Seconde Guerre Mondiale WWII

RAIDERS DANS LE DESERT (1) : Middle East Commando

L'unité d'où sortira le mythique SAS

Benoît Rondeau Copyright

Ci-dessus, à droite: Davide Stirling, le père du SAS, un ancien de la Layforce qui donnera naissance aux Middle East Commandos.

Les opérations menées par le LRDG et le SAS dans le désert sont bien connues. Cet article s’intéresse plutôt à des unités moins connues comme  les Middle East Commandos.

            Parmi les unités rompues aux raids sur les arrières d’un ennemi, on pense en premier lieu aux commandos, dont les unités sont mises sur pied au Royaume-Uni dès l’été 1940 alors que le BEF s’échappe in extremis des plages de Dunkerque. En 1941, des commandos sont effectivement envoyés au Moyen-Orient. Plusieurs raisons militent en faveur de cette décision. On peu espérer en effet y trouver un intérêt stratégique et tactique, aussi bien en menant des raids au cours des périodes de calme relatif sur le front, que dans le cadre d’offensive d’envergure, possibilité alors inenvisageable en Europe. Les objectifs en Méditerranée sont de surcroît moins défendus et les raids seront plus des opérations sur le flanc ennemi, ses lignes de communications, plutôt que des attaques frontales comme en Europe.

            Les N°7, 8 et 11 British Commandos sont ainsi envoyés au Moyen-Orient où ils arrivent en mars 1941. Ils seront ensuite respectivement renommés A, B et C Battalions “Layforce”, la Layforce, sous le commandement du lieutenant-colonel Laycock, rassemblant tous ces commandos au sein d’une même unité. S’y ajoutent les N°50 et 52 Middle East Commandos, levés sur ce théâtre des opérations avec un certain nombre de Palestiniens et des volontaires de la Légion Etrangère Espagnole. Ces deux unités sont amalgamées en un D Battalion au sein de la Layforce. Les interventions des A et D Battalions en Crète en mai 1941 et du C Battalion en Syrie en juin 1941 se soldent par de lourdes pertes, respectivement 800 hommes sur les 1 200 engagés et 131 sur 380.

            En juin 1941, à son retour de Crète, où les pertes ont été sévères, Laycock apprend que Londres envisage de dissoudre la Layforce. Les effectifs manquent dans les unités ordinaires, de sorte qu’il est impossible de trouver assez d’hommes pour reconstituer toutes les unités de commandos. Fin décembre, le général Wavell autorise la création du Middle East Commando sous les ordres du lieutenant-colonel Graham. Cet ensemble est formé à partir du G(R) Depot, en charge notamment du renseignement derrière les lignes ennemies, des restes de la Layforce et du N°51 Middle East Commando hormis le L Detachment SAS ainsi que le Special Boat Section. Le Middle East Commando, renommé 1st S.S. Regiment (1st Special Service Regiment) est sous les ordres du G(R). Sa composition rappelle la Layforce et consiste en trois bataillons britanniques (A, B et C) plus un D Battalion (voir ci-dessus) qui est composé d’Espagnols, d’Arabes  palestiniens, égyptiens et syriens ainsi que de Juifs. Le 1st S.S. Regiment, basé essentiellement en Syrie ne participe guère aux opérations en Afrique mis à part quelques interventions aux cotés du LRDG et la participation à l’opération Agreement sur Tobrouk sous le commandement du lieutenant-colonel Haselden. En octobre 1942, le 1st S.S. Regiment est dissous et une grande partie de ses effectifs rejoint le SAS.

            Les unités du Middle East Commando sont engagées en Libye dès le mois de mars 1941. Si le raid mené en novembre 1941 par le C Battalion de la “Layforce” sur le QG supposé de Rommel à Beda Littoria et l’attaque sur Tobrouk par le SAS et différents commandos le 14 septembre 1942 (opération Agreement) sont célèbres (nous n’en parlerons donc pas), d’autres opérations lancées par les commandos sont moins connues.

