Seconde Guerre Mondiale WWII

RAPPORT OFFICIEL SUR LES DEFENSES DU « MUR DE L’ATLANTIQUE » 

Gold Beach d'après les archives

Gold Beach est souvent la plage du Jour J qui attire le moins d’attention. Si les combats qui s’y déroulent sont bien connus, il est intéressant de la redécouvrir avec l’oeil d’experts de l’armée britannique.  

Un rapport après combat de la 2nd British Army évoque, parmi bien d’autres, les défenses élaborées par les Allemands sur les plages normandes. Les inspections menées sur la zone d’assaut ne peuvent qu’être complémentaires des connaissances acquises lors des reconnaissances menées en amont de l’opération « Neptune. » On y apprend notamment des détails intéressants sur les obstacles de plage ou l’état dans lequel les positions allemandes ont été découvertes. 

L’organisation des défenses allemandes 

 Selon ce rapport, le système défensif est constitué de trois éléments principaux : 1) des obstacles de plages élaborés, 2) la mise sous béton de toutes les armes et installations d’importance, 3) le recours à des réserves plutôt qu’à une défense en profondeur pour briser un assaut amphibie. Le rédacteur britannique précise cependant « qu’une certaine profondeur est toutefois donnée au système par l’usage d’obstacles sous-marins et par la mise en place en positions avancées d’artillerie côtière et de l’armée dans un rôle antinavires ». Cette remarque semble indiquer une certaine surprise de la part des assaillants : le « Mur de l’Atlantique » n’est qu’une mince croûte de défense. 

Les plages assaillies par les Anglo-Canadiens s’étendent sur 30 kilomètres, entre Arromanches et l’embouchure de l’Orne. Le rapport anglais établit que la défense était assurée par trois bataillons d’infanterie, 300 mitrailleuses, 40 Pak, 54 canons d’artillerie moyenne ou de Flak (donc des 88 mm), outre 37 canons d’artillerie côtière pouvant atteindre balayer de leurs feux ces plages ou l’étendue de mer au-delà de celles-ci. Cette portion du « Mur de l’Atlantique », explique le rédacteur anglais, était constituée de 16 points forts majeurs défendus par neuf compagnies et flanqués par une ligne continue d’obstacles de plages entre Asnelles et l’Orne, avec de menues solutions de continuité à l’est de Bernières et à Saint-Aubin. Ces obstacles consistent en des éléments « C » (ou « Cointet, soit des « portes belges »), des rampes et des pieux en bois. Ces éléments de défenses étaient supposés dotés de mines et, de fait, des Tellerminen étaient fixées sur une partie d’entre eux. A l’exception d’une zone sise devant Courseulles, où ils s’étendent jusqu’au niveau de 2,5 mètres de marée haute, et devant La Brêche, où ils n’atteignent que la zone de 2 mètres de marée haute, ces obstacles couvrent l’estran jusqu’au secteur correspondant à une marée haute de 3,6 mètres. 

Il apparaît à l’évidence que les Allemands ont prioritairement renforcé les défenses ses portions de la côte où se trouvaient les meilleures plages et où un assaillant potentiel pouvait disposer des meilleures sorties de plage, c’est à dire, pour la zone qui nous intéresse ici, les secteurs d’Arromanches, de Bernières et de Ouistreham. A contrario, les zones où les plages sont défavorables à un assaut amphibie ou dont les approches sont entravées par des récifs, ou alors lorsque les sorties de plages font défaut, les Allemands ont essayé d’économiser leurs maigres ressources en hommes en inondant ces zones, en les minant intensivement et en établissant des positions défensives à quelques 2 ou 6 kilomètres en arrière à l’intérieur des terres, afin d’être en mesure de contrecarrer toute pénétration réalisée suite à un débarquement. Le rapport ajoute « qu’il y avait également des indications de l’ébauche d’une défense antichar à l’intérieur des terres » (est-ce une allusion au déploiement de Pak de la 21. Panzer-Division ou encore à quelques Flak de 88 mm en position en retrait de la côte ?). Les Britanniques observent aussi que le moindre bâtiment ou installation côtière qui pourrait interférer avec les plans de feux défensifs ont été détruits par les Allemands, qui ont par ailleurs établis des barrages routiers. D’autres démolitions étaient prévues, à savoir les facilités portuaires de toutes les localités de la côte, étant entendu que les Allemands savaient pertinemment que les Alliés en auraient un besoin impérieux. Enfin, la Wehrmacht savait qu’elle serait confrontée à des aéroportés. « Pour empêcher cela, il a oeuvré avec énergie pour couvrir en force toutes les zones d’atterrissages possibles pour les planeurs et les avions de transport. Il n’y avait pas de ligne de défense intérieure, bien que les villes et les carrefours ainsi que les autres centres disposaient de leurs garnisons. Les protection consistaient en des barrages routiers, des tranchées, des pièces de Flak, des abris au bord des routes et des fossés antichars ». Il est ici fait allusion aux fameuses « asperges de Rommel ». 

