Stéphane Bourdin, Les Etrusques et l’Italie préromane. De Tarchon à Auguste, Belin, 2026
Je suis un inconditionnel des la collection “Mondes Anciens” et profondément passionné par l’Histoire ancienne, aussi m’était-il impossible de passer à côté de cette publication.
Voici donc un nouvel ouvrage, particulièrement le bienvenu parce qu’il traite pour une large de peuples antiques moins connus et moins étudiés que d’autres, et que la période considérée, qui inclut les débuts de l’histoire de Rome, est palpitante, un peu comme un récit des origine pour nous (avec la Grèce ancienne).
Stéphane Bourdin nous invite à une plongée dans l’Italie antique moins connue pour la plupart, à savoir celle qui précède la conquête romaine. Certes, la remarque est relative car nombre d’ouvrages de qualité portant sur les Etrusques sont disponibles depuis des années. Quant à la Grande Grèce, elle a fait l’objet de nombreuses études.
Les autres peuples sont en revanche rarement évoqués, si n’est comme ennemis de Rome (Samnites, Eques,…). C’est donc l’un des grands intérêts de l’ouvrage que de nous les présenter, ouvrage qui, par ailleurs, nous brosse un tableau du monde étrusque à la lumière des dernières recherches. Le travail porte sur l’ensemble de l’Italie, ce qui inclut donc la Cisalpine ou Italie Transpadane, et pousse donc l’auteur à traiter des Ligures et des Celtes, ce dont je lui sait gré, car ils sont rarement évoqués avec autant de détails.
J’ai apprécié l’organisation du propos, puisque Stéphane Bourdin a eu la bonne idée de remonter aux temps préhistoriques, puis de présenter les mythes qui entourent l’existence et l’origine des peuples italiques, mythes qui, pour les Anciens, renvoyaient à un passé ancien, ce qui respecte donc une certaine chronologie logique, fût-elle légendaire.
Les Etrusques bénéficient de la part du lion et Stéphane Bourdin leur consacre plus de cent pages (complétées par “L’Atelier de l’historien”, notamment la question des langues. Les récits historiques sont plus captivants (même s’il y a quelques répétitions d’un chapitre à l’autre) que certains passages purement archéologiques, qui ressemblent parfois des listes de découvertes dans des tombes ou des résultats de fouilles (quelques fois fastidieux pour moi, mais c’est une question de goût et d’intérêt, pas de qualité du propos d’un écrivain qui semble indubitablement savoir de quoi il parle), mais on comprend aisément que les acquis de l’archéologie sont essentiels, faute d’avoir accès à suffisamment de sources écrites.
L’iconographie est réussie comme à l’accoutumée, mais peut-être un peu moins que d’habitude, avec certes une mention spéciale pour les cartes, qui sont très bien faites. On aurait quand même aimé plus de photos des sites majeurs (notamment étrusque), qui font souvent étrangement défaut (je pense en particulier à de nombreux site étrusques, à commencer par la nécropole de Banditaccia, passée l’intérieur de la tombe des Reliefs ; pour les Grecs, on est surpris par l’absence des temples de Paestum ou d’une vue d’au moins un des autres cités).
L’essentiel reste le plaisir de la lecture et l’enrichissement que celle-ci apporte. Le texte est fort bien documenté, les hypothèses émises pertinentes et on apprend des éléments intéressants. Le lecteur trouvera facilement des renseignements inédits pour lui, ou encore des précisions. Tous les chapitres sont forts instructifs à ce propos, vous pouvez en être assurés. Les Etrusques ont moins mystérieux qu’on le dit trop souvent, affirme l’auteur (y compris leur langue), et on voit à quel point les Romains ont travesti l’histoire de leur débuts (je pense à Romulus, bien entendu, mais aussi à Porsenna par exemple), car, bien entendu, il est aussi question des débuts de Rome et d’épisodes guerriers entrés dans la légende (les Horaces…). Albe-la-Longue ne serait qu’un mythe (Grandazzi avait déjà fait remarquer que les vestiges d’une cité majeure font défauts). Globalement, j’ai apprécié les précisions et corrections données au fil des paragraphes narrant l’expansion de Rome et les affrontements avec les autres peuples, la complexité des alliances et leur évolution (celle des Etrusques, celles des Romains et des Latins, les Samnnites, etc). Le lecteur retrouvera avec plaisir nombre de généraux romains et les exploits qu’on leur accorde (Camille, Cincinnatus, Coriolan, etc), mais l’auteur sait tempérer les affirmations des Anciens quand il le faut. Bref, on a l’impression, avec les pages consacrées aux mythes, d’un retour aux origines car on ne cesse de lire des récits d’épisodes célèbres à l’origine de la montée en puissance de ce qui sera l’empire le plus puissant du monde antique. On saisit pleinement comment Rome est parvenue à s’étendre, et ce jusqu’à la Guerre Sociale.
