Régis de Trobriand, Un officier français dans la guerre de Sécession, Passés Composés, 2024
On sait la part des choses qu’il faut accorder aux récits des témoins, mais ils ont à fois l’immense mérite d’exister et constituent une matière première indispensable à l’historien qui entreprend de comprendre et de rendre compte d’événements vieux de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles.
Ces Mémoires s’avèrent du plus haut intérêt, quoique peut-être un peu longue pour celui qui serait un néophyte sur le sujet ou simple amateur de la guerre de Sécession, et pourtant ils constituent un très bon complément à La Guerre de Sécession de Vincent Bernard et au documentaire éponyme de Ken Burns.
Un curieux destin que ce comte français, devenu américain, journaliste devenu militaire sous la pression des événements, aristocrate dans l’Amérique républicaine, issue d’une famille bretonne qui s’est distinguée dans la carrière des armes.
Nous avons donc ici un témoignage de première main d’un officier qui n’occupe certes pas les rangs les plus élevés de la hiérarchie, mais c’est justement là qu’est l’intérêt du propos : on y est immanquablement davantage à hauteur du combattant que dans les hautes sphères du commandement.
Colonel, puis général de brigade, Trobriand est au coeur de l’action, et nous narre les malheurs et le quotidien du soldat en campagne (il n’est lui-même nullement épargné de bien des désagréments). La description des souffrances, de l’après-bataille et des hôpitaux militaires est poignante… On comprend parfaitement en quoi consistait la fonction d’un cadre de ce niveau. L’homme écrit dans un style agréable, avec une précision dans les termes choisis qui fait tant défaut de nos jours. Le savoir-vivre du gentleman de la noblesse française se fait jour dans ses relations avec les femmes « rebelles », amis aussi dans son attitude envers la troupe. On apprécie aussi le tableau des grandes métropoles en guerre, des civils et du Nord en général, que nous dresse l’auteur. Les conditions de la mise sur pied de l’Armée du Potomac ainsi que les premiers temps sans événements majeurs de la guerre à l’Est nous immerge dans une ambiance rarement accessible autrement que par le biais de tels témoignages.
Certes, quelques erreurs se glissent ici ou là, fort justement corrigées par l’expert qu’est Vincent Bernard, qui excellent également dans les utiles précisions qu’il apporte dans des notes explicatives de bas de pages, donc faciles à consulter.
J’ai particulièrement apprécié le passage consacré à Gettysburg –Sickles et son avance téméraire, le « Peach Orchard », etc- ainsi que les piques et diatribes à l’attention de George McClellan, tandis que le général Joe Hooker s’en tire à meilleur compte, en dépit de Chancellorsville, son limogeage semblant d’ailleurs surprendre Trobriand.
L’autre grand moment –à mon goût- sont les lignes que l’auteur consacre aux ultimes moments de l’existence de l’Armée de la Virginie du Nord de Robert E. Lee. Un récit du côté des soldats de l’Union, qui nous change de la description des derniers combats suivie de la fameuse rencontre entre Lee et Ulysses S. Grant.
Pour en savoir davantage sur les Français et la guerre de Sécession, je ne saurais trop vous conseiller de lire les travaux de Farid Ameur sur le sujet.
Quant à étudier la guerre de Sécession, mes lecteurs savent tout le bien que je pense des excellents livres de Vincent Bernard.
Régis de Trobriand, Un officier français dans la guerre de Sécession, Passés Composés, 2024
On sait la part des choses qu’il faut accorder aux récits des témoins, mais ils ont à fois l’immense mérite d’exister et constituent une matière première indispensable à l’historien qui entreprend de comprendre et de rendre compte d’événements vieux de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles.
Ces Mémoires s’avèrent du plus haut intérêt, quoique peut-être un peu longue pour celui qui serait un néophyte sur le sujet ou simple amateur de la guerre de Sécession, et pourtant ils constituent un très bon complément à La Guerre de Sécession de Vincent Bernard et au documentaire éponyme de Ken Burns.
Un curieux destin que ce comte français, devenu américain, journaliste devenu militaire sous la pression des événements, aristocrate dans l’Amérique républicaine, issue d’une famille bretonne qui s’est distinguée dans la carrière des armes.
Nous avons donc ici un témoignage de première main d’un officier qui n’occupe certes pas les rangs les plus élevés de la hiérarchie, mais c’est justement là qu’est l’intérêt du propos : on y est immanquablement davantage à hauteur du combattant que dans les hautes sphères du commandement.
Colonel, puis général de brigade, Trobriand est au coeur de l’action, et nous narre les malheurs et le quotidien du soldat en campagne (il n’est lui-même nullement épargné de bien des désagréments). La description des souffrances, de l’après-bataille et des hôpitaux militaires est poignante… On comprend parfaitement en quoi consistait la fonction d’un cadre de ce niveau. L’homme écrit dans un style agréable, avec une précision dans les termes choisis qui fait tant défaut de nos jours. Le savoir-vivre du gentleman de la noblesse française se fait jour dans ses relations avec les femmes « rebelles », amis aussi dans son attitude envers la troupe. On apprécie aussi le tableau des grandes métropoles en guerre, des civils et du Nord en général, que nous dresse l’auteur. Les conditions de la mise sur pied de l’Armée du Potomac ainsi que les premiers temps sans événements majeurs de la guerre à l’Est nous immerge dans une ambiance rarement accessible autrement que par le biais de tels témoignages.
Certes, quelques erreurs se glissent ici ou là, fort justement corrigées par l’expert qu’est Vincent Bernard, qui excellent également dans les utiles précisions qu’il apporte dans des notes explicatives de bas de pages, donc faciles à consulter.
J’ai particulièrement apprécié le passage consacré à Gettysburg –Sickles et son avance téméraire, le « Peach Orchard », etc- ainsi que les piques et diatribes à l’attention de George McClellan, tandis que le général Joe Hooker s’en tire à meilleur compte, en dépit de Chancellorsville, son limogeage semblant d’ailleurs surprendre Trobriand.
L’autre grand moment –à mon goût- sont les lignes que l’auteur consacre aux ultimes moments de l’existence de l’Armée de la Virginie du Nord de Robert E. Lee. Un récit du côté des soldats de l’Union, qui nous change de la description des derniers combats suivie de la fameuse rencontre entre Lee et Ulysses S. Grant.
Pour en savoir davantage sur les Français et la guerre de Sécession, je ne saurais trop vous conseiller de lire les travaux de Farid Ameur sur le sujet.
Quant à étudier la guerre de Sécession, mes lecteurs savent tout le bien que je pense des excellents livres de Vincent Bernard.
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