Seconde Guerre Mondiale WWII

CRETE 1941. FALLSCHIRMJAGER VS AUSTRALIENS

Le choc entre deux forces d'exception

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L’ultime épisode de la campagne des Balkans et de Grèce du printemps 1941 se déroule en Crète. Le 20 avril, Hitler approuve le projet de l’invasion, l’opération « Merkur ». Cette difficile mission échoie au XI. Flieger-Korps de Student, soit 25 000 hommes. Les Alliés savent que les Allemands s’apprêtent à lancer une attaque aéroportée sur l’île grâce aux renseignements fournis par ULTRA. Nous nous intéresserons plus particulièrement à la zone de Réthymnon.

Le commandement de la garnison (CREFORCE) est confié à Bernard C. Freyberg, le chef de la 2nd New Zealand Division. Les forces terrestres alignent un peu plus de 41 000 hommes, dont 27 500 Britanniques et 14 000 Grecs. La plupart de ces hommes, épuisés et équipés que d’armes légères, viennent à peine d’être évacués de Grèce. La question est particulièrement critique en ce qui concerne la RAF car les derniers chasseurs sont rappelés en Egypte. La Mediterranean Fleet de l’amiral Cunningham est en revanche bien présente. 

Les Australiens de la CREFORCE

Comme leurs camarades de garnison, les Australiens, au nombre de 6 500 (8 500 avant l’évacuation d’une partie des troupes non armées), manquent d’armements lourds, ainsi que de certains équipements. Puisque tous les 25 pounder ont été abandonnés sur le continent, ils vont devoir faire avec 49 pièces françaises ou italiennes, en l’occurrence quatre 75 mm et quatre 100 mm pour les Australiens… Déprimés par l’échec subi en Grèce, ils aspirent à prendre du repos et sont surpris que leurs navires ne les emmènent pas jusqu’à Alexandrie… De plus, les nouvelles d’Afrique sont mauvaises : le terrain gagné en Lybie au début de l’année semble sur le point d’être perdu … Ces Australiens appartiennent pour l’essentiel à cinq bataillons (2/1st, 2/4th, 2/7th, 2/8th et 2/11th), ainsi qu’aux 16th Brigade et 17th Brigade Composite Battalions (ces deux unités font partie de la réserve générale), mais aussi au 2/1st Machine Gun Bn, à une batterie du 2/3rd Light Anti-Aircraft Regiment et à une unique batterie du 2/3rd Field Artillery, de même qu’au 2/2nd Field Regiment (également en réserve) et à quelques unités diverses.

A Réthymnon, la défense est assurée par le lieutenant-colonel australien Campbell (le chef du 2/1st, le gros de la 19th Brigade étant redéployé plus à l’ouest). Ce dernier dispose de deux bataillons australiens (2/1st et 2/11th), ainsi que deux bataillons grecs (un peu plus de 2 000 hommes) et quelques autres unités, dont huit pièces d’artillerie, ainsi que deux tanks Matilda. La dotation en munitions laisse cependant à désirer. Les hommes de Campbell doivent faire la fine bouche en la matière et il faudra donc en user avec parcimonie : 5 coups pour chaque antichar Boys, 80 obus par mortier de 3-inch, 16 bandes de cartouches de 303 pour chacune des mitrailleuses Vickers. Il faudra aussi compter sans un appui dont bénéficient les autres Anzacs à Malème et à Héraklion, mais qui fait défaut à Réthymnon : il n’y a pas de DCA…