            En mars 1941, avec l’aide d’Arabes locaux, la patrouille T1 du LRDG récupère ainsi un groupe de commandos commandés par le Captain Chapman près de Sidi Musa. Le 23 mars, ils sont de retour à Siwa. Le 31 mars, la patrouille Y2 du Captain Hunter emmène un groupe de 16 commandos jusqu’aux environs de Slonta et assure le relevé topographique du secteur du Wadi Mra avant de les récupérer. Les commandos ne réalisent cependant rien de significatif et sont ramenés à Siwa le 13 avril. Le même mois, la patrouille R2 dépose 15 commandos sous le commandement de du Major Glennie à proximité de Ghedir Bu Ascher, une dizaine de kilomètres au nord de Baltet el Zelagh. Les commandos sont récupérés par le LRDG le 13 avril et arrivent à Siwa deux jours plus tard.

            Le 23 avril 1942, le LRDG prend le contrôle de toutes les opérations réalisées derrière les lignes ennemies en Cyrénaïque et en Tripolitaine. A cet effet, les A et C Squadrons du Middle East Commando passent ainsi sous ses ordres. Le personnel du G(R) et les agents employés dans des missions de renseignements sont placés sous la responsabilité du chef du LRDG à qui ils doivent présenter leurs rapports. Le A Squadron du Middle East Commando se trouve à l’oasis de Jarabub lorsqu’il passe sous le contrôle du LRDG. Il est constitué de trois patrouilles comprenant chacune 5 camions Chevrolet 15-cwt flambants neufs, soit 18 camions avec la section de QG. Si l’organisation rappelle un peu celle du LRDG, le rayon d’action des commandos se limite à  moins de 500 kilomètres. Trois unités de saboteurs devant opérer à pied ou à bord de camions sont également formées. S’il est d’abord envisagé d’employer les Middle Est Commandos à la surveillance du trafic routier de l’ennemi, l’idée est abandonnée.  Un  groupe de commandos embarque à bord des camions de la patrouille S2 le 9 mai 1942. Les commandos doivent surveiller la route. Le 14 du mois, la patrouille rencontre les autres commandos, qui avaient été déposés par la patrouille Y2 pour la même mission. En raison de l’activité de l’ennemi dans le secteur, il est décidé de ramener à Siwa les deux groupes de commandos. Il s’avère que ceux-ci ne sont pas adaptés à la mission d’observation de la route, mission qui sera désormais dévolue au Major Peniakoff et à la Libyan Arab Force en ce qui concerne le secteur du Djebel Akhdar. L’expérience montre notamment que les commandos manque de connaissance dans le field craft. 

            Le 26 mai 1942, la 8th Army donne pour instructions que deux patrouilles du Middle East Commando doivent se préparer à partir en opérations dans le secteur de Maraua. Leur mission consiste à semer le chaos sur deux routes parallèles traversant le Djebel Akhdart le plus longtemps possible. Ces deux patrouilles seront guidées pour parvenir jusqu’au Djebel Akhdar et à leur retour de mission mais devront opérer seules. Le A Squadron Middle East Commando, soit un QG et deux patrouilles, quitte ainsi Siwa le 3 juin avec pour objectif de s’attaquer aux convois ennemis dans le secteur de Barce. Pourtant, les deux patrouilles, qui opèrent séparément, sont toutes deux prises à parties et perdent presque tous leurs véhicules sous le coup d’attaques aériennes sans être parvenues à aucun résultat. Fin juin 1942, alors que Rommel pénètre en Egypte et que la base du LRDG à Siwa doit être abandonnée, les A et C Squadrons du Middle East Commando sont retirés du front et ne participeront plus aux missions du LRDG. Le bilan de l’action du Middle East Commando est donc fort décevant. Les pertes en véhicules ont été lourdes, les missions pas toujours menées à bien, il ne s’est pas montré apte à la surveillance du trafic routier ennemi et son action, comme à Tobrouk par exemple, s’est souvent limitée à quelques engagements tactiques sans autres conséquences que temporaires.  Etudions maintenant avec plus de détails deux raids significatifs de son engagement : Bardia et “Twin Pimples”.

Raid du A Battalion sur Bardia

            Le 14 avril 1941, le QG de la Western Desert Force exprime son souhait de lancer un raid sur Bardia et sur la route côtière dans le golfe de Bomba. La mission est confiée à la Layforce en coopération avec la marine. Laycock décide d’engager ses bataillons A, B et C, le B Battalion étant engagé sur Bomba (4 troops rassemblant 150 hommes), les deux autres sur Bardia. La rapidité étant jugée essentielle pour des questions de sécurité, les commandos embarquent dès le 15 avril en soirée! Le B Battalion embarque sur le HMS Decoy tandis que les deux autres bataillons et le QG de la brigade embarque sur les HMS Glengyle et Lenearn.  Toutefois,  devant des conditions météorologiques trop défavorables, le raid est annulé et les navires retournent à la rade d’Alexandrie.