Les défenses du secteur de « Gold Beach »,  zone « Item » et « Jig » 

Des détails plus précis nous sont fournis pour Gold Beach par un rapport rédigée par la School of Combined Operations (UK National Archives, référence WO 223/13), soit l’école des Opérations Combinées qui a en charge les opérations amphibies. 

Les obstacles de plages ont été dûment répertoriés. Sur une zone d’assaut de plus 800 mètres de large ont été recensés 2 332 obstacles, qui se répartissent comme suit : 456 pieux, 224 rampes, 132 éléments « C », 1 410 hérissons tchèques, 90 tétraèdres et 20 caisses minées. Les 6 et 7 juin, les troupes du génie subordonnées à la 50th ID ont été en mesure de déblayer 760 mètres de plages sur lesquelles sont enlevés 1 650 obstacles. Si aucune mine n’a été décelée sur la plage (les champs de mines sont dans les dunes ou en arrière des plages), 200 Tellerminen et 940 obus étaient fixés sur des obstacles. Les Anglais découvrent ainsi d’importants champs de mines dès l’intérieur des terres atteint, en fait dès le haut des plages atteint.  

Les Britanniques ont numéroté les secteurs défensifs allemands pour chaque plage. « Asnelles 1 » est un poste pour MG avec un mur épais de 60 cm et un toit de près d’un mètre d’épaisseur, dont les embrasures donnent sur l’est et l’ouest de la plage, ainsi que vers l’intérieur (débattement : 30°-270°). Il n’a pas été endommagé par les bombardements et on rapporte qu’il a été capturé par l’infanterie après qu’il eût produit des tirs de harcèlement assez importants sur les assaillants. Du fait des nombreuses lignes qui l’environnent, on en déduit qu’il devait s’agir du poste de direction centrale pour la zone dans laquelle il se trouve. 

« Asnelles 2 » (sans doute le Wn 36, au lieu dit la cabane des douanes). La position dispose d’une pièce de 50 mm dans un encuvement bétonné octogonal, de 90-100 cm d’épaisseur, outre environ 90 cm d’épaisseur de sable dans des caissons donnant vers le rivage. Capable de tirer tout azimut, il apparaît qu’aucun coup ne l’a visé, les servants, dépourvus de protection, s’étant abrité du bombardement et ayant préféré la reddition dès que les assaillants aient réalisé des jets de grenades. Le canon a subit quelques impacts dus à des éclats mais demeurait quasiment intact. 

« Asnelles 3 » est une position à l’air libre, dans le sable, à l’extrémité d’un réseau de tranchées. Si aucun coup de feu n’en est a priori parti, des tirs ont été effectué depuis les tranchées, ainsi que de postes de combat individuels en béton. Le bombardement préliminaire n’a ni endommagé le système de tranchées ni neutralisé les défenseurs suffisamment longtemps pour que ces derniers ne représentent pas un danger et que les vagues d’assaut puissent s’en emparer sans rencontrer d’opposition. 

