23 juin, les forces de von Leeb se heurtent à une violente contre-attaque soviétique, notamment contre les flancs exposés de Hoepner. C’est le 41. Armee-Korps (mot.) de Reinhard qui est en première ligne pour encaisser le choc. Pour la première fois de la guerre, les Allemands sont confrontés au T-34. La 6. Panzerdivision a le plus grand mal à s’opposer aux chars russes KV1 de la 2ème division blindée. Toutefois, privés de munitions et de carburant, la division soviétique est anéantie le 26 juin. En une semaine, 90% des blindés du front du Nord-Ouest ont été perdus. Ce même jour, le 66. Armee-Korps (mot.) de Manstein atteint Daugavpils et la Dvina. La 8. Panzer a battu un record en parcourant 300 kilomètres en 24 heures. Mieux : des commandos « brandebourgeois », vêtus d’effets de soldats soviétiques, (dont les camarades ont échoué le 22 juin dans un coup de main sur un pont enjambant la Jüra) s’emparent intacts de deux ponts assurant le passage vers la rive droite de la Dvina. La défense soviétique est brisée et la route de Leningrad semble ouverte, mais Manstein, qui s’est porté trop en avant, doit demeurer l’arme au pied six jours durant, le temps aux autres troupes de s’aligner sur ses positions. Pourtant, la 18. Armee est à la traîne, confrontée à la résistance ennemie. La Lituanie et la Lettonie sont néanmoins envahies sans coup férir. Riga, où des « Brandebourgeois » s’assurent du contrôle d’un pont ferroviaire, est prise le 1er juillet. Les populations civiles accueillent avec enthousiasme les troupes allemandes qui les libèrent du joug soviétique, mais l’Armée rouge parvient à éviter les encerclements, sauf autour de Reval où seulement 12 000 hommes sont capturés. Sur la côte, la prise du port de Libau, conquise par la 291. ID du général Herzog, offre une base navale de premier ordre pour la Kriegsmarine. Cette dernière n’engage avant tout que des dragueurs de mines et des U-Boote, les Soviétiques perdant plusieurs unités, dont quatre sous-marins, sous les coups de torpilles ou du fait des mines.
Le 10 juillet, le Front du Nord-Ouest est confié au général Sobiennikov. 30 divisions sont en ligne, mais la plupart ont des effectifs très incomplets. Von Leeb reprend son offensive la veille, alors que le Panzer-Gruppe 4 atteint à Pskov, sur les rives du lac Peïpous le 9 juillet. Les résultats ne se font pas attendre puisque le 41. Korps (mot.) de Reinhardt balaye la 113ème DI et avance de 80 kilomètres en quelques heures, s’approchant de Louga –tenue par 150 000 rescapés (avec 200 000 civils « volontaires » levés à la hâte), dernier rempart avant l’ancienne capitale des tsars- dès la fin de matinée. Hoepner surprend alors les Soviétiques en détournant ses Panzer de Louga et en les lançant vers Narva, même si le terrain par trop boisé et marécageux ne se prêt guère à l’évolution des blindés. Les commandos « brandebourgeois » ont de nouveau leurré l’ennemi en portant des uniformes soviétiques à bord d’une automitrailleuse BA-10 et d’un camion ZIS de prise. Le 14 juillet, Porechye tombe. Leningrad, distante de 96 kilomètres, est à portée de von Leeb mais Hitler et l’OKW imposent un arrêt de trois semaines, ne raison notamment des contre-attaques contre Manstein dont il est question ci-après. L’avance allemande piétine donc et la 8ème armée n’est pas encerclée. Plus à l’est, le 56. Armee-Korps (mot.) de von Manstein rencontre plus de succès puisqu’il enfonce les positions du 22ème corps soviétique dès le 10 juillet et se rapproche de Novgorod, menaçant de la sorte le front soviétique établi à Louga. Pour parer à la menace, le maréchal Vorochilov lance une puissante contre-offensive, parvenant à encercler pendant plusieurs jours la 8. Panzerdivision, réduite à 80 chars –autant dire qu’elle est exsangue- après de durs combats. Puisque l’infanterie de la 16. Armee, empêtrée dans les marécages et les forêts, est à la traîne, il faut détourner des forces mobiles de l’axe principal, à savoir la poussée sur Leningrad, pour venir à la rescousse de la division blindée. Le flanc exposé du Panzergruppe 4 est cause de grande anxiété chez Hitler et à l’OKH. Plus au sud, les 10. et 28. Armee-Korps (16. Armee) avancent également, repoussant les Soviétiques vers une ligne Kholm-Velikie Louki. Ces derniers doivent aussi dans le même temps mobiliser des moyens pour enrayer la progression des Finlandais.
Un mois de juillet certes victorieux, mais coûteux : la seule 21. ID perd 850 hommes entre le 15 et le 27 juillet, dont 167 tués. Les pertes totales au 20 juillet se montent à 29 075 pertes, soit une moyenne oscillant autour de 1 000 hommes par division pour un mois de combat, comblées en partie par les Feldersatz-Bataillone des divisions. L’armée dans son ensemble ne ménage pas ses efforts pour assurer un succès complet, mais la tâche est à certains égards herculéenne. Le génie est fortement sollicité : ainsi, en date du 16 juillet, le bataillon de construction de ponts de l’Oberst Bruns a construits 76 ponts au profit des 16. et 18. Armee et du Panzer-Gruppe 4. Les services arrières peinent également à assurer la logistique d’armées qui n’ont de cesse de s’enfoncer plus en avant en territoire soviétique : au 19 juillet, dans le secteur du groupe d’armées de von Leeb, 323 trains ont transporté 145 000 tonnes de matériels et d’approvisionnements au profit de la Wehrmacht. Au 3 août, le parc de véhicules en service au sein des colonnes motorisées de ravitaillement n’est plus qu’à 61 % de la dotation initiale. Ces colonnes sont contraintes d’effectuer des allers-et-retours s’étirant sur 700 km entre les dépôts de matériel et les pointes des forces blindées. La surveillance de ces lignes de communications incombe en partie aux divisions de sécurité, dont le rôle est aussi de traquer les formations isolées de l’Armée rouge, mais aussi les partisans (souvent issus des précédents), ainsi que d’assurer la protection des cantonnements de la Wehrmacht.
Pendant ce temps, von Leeb engage de plus en plus d’unités pour s’emparer de Tallinn (Reval, pour les Allemands) et anéantir la 8ème armée soviétique, condition nécessaire à la reprise de la marche sur Leningrad. Au début du mois d’août, les Allemands atteignent le golfe de Finlande. Le port estonien tombe à la fin du mois, Vorochilov ayant préféré évacuer les troupes encerclées par voie de mer vers Leningrad, dont la défense est évidemment plus importante. L’évacuation est un succès puisque seuls 11 400 Russes sont capturés, mais 5 destroyers, 3 sous-marins et des dizaines de navires sont coulés. Le croiseur Kirov est également endommagé par une mine. Les forces engagées par von Leeb pour s’emparer de Tallinn vont pourtant faire cruellement défaut aux Allemands dans leur avance vers Leningrad. Chaque retard favorise en effet les Soviétiques qui renforcent leurs défenses. La directive N°34 du 30 juillet 1941 donne pourtant la prise de Leningrad comme priorité sur le front nord (alors que le Heeresgruppe Mitte doit stopper sa progression vers Moscou et coopérer avec von Leeb), mais la précédente, du 23 juillet, exige que le Panzer-Gruppe 4 ne reprenne son avance qu’après la jonction avec la 18. Armee et sous condition que le flanc droit soit assuré par la 16. Armee. Des atermoiements qui font le jeu des Soviétiques, qui mettent à profit les délais.
Von Leeb surpris par une contre-attaque soviétique
Pour atteindre Leningrad, von Leeb engage 29 divisions à 80% de leurs effectifs. Vorochilov ne peut opposer que 15 divisions. De surcroît, la ligne défensive de Louga est loin d’être achevée, en dépit de la construction frénétique entre Leningrad et le front de lignes garnies de fortins, de dents de dragons et de fossés antichars. Von Leeb lance son offensive le 8 août, sous une pluie battante, le long du golfe de Finlande et le 10 août face à Louga et Novgorod, avec l’espoir d’établir la jonction avec les Finlandais. La 34e armée est anéantie sous les coups et les manoeuvres de deux corps assistés de la « Totenkopf » : 18 000 hommes sont capturés. L’aviation est active dans les deux camps : la VVS réalise 908 sorties le 10 août, contre 1 1126 pour la Luftwaffe. Les pertes allemandes sont néanmoins sévères et il a fallu compter avec la combattivité et le professionnalisme des Landser de la 1. Panzer-Division, seule unité à s’être enfoncée en profondeur le premier jour, avant de se rabattre sur les défenseurs qui stoppaient la progression de la 6. Panzer-Division et de la 36. ID (mot.). Le 13 août, après d’âpres combats, Kinghisepp tombe, ouvrant la route de Leningrad (reprise, elle est de nouveau reconquise par la Wehrmacht). Dès le 19 août, les troupes allemandes atteignent la ceinture extérieure des défenses de la ville, mais elles sont repoussées par une vigoureuse contre-attaque. L’assaut allemand a cependant encerclé les troupes soviétiques sur Kronstadt et Oranienbaum, formant ainsi une poche de résistance qui tiendra jusqu’à l’évacuation du secteur par la Wehrmacht en janvier 1944 !