            Laycok apprend toutefois que le commandement en chef au Moyen-Orient désire que le raid prévu soit lancé le plus rapidement possible. La mission est simple : harceler les lignes de communications de l’ennemi et lui infliger le plus de dommages possibles. Le 19 avril dans la nuit, le seul A Battalion du lieutenant-colonel Colvin et le QG de brigade ainsi que 20 hommes du Royal Tank Regiment (au cas où des engins blindés ennemis seraient capturés) prennent la mer à bord du HMS Glengyle, qui sera escorté par le croiseur antiaérien Coventry et quatre destroyers. Le A Battalion est divisé en 7 détachements devant débarquer sur quatre plages baptisées a, B, C et D. Les quatre premiers détachements, soit 200 hommes, débarqueront sur la plage A, le détachement 5, 70 hommes, sur la plage B, le détachement 6, 70 hommes, sur la plage C et le détachement 7, 35 hommes, sur la plage D. Les commandos doivent embarquer à bord des ALC à partir de 22h15, ces mêmes péniches devant les réembarquer sur les plages à partir de 2h30 le 20 avril. Le sous-marin MMS Triumph arrive sur les lieux en premier pour s’assurer de la faisabilité de l’opération et pour aider au guidage du Glengyle sur l’objectif. A l’arrivée de celui-ci, les péniches MLC et ALC sont mises à flot, non sans difficulté. Un ALanding CraftC destiné à la plage B reste ainsi coincé sur le Glengyle mais le retard pris par les embarcations est rattrapé lors de l’avance vers les plages, sauf sur la palge D où, de surcroit, les raiders doivent débarquer avec de l’eau jusqu’aux aisselles/waist.  Le second ALC devant se diriger vers la plage B aborde cependant par erreur la plage A, de sorte qu’aucun commando n’arrive sur la plage B. L’attaque prévue sur Bardia par le nord est donc impossible.

            Les opérations depuis la plage A se déroulent sans souci majeur. un détachement sur quatre est laissé sur la plage pour assurer la couverture lors du réembarquement. Un détachement doit s’établir en embuscade sur la route et détruire tout véhicule qui se présenterait mais il revient à la plage bredouille. Un troisième détachement doit attaquer Bardia par le sud mais, arrivé trop tard dans la ville, il doit faire demi-tour pour réembarquer sans avoir accompli quoi que ce soit. Le dernier détachement doit détruire un campement ennemi baptisé “Square camp”. Ce dernier, inoccupé, ne contient que des roues/pneus qui sont promptement détruits. Une partie des commandos perd son chemin et se dirige alors vers la plage B. Or, on l’a vu, aucune embarcation n’y est parvenue. 20 hommes sont finalement recueillis par un ALC  de la plage C, les Italiens prétendant avoir capturés les autres. 

            Sur la plage C débarque d’abord un seul des deux ALC du détachement 6. Il faut donc modifier le plan en conséquence. Un groupe est envoyé détruire une station de pompage, mais il y parvient trop tard en raison de difficultés de repérage. Le second groupe, renforcé par des hommes du second ALC finalement arrivé à destination, tente de creuser un trou à l’explosif sur la route sur l’escarpement mais, en raison de la solidité de la roche,  l’explosion ne parvient à réaliser qu’un petit cratère.  la dernière mission est la destruction d’un pont, qui est menée à bien, quoique, après explosion, celui-ci soit encore utilisable par des hommes à pied. Les commandos y mettent donc le feu et s’éloignent avant d’avoir pu évaluer les résultats. 

            Enfin, sur la plage D, le détachement n°7 qui doit s’attaquer à toute défense côtière ou position antiaérienne ne parvient à localiser que quatre pièces navales de 5.9 inch qui ne semblent pas avoir été en service depuis la prise de Bardia par les Australiens en janvier 1941. Les mécanismes de tirs sont rendus inopérants et les culasses sont détruites. 