Concernant Pompéï, l’aspect étrusque m’a surpris, puisque je n’avais lu que des textes évoquant les Osques et les Campaniens. La question du mythe du “ver sacrum” comme origine de certains peuples est intéressante, de même que l’origine des Lucaniens et autres Bruttiens. On découvre que nombre de peuples qui nous sont bien connus sont désignés tout autrement par les Grecs, ce qui, lorsqu’on est peu au fait de l’histoire de ceux-ci, peut faire croire à l’existence peuples différents. La Grande Grèce n’est d’ailleurs pas oubliée et son traitement est fort bien fait.Les Grecs, comme les Romains, ont pour coutume de dénigrer l’adversaire, les “barbares”, le lien établi entre la vie farouche sur des terres désolées ou montagneuses aboutissant à une forme de brutalité des moeurs et une agressivité guerrière est un topos. On ne sera pas surpris non plus que toutes les guerres romaines sont présentées comme “justes”, défensives, voire préventives et qu’on dissimule bien des massacres.
Bref, un très bon opus, à conserver et à relire.
Depuis la faculté, je possède le tome de “L’Univers des Formes” consacré aux “Etrusques et à l’Italie avant Rome”, qui n’a certes pas l’envergure ni l’intérêt du livre de Stéphane Bourdin (mais il s’agit alors d’art avant toute chose), qui pourra compléter, ainsi que les ouvrages dédiés aux Etrusques publiés ces dernières années que tout antiquisant s doit de posséder. Quant à la Grande Grèce, n’est-elle pas des plus fascinantes ?
Benoît Rondeau Copyright
Stéphane Bourdin, Les Etrusques et l’Italie préromane. De Tarchon à Auguste, Belin, 2026
Je suis un inconditionnel des la collection “Mondes Anciens” et profondément passionné par l’Histoire ancienne, aussi m’était-il impossible de passer à côté de cette publication.
Voici donc un nouvel ouvrage, particulièrement le bienvenu parce qu’il traite pour une large de peuples antiques moins connus et moins étudiés que d’autres, et que la période considérée, qui inclut les débuts de l’histoire de Rome, est palpitante, un peu comme un récit des origine pour nous (avec la Grèce ancienne).
Stéphane Bourdin nous invite à une plongée dans l’Italie antique moins connue pour la plupart, à savoir celle qui précède la conquête romaine. Certes, la remarque est relative car nombre d’ouvrages de qualité portant sur les Etrusques sont disponibles depuis des années. Quant à la Grande Grèce, elle a fait l’objet de nombreuses études.
Les autres peuples sont en revanche rarement évoqués, si n’est comme ennemis de Rome (Samnites, Eques,…). C’est donc l’un des grands intérêts de l’ouvrage que de nous les présenter, ouvrage qui, par ailleurs, nous brosse un tableau du monde étrusque à la lumière des dernières recherches. Le travail porte sur l’ensemble de l’Italie, ce qui inclut donc la Cisalpine ou Italie Transpadane, et pousse donc l’auteur à traiter des Ligures et des Celtes, ce dont je lui sait gré, car ils sont rarement évoqués avec autant de détails.
J’ai apprécié l’organisation du propos, puisque Stéphane Bourdin a eu la bonne idée de remonter aux temps préhistoriques, puis de présenter les mythes qui entourent l’existence et l’origine des peuples italiques, mythes qui, pour les Anciens, renvoyaient à un passé ancien, ce qui respecte donc une certaine chronologie logique, fût-elle légendaire.