Von Leeb doit cependant faire face à une contre-attaque soviétique menée avec vigueur par les Soviétiques au sud du lac Ilmen le 12 août. Cette opération surprend les Allemands et contrecarre leurs plans. Les Russes de la 34ème armée repoussent ainsi l’aile droite allemande (le 10. Armee-Korps de la 16. Armee) sur 40 kilomètres, dans une région sauvage et désolée, sans routes ni villages. Toutefois, l’offensive de Vorochilov est vite enrayée avec de lourdes pertes. Von Leeb a cependant dû renoncer en partie à son offensive vers Leningrad pour conjurer cette menace. Il détourne en conséquence le 54. Armee-Korps (mot.), à la grande déconvenue et stupeur du général Hoepner qui doit envoyer la « Totenkopf » et la 3. ID (mot.) à 250 km au sud du point nodal où se joue la bataille de Leningrad. Au centre du front, la bataille de Novgorod, l’une des clés de Leningrad, se déroule du 16 au 24 août, avec acharnement. Des éléments motorisés en provenance du Heeresgruppe Mitte permettent la conquête de Demiansk. Les combats pour Louga s’éternisent jusqu’au 3 septembre, les Allemands capturant finalement, en dépit de la boue qui empêche les véhicules d’avancer, 21 000 prisonniers, 316 chars et 600 canons. Le Front du Nord-Ouest a au total perdu 128 000 de ses 327 000 hommes et 481 chars sur 541. Pendant ce temps, l’ensemble des forces soviétiques du secteur de Leningrad perdent 344 000 hommes entre le 10 juillet et le 30 septembre.
Pendant ce temps, dans l’isthme de Carélie, les forces finlandaises avancent vers Leningrad. Dès le 31 juillet, Vorochilov est contraint d’envoyer ses réserves en cours de formation pour enrayer l’avance finnoise. Les Soviétiques parviennent à stopper Mannerheim mais ils ont dû engager de précieuses unités au nord alors que la situation est critique au sud, où Vorochilov ne dispose pas assez d’unités pour s’opposer au Heeresgruppe Nord. Tandis que des éléments sont envoyés au sud, la reprise des combats sur la Louga se traduit par des affrontements très disputés pour percer la ligne de la Louga, qui n’est effective qu’au 20 août : la SS-Polizei-Division entre dans Louga qu’après que le 50. Armee-Korps eût neutralisé 115 bunkers. Malgré la pluie et la boue, les Landser encerclent trois divisions soviétiques en retraite vers Leningrad. Les Frontoviki isolés tiennent jusqu’au 15 septembre et 20 000 d’entre eux sont capturés dans cette poche.
Le Heeresgruppe Nord n’a pourtant pas été épargné par les combats. Au 10 septembre, la 1. Panzer-Division compte 99 Panzer opérationnels, contre 156 au 22 juin. La 6. Panzer commence la campagne avec 256 chars, mais n’en a plus que 181. Situation identique à la 8. Panzer-Division qui n’aligne plus que 154 Panzer sur 223.
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Le Heeresgruppe Nord et la Shoah
Guerre d’extermination, la guerre à l’Est est également le cadre du plus ignoble des crimes du régime nazi : le génocide des Juifs. Le Heeresgruppe Nord du Feldmarschall von Leeb est au service d’un régime mortifère, pis : il est complice de ses forfaits. Comme la SS en général, la Wehrmacht participe directement à la Shoah en mettant notamment sur pied des milices locales. Dans le secteur du Heeresgruppe Nord, la politique d’extermination, anticipée et préparée avant « Barbarossa » est mise en oeuvre par le Einsatzgruppe A, dirigé par le SS-Brigadeführer Stahlecker, subdivisés en plusieurs Einsatzkommandos. Police, Gesapo, SD et SS rivalisent parfois de zèle dans la sinistre besogne, souvent avec l’aide de fervents nationalistes baltes, à l’instar du commando letton Arays qui participe au massacre de 24 000 Juifs de Riga à Rumbula. Les plus hauts gradés relaient sans état d’âme les ordres criminels de Hitler. Manstein estime que « le soldat doit montrer de la compréhension pour le sévère châtiment infligé aux Juifs, représentants spirituels de la terreur bolchevique. » De son côté, le Generalleutnant Hoepner n’hésite pas à dire que cette guerre est celle de « la défense de la culture européenne contre la vague asiato-moscovite et le refoulement du judéo-bolchevisme. » Quant au chef du groupe d’armées, Wilhelm von Leeb, lorsqu’il est avisé des exactions survenant dans la zone d’occupation dont il a la responsabilité, il ne trouve rien de mieux à suggérer de ne pas s’en mêler, et de deviser sur l’opportunité ou non de stériliser les Juifs de sexe masculin plutôt que de les massacrer…
Les assassinats débutent dès les premiers jours de l’invasion. A Gargzdai, près de Memel, 400 Juifs sont assassinés le 24 juin par la Schupo (Schutzpolizei) après avoir été contraints d’effectuer des tâches ingrates –comme enterrer des cadavres- au profit de l’occupant. Ce premier massacre inaugure une série de tueries qui se généralisent dans le sillage du Heeresgruppe Nord. En novembre 1941, plus de 100 000 Juifs ont déjà été tués par le Einsatzgruppe A. En 1943, les survivants sont parqués dans des ghettos ou dans des camps de travaux forcés, avant d’être exterminés. A la fin de la guerre, plus de deux millions de Juifs soviétiques gisent dans les fosses communes de ce qu’il convient d’appeler la « Shoah par balles », qui précède une extermination industrielle dans le cadre de camps érigés à cette intention.
Le génocide en cours n’est qu’un secret de polichinelle. Les informations sur les fusillades se répandent dans le Reich, notamment par le biais de la correspondance des soldats. Des photographies circulent, bien que pourtant en théorie interdites par Himmler (ordre du 12 novembre 1941) sans l’autorisation exprès du chef de l’Einsatzkommando qui procède aux exécutions. Ces clichés montrent la présence de soldats de la Wehrmacht. Le massacre brutal de 1 500 Juifs de Kaunas, en Lituanie, survenu dans la nuit du 25 au 26 juin 1941, au cours d’un pogrom suscité par le Einsatzgruppe A est perpétré au vu et au su des soldats allemands présents à Kaunas, dont le quartier général de la 16. Armee… Les Landser participent par ailleurs au pillage des appartements juifs. Certains se posent un cas de conscience, comme l’Hauptmann Töpperwien qui, s’il admet les représailles collectives contre les civils en cas d’aide à l’ennemi, estime que massacrer un peuple lui semble relever d’une toute autre démarche.
Le sort des Tsiganes et des prisonniers de guerre soviétiques n’est pas plus enviable : la brutalité de la Wehrmacht à l’Est semble sans limite. Ces tueries se confondent avec la lutte contre les partisans, menée de concert avec la police balte. Le Heeresgruppe Nord dispose pour ce faire de trois divisions de sécurité les 207., 285. et 281. Sicherheits-Divisionen. Au 9 novembre 1941, ces unités dressent un bilan de leur action : 4 700 prisonniers, 1 800 partisans tués et autant d’exécutés, 5 700 civils faits prisonniers dont 650 livrés aux SS et à la police et dont on devine qu’ils sont des Juifs. Les opérations anti-partisans servent de prétexte à toutes sortes de brutalités et nombre de partisans exécutés sont en faits des civils innocents, dont des Juifs.
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Une décision lourde de conséquence
Hitler ordonne de ne pas s’emparer de l’ancienne capitale des tsars mais de l’investir, afin d’acculer la ville à la famine et d’obtenir sa reddition après l’intervention de l’artillerie et de la Luftwaffe. Dès le 8 juillet, le dictateur a fait connaître sa volonté : Leningrad et Moscou seront réduites en cendres sous les frappes de l’aviation. Par ailleurs, la peur que des civils déjà affamés et contaminés par des maladies propagent celles-ci au sein des troupes allemandes enjoint von Leeb d’ordonner d’ouvrir le feu à l’artillerie de campagne sur les civils qui tenteraient de fuir l’ancienne capitale des tsars.
Le 21 août, les Allemands s’emparent de Chudovo, coupant ainsi la voie ferrée entre Moscou et Leningrad. L’isolement est complété par la prise de Mga, qui était la dernière liaison ferroviaire entre Leningrad et le reste du pays. La 16. Armee se lance à l’attaque le 25 août, assistée du 39. Armee-Korps (mot.) de Rudolf Schmidt, transféré par le Herresgruppe Mitte, et le 28. Armee-Korps. L’attaque est lancée depuis le sud-est, pendant que le Panzergruppe 4 et la 18. Armee marchent depuis le sud et l’ouest. Le 30, les Allemands sont sur la Neva, Schmidt s’emparant de Mga, coupant la dernière liaison ferroviaire de Leningrad. Toutefois, les Soviétiques résistent avec ténacité et empêchent le franchissement du fleuve par les Allemands, qui espèrent pourtant pénétrer dans l’isthme de Carélie afin de réaliser la liaison avec les Finlandais. Cependant, le 8 septembre, évoluant sur un terrain couverts de landes et de forêts, peu propice aux véhicules, la 20.ID (mot.), en l’occurrence son 424. Infanterie-Regiment, s’empare de Schlüsselburg : Leningrad est alors encerclée. Le lac Ladoga constitue alors l’unique et ultime voie possible de ravitaillement pour Leningrad. Un siège de 900 jours commence.
Septembre 1941 : Leningrad isolée
La bataille de Leningrad entre dans sa phase critique à l’approche des Allemands en septembre 1941. La population civile est mise à contribution pour édifier des défenses quotidiennement. Bien plus, des divisions de défense populaire sont constituées à partir de l’enrôlement de 36 000 civils. Fin août, Vorochilov est remplacé par Joukov, qui prend en charge la difficile tâche d’organiser la défense de Leningrad. Tandis que les ouvriers des usines Kirov construisent des blindés, 75 000 civils participent à des travaux de terrassement. En outre, pas moins de 17 000 emplacements de tirs sont aménagés dans les maisons aux côtés de 4 000 bunkers. Plus de 22 kilomètres de barricades, 700 kilomètres de fossés antichars, 4 600 abris antiaériens et 15 000 emplacements d’artillerie complètent le dispositif. De grandes quantités de cocktail Molotov sont aussi fabriquées. Von Leeb décide en premier lieu de frapper directement Leningrad plutôt que de tenter une jonction avec les Finlandais qui opèrent entre les lacs Ladoga et Onéga. Le front du Heeresgruppe Nord est cependant bien trop étiré pour que von Leeb dispose de suffisamment de forces pour mener à bien cette attaque cruciale. En effet, seules 11 divisions allemandes sont engagées au sud de l’ancienne capitale russe, face à 12 divisions soviétiques. Von Leeb n’en est pas moins résolu à lancer l’offensive.