            Le réembarquement cause certains soucis : une ALC, échouée/stranded, doit être détruite, une autre ne parvient pas à localiser le Glenghyle et se dirige donc sur Tobrouk et le moteur casse sur un autre engin. Dans son rapport, Laycock insiste sur le fait que les délais entre l’arrivée sur le lieu du mouillage et l’arrivée sur l’objectif doivent être impérativement réduits. Une meilleure connaissance du terrain et une utilisation efficace des photographies aériennes sont également indispensables. Laycock pointe également du doigt les différences entre un raid en Europe et en Afrique. Pour lui, s’il est impératif de sacrifier la vitesse pour le silence dans une ville française, cela est moins important dans le désert. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’adopter une formation serrée dans la crainte de perdre contact car les nuits en Orient, dans une atmosphère claire, permettent de voir à 40 ou 80 mètres, contrairement à la nuit noire qui a court en Europe. Des péniches de réserves doivent également être prévues pour pallier aux inévitables pertes ou accidents et également pour récupérer les troupes isolées. Il importe aussi de laisser des hommes à intervalles réguliers lors de la progression vers l’intérieur afin de gagner du temps lors du retour sur les plages. Le résultat de ce raid est d’alarmer quelque peu les forces de l’Axe. Ainsi, une unité allemande quitte Solloum, qui sera ainsi moins défendu lors des opérations Brevity et Battleaxe, pour Bardia et la mise en place de défense dans le port de celle-ci.

Le B Battalion à Tobrouk

            Alors  que commence le siège de Tobrouk en avril 1941, le B Battalion “Layforce” du lieutenant-colonel Dermot Daly reçoit l’ordre de rejoindre la place forte assiégée. Une avant-garde sous la direction du Lieutenant Aston y est donc dépêchée pour trois semaines tandis que le reste de l’unité s’installe à Mersa Matrouh.  200 hommes embarquent en outre à bord de la canonnière Alphis pour tenter un raid sur l’aérodrome de Gazala. Le navire, attaqué par un fort parti de Stuka, doit pourtant faire demi-tour, quoique les pertes fussent légères (2 blessés). En mai, un détachement de 100 hommes commandé par Lord Sudeley est envoyé sur les arrières ennemis à une trentaine de kilomètres à l’est de Tobrouk au cours de l’opération Battleaxe qui vise précisément à lever le siège de Tobrouk.  La mission est pourtant annulée et le détachement quitte la ville assiégée pour Alexandrie.

            Fin juin, une nouvelle avant-garde du B Battalion est débarqué à Tobrouk, en l’occurrence 64 hommes commandés par le Major Kealy. Dès son arrivée à destination, l’unité apprend à nouveau l’annulation des ordres la concernant. Le général australien Morshead, qui commande la garnison de Tobrouk, refuse de s’en séparer. Le détachement de Kealy passe ainsi ses premières semaines sur le front de Tobrouk à patrouiller avec le 18th Cavalry IA. Dans la nuit du 17 au 18 juillet 1941, il participe à un raid mené sur une position fortifiée italienne établie sur une éminence baptisée “Twin Pimples”. Celle-ci, surplombant les tranchées indiennes à proximité, est en effet une gêne. Le plan consiste en une feinte des Indiens pour attirer l’attention de l’ennemi pendant que 43 commandos et moins d’une dizaine de sapeurs australiens pour opérer le plus de destructions possibles. La moitié des hommes est armée de mitraillettes Thompson, un tiers une couverture pour transporter les blessés et tous emportent plusieurs grenades. Ayant bien reconnu le terrain, par une nuit noire, les commandos se faufilent à travers les premières lignes avant de contourner la position de “Twin Pimples”. Deux minutes après le début de la diversion des Indiens, une sentinelle repère les commandos et les combats commencent. La position italienne comprend des sanghars (trou peu profond entouré d’un parapet de pierre), des tranchées et des abris. Le combat ne dure que quelques minutes. Les Italiens se cachent dans les abris puis se ruent dehors après avoir été grenadés à nouveau mais aucun ne se rend, de sorte qu’ils sont presque tous massacrés à la grenade et à la baïonnette. Lorsque l’ennemi se met à frapper copieusement “Twin Pimples”, les commandos sont déjà sur la voie du retour, mais encore à moins d’une centaine de mètres, d’où cinq hommes blessés dont un mourra de ses blessures. Deux autres raids, qui se solderont par des échecs, sont encore menés par le détachement avant qu’il ne réembarque pour Alexandrie dans la nuit du 31 août au 1er septembre. Le B Battalion est alors dissout, certains hommes rejoignant le L detachment SAS de David Stirling.