Livre Seconde Guerre Mondiale WWII

Recension “Le grillage américain en Normandie. Des terrains d’aviation à la ferme”

Un autre aspect de la victoire des Alliés en 1944.

CADOR Jean-Michel, Le grillage américain en Normandie. Des terrains d’aviation à la ferme, OREP, 2025

Une belle somme de près de 500 pages agrémentées de nombreuses illustrations et de cartes. Jean-Michel Cador nous gratifie d’une étude sérieuse et poussée d’un aspect jusqu’alors jamais étudié.

Certes, des auteurs ont déjà produits des livres ou des articles de fond consacrés aux aérodromes alliés en Normandie, ainsi qu’aux opérations aériennes au cours de la campagne qui s’ouvre le 6 juin, mais on ne s’était jamais penché sur la question des grillages des pistes d’aérodromes et de tout ce que cela induit, y compris jusqu’à nos jours.

En voyant toutes les photos de Jean-Michel Cador, j’ai découvert que depuis cinq décennies je parcours ma Normandie natale sans me douter que ces clôtures et barrières caractéristiques sont en fait des reliques de terrains d’aviation de 1944, des morceaux de “grillage américain”, en fait de facture britannique comme l’explique l’auteur. Je ne reconnaissais jusqu’alors que les fameuses Pierced Steel Planks.

Les explications sur les différentes catégories de terrains d’aviation et d’aérodromes (permanents, temporaires…), sur les types de pistes et d’aires de stationnement sur les bases aériennes militaires (herbe, béton, macadam, briques, grillages…), sur leur organisation, ainsi que sur l’équipement utilisé (vous découvrirait le Sommerfeld, qui sert pour les routes en Normandie, mais aussi des sortes de toiles bitumées, etc) est vraiment intéressante et fort bien illustrée, le tout expliqué de façon très claire.

On suit aussi avec intérêt la gestion de la boue et de la poussière au cours de la bataille (ainsi que la proximité du front : je me souviens avoir lu ailleurs que des avions décollaient et atterrissaient près de leurs propres batteries au risque d’être touchés).

Géographe, l’auteur s’intéresse à la géologie et nous explique les raisons qui ont poussé les Alliés à sélectionner telle ou telle zone pour édifier des aérodromes… mais aussi pourquoi il en est allé autrement au cours de la bataille. Géographe, il s’intéresse aussi aux conséquences sur les Normands: qu’est donc devenu ce grillage et quelles a été l’impact de ces pistes d’envol aménagée sur l’agriculture et l’après-guerre?

On comprendra aussi pourquoi -je vous laisse le découvrir- les clôtures, barrières et enclos tirés du matériel allié est une caractéristique du paysage normand.

Un seul bémol: la traduction d'”engineer” par ingénieur, alors qu’ils s’agit en fait de “soldats du génie” (sapeurs ou non), ce qui n’est pas la même chose.