Celle-ci commence le 9 septembre, le lendemain de l’encerclement total de Leningrad à la suite de la prise de Schlüsselburg. L’attaque allemande se heurte à des réseaux de fortifications construites par les femmes et les enfants de la ville. Les Soviétiques ont en effet tiré le meilleur parti des retards allemands leur ont accordé. Leningrad est désormais entourée de ceintures concentriques de fortifications qui se prolongent jusque dans la ville. La première ligne est établie à 40 kilomètres de la ville, la seconde à 25 kilomètres seulement. La Luftwaffe s’engage pour la dernière fois de façon conséquente au profit du Heeresgruppe Nord : 205 chasseurs, 203 bombardiers, 60 Stuka et 13 appareils de reconnaissance de la Luftflotte 1 sont engagés. Les défenseurs ont droit à une démonstration complète de la tactique d’assaut allemande : bombardements en piqué par les Stuka du 8. Fliegerkorps de von Richthofen, attaque de pionniers, attaques d’infanterie et avances des blindés après neutralisation des défenses et des pièges antichars. Les combats sont d’emblée très disputés, mais le front soviétique est finalement enfoncé par le 38. Armee-Korps et le 41. Armee-Korps (mot.) dès le premier jour. L’avance se limite toutefois à quelques kilomètres sur un front d’une dizaine de kilomètres de large. L’avance est lente en face d’une résistance russe déterminée. La SS Polizei-Division est arrêté devant Krasnovardeisk, où les combats de rues durent jusqu’au 13 septembre. Le 10, une contre-attaque soviétique s’abat sur les Allemands mais elle ne fait que retarder de quelques heures l’avance des forces de von Leeb. Le 12 septembre, la 1. Panzer-Divisions’empare de Krasnoe Selo, non sans pertes. Mais tous les espoirs sont permis : Leningrad n’est distante que de 12 kilomètres ! La veille, un chef de char annonce peu avant midi : « Je vois Saint-Pétersbourg et la mer ! » Les progrès se poursuivent les jours suivant puisque la Wehrmacht s’empare de Ouritsk le 15 septembre : les faubourgs de Leningrad ne sont plus qu’à 5 kilomètres ! Les Allemands s’emparent d’un tram conduisant des ouvriers à leur usine de Leningrad. Le 16, l’infanterie allemande s’empare de Pouchkine, autrefois résidence d’été des tsars. La 1. Panzer-Division s’empare de la station terminus du tramway de Leningrad, mais n’ira pas plus loin, soumise à de violentes contre-attaques de blindés à peine sortis des chaînes d’assemblage de l’usine militaire de Kolpino. Le 19 septembre, la cité des tsars subit un tir de barrage de l’artillerie allemande qui s’éternise pendant 18 heures d’affilée, tandis que la base navale de Kronstadt est l’objet des attentions de la Luftwaffe.
Von Leeb ne peut pourtant plus espérer obtenir une victoire rapide : le Panzer-Gruppe 4 quitte alors le front Nord (avec les 1. et 6. Panzer-Divisionen) pour se diriger vers Moscou, où va avoir lieu la bataille décisive. Le front se stabilise autour de Leningrad et le siège commence. Celui-ci est confié à la 18. Armee de von Küchler, avec 17 divisions organisées en 4 corps (36, 50, 28 et 1. Armee-Korps). La 16. Armee fait face à l’Est et engerbe les deux seules unités blindées : la 8. Panzer-Division et la 12. Panzer-Division (nouvelle venue qui n’aligne que 74 chars opérationnels au début octobre). L’ancienne capitale russe est toutefois sérieusement menacée. Du côté soviétique, Joukov s’évertue à lancer assaut sur assaut en direction de Schlüsselburg, en vain.
Sur la Baltique, la Wehrmacht décide de sécuriser son flanc maritime en exécutant l’opération « Beowulf », soit l’occupation des îles d’Oesel et de Moon par le biais d’une opération combinée Heer-Luftwaffe-Kriegsmarine. Cette dernière emploie les gros moyens puisque les croiseurs légers Leipzig, Emden et Köln sont de la partie, ainsi que de nombreuses unités plus légères. Le 1/115 Regiment se lance à l’assaut de Moon le 9 septembre à 4h00, inaugurant une série d’attaques réalisées essentiellement par la 61. ID. Soutenus par les croiseurs, qui réduisent au silence les batteries côtières, les Landser réduisent une à une les positions adverses, le dernier débarquement survenant à Dago le 12 octobre. Le 21 du mois, les derniers défenseurs de la péninsule de Tahkuna déposent les armes. C’est un succès complet pour la Wehrmacht, qui a perdu 2 850 hommes dans l’opération. La flotte soviétique de la Baltique est contrainte de se réfugier dans la baie de Kronstadt. La Kriegsmarine est alors chargée d’assurer la protection des côtes, sous la direction du vice-amiral Buchardi.
Un succès incomplet
Les combats sont ininterrompus sur toute la largeur du front du Heeresgruppe Nord. Ainsi, les Waffen SS de la SS-Division « Totenkopf » se distinguent-ils dans leur défense résolue de Luchno-Chilkovo, au cours de la seconde moitié du mois de septembre. Les 88 mm y sauvent une fois de plus les fantassins en neutralisant les chars soviétiques. La poussée en direction de Leningrad a été chèrement payée par les troupes du Reich et les pertes sont sensibles. La campagne de Russie s’avère être un monstrueux bain de sang et les pertes sont sans commune mesure avec celles enregistrées l’année précédente lors des victoires spectaculaires en Europe occidentale. Au Heeresgruppe Nord, plusieurs divisions ont ainsi enregistré 60% de pertes au sein de leurs effectifs, certaines unités étant encore plus touchées. Les combats des mois d’août et septembre coûtent au moins 92 000 hommes à von Leeb. Au 19 octobre, la 16. Armee annonce que la moyenne d’effectifs au sein de ses bataillons d’infanterie atteint 560 hommes, soit 65% de la dotation théorique.
C’est ainsi que le front se stabilise autour de Leningrad, pour ne plus bouger en fait jusqu’en janvier 1944, lorsque les troupes soviétiques lèveront enfin le siège de la ville. Hitler décide alors de réduire la ville en cendres sous l’action conjuguée de la Luftwaffe et de l’artillerie, une tâche que la Wehrmacht s’avère bien incapable de mener à bien devant les nécessités des autres secteurs de l’immense front de l’Est. Le Führer a en outre décidé de n’accorder aucune possibilité de reddition aux défenseurs de Leningrad : la ville doit être détruite et ses habitants acculés à la famine ! A l’OKW, tout le monde pense que la ville capitulera avant l’hiver. Ce n’est pas la première erreur de jugement de Hitler, mais elle a de graves conséquences pour le Reich : Leningrad ne tombera jamais. En raison de la répugnance de von Leeb à prendre des risques et à enfreindre les ordres reçus, et grâce à la détermination de la population, la ville ne succombera ni aux attaques ni à la famine. Quant aux Finlandais, leur volonté de ne pas s’impliquer dans les combats au-delà de la frontière de 1939 trouve une excuse dans des difficultés logistiques. A l’est du lac Ladoga, l’armée campe sur la Svir, mais ne la traverse pas.
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Les débuts d’un siège éprouvant
Dans la ville, les désastres se multiplient et s’accumulent. Le 8 septembre, un raid aérien et des tirs d’artillerie provoquent près de 150 incendies dans la ville. Certains sinistres détruisent intégralement plusieurs entrepôts et fabriques de produits alimentaires. 3 000 tonnes de sucre et autant de farine sont réduites à néant. Après ce désastre est prise la décision sensée de disperser les dépôts plutôt que de les concentrer dans les quelques entrepôts en bois, terriblement vulnérables, situés dans la partie nord de la ville, à portée des tirs ennemis. Il ne reste plus qu’une seule voie d’approvisionnement disponible : celle qui emprunte successivement la route, le rail, le lac et le fleuve, de Leningrad à Tikhvine. C’est une voie tellement meurtrière que seule une infime quantité de ravitaillement parvient à emprunter cette voie sans dommage. Cette voie ne subsiste cependant que parce qu’il se trouve une petite trouée de quelques kilomètres séparant les Allemands à Schüsselburg, à la pointe sud-ouest du lac Ladoga, des Finlandais, qui tiennent l’isthme de Carélie. En pratique, chaque péniche et chaque train doit franchir le meurtrier goulot que constitue la trouée d’Osinovets, à portée de l’artillerie allemande positionnée à Schlüsselburg, tandis que les Stuka opèrent en permanence au-dessus de la partie méridionale du lac Ladoga. Les autorités russes se rendent alors comptent qu’elles ont commis une grave erreur en n’entreprenant pas l’évacuation des trois millions d’habitants que compte alors Leningrad. Le 12 septembre, un état des lieux des vivres disponibles n’est guère encourageant : elles se montent à 35 jours pour le blé et la farine, 30 jours pour les autres céréales et les pâtes, 33 jours pour la viande, 45 jours pour les matières grasses et 300 jours pour les sucres et conserves. Dans ces conditions, un rationnement est vite instauré. Le NKVD se montre impitoyable envers les déserteurs et les fraudeurs, les dissimulateurs de vivres et les falsificateurs de cartes de rationnement. Une femme, qui a dérobé une centaine de ces cartes dans l’imprimerie où elle travaille, est ainsi condamnée à une peine de dix ans d’emprisonnement. Des fraudeurs du marché noir sont quant à eux tout simplement exécutés. L’hiver est particulièrement éprouvant pour l’infortuné population prise au piège par la guerre : aux privations de nourriture et aux dangers des bombardements s’ajoutent en effet l’absence d’électricité, de lumière et de chauffage. Qui plus est, l’arrivée de l’hiver rend le lac Ladoga impropre à la navigation. Seuls des convois de camions peuvent ravitailler la ville en roulant sur la glace qui est suffisamment solide. Le 20 novembre, 11 000 civils sont déjà morts de faim. Au total, la famine cause la mort de 3 500 à 4 000 personnes quotidiennement en janvier 1942. Au total, plus de 600 000 civils soviétiques, peut-être un million, périssent à Leningrad pendant ce terrible siège de 900 jours. Les Allemands vont tirer 150 000 obus sur la ville et y déverser 100 000 bombes incendiaires et 4 600 bombes explosives.
