Livre Seconde Guerre Mondiale WWII

Recension “Vers l’Armée de Métier”

La pensée de De Gaulle dévoilée...

Charles De Gaulle, Vers l’Armée de Métier, Perrin, 2025

A l’instar de L’Etrange Défaite de Marc Bloch, il est utile de relire De Gaulle lorsqu’on étudie le désastre de 1940. Ces textes, remarquables de lucidité, nous éclairent sur la perception des événements, mais participent aussi de la réflexion qu’on peut initier pour tenter de réfléchir à la question de l’inéluctabilité de la défaite.

La première remarque qui s’impose au lecteur est celle de la qualité du style et de la culture multiforme de l’auteur. On ne peut, sur ces deux points, que constater le déclin qui nous a amené jusqu’à nos responsables politiques actuels.

La leçon de géographie de De Gaulle est fascinante, même si elle regorge de déterminismes un peu trop marqués à mon goût. Les références historiques sont pertinentes, l’esquisse de comparaison avec le voisin allemand, aussi. Certes, la partie “Technique”le sera peut-être justement un peu trop pour certains lecteurs, mais elle est nécessaire pour suivre le raisonnement de De Gaulle, dont on apprécie au passage la hauteur de vue et le sens de la réflexion, qui a pu faire défaut à certains de ses supérieurs.

Certes, le texte est en partie daté, certes les positions affichées par le “général motor” sont sujettes à controverse, mais ses réflexions sur l’évolution de l’art de la guerre ainsi que sur les conséquences induites par le développement des machines et de la mécaniques sont convaincantes. Convaincantes aussi sont ses remarques sur les conséquences d’une posture passive en temps de guerre, sur les limitations induites par l’organisation générale des unités, ainsi que sur l’incidence du progrès technologique. De Gaulle explique clairement à quel point un service militaire trop court ne permet pas de disposer de troupes efficientes et suffisamment formées pour assurer les effectifs d’un corps de bataille blindé et motorisé digne de ce nom. On sent, à le lire, que notre armée a manqué une opportunité. Cette erreur est le fait de nombre de politiques, mais aussi de militaires, Pétain, Gamelin et Weygand portant de lourdes responsabilités à cet égard, quoique ces hommes ne se soient pas systématiquement fourvoyés dans leurs réflexions sur l’armée et la stratégie.

L’introduction signée Hervé Gaymard est des plus intéressantes et je recommande de ne pas la négliger et de la lire avant d’entamer le texte du général, y compris l’ouverture vers la situation actuelle.