« Asnelles 4 » consiste en un canon de 37 mm sur affût, à l’abri dans un petit garage d’où il pouvait être extrait pour combattre depuis une position aménagée à l’air libre. La pièce a été trouvée dans son garage. A l’évidence, le bombardement a empêché les Allemands de la sortir et de la mettre en batterie.  

« Asnelles 5 » est un nid de mitrailleuse ouvert avec des murs faits de sable et de gazon. Il n’a pas subit de dégâts au cours du bombardement et on rapporte qu’il a ouvert le feu sur les fantassins menant l’assaut. 

« Asnelles 6 » est également une petite position pour MG, pareillement épargnée par les bombardements, mais qui n’aurait pas été utilisée par l’ennemi. 

A « Asnelles 7 » (vraisemblablement le redoutable point fort du Hamel, le Wn 37 selon la nomenclature allemande), le point d’appuis est armé d’une pièce de 75 mm française, débarrassée de ses roues et montée sur support pivotant. La pièce est orientée vers l’est avec un arc de tir de 60°. Le bunker montrait de légers dommages causés au béton au-dessus du côté sud de l’embrasure, causés par des tirs opérés depuis la mer ou par des tanks depuis la plage. Ce canon s’est avéré très dangereux pour les blindés opérant sur la plage et a finalement été neutralisé par le tir d’in « Petard » via la porte d’entrée, qui a mis le feu aux réserves de munitions. On rapporte que deux des servants ont survécu et ont poursuivi des tirs de « sniping » jusque dans l’après-midi du Jour J. L’intérieur du blockhaus présentait des signes d’explosions et d’incendie. 

« Asnelles 8 » consiste en une position de mitrailleuse lourde sous béton placée au sommet du mur de plage. L’arme était capable de tirer sur l’estran vers l’est (arc de feu de 20° à 270°). On rapporte que la MG est mise au silence assez tôt le 6 juin, sans doute par des fantassins ou des tanks. Il y a avait un petit impact dans le béton, sans doute la résultante du tir d’un char. 

« Asnelles 9 » est un poste de commandement doté d’un périscope fixé dans un trou d’environ 7 cm et offrant une vision tout azimut, l’ensemble étant demeuré intact.  

« Asnelles 10 » est un tobrouk demeuré intact et n’ayant livré aucune douille signalant le moindre tir…  

« Asnelles 11 » pose question. Le rapport évoque la possibilité que cela soit un poste d’observation ou un nid de mitrailleuse : « si cela est le cas, il a été complètement détruit par un coup direct d’une bombe. Il y a avait un cratère d’environ 7,5 mètres de diamètre et 2,5 à 3 mètres de profondeur. » 

Asnelles 12. Il y a avait un cratère de bombe de 9 mètres de diamètre et de 3,5 mètres de profondeur à l’extrémité d’un réseau de tranchées et qui a bouleversé la position indiquée sur la carte. Si celle-ci a jamais existé, elle a complètement disparu. 

« Asnelles 13 » se résume à un tobrouk demeuré intact, bien que réputé avoir ouvert le feu.  

« Asnelles 14 » consiste de nouveau en un nid de mitrailleuse ne présentant ni la moindre trace de dégât ni celle de tirs réalisés depuis cette position. 

Globalement, concernant la zone d’Asnelles, le Combined Operations peut établir le constat suivant : 

  1. Les maisons de la ville ont été endommagées par les bombes et les obus. La structure principale du sanatorium, construction très solide, était intacte. 
  2. Les bombes ont détruit quelques casemates de l’avant et ont également formé quelques gros cratères dans les marécages ainsi que sur la route latérale à l’est de la ville.  
  3. Il n’y avait aucun signe de tirs de roquettes, ces derniers étant tombées trop court dans la mer. 

     


    Les secteurs « King » et « Love »  

    Attaqués par la 69th Brigade et le 9th Beach Group, le système est similaire à celui rencontré sur la zone « Item »/ « Jig ». A 8h30, soit une heure après l’Heure H, deux brèches d’environ 200 m de large ont été aménagées, après quoi le travail a dû être interrompu en raison de la marée montante, et ce jusqu’à 13 heures. A 20h30, un peu plus d’un kilomètre de plage a été déblayé et le labeur se poursuit le lendemain en ajoutant environ 700 m. 