L’assaut initial ennemi est lancé dans la matinée du 20 mai. Si le sort de la bataille va se jouer à La Canée et surtout Malème, un engagement qui commence par de sérieuses difficultés pour les Allemands, les Australiens ne sont que très marginalement impliqués dans ces premiers combats, essentiellement les quelques 681 soldats des antipodes du 2/8th du lieutenant-colonel Mitchell (en position près de La Canée). Le rôle et la réussite des Australiens reste limité dans la zone de Malème-Galatas (essentiellement du fait de la 19th Australian Brigade, à l’origine déployée à Réthymnon ; on ne dénombre le 20 mai qu’un détachement de 4 Bofors australiens dans la zone du largage ennemi sur Malème), tandis qu’un bataillon est à Héraklion (ainsi que 6 Bofors de la DCA, qui participent au carnage qui décime les Ju-52). Ce dernier est le 2/4th qui, soutenus par des chenillettes Bren Carriers du 2nd Leicesters et des tanks, contre-attaque victorieusement les paras du II/FRJ1 qui ont été largués à l’extrémité ouest de l’aérodrome. La compagnie du Captain Rolfe estime avoir tué environ 90 Fallschirmjäger pour la perte de seulement 3 tués et 9 blessés. Le FJR1 ne brille pas particulièrement. Pis, les Australiens l’accusent de crimes : des civils sont assassinés par les Allemands et les Australiens sont convaincus qu’ils ont été froidement abattus par les Fallschirmjäger… Le 28, tout est fini pour les Aussies en poste à Héraklion : ils sont évacués par la mer, non sans pertes (48 d’entre eux seraient morts sous les coups de la Luftwaffe).

Succès australien à Réthymnon le 20 mai

 Les Diggers déployés à Réthymnon sont eux confrontés à la deuxième vague aéroportée, soit le Le FJR 2 du colonel Sturm, qui attaque dans l’après-midi du 20 mai.  Comme à Malème, l’issue du combat sera décidé autour de l’aérodrome, situé à une dizaine de kilomètres de la ville et dont quelques collines en commandent le contrôle. Bien retranchés et a priori suffisamment armés pour s’opposer avec succès à un assaut aéroporté, les Australiens peuvent espérer l’emporter. L’avantage de la posture défensive se double d’une absence du bénéfice de la surprise : l’assaut allemand sur Réthymnon se déroule en effet plusieurs heures après l’assaut des premières vagues à l’ouest de l’île. En début de matinée puis à midi, les défenseurs australiens ont même vu défiler devant leurs yeux des appareils de transport ennemis à l’approche de La Canée et d’Héraklion. Pis pour les Allemands, les paras prennent du retard en Grèce… Les parachutages ne débutent donc que peu après 16 heures, soit pas moins de deux heures après l’horaire prévu.

160 Ju-52 vont participer à l’opération avec, à leur bord, le gros du Fallschirmjäger-Regiment 2 (FJR 2) de l’Oberst Sturm, soit 1 700 combattants d’élite (I/FJR2 du Major Kroh et III/FJR2 du Major Wiedemann). Comme ailleurs, la confusion préside aux largages. Des hommes périssent noyés en mer, certains sont abattus suspendus en l’air, d’autres, plus nombreux, à peine arrivés au sol. Les troupes allemandes qui atterrissent au beau milieu du 2/11th –le PC du FJR 2 et une compagnie de protection fournie par le I/FJR2- sont décimées. La moisson de prisonniers se poursuit jusqu’à la nuit tombée, l’Oberst Sturm comptant lui-même au nombre des captifs. Les rares survivants sont pris en charge par le Major Schultz. Sept « Tant Ju » sont abattues, et beaucoup d’autres endommagées à des degrés divers. Pleins de ressources et combattifs, les paras du I/FJR2 (ainsi que deux compagnies déportées du III/FR2, une unité de mitrailleuses et une d’armes lourdes), qui subissent aussi des pertes sensibles à l’atterrissage (deux compagnies de Kroh sont balayées et disparaissent virtuellement en l’espace de quelques minutes), parviennent à enlever aux Alliés la principale colline surplombant l’aérodrome, que les Australiens appellent « Hill A », à l’extrémité est de la piste. La zone, jugée à raison essentielle par Campbell, est défendue par la compagnie du Captain Channell, assisté de 4 Vickers et de 6 pièces d’artillerie de 75 mm. L’assaut des Fallschirmjäger a raison des défenseurs : les tirs de mortiers neutralisent les canons, tandis que les servants de mitrailleuses sont abattus l’un après l’autre. Dans la nuit, les paras confortent leur position en anéantissant une section australienne qui tenait encore un secteur de la hauteur. Un succès qui se paye par près de 400 pertes, par ailleurs incapables d’entrer en contact avec les autres éléments de la division, que ce soit en Crète ou en Grèce, faute de disposer de moyens de communications (l’envoi d’une nouvelle radio se solde par un échec). Campbell n’est guère logé à meilleure enseigne pour coordonner ses actions : ses bataillons ne possèdent aucune radio, juste des téléphones. Il a donc recours à des estafettes pour communiquer entre le 2/1st et le 2/11th. 