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Les Soviétiques reprennent Tikhvine
Von Leeb ne renonce pas pour autant à resserrer l’étreinte qui peut à terme mener à la reddition de Leningrad. Les services arrière (c’est à dire le Korück : 583. Korück pour la 18. Armee et 584. Korück pour la 16. Armee) tentent tant bien que mal d’assurer à ses troupes les approvisionnements nécessaires. Du 20 juillet au 21 octobre, on dénombre dans le secteur du Heeresgruppe Nord pas moins de 1 658 trains pour le ravitaillement de l’armée (embarquant 746 000 t), 500 trains pour la Luftwaffe (225 000 t), 531 de transport de troupes et 360 au profit du commandement assurant la gestion des voies ferrées, ce dernier devant s’acquitter notamment de la conversion de voies à l’écartement qui a cours dans le Reich : l’armée allemande pose 6 000 km de rails et construit 186 ponts de chemins de fer.
En octobre 1941, bien que devant assurer les sièges de Oranienbaum, Kronstadt et Leningrad, les Allemands avancent à nouveau vers l’Est et s’emparent de Tikhvine, obligeant les Soviétiques à construire une route de déviation de 300 kilomètres entre la gare de Zaborjé au port de Novaya-Ladoga. L’objectif est ambitieux, puisque les Allemands espèrent faire la jonction avec l’armée finlandaise, sur le Svir. Parmi les unités engagées, la division « Azul » ou 250. ID au sein de la Wehrmacht, une unité espagnole de 17 700 hommes équipée à l’allemande, geste de Franco à l’endroit d’un camarade dictateur qui l’a aidé à prendre le pouvoir. Les Espagnols ne manquent pas d’élan et s’emparent de Sitno, Tigoda et Nikitino. La résistance de la 4ème armée russe est cependant farouche et l’avance est toutefois difficile. Pour celle-ci, les officiers de la Wehrmacht doivent se contenter de cartes au 1/300 000e pour prendre connaissance d’un médiocre réseau routier, qui se transforme rapidement en une fange dans laquelle s’enlisent les véhicules.
Ce n’est que le 9 novembre que les Panzer de la 12. Panzer-Division et la 18.ID (mot.) prennent enfin Tikhvine. Le succès allemand est notable car les conditions atmosphériques sont très difficiles, le froid étant particulièrement pénible pour les combattants. 20 000 soldats soviétiques, 96 chars et 179 canons sont capturés au cours de l’opération. Les troupes allemandes sont toutefois épuisées et ne peuvent avancer plus avant. Von Leeb aurait voulu, mais, outre la passivité des Finlandais, il en est dissuadé par Hitler et von Küchler. La 18. Armee (17 divisions) tient le front entre Oranienbaum et Kirichi. La 16. Armee (11 divisions) est positionnée au sud. Au total, von Leeb dispose de 28 divisions, dont une seule de Panzer (la 8. Panzer-Division, en réserve de la 18. Armee) et une unique division motorisée, pour tenir 600 kilomètres de front. Des renforts sont cependant en route, dont des troupes d’élite (5. Gebirgsjäger-Division et 7. Flieger-Division, deux unités non engagées depuis la prise de la Crète au cours du printemps).
En face, les Russes alignent 75 divisions. La reprise de Tikhvine est considérée de première importance chez les Soviétiques. Le général Meretskov, nouveau commandant de la 4ème armée, lance une offensive à cette fin le 1er décembre par -40°C. L’assaut soviétique enferme les Allemands dans une poche autour de la ville. Le 8 décembre, jugeant la situation désespérée, la 61.ID évacue Tikhvine, mais 42 canons et un matériel important doivent être sabordés. Von Leeb ordonne le repli sur la ligne du Volkhov. Pour leur premier engagement aux côtés de la Wehrmacht, les Espagnols ont perdu 3 300 combattants.
Tikhvine est donc le théâtre d’un échec très coûteux pour la Wehrmacht (la 18.ID (mot.) a perdu 9 000 hommes à elle seule, dont des centaines morts de froid…) tandis que les Soviétiques peuvent s’enorgueillir d’un succès éclatant, puisque la voie de ravitaillement de Leningrad est à nouveau ouverte. Un certain espoir s’empare alors de la population affamée. Mais son terrible calvaire est bien loin d’être achevé. Côté allemand, la situation reste des plus préoccupantes. Alors que le Heeresgruppe Mitte échoue devant Moscou, la situation de la Wehrmacht sur l’ensemble du front de l’Est est des plus précaires et l’hiver 1941-1942 ne fait que commencer… Fin décembre, les 28 divisions du Heeresgruppe Nord sont étalées le long d’un front de 600 km de long, faisant face à 75 divisions soviétiques.
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Les partisans soviétiques
Le mouvement des partisans en Union Soviétique dans les zones occupées par la Wehrmacht est d’emblée marqué par l’improvisation. Les premiers détachements de partisans se forment sous l’autorité du parti communiste ou de ses organisations. Toutefois, le NKVD et l’Armée rouge constituent rapidement leurs propres unités de reconnaissance ou de démolition opérant sur l’arrière immédiat du front allemand. Dans le secteur du Heeresgruppe Nord, tous ces efforts sont coordonnés depuis Leningrad. Les effectifs sont d’abord très limités -30 000 hommes fin 1941 sir l’ensemble du territoire soviétique- puis ne cessent de s’accroître : 80 000 hommes à l’été 1942 et 150 000 en 1943. En décembre 1941, il y a peut-être 4 000 partisans derrière les lignes du Heeresgruppe Nord, où leur efficacité est quasi nulle, dans un contexte où l’antisoviétisme est assez marqué.
Toutefois, les rafles de main-d’œuvre opérées par les Allemands et la dureté de l’occupation, sans compter les maladresses du Reich à l’égard des velléités nationalistes des Baltes et des Ukrainiens, pourtant hostiles au stalinisme, ont largement contribué à la formation des unités de partisans, pas toujours contrôlées par Moscou. Les sabotages ne cessent de prendre de l’ampleur et un sentiment d’insécurité règne sur les arrières du front de l’Est, démesurément étendu. La guerre des partisans en Union Soviétique s’avère des plus cruelles, avec nombre d’atrocités commises dans les deux camps. Les représailles allemandes virent à l’extermination de populations civiles sans défense, qui subissent aussi la terreur des partisans si le ravitaillement fait défaut. Près de 2 millions de civils meurent en Biélorussie, dont les forêts et les marais cachent l’essentiel des unités de partisans. L’action des partisans ne sera pas déterminante, en dépit de 35 000 tués dans le camp de l’Axe, dont la moitié d’Allemands. Toutefois, leur action sera un appoint non négligeable à l’opération « Bagration », en paralysant les communications ferroviaires allemandes. Il reste que la percée aurait été acquise de toute façon, et sans leur concours.
(Photos:Bundesarchiv)
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Kommandeurs du Heeresgruppe Nord
22 juin 1941-16 janvier 1942 : Generalfeldmarschall von Leeb
17 janvier 1942-8 janvier 1944 : Generalfeldmarschall von Küchler
9 janvier-30 mars 1944 : Generalfeldmarschall Model
31 mars-3 juillet 1944 : General Lindeman
4 juillet-24 juillet 1944 : General Friessner
25 juillet 1944-14 janvier 1945 : General Schörner
15 janvier 1944-25 janvier 1945 : General Rendulic
26 janvier 1945-9 mars 1945 : General von Vietinghoff-Scheel
10 mars 1945-14 mars 1945 : General Rendulic
15 mars 1945-8 mai 1945 : General Hilpert
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Armées subordonnées au Heeresgruppe Nord
Juin-Septembre 1941 : Panzergruppe 4, 16. Armee, 18. Armee
Octobre 1941 : 16. Armee, 18. Armee
Janvier-Août 1942 : 16. Armee, 18. Armee
Septembre-Novembre 1942 : 16. Armee, 18. Armee, 11. Armee
Décembre 1942-Février 1944 : 16. Armee, 18. Armee
Mars 1944-Septembre 1944 : Armee-Abteilung Narwa, 16. Armee, 18. Armee
Octobre 1944 : Armee-Abteilung Grasser, 16. Armee, 18. Armee
Novembre 1944 : Armee-Abteilung Kleffel, 16. Armee, 18. Armee
Décembre 1944-Janvier 1945 : 16. Armee, 18. Armee
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Juin-juillet 1941 : l’offensive irrésistible du Heeresgruppe Nord
Si la surprise stratégique de « Barbarossa » est totale, l’immensité du front oblige les différents groupes d’armées à opérer dans des directions divergentes. Au nord, l’invasion de Pays-Baltes et la prise de Leningrad, la ville symbolique de la révolution bolchevique et centre industriel de première importance, est confiée au Heeresgruppe Nord du maréchal von Leeb. Ces opérations bénéficieront en outre du soutien non négligeable des troupes finlandaises de Mannerheim, qui combattront en Carélie, bien déterminés à obtenir leur revanche sur les Russes, tout en fixant un maximum d’unités soviétiques. Von Leeb engage de 3 Panzerdivisionen (1., 6. et 8. Panzerdivisionen), 3 divisions motorisées, 23 divisions d’infanterie Le soutien aérien est fourni par 1 070 avions. En face, les Soviétiques disposent du Front du Nord du général Popov dans la région militaire de Leningrad et du Front du Nord-Ouest du général Kouznetsov dans la région militaire baltique, soit 28 divisions et 3 corps mécanisés. Ces troupes ont l’avantage d’avoir à défendre une zone de plaines côtières basses, avec des rivières, des marais, des lacs et des forêts impraticables pour les Panzer. Le district militaire de Leningrad aligne 1 857 chars et celui de Riga pas moins de 1 549, un total combiné qui dépasse l’intégralité des effectifs de la Panzerwaffe à l’Est… Toutefois, nombre de ces chars sont dépassés, pour ne pas dire de simples tankettes.