    Il y avait cinq points forts majeur sur cette zone du « Mur de l’Atlantique ». Ils ont été soumis à des bombardements conséquents nettement plus efficaces qu’ailleurs. C’est ainsi que l’unique frappe directe en secteur britannique sur un emplacement de canon sous béton a été obtenue dans cette zone. Le point de défense qui a causé le plus de la difficulté est celui de La Rivière, qui s’articule autour d’une pièce de 88 mm, sise à l’extrémité du mur de plage. Fort bien positionné, non mentionné sur les plans (ni visible sur les vues aériennes en raison de l’excellence de son camouflage), il a été très difficile à neutraliser. Ce point fort, situé donc à l’est de King Beach, disposait aussi d’un Pak de 50 mm et de deux tobrouks pour MG, une position pour mitrailleuse ou mortier, outre un mortier établi sur une défense de campagne en extérieur. Suite au bombardement préliminaire à l’assaut, une des nids de MG a été détruit (bombe d’avion ou frappe de destroyer), tandis que le 50 mm en encuvement a été réduit au silence probablement par des tirs de LCG (L). Les autres installations n’ont subies aucun dommage notable. Le 88 (il s’agit de celui du Wn 33 à La Rivière) a endommagé deux Sherman « Crab »et détruits deux AVRE et, avec l’aide des tirs de MG, est parvenu à stopper la D Company du 5th East Yorkshire sur la plage, causant de lourdes pertes (90 hommes pour le bataillon). La 233 Field Company RE (le génie) a rapporté que les obus de mortiers ont commencé à tomber dru sur la plage au moment où elle a débarqué. Le 88 a finalement été mis en pièce par un « Flails » (ou « Crab ») de la 6th Breaching Team. Le reliquat de l’opposition à laquelle est confrontée le 5th East Yorkshire est réduit par l’action des fantassins soutenus par des AVRE et des Sherman DD, certes non sans batailler dur jusqu’à 10 heures. Bien plus, il restait encore des snipers qui ont dû être combattu par les 2nd Herts du 9th Beach Group. Le groupe d’inspection des Combined Operations constate que si les maisons et le mur de plage de La Rivière ont été touchés à plusieurs reprises depuis la mer, les parties basses et renforcées des bâtisses n’ont pas subi de dégâts.  

Au Hâble de Heurtot, la position défensive à l’ouest de la plage d’assaut (le WN 35) dispose d’une pièce de 50 mm et de trois mitrailleuses. Un rapport du major Anderson précise : « L’emplacement en béton armé de type D a été touché à quatre reprises par des obus de 4,7 pouces [des 150 mm de marine] avec des obus SAP. La face nord avait été sérieusement endommagée, mais, à l’intérieur, il n’y avait que de légers effritements ou fissurations. La pièce était intacte. Il est vraisemblable que les servants (des Russes de la 3/.441 Ost-Bataillon) se sont enfuit après les impacts, mais le canon aurait pu encore être mis en action ». Le journal du 81st Assault Squadron RE raconte que 3 AVRE Roly-Poly (des « Bobin ») ont apporté leur concours à l’attaque du 6th Green Howards au Hâble du Heurtot et qu’ils ont réduit au silence quatre casemates dont une position de 50 mm sur la digue. De son côté le 6th Green Howards rapporte que l’assaut de la position s’est avéré être « un grand succès », le bataillon ne subissant que des pertes légères au cours de ce combat et de quelques autres. Ils doivent sans doute ce résultat, estime le Combined Operations, au fait que une voire deux mitrailleuses ont été détruites par des tirs de marine. 