Quant à leurs camarades du III/FJR2 qui ont échappé au carnage (2 compagnies, de l’artillerie et des mitrailleurs), ils échouent dans leur tentative de s’emparer de la ville, les soldats d’élite du Reich étant repoussés par de simples policiers crétois… Une frustration qui se prolonge le lendemain, sous les tirs de l’artillerie australienne, tandis que les Diggers, ayant déployé à leur profit les panneaux d’identification au sol des paras, bénéficient des largages de vivres et de munitions destinées aux Fallschirmjäger, tout en dirigeant les bombes de la Luftwaffe sur les infortunés parachutistes… Mieux, les Australiens se payent le luxe de demander à être fournis en torpilles de mortiers pour les tubes dont ils se sont emparés ! Les Allemands trouvent refuge hors de portée des tirs alliés dans le village de Perivolia (le Captain Honner les estime alors à 500), d’où les Australiens et les Grecs se montrent incapables de les déloger. Deux groupes relativement importants de paras allemands, distants l’un de l’autre d’une dizaine de kilomètres, survivent donc à l’épreuve des parachutages : l’un à Perivolia, près de Réthymnon, l’autre sur la « Hill A », près de l’aérodrome, dans la zone de Stavromenos. Entre ces deux ensembles, des petits groupes éparses de paras, certes peu nombreux, mais entreprenants et agressifs.

Les difficultés des Fallschirmjäger persisent après le 20 mai

Dans ce dernier secteur, les Fallschirmjäger s’avèrent donc incapables de mener à bien leur mission et doivent se retrancher pour la nuit sur la colline couverte de vignobles surplombant l’aérodrome. Les soldats de la Luftwaffe refoulent un premier assaut des « Aussies » du 2/1st en début de matinée le 21 mai. Les Australiens ont joué de malchance : ils sont décimés par un tir intense des mortiers allemands puisque les Fallschirmjäger se lancent au même moment à l’attaque… Les paras, qui affrontent 7 000 combattants alliés, sont finalement repoussés par les Australiens, soutenus par les canons du Captain Killy déployés sur la « Hill A », dès cette seconde journée de combat et doivent se réfugier dans une fabrique d’huile d’olive, près du village de Stavromenos, d’où ils repoussent tous les assauts des Grecs et des Australiens pendant quatre jours, en dépit de l’appui massif de l’artillerie et de l’intervention de deux tanks Matilda. Ces deux derniers sont neutralisés, les tankistes capturés, mais les Australiens parviennent à reprendre les deux engins et à improviser des équipages… Dans l’autre secteur, près de Réthymnon, les combats sont également disputés. Il faut user d’un Pak capturé pour déloger des Fallschirmjäger barricadés dans l’église Saint-Georges. 

Dans la nuit du 25 au 26, les 250 survivants de la fabrique d’huile d’olive, à court de vivres et de munitions, se replient et établissent une nouvelle position défensive en direction d’Héraklion, abandonnant les blessés. Les Australiens ignorent tout de l’évolution de la situation ailleurs en Crète, faute de disposer d’un système de communications digne de ce nom : Campbell se montre incapable de déchiffrer les instructions que lui envoie Feyberg. Pis, un officier de liaison envoyé par l’Australien auprès du Néo-Zélandais est de retour au PC de Campbell avant qu’une évacuation ait été évoquée par le QG de la « CREFORCE ». Il ignore donc que Freyberg lui enjoint d’abandonner la zone de Réthymnon pour réaliser dans l’urgence un repli jusqu’à Skafia d’où la Royal Navy doit procéder à un réembarquement des rescapés d’une campagne désormais sans espoir. Nul doute que Campbell aurait été moins agressif s’il avait appris que la bataille était perdue…Les Australiens percent le périmètre de la position le 28 mais sont repoussés par une contre-attaque désespérée. Ravitaillés par avions, le FJR 2 reprend sa marche sur l’aérodrome de Réthymnon le 29 et s’apprête le 30 à lancer une attaque contre la fabrique d’huile où se sont retranchés les Australiens quand les parachutistes apprennent que celle-ci a été enlevée par des Gebirgsjäger emmenés par l’Oberstleutnant Wittman en provenance de La Canée, des renforts appuyés par deux blindés du II/Panzer-Regiment 31. 1 200 Australiens sont capturés à cette occasion, dont environ 200 blessés. 120 Diggers sont morts au cours de la bataille pour Réthymon. Ils avaient pour leur part causé des pertes sensibles à leurs adversaires en en tuant près de 400 (peut-être 550) et en en capturant plus de 500.