(Carte Histoire & Collections)
Von Leeb a compris que le terrain offre peu de possibilités de mouvement pour des manœuvres d’encerclement, aussi décide t-il de lancer les divisions du Panzer-Gruppe 4 de Hoepner directement sur Leningrad. Dès le premier jour, la situation au nord du front se développe de manière très favorable pour les Allemands qui franchissent le Niemen. La 11ème armée soviétique est mise en déroute. Qui plus est, les 8ème et 3ème armées soviétiques, respectivement au nord et au sud de la 11ème, s’avèrent incapables de combler la brèche. Aucune unité soviétique n’est donc à même de s’opposer à la progression de von Leeb vers Vilnius et Kaunas. La ruée des Panzer est d’autant plus facilitée que le ciel est à la Luftwaffe : en l’espace de trois jours, l’aviation soviétique de la région baltique perd 920 avions sur 1 080… Toutefois, dès le 23 juin, les forces de von Leeb se heurtent à une violente contre-attaque soviétique, notamment contre les flancs exposés de Hoepner. C’est le 41. Armee-Korps (mot.) de Reinhard qui est en première ligne pour encaisser le choc. Pour la première fois de la guerre, les Allemands sont confrontés au T-34. La 6. Panzerdivision a le plus grand mal à s’opposer aux chars russes KV1 de la 2ème division blindée. Toutefois, privés de munitions et de carburant, la division soviétique est anéantie le 26 juin. En une semaine, 90% des blindés du front du Nord-Ouest ont été perdus. Ce même jour, le 66. Armee-Korps (mot.) de Manstein atteint Daugavpils et la Dvina. La 8. Panzer a battu un record en parcourant 300 kilomètres en 24 heures. Mieux : des commandos « brandebourgeois », vêtus d’effets de soldats soviétiques, (dont les camarades ont échoué le 22 juin dans un coup de main sur un pont enjambant la Jüra) s’emparent intacts de deux ponts assurant le passage vers la rive droite de la Dvina. La défense soviétique est brisée et la route de Leningrad semble ouverte, mais Manstein, qui s’est porté trop en avant, doit demeurer l’arme au pied six jours durant, le temps aux autres troupes de s’aligner sur ses positions. Pourtant, la 18. Armee est à la traîne, confrontée à la résistance ennemie. La Lituanie et la Lettonie sont néanmoins envahies sans coup férir. Riga, où des « Brandebourgeois » s’assurent du contrôle d’un pont ferroviaire, est prise le 1er juillet. Les populations civiles accueillent avec enthousiasme les troupes allemandes qui les libèrent du joug soviétique, mais l’Armée rouge parvient à éviter les encerclements, sauf autour de Reval où seulement 12 000 hommes sont capturés. Sur la côte, la prise du port de Libau, conquise par la 291. ID du général Herzog, offre une base navale de premier ordre pour la Kriegsmarine. Cette dernière n’engage avant tout que des dragueurs de mines et des U-Boote, les Soviétiques perdant plusieurs unités, dont quatre sous-marins, sous les coups de torpilles ou du fait des mines.
Le 10 juillet, le Front du Nord-Ouest est confié au général Sobiennikov. 30 divisions sont en ligne, mais la plupart ont des effectifs très incomplets. Von Leeb reprend son offensive la veille, alors que le Panzer-Gruppe 4 atteint à Pskov, sur les rives du lac Peïpous le 9 juillet. Les résultats ne se font pas attendre puisque le 41. Korps (mot.) de Reinhardt balaye la 113ème DI et avance de 80 kilomètres en quelques heures, s’approchant de Louga –tenue par 150 000 rescapés (avec 200 000 civils « volontaires » levés à la hâte), dernier rempart avant l’ancienne capitale des tsars- dès la fin de matinée. Hoepner surprend alors les Soviétiques en détournant ses Panzer de Louga et en les lançant vers Narva, même si le terrain par trop boisé et marécageux ne se prêt guère à l’évolution des blindés. Les commandos « brandebourgeois » ont de nouveau leurré l’ennemi en portant des uniformes soviétiques à bord d’une automitrailleuse BA-10 et d’un camion ZIS de prise. Le 14 juillet, Porechye tombe. Leningrad, distante de 96 kilomètres, est à portée de von Leeb mais Hitler et l’OKW imposent un arrêt de trois semaines, ne raison notamment des contre-attaques contre Manstein dont il est question ci-après. L’avance allemande piétine donc et la 8ème armée n’est pas encerclée. Plus à l’est, le 56. Armee-Korps (mot.) de von Manstein rencontre plus de succès puisqu’il enfonce les positions du 22ème corps soviétique dès le 10 juillet et se rapproche de Novgorod, menaçant de la sorte le front soviétique établi à Louga. Pour parer à la menace, le maréchal Vorochilov lance une puissante contre-offensive, parvenant à encercler pendant plusieurs jours la 8. Panzerdivision, réduite à 80 chars –autant dire qu’elle est exsangue- après de durs combats. Puisque l’infanterie de la 16. Armee, empêtrée dans les marécages et les forêts, est à la traîne, il faut détourner des forces mobiles de l’axe principal, à savoir la poussée sur Leningrad, pour venir à la rescousse de la division blindée. Le flanc exposé du Panzergruppe 4 est cause de grande anxiété chez Hitler et à l’OKH. Plus au sud, les 10. et 28. Armee-Korps (16. Armee) avancent également, repoussant les Soviétiques vers une ligne Kholm-Velikie Louki. Ces derniers doivent aussi dans le même temps mobiliser des moyens pour enrayer la progression des Finlandais.
Un mois de juillet certes victorieux, mais coûteux : la seule 21. ID perd 850 hommes entre le 15 et le 27 juillet, dont 167 tués. Les pertes totales au 20 juillet se montent à 29 075 pertes, soit une moyenne oscillant autour de 1 000 hommes par division pour un mois de combat, comblées en partie par les Feldersatz-Bataillone des divisions. L’armée dans son ensemble ne ménage pas ses efforts pour assurer un succès complet, mais la tâche est à certains égards herculéenne. Le génie est fortement sollicité : ainsi, en date du 16 juillet, le bataillon de construction de ponts de l’Oberst Bruns a construits 76 ponts au profit des 16. et 18. Armee et du Panzer-Gruppe 4. Les services arrières peinent également à assurer la logistique d’armées qui n’ont de cesse de s’enfoncer plus en avant en territoire soviétique : au 19 juillet, dans le secteur du groupe d’armées de von Leeb, 323 trains ont transporté 145 000 tonnes de matériels et d’approvisionnements au profit de la Wehrmacht. Au 3 août, le parc de véhicules en service au sein des colonnes motorisées de ravitaillement n’est plus qu’à 61 % de la dotation initiale. Ces colonnes sont contraintes d’effectuer des allers-et-retours s’étirant sur 700 km entre les dépôts de matériel et les pointes des forces blindées. La surveillance de ces lignes de communications incombe en partie aux divisions de sécurité, dont le rôle est aussi de traquer les formations isolées de l’Armée rouge, mais aussi les partisans (souvent issus des précédents), ainsi que d’assurer la protection des cantonnements de la Wehrmacht.
Pendant ce temps, von Leeb engage de plus en plus d’unités pour s’emparer de Tallinn (Reval, pour les Allemands) et anéantir la 8ème armée soviétique, condition nécessaire à la reprise de la marche sur Leningrad. Au début du mois d’août, les Allemands atteignent le golfe de Finlande. Le port estonien tombe à la fin du mois, Vorochilov ayant préféré évacuer les troupes encerclées par voie de mer vers Leningrad, dont la défense est évidemment plus importante. L’évacuation est un succès puisque seuls 11 400 Russes sont capturés, mais 5 destroyers, 3 sous-marins et des dizaines de navires sont coulés. Le croiseur Kirov est également endommagé par une mine. Les forces engagées par von Leeb pour s’emparer de Tallinn vont pourtant faire cruellement défaut aux Allemands dans leur avance vers Leningrad. Chaque retard favorise en effet les Soviétiques qui renforcent leurs défenses. La directive N°34 du 30 juillet 1941 donne pourtant la prise de Leningrad comme priorité sur le front nord (alors que le Heeresgruppe Mitte doit stopper sa progression vers Moscou et coopérer avec von Leeb), mais la précédente, du 23 juillet, exige que le Panzer-Gruppe 4 ne reprenne son avance qu’après la jonction avec la 18. Armee et sous condition que le flanc droit soit assuré par la 16. Armee. Des atermoiements qui font le jeu des Soviétiques, qui mettent à profit les délais.