Le Mont Fleury et Ver-sur-Mer 

La première position du Mont Fleury était un autre point fort de la zone « King »-« Love », avec des bunkers, un Pak de 50 mm et un 75 mm en encuvement (on ne voit pas très bien à quelle pièce il est fait allusion : on ne trouve des 75 mm qu’à Asnelles –au Hamel- et à Saint-Côme-de-Fresné). Elle a subi une attaque aérienne entre H-10 mn et H-5 mn par des bombes de 500 kg et de 250 kg. Un abri en béton enterré sis à l’est de la route a reçu un coup direct dans l’entrée, qui était ainsi en partie bloquée. Entre ce blockhaus et un second du même type, le terrain était complètement retourné par des cratères de bombes. Une casemate avec une MG sur le côté ouest de la route est demeurée intacte. Plus à l’ouest, un autre bunker était enterré, entièrement à l’exception d’une coupole en acier, et a été détruit : ses restes gisaient en partie dans le cratère laissé par une bombe de 500 kg. A quelques mètres du cratère, une seconde casemate similaire était couverte de débris mais restait opérationnelle. Le canon de 50 km, en encuvement, donc en espace ouvert, se trouvait à 35 mètres d’un point d’impact, mais, mis à part quelques débris, il demeurait intact. Le 75 mm, lui aussi en encuvement, à quelques 25 mètres d’un trou de bombe, a vu sa plateforme de tir recouverte de débris qui ont ensuite été déblayés, sans autre marque de dommages. Le bombardement a touché la cible et s’est avéré concentré, mais l’armement de la position est demeuré intact : seule une MG (et peut-être une seconde) a été perdue par l’ennemi, outre des dégâts infligés à des bâtiments auxiliaires. La position a été prise par la A Company des 5th East Yorkshire, qui perd 8 hommes mais capture 30 prisonniers. Le commandant allemand s’est suicidé. 

La seconde position du Mont Fleury est une position de 4 canons (le Wn 35 a tenu par la 3./HKAA 1260), qui sera, elle, prise par la D Company du 6th Green Howards qui a rapporté que cette attaque s’est avérée être un franc-succès, au prix de pertes très légères, ce qui n’a pas manqué de surprendre. Les pièces se réduisaient à un unique canon de 122 mm d’origine soviétique, qui semble avoir épuisé ses munitions. En effet, sa position a été touchée par une bombe de 250 kg, mais la pièce est demeuré opérationnelle. Un autre emplacement pour canon était achevé, mais sans être doté de pièce d’artillerie, tandis que les deux autres positions demeuraient inachevées. L’ensemble du point fort a été touché avec précision. Bien que le canon n’a pas été réduit au silence, cela signifie que l’efficacité de la batterie a été considérablement réduite. Les Britanniques n’ont trouvé aucune preuve qui montrerait que le bombardement a causé de lourdes pertes, mais l’impact sur le moral des défenseurs a dû être conséquent. 

La position de Ver-sur-Mer consiste en une batterie de quatre canons de 100 mm abrités dans des blockhaus (le Wn 32 de la Mare Fontaine, occupé par la 6./AR 1716), bombardée entre H-30 mn et H-5 mn par des bombes de 500 kg et de 250 kg. Mais l’attaque aérienne n’a neutralisée aucune des quatre pièces : les bombes se sont abattus 50 m au-delà des canons, frappant les casemates auxiliaires, ce qui a dû forcément avoir un impact négatif sur l’efficacité globale de la batterie, bien que ses canons aient tiré toute la journée (87 douilles attestent de la combattivité des artilleurs). La batterie a finalement été prise par une attaque de la C Company du 7th Green Howards, soutenue par deux Churchill « Crocodiles » du 141st RAC (les « Buffs »). Les Allemands ne semblent pas avoir offert de résistance et ont baissé les armes après que les « Crocodiles » aient tiré deux coups de 75 mm : entre 40 et 50 défenseurs se constituent prisonniers. 