Les Etrusques bénéficient de la part du lion et Stéphane Bourdin leur consacre plus de cent pages (complétées par “L’Atelier de l’historien”, notamment la question des langues. Les récits historiques sont plus captivants (même s’il y a quelques répétitions d’un chapitre à l’autre) que certains passages purement archéologiques, qui ressemblent parfois des listes de découvertes dans des tombes ou des résultats de fouilles (quelques fois fastidieux pour moi, mais c’est une question de goût et d’intérêt, pas de qualité du propos d’un écrivain qui semble indubitablement savoir de quoi il parle), mais on comprend aisément que les acquis de l’archéologie sont essentiels, faute d’avoir accès à suffisamment de sources écrites.
L’iconographie est réussie comme à l’accoutumée, mais peut-être un peu moins que d’habitude, avec certes une mention spéciale pour les cartes, qui sont très bien faites. On aurait quand même aimé plus de photos des sites majeurs (notamment étrusque), qui font souvent étrangement défaut (je pense en particulier à de nombreux site étrusques, à commencer par la nécropole de Banditaccia, passée l’intérieur de la tombe des Reliefs ; pour les Grecs, on est surpris par l’absence des temples de Paestum ou d’une vue d’au moins un des autres cités).
L’essentiel reste le plaisir de la lecture et l’enrichissement que celle-ci apporte. Le texte est fort bien documenté, les hypothèses émises pertinentes et on apprend des éléments intéressants. Le lecteur trouvera facilement des renseignements inédits pour lui, ou encore des précisions. Tous les chapitres sont forts instructifs à ce propos, vous pouvez en être assurés. Les Etrusques ont moins mystérieux qu’on le dit trop souvent, affirme l’auteur (y compris leur langue), et on voit à quel point les Romains ont travesti l’histoire de leur débuts (je pense à Romulus, bien entendu, mais aussi à Porsenna par exemple), car, bien entendu, il est aussi question des débuts de Rome et d’épisodes guerriers entrés dans la légende (les Horaces…). Albe-la-Longue ne serait qu’un mythe (Grandazzi avait déjà fait remarquer que les vestiges d’une cité majeure font défauts). Globalement, j’ai apprécié les précisions et corrections données au fil des paragraphes narrant l’expansion de Rome et les affrontements avec les autres peuples, la complexité des alliances et leur évolution (celle des Etrusques, celles des Romains et des Latins, les Samnnites, etc). Le lecteur retrouvera avec plaisir nombre de généraux romains et les exploits qu’on leur accorde (Camille, Cincinnatus, Coriolan, etc), mais l’auteur sait tempérer les affirmations des Anciens quand il le faut. Bref, on a l’impression, avec les pages consacrées aux mythes, d’un retour aux origines car on ne cesse de lire des récits d’épisodes célèbres à l’origine de la montée en puissance de ce qui sera l’empire le plus puissant du monde antique. On saisit pleinement comment Rome est parvenue à s’étendre, et ce jusqu’à la Guerre Sociale.
Concernant Pompéï, l’aspect étrusque m’a surpris, puisque je n’avais lu que des textes évoquant les Osques et les Campaniens. La question du mythe du “ver sacrum” comme origine de certains peuples est intéressante, de même que l’origine des Lucaniens et autres Bruttiens. On découvre que nombre de peuples qui nous sont bien connus sont désignés tout autrement par les Grecs, ce qui, lorsqu’on est peu au fait de l’histoire de ceux-ci, peut faire croire à l’existence peuples différents. La Grande Grèce n’est d’ailleurs pas oubliée et son traitement est fort bien fait.Les Grecs, comme les Romains, ont pour coutume de dénigrer l’adversaire, les “barbares”, le lien établi entre la vie farouche sur des terres désolées ou montagneuses aboutissant à une forme de brutalité des moeurs et une agressivité guerrière est un topos. On ne sera pas surpris non plus que toutes les guerres romaines sont présentées comme “justes”, défensives, voire préventives et qu’on dissimule bien des massacres.
Bref, un très bon opus, à conserver et à relire.
Depuis la faculté, je possède le tome de “L’Univers des Formes” consacré aux “Etrusques et à l’Italie avant Rome”, qui n’a certes pas l’envergure ni l’intérêt du livre de Stéphane Bourdin (mais il s’agit alors d’art avant toute chose), qui pourra compléter, ainsi que les ouvrages dédiés aux Etrusques publiés ces dernières années que tout antiquisant s doit de posséder. Quant à la Grande Grèce, n’est-elle pas des plus fascinantes ?
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