Von Leeb surpris par une contre-attaque soviétique
Pour atteindre Leningrad, von Leeb engage 29 divisions à 80% de leurs effectifs. Vorochilov ne peut opposer que 15 divisions. De surcroît, la ligne défensive de Louga est loin d’être achevée, en dépit de la construction frénétique entre Leningrad et le front de lignes garnies de fortins, de dents de dragons et de fossés antichars. Von Leeb lance son offensive le 8 août, sous une pluie battante, le long du golfe de Finlande et le 10 août face à Louga et Novgorod, avec l’espoir d’établir la jonction avec les Finlandais. La 34e armée est anéantie sous les coups et les manoeuvres de deux corps assistés de la « Totenkopf » : 18 000 hommes sont capturés. L’aviation est active dans les deux camps : la VVS réalise 908 sorties le 10 août, contre 1 1126 pour la Luftwaffe. Les pertes allemandes sont néanmoins sévères et il a fallu compter avec la combattivité et le professionnalisme des Landser de la 1. Panzer-Division, seule unité à s’être enfoncée en profondeur le premier jour, avant de se rabattre sur les défenseurs qui stoppaient la progression de la 6. Panzer-Division et de la 36. ID (mot.). Le 13 août, après d’âpres combats, Kinghisepp tombe, ouvrant la route de Leningrad (reprise, elle est de nouveau reconquise par la Wehrmacht). Dès le 19 août, les troupes allemandes atteignent la ceinture extérieure des défenses de la ville, mais elles sont repoussées par une vigoureuse contre-attaque. L’assaut allemand a cependant encerclé les troupes soviétiques sur Kronstadt et Oranienbaum, formant ainsi une poche de résistance qui tiendra jusqu’à l’évacuation du secteur par la Wehrmacht en janvier 1944 !
Von Leeb doit cependant faire face à une contre-attaque soviétique menée avec vigueur par les Soviétiques au sud du lac Ilmen le 12 août. Cette opération surprend les Allemands et contrecarre leurs plans. Les Russes de la 34ème armée repoussent ainsi l’aile droite allemande (le 10. Armee-Korps de la 16. Armee) sur 40 kilomètres, dans une région sauvage et désolée, sans routes ni villages. Toutefois, l’offensive de Vorochilov est vite enrayée avec de lourdes pertes. Von Leeb a cependant dû renoncer en partie à son offensive vers Leningrad pour conjurer cette menace. Il détourne en conséquence le 54. Armee-Korps (mot.), à la grande déconvenue et stupeur du général Hoepner qui doit envoyer la « Totenkopf » et la 3. ID (mot.) à 250 km au sud du point nodal où se joue la bataille de Leningrad. Au centre du front, la bataille de Novgorod, l’une des clés de Leningrad, se déroule du 16 au 24 août, avec acharnement. Des éléments motorisés en provenance du Heeresgruppe Mitte permettent la conquête de Demiansk. Les combats pour Louga s’éternisent jusqu’au 3 septembre, les Allemands capturant finalement, en dépit de la boue qui empêche les véhicules d’avancer, 21 000 prisonniers, 316 chars et 600 canons. Le Front du Nord-Ouest a au total perdu 128 000 de ses 327 000 hommes et 481 chars sur 541. Pendant ce temps, l’ensemble des forces soviétiques du secteur de Leningrad perdent 344 000 hommes entre le 10 juillet et le 30 septembre.
Pendant ce temps, dans l’isthme de Carélie, les forces finlandaises avancent vers Leningrad. Dès le 31 juillet, Vorochilov est contraint d’envoyer ses réserves en cours de formation pour enrayer l’avance finnoise. Les Soviétiques parviennent à stopper Mannerheim mais ils ont dû engager de précieuses unités au nord alors que la situation est critique au sud, où Vorochilov ne dispose pas assez d’unités pour s’opposer au Heeresgruppe Nord. Tandis que des éléments sont envoyés au sud, la reprise des combats sur la Louga se traduit par des affrontements très disputés pour percer la ligne de la Louga, qui n’est effective qu’au 20 août : la SS-Polizei-Division entre dans Louga qu’après que le 50. Armee-Korps eût neutralisé 115 bunkers. Malgré la pluie et la boue, les Landser encerclent trois divisions soviétiques en retraite vers Leningrad. Les Frontoviki isolés tiennent jusqu’au 15 septembre et 20 000 d’entre eux sont capturés dans cette poche.
Le Heeresgruppe Nord n’a pourtant pas été épargné par les combats. Au 10 septembre, la 1. Panzer-Division compte 99 Panzer opérationnels, contre 156 au 22 juin. La 6. Panzer commence la campagne avec 256 chars, mais n’en a plus que 181. Situation identique à la 8. Panzer-Division qui n’aligne plus que 154 Panzer sur 223.
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Le Heeresgruppe Nord et la Shoah
Guerre d’extermination, la guerre à l’Est est également le cadre du plus ignoble des crimes du régime nazi : le génocide des Juifs. Le Heeresgruppe Nord du Feldmarschall von Leeb est au service d’un régime mortifère, pis : il est complice de ses forfaits. Comme la SS en général, la Wehrmacht participe directement à la Shoah en mettant notamment sur pied des milices locales. Dans le secteur du Heeresgruppe Nord, la politique d’extermination, anticipée et préparée avant « Barbarossa » est mise en oeuvre par le Einsatzgruppe A, dirigé par le SS-Brigadeführer Stahlecker, subdivisés en plusieurs Einsatzkommandos. Police, Gesapo, SD et SS rivalisent parfois de zèle dans la sinistre besogne, souvent avec l’aide de fervents nationalistes baltes, à l’instar du commando letton Arays qui participe au massacre de 24 000 Juifs de Riga à Rumbula. Les plus hauts gradés relaient sans état d’âme les ordres criminels de Hitler. Manstein estime que « le soldat doit montrer de la compréhension pour le sévère châtiment infligé aux Juifs, représentants spirituels de la terreur bolchevique. » De son côté, le Generalleutnant Hoepner n’hésite pas à dire que cette guerre est celle de « la défense de la culture européenne contre la vague asiato-moscovite et le refoulement du judéo-bolchevisme. » Quant au chef du groupe d’armées, Wilhelm von Leeb, lorsqu’il est avisé des exactions survenant dans la zone d’occupation dont il a la responsabilité, il ne trouve rien de mieux à suggérer de ne pas s’en mêler, et de deviser sur l’opportunité ou non de stériliser les Juifs de sexe masculin plutôt que de les massacrer…
Les assassinats débutent dès les premiers jours de l’invasion. A Gargzdai, près de Memel, 400 Juifs sont assassinés le 24 juin par la Schupo (Schutzpolizei) après avoir été contraints d’effectuer des tâches ingrates –comme enterrer des cadavres- au profit de l’occupant. Ce premier massacre inaugure une série de tueries qui se généralisent dans le sillage du Heeresgruppe Nord. En novembre 1941, plus de 100 000 Juifs ont déjà été tués par le Einsatzgruppe A. En 1943, les survivants sont parqués dans des ghettos ou dans des camps de travaux forcés, avant d’être exterminés. A la fin de la guerre, plus de deux millions de Juifs soviétiques gisent dans les fosses communes de ce qu’il convient d’appeler la « Shoah par balles », qui précède une extermination industrielle dans le cadre de camps érigés à cette intention.
Le génocide en cours n’est qu’un secret de polichinelle. Les informations sur les fusillades se répandent dans le Reich, notamment par le biais de la correspondance des soldats. Des photographies circulent, bien que pourtant en théorie interdites par Himmler (ordre du 12 novembre 1941) sans l’autorisation exprès du chef de l’Einsatzkommando qui procède aux exécutions. Ces clichés montrent la présence de soldats de la Wehrmacht. Le massacre brutal de 1 500 Juifs de Kaunas, en Lituanie, survenu dans la nuit du 25 au 26 juin 1941, au cours d’un pogrom suscité par le Einsatzgruppe A est perpétré au vu et au su des soldats allemands présents à Kaunas, dont le quartier général de la 16. Armee… Les Landser participent par ailleurs au pillage des appartements juifs. Certains se posent un cas de conscience, comme l’Hauptmann Töpperwien qui, s’il admet les représailles collectives contre les civils en cas d’aide à l’ennemi, estime que massacrer un peuple lui semble relever d’une toute autre démarche.
Le sort des Tsiganes et des prisonniers de guerre soviétiques n’est pas plus enviable : la brutalité de la Wehrmacht à l’Est semble sans limite. Ces tueries se confondent avec la lutte contre les partisans, menée de concert avec la police balte. Le Heeresgruppe Nord dispose pour ce faire de trois divisions de sécurité les 207., 285. et 281. Sicherheits-Divisionen. Au 9 novembre 1941, ces unités dressent un bilan de leur action : 4 700 prisonniers, 1 800 partisans tués et autant d’exécutés, 5 700 civils faits prisonniers dont 650 livrés aux SS et à la police et dont on devine qu’ils sont des Juifs. Les opérations anti-partisans servent de prétexte à toutes sortes de brutalités et nombre de partisans exécutés sont en faits des civils innocents, dont des Juifs.
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Une décision lourde de conséquence
Hitler ordonne de ne pas s’emparer de l’ancienne capitale des tsars mais de l’investir, afin d’acculer la ville à la famine et d’obtenir sa reddition après l’intervention de l’artillerie et de la Luftwaffe. Dès le 8 juillet, le dictateur a fait connaître sa volonté : Leningrad et Moscou seront réduites en cendres sous les frappes de l’aviation. Par ailleurs, la peur que des civils déjà affamés et contaminés par des maladies propagent celles-ci au sein des troupes allemandes enjoint von Leeb d’ordonner d’ouvrir le feu à l’artillerie de campagne sur les civils qui tenteraient de fuir l’ancienne capitale des tsars.