Les batteries sur le flanc gauche de « Gold Beach » 

La prise de la batterie de Longues (Wn 48, tenu par la 4./HKAA 1260) est une mission dévolue au 2nd Devon qui devait s’en rentre maître dès le Jour J au matin. En fait, la batterie ne tombera qu’à 10h53 à J+1 et est demeuré active jusqu’à ce moment-là bien que les canons aient été neutralisés le 6 juin. Elle était dotée de quatre pièces de 150 mm, situées dans des casemates à environ 350 mètres de la falaise près de laquelle avait été édifié un poste de direction de tir. Celui-ci, certes presque achevé, était dépourvu d’instruments optiques d’observation, pas plus qu’il ne disposait de câblages téléphoniques. Le rapport anglais précise que les quartiers établis près de la falaise étaient sous-terrain, avec le toit au niveau du sol, et qu’ils étaient de construction légère. Les défenses dans cette zone consistaient en un nid de mitrailleuse, trois positions de mortiers, deux emplacements pour Flak de 20 mm et un projecteur. Seul ce dernier avait été endommagé par un tir naval. En outre, 11 obus étaient suspendus à la falaise en guise de défenses. Il a été rapporté que ces certains de ceux-ci n’ont pas explosé après que les câbles aient été sectionnés. 

Pour ce qui est des casemates abritant les canons, une seule a été endommagée par les bombardements intensifs auxquels la batterie a été soumise. Toutefois, selon le rapport, en dépit de deux coups directs de bombes de 250 kg qui ont percé le toit au-dessus du magasin à munitions, et un autre raté de peu qui a endommagé le sol, le canon a pu ouvrir le feu le Jour J. Le sol aux alentours des bunkers était fortement cratérisé, ce qui laisse à penser que si un contrôle de tir relié au poste de direction de tir avait été établi, il y a fort à parier qu’il aurait été détruit. « En fait, est-il précisé, les canons étaient très indépendants et leurs capacités ont probablement pas été affectées par le bombardement ». Deux des canons ont été réduits au silence par des obus perforants de marine de 6 pouces, qui sont passés à travers l’embrasure, est-il précisé dans le rapport. La probabilité d’obtenir un tel résultat, estimée à 50 contre 1, est de nature à voir cela comme un remarquable coup de chance. Ces canons disposaient d’un bouclier peu épais de 1 cm de face et de 6 mm sur les côtés et le toit. L’entrée arrière de chaque casemate était protégée par un porche en béton. En fait, trois des quatre canons sont réduits au silence peu après 7h00, une heure après avoir ouvert le feu sur la flotte (sur Gold Beach puis sur Omaha Beach). 

Selon le rapport, une batterie de quatre canons de 105 mm sise au sud-sud-ouest d’Arromanches a été conquise par la C Company du 1st Dorset, soutenue par les tanks du C Squadron du Nottinghamshire Yeomanry (ou Sherwood Rangers) et les pièces du 90th Field Artillery Regiment. « La position a été découverte abandonnée avec ses quatre canons et un matériel considérable, rapporte le rédacteur britannique. On suppose que les défenseurs l’ont quitté au cours des premières heures du Jour J et il n’y a aucune preuve établissant que cette batterie aurait réalisé le moindre tir sur les plages ». En fait, les Dorsets neutralisent le « Point 54 », tâche dévolue à la C Company. Ce secteur défensif contrôle l’accès à trois positions (le Wn 40a, « Le Bois Bansard » et « Le Puits d’Hérode »), où les pièces d’artillerie sont bien défendues. Ce sont en fait les A et D Companies que les Sherman et les 25 pounder appuient lors des combats pour réduire les canons adverses, combats qui coûte plus de cent pertes au 1st Dorset. 

Le secteur de Gold a été l’un de ceux où les assaillants ont été confrontés à l’une des défenses les plus déterminées du Jour J, même si la durée de l’affrontement ne se compare pas à la situation qui a prévalu sur Omaha Beach. Les pertes sur la plage, de 7h30 à 8h20, se montent à 438 hommes, pour 4 000 assaillants, soit un taux de 8 % de pertes (on ne tient compte que des vagues d’assauts, soit le 6ème des troupes arrivées sur Gold Beach).  Les pertes les plus lourdes ont été subies par les deux bataillons d’assaut, le bataillon de réserve, les équipes de destructions des obstacles sous-marins et le Beach Group avec respectivement 17%, 15%, 10,4%, 20,1% et 10% de pertes. Les prévisions tablaient sur 33% de pertes, ce qui porte à conclure que celles-ci ont été surestimées de 300 %.