Le sort de la bataille se joue à Malème 

L’opération « Merkur » s’est en effet décidée ailleurs qu’à Réthymnon. Le 2/7th Bn du lieutenant-colonel Walker, basé initialement à Héraklion, est engagé dans le secteur décisif de Malème au côté du 2/8th, dans le cadre de la 19th Brigade du Brigadier Vasey. Un redéploiment qui retarde la contre-attaque alliée alors que les Fallschirmjäger sont encore en péril le 21 mai : Freyberg souhaite en effet que les Néo-Zélandais soient auparavant relevés par les Australiens, mais ces derniers, en position à Georgioupolis, doivent parcourir une trentaine de kilomètres pour cela… Quant au 2/1 Australian Machine Gun Bn, il perd une section complète avec véhicules et armements en l’espace de quelque minutes : l’unité est surprise par une attaque menée par des paras allemands. Les « Aussies » sont déployés à l’ouest de Périvolia, au sud-ouest de La Canée, où ils affrontent le FJR3 de Heidrich, qui tient le secteur de la Prison. Vasey assure donc le flanc des Néo-Zélandais, l’extrémité de l’aile gauche étant tenue par des Grecs. C’est au cours du repli entre Malème et La Canée que survient un fameux fait d’armes, dignes des plus belles pages de bravoure de l’armée impériale britannique : repositionnés sur une ligne longeant une route surnommée « 42nd Street », deux compagnies du 2/7th et des soldats néo-zélandais mènent une charge inspirée qui cause plusieurs centaines de pertes aux Allemands pris par surprise… Ces derniers ne sont toutefois pas des Fallschirmjäger, mais leurs camarades des troupes alpines. Le 2/7 perd 10 tués et 28 blessés et estime avoir causé 200 morts à l’ennemi. Un succès local qui ne renverse pas le sort des armes dramatique et critique d’une situation générale qui échappe aux alliés. L’évacuation des forces du Commonwealth à partir du sud de l’île est décrétée le 27 mai. Les Allemands sont retenus par des positions d’arrière-garde établies au nord de Kares puis dans la passe d’Imbro. L’opération d’évacuation est menée par la Royal Navy, qui parvient à sauver 15 000 hommes à partir de Skafia, en dépit de lourdes pertes occasionnées par la Luftwaffe. 12 000 hommes restent cependant aux mains des Allemands. 3 800 Australiens ont été perdus, dont 274 tués, soit plus de la moitié de ceux qui ont été engagés en Crète. Quelques-uns, échappant à la vigilance des Allemands et fort du soutien courageux des civils crétois, échappent à la capture et parviennent à gagner l’Egypte par des moyens de fortune.

Essai de bilan

A l’issue de ces campagnes désastreuses de Crète et de Grèce, au cours desquels 6 727 des leurs ont été perdus dans des entreprises hasardeuses, le ressentiment des Australiens à l’égard des Britanniques est assez vif. La 6th Austr Div est défaite en tant qu’unité combattante et devra ultérieurement incorporer de substantiels renforts.

Les conséquences de l’opération « Merkur » sont plus pour leurs adversaires de la 7. Flieger-Division. Les pertes des Allemands sont évaluées à 3 162 tués, outre 250 hommes décédés des suites de blessures reçues en Crète, des Fallschirmjäger pour la plupart. En tenant compte des blessés, ce sont plus de 6 000 hommes qui ont été mis hors de combat. 

Les combattants des deux camps, Diggers comme « Diables Verts » (le surnom ne date que de la campagne d’Italie, en 1943), ont fait montre de qualités combattives et militaires indiscutables. La bataille aurait facilement pu basculer dans un sens ou dans un autre à plusieurs reprises.