Le 21 août, les Allemands s’emparent de Chudovo, coupant ainsi la voie ferrée entre Moscou et Leningrad. L’isolement est complété par la prise de Mga, qui était la dernière liaison ferroviaire entre Leningrad et le reste du pays. La 16. Armee se lance à l’attaque le 25 août, assistée du 39. Armee-Korps (mot.) de Rudolf Schmidt, transféré par le Herresgruppe Mitte, et le 28. Armee-Korps. L’attaque est lancée depuis le sud-est, pendant que le Panzergruppe 4 et la 18. Armee marchent depuis le sud et l’ouest. Le 30, les Allemands sont sur la Neva, Schmidt s’emparant de Mga, coupant la dernière liaison ferroviaire de Leningrad. Toutefois, les Soviétiques résistent avec ténacité et empêchent le franchissement du fleuve par les Allemands, qui espèrent pourtant pénétrer dans l’isthme de Carélie afin de réaliser la liaison avec les Finlandais. Cependant, le 8 septembre, évoluant sur un terrain couverts de landes et de forêts, peu propice aux véhicules, la 20.ID (mot.), en l’occurrence son 424. Infanterie-Regiment, s’empare de Schlüsselburg : Leningrad est alors encerclée. Le lac Ladoga constitue alors l’unique et ultime voie possible de ravitaillement pour Leningrad. Un siège de 900 jours commence.
Septembre 1941 : Leningrad isolée
La bataille de Leningrad entre dans sa phase critique à l’approche des Allemands en septembre 1941. La population civile est mise à contribution pour édifier des défenses quotidiennement. Bien plus, des divisions de défense populaire sont constituées à partir de l’enrôlement de 36 000 civils. Fin août, Vorochilov est remplacé par Joukov, qui prend en charge la difficile tâche d’organiser la défense de Leningrad. Tandis que les ouvriers des usines Kirov construisent des blindés, 75 000 civils participent à des travaux de terrassement. En outre, pas moins de 17 000 emplacements de tirs sont aménagés dans les maisons aux côtés de 4 000 bunkers. Plus de 22 kilomètres de barricades, 700 kilomètres de fossés antichars, 4 600 abris antiaériens et 15 000 emplacements d’artillerie complètent le dispositif. De grandes quantités de cocktail Molotov sont aussi fabriquées. Von Leeb décide en premier lieu de frapper directement Leningrad plutôt que de tenter une jonction avec les Finlandais qui opèrent entre les lacs Ladoga et Onéga. Le front du Heeresgruppe Nord est cependant bien trop étiré pour que von Leeb dispose de suffisamment de forces pour mener à bien cette attaque cruciale. En effet, seules 11 divisions allemandes sont engagées au sud de l’ancienne capitale russe, face à 12 divisions soviétiques. Von Leeb n’en est pas moins résolu à lancer l’offensive.
Celle-ci commence le 9 septembre, le lendemain de l’encerclement total de Leningrad à la suite de la prise de Schlüsselburg. L’attaque allemande se heurte à des réseaux de fortifications construites par les femmes et les enfants de la ville. Les Soviétiques ont en effet tiré le meilleur parti des retards allemands leur ont accordé. Leningrad est désormais entourée de ceintures concentriques de fortifications qui se prolongent jusque dans la ville. La première ligne est établie à 40 kilomètres de la ville, la seconde à 25 kilomètres seulement. La Luftwaffe s’engage pour la dernière fois de façon conséquente au profit du Heeresgruppe Nord : 205 chasseurs, 203 bombardiers, 60 Stuka et 13 appareils de reconnaissance de la Luftflotte 1 sont engagés. Les défenseurs ont droit à une démonstration complète de la tactique d’assaut allemande : bombardements en piqué par les Stuka du 8. Fliegerkorps de von Richthofen, attaque de pionniers, attaques d’infanterie et avances des blindés après neutralisation des défenses et des pièges antichars. Les combats sont d’emblée très disputés, mais le front soviétique est finalement enfoncé par le 38. Armee-Korps et le 41. Armee-Korps (mot.) dès le premier jour. L’avance se limite toutefois à quelques kilomètres sur un front d’une dizaine de kilomètres de large. L’avance est lente en face d’une résistance russe déterminée. La SS Polizei-Division est arrêté devant Krasnovardeisk, où les combats de rues durent jusqu’au 13 septembre. Le 10, une contre-attaque soviétique s’abat sur les Allemands mais elle ne fait que retarder de quelques heures l’avance des forces de von Leeb. Le 12 septembre, la 1. Panzer-Divisions’empare de Krasnoe Selo, non sans pertes. Mais tous les espoirs sont permis : Leningrad n’est distante que de 12 kilomètres ! La veille, un chef de char annonce peu avant midi : « Je vois Saint-Pétersbourg et la mer ! » Les progrès se poursuivent les jours suivant puisque la Wehrmacht s’empare de Ouritsk le 15 septembre : les faubourgs de Leningrad ne sont plus qu’à 5 kilomètres ! Les Allemands s’emparent d’un tram conduisant des ouvriers à leur usine de Leningrad. Le 16, l’infanterie allemande s’empare de Pouchkine, autrefois résidence d’été des tsars. La 1. Panzer-Division s’empare de la station terminus du tramway de Leningrad, mais n’ira pas plus loin, soumise à de violentes contre-attaques de blindés à peine sortis des chaînes d’assemblage de l’usine militaire de Kolpino. Le 19 septembre, la cité des tsars subit un tir de barrage de l’artillerie allemande qui s’éternise pendant 18 heures d’affilée, tandis que la base navale de Kronstadt est l’objet des attentions de la Luftwaffe.
Von Leeb ne peut pourtant plus espérer obtenir une victoire rapide : le Panzer-Gruppe 4 quitte alors le front Nord (avec les 1. et 6. Panzer-Divisionen) pour se diriger vers Moscou, où va avoir lieu la bataille décisive. Le front se stabilise autour de Leningrad et le siège commence. Celui-ci est confié à la 18. Armee de von Küchler, avec 17 divisions organisées en 4 corps (36, 50, 28 et 1. Armee-Korps). La 16. Armee fait face à l’Est et engerbe les deux seules unités blindées : la 8. Panzer-Division et la 12. Panzer-Division (nouvelle venue qui n’aligne que 74 chars opérationnels au début octobre). L’ancienne capitale russe est toutefois sérieusement menacée. Du côté soviétique, Joukov s’évertue à lancer assaut sur assaut en direction de Schlüsselburg, en vain.
Sur la Baltique, la Wehrmacht décide de sécuriser son flanc maritime en exécutant l’opération « Beowulf », soit l’occupation des îles d’Oesel et de Moon par le biais d’une opération combinée Heer-Luftwaffe-Kriegsmarine. Cette dernière emploie les gros moyens puisque les croiseurs légers Leipzig, Emden et Köln sont de la partie, ainsi que de nombreuses unités plus légères. Le 1/115 Regiment se lance à l’assaut de Moon le 9 septembre à 4h00, inaugurant une série d’attaques réalisées essentiellement par la 61. ID. Soutenus par les croiseurs, qui réduisent au silence les batteries côtières, les Landser réduisent une à une les positions adverses, le dernier débarquement survenant à Dago le 12 octobre. Le 21 du mois, les derniers défenseurs de la péninsule de Tahkuna déposent les armes. C’est un succès complet pour la Wehrmacht, qui a perdu 2 850 hommes dans l’opération. La flotte soviétique de la Baltique est contrainte de se réfugier dans la baie de Kronstadt. La Kriegsmarine est alors chargée d’assurer la protection des côtes, sous la direction du vice-amiral Buchardi.
Un succès incomplet
Les combats sont ininterrompus sur toute la largeur du front du Heeresgruppe Nord. Ainsi, les Waffen SS de la SS-Division « Totenkopf » se distinguent-ils dans leur défense résolue de Luchno-Chilkovo, au cours de la seconde moitié du mois de septembre. Les 88 mm y sauvent une fois de plus les fantassins en neutralisant les chars soviétiques. La poussée en direction de Leningrad a été chèrement payée par les troupes du Reich et les pertes sont sensibles. La campagne de Russie s’avère être un monstrueux bain de sang et les pertes sont sans commune mesure avec celles enregistrées l’année précédente lors des victoires spectaculaires en Europe occidentale. Au Heeresgruppe Nord, plusieurs divisions ont ainsi enregistré 60% de pertes au sein de leurs effectifs, certaines unités étant encore plus touchées. Les combats des mois d’août et septembre coûtent au moins 92 000 hommes à von Leeb. Au 19 octobre, la 16. Armee annonce que la moyenne d’effectifs au sein de ses bataillons d’infanterie atteint 560 hommes, soit 65% de la dotation théorique.
C’est ainsi que le front se stabilise autour de Leningrad, pour ne plus bouger en fait jusqu’en janvier 1944, lorsque les troupes soviétiques lèveront enfin le siège de la ville. Hitler décide alors de réduire la ville en cendres sous l’action conjuguée de la Luftwaffe et de l’artillerie, une tâche que la Wehrmacht s’avère bien incapable de mener à bien devant les nécessités des autres secteurs de l’immense front de l’Est. Le Führer a en outre décidé de n’accorder aucune possibilité de reddition aux défenseurs de Leningrad : la ville doit être détruite et ses habitants acculés à la famine ! A l’OKW, tout le monde pense que la ville capitulera avant l’hiver. Ce n’est pas la première erreur de jugement de Hitler, mais elle a de graves conséquences pour le Reich : Leningrad ne tombera jamais. En raison de la répugnance de von Leeb à prendre des risques et à enfreindre les ordres reçus, et grâce à la détermination de la population, la ville ne succombera ni aux attaques ni à la famine. Quant aux Finlandais, leur volonté de ne pas s’impliquer dans les combats au-delà de la frontière de 1939 trouve une excuse dans des difficultés logistiques. A l’est du lac Ladoga, l’armée campe sur la Svir, mais ne la traverse pas.
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Les débuts d’un siège éprouvant
Dans la ville, les désastres se multiplient et s’accumulent. Le 8 septembre, un raid aérien et des tirs d’artillerie provoquent près de 150 incendies dans la ville. Certains sinistres détruisent intégralement plusieurs entrepôts et fabriques de produits alimentaires. 3 000 tonnes de sucre et autant de farine sont réduites à néant. Après ce désastre est prise la décision sensée de disperser les dépôts plutôt que de les concentrer dans les quelques entrepôts en bois, terriblement vulnérables, situés dans la partie nord de la ville, à portée des tirs ennemis. Il ne reste plus qu’une seule voie d’approvisionnement disponible : celle qui emprunte successivement la route, le rail, le lac et le fleuve, de Leningrad à Tikhvine. C’est une voie tellement meurtrière que seule une infime quantité de ravitaillement parvient à emprunter cette voie sans dommage. Cette voie ne subsiste cependant que parce qu’il se trouve une petite trouée de quelques kilomètres séparant les Allemands à Schüsselburg, à la pointe sud-ouest du lac Ladoga, des Finlandais, qui tiennent l’isthme de Carélie. En pratique, chaque péniche et chaque train doit franchir le meurtrier goulot que constitue la trouée d’Osinovets, à portée de l’artillerie allemande positionnée à Schlüsselburg, tandis que les Stuka opèrent en permanence au-dessus de la partie méridionale du lac Ladoga. Les autorités russes se rendent alors comptent qu’elles ont commis une grave erreur en n’entreprenant pas l’évacuation des trois millions d’habitants que compte alors Leningrad. Le 12 septembre, un état des lieux des vivres disponibles n’est guère encourageant : elles se montent à 35 jours pour le blé et la farine, 30 jours pour les autres céréales et les pâtes, 33 jours pour la viande, 45 jours pour les matières grasses et 300 jours pour les sucres et conserves. Dans ces conditions, un rationnement est vite instauré. Le NKVD se montre impitoyable envers les déserteurs et les fraudeurs, les dissimulateurs de vivres et les falsificateurs de cartes de rationnement. Une femme, qui a dérobé une centaine de ces cartes dans l’imprimerie où elle travaille, est ainsi condamnée à une peine de dix ans d’emprisonnement. Des fraudeurs du marché noir sont quant à eux tout simplement exécutés. L’hiver est particulièrement éprouvant pour l’infortuné population prise au piège par la guerre : aux privations de nourriture et aux dangers des bombardements s’ajoutent en effet l’absence d’électricité, de lumière et de chauffage. Qui plus est, l’arrivée de l’hiver rend le lac Ladoga impropre à la navigation. Seuls des convois de camions peuvent ravitailler la ville en roulant sur la glace qui est suffisamment solide. Le 20 novembre, 11 000 civils sont déjà morts de faim. Au total, la famine cause la mort de 3 500 à 4 000 personnes quotidiennement en janvier 1942. Au total, plus de 600 000 civils soviétiques, peut-être un million, périssent à Leningrad pendant ce terrible siège de 900 jours. Les Allemands vont tirer 150 000 obus sur la ville et y déverser 100 000 bombes incendiaires et 4 600 bombes explosives.
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Les Soviétiques reprennent Tikhvine
Von Leeb ne renonce pas pour autant à resserrer l’étreinte qui peut à terme mener à la reddition de Leningrad. Les services arrière (c’est à dire le Korück : 583. Korück pour la 18. Armee et 584. Korück pour la 16. Armee) tentent tant bien que mal d’assurer à ses troupes les approvisionnements nécessaires. Du 20 juillet au 21 octobre, on dénombre dans le secteur du Heeresgruppe Nord pas moins de 1 658 trains pour le ravitaillement de l’armée (embarquant 746 000 t), 500 trains pour la Luftwaffe (225 000 t), 531 de transport de troupes et 360 au profit du commandement assurant la gestion des voies ferrées, ce dernier devant s’acquitter notamment de la conversion de voies à l’écartement qui a cours dans le Reich : l’armée allemande pose 6 000 km de rails et construit 186 ponts de chemins de fer.
En octobre 1941, bien que devant assurer les sièges de Oranienbaum, Kronstadt et Leningrad, les Allemands avancent à nouveau vers l’Est et s’emparent de Tikhvine, obligeant les Soviétiques à construire une route de déviation de 300 kilomètres entre la gare de Zaborjé au port de Novaya-Ladoga. L’objectif est ambitieux, puisque les Allemands espèrent faire la jonction avec l’armée finlandaise, sur le Svir. Parmi les unités engagées, la division « Azul » ou 250. ID au sein de la Wehrmacht, une unité espagnole de 17 700 hommes équipée à l’allemande, geste de Franco à l’endroit d’un camarade dictateur qui l’a aidé à prendre le pouvoir. Les Espagnols ne manquent pas d’élan et s’emparent de Sitno, Tigoda et Nikitino. La résistance de la 4ème armée russe est cependant farouche et l’avance est toutefois difficile. Pour celle-ci, les officiers de la Wehrmacht doivent se contenter de cartes au 1/300 000e pour prendre connaissance d’un médiocre réseau routier, qui se transforme rapidement en une fange dans laquelle s’enlisent les véhicules.
Ce n’est que le 9 novembre que les Panzer de la 12. Panzer-Division et la 18.ID (mot.) prennent enfin Tikhvine. Le succès allemand est notable car les conditions atmosphériques sont très difficiles, le froid étant particulièrement pénible pour les combattants. 20 000 soldats soviétiques, 96 chars et 179 canons sont capturés au cours de l’opération. Les troupes allemandes sont toutefois épuisées et ne peuvent avancer plus avant. Von Leeb aurait voulu, mais, outre la passivité des Finlandais, il en est dissuadé par Hitler et von Küchler. La 18. Armee (17 divisions) tient le front entre Oranienbaum et Kirichi. La 16. Armee (11 divisions) est positionnée au sud. Au total, von Leeb dispose de 28 divisions, dont une seule de Panzer (la 8. Panzer-Division, en réserve de la 18. Armee) et une unique division motorisée, pour tenir 600 kilomètres de front. Des renforts sont cependant en route, dont des troupes d’élite (5. Gebirgsjäger-Division et 7. Flieger-Division, deux unités non engagées depuis la prise de la Crète au cours du printemps).
En face, les Russes alignent 75 divisions. La reprise de Tikhvine est considérée de première importance chez les Soviétiques. Le général Meretskov, nouveau commandant de la 4ème armée, lance une offensive à cette fin le 1er décembre par -40°C. L’assaut soviétique enferme les Allemands dans une poche autour de la ville. Le 8 décembre, jugeant la situation désespérée, la 61.ID évacue Tikhvine, mais 42 canons et un matériel important doivent être sabordés. Von Leeb ordonne le repli sur la ligne du Volkhov. Pour leur premier engagement aux côtés de la Wehrmacht, les Espagnols ont perdu 3 300 combattants.
Tikhvine est donc le théâtre d’un échec très coûteux pour la Wehrmacht (la 18.ID (mot.) a perdu 9 000 hommes à elle seule, dont des centaines morts de froid…) tandis que les Soviétiques peuvent s’enorgueillir d’un succès éclatant, puisque la voie de ravitaillement de Leningrad est à nouveau ouverte. Un certain espoir s’empare alors de la population affamée. Mais son terrible calvaire est bien loin d’être achevé. Côté allemand, la situation reste des plus préoccupantes. Alors que le Heeresgruppe Mitte échoue devant Moscou, la situation de la Wehrmacht sur l’ensemble du front de l’Est est des plus précaires et l’hiver 1941-1942 ne fait que commencer… Fin décembre, les 28 divisions du Heeresgruppe Nord sont étalées le long d’un front de 600 km de long, faisant face à 75 divisions soviétiques.
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Les partisans soviétiques
Le mouvement des partisans en Union Soviétique dans les zones occupées par la Wehrmacht est d’emblée marqué par l’improvisation. Les premiers détachements de partisans se forment sous l’autorité du parti communiste ou de ses organisations. Toutefois, le NKVD et l’Armée rouge constituent rapidement leurs propres unités de reconnaissance ou de démolition opérant sur l’arrière immédiat du front allemand. Dans le secteur du Heeresgruppe Nord, tous ces efforts sont coordonnés depuis Leningrad. Les effectifs sont d’abord très limités -30 000 hommes fin 1941 sir l’ensemble du territoire soviétique- puis ne cessent de s’accroître : 80 000 hommes à l’été 1942 et 150 000 en 1943. En décembre 1941, il y a peut-être 4 000 partisans derrière les lignes du Heeresgruppe Nord, où leur efficacité est quasi nulle, dans un contexte où l’antisoviétisme est assez marqué.
Toutefois, les rafles de main-d’œuvre opérées par les Allemands et la dureté de l’occupation, sans compter les maladresses du Reich à l’égard des velléités nationalistes des Baltes et des Ukrainiens, pourtant hostiles au stalinisme, ont largement contribué à la formation des unités de partisans, pas toujours contrôlées par Moscou. Les sabotages ne cessent de prendre de l’ampleur et un sentiment d’insécurité règne sur les arrières du front de l’Est, démesurément étendu. La guerre des partisans en Union Soviétique s’avère des plus cruelles, avec nombre d’atrocités commises dans les deux camps. Les représailles allemandes virent à l’extermination de populations civiles sans défense, qui subissent aussi la terreur des partisans si le ravitaillement fait défaut. Près de 2 millions de civils meurent en Biélorussie, dont les forêts et les marais cachent l’essentiel des unités de partisans. L’action des partisans ne sera pas déterminante, en dépit de 35 000 tués dans le camp de l’Axe, dont la moitié d’Allemands. Toutefois, leur action sera un appoint non négligeable à l’opération « Bagration », en paralysant les communications ferroviaires allemandes. Il reste que la percée aurait été acquise de toute façon, et sans leur concours.
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VICTOR TURNER
HANS CRAMER
« Lili Marleen »: le « tube » de la Seconde Guerre mondiale
L’erreur pour un auteur de n’avoir qu’une connaissance partielle de la Seconde Guerre mondiale
WERNER MARCKS