Seconde Guerre Mondiale WWII

PHILIPPINES 1942 : BATAAN ET CORREGIDOR

Désastre américain aux Philippines

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            Le 8 décembre 1941, lendemain de l’attaque sur Pearl Harbor, le QG de la flotte d’Asie à Manille capta une émission radio de Hawaï annonçant le raid aérien. La guerre touche bientôt les Philippines, où stationne la principale garnison américaine du Pacifique.

Dès 5 heures, le général Brereton, qui commande les forces aériennes américaines aux Philippines, va trouver Douglas MacArthur pour lui demander l’autorisation de lancer ses bombardiers B-17 sur les bases japonaises établies à Formose. Lorsqu’il parvient enfin à recevoir l’autorisation de passer à l’action, il est déjà trop tard. Les aérodromes de Clark Field et d’Iba sont attaqués par l’aviation japonaise et trois escadrilles de l’USAAF sont entièrement détruites. Cette catastrophe prive ainsi MacArthur de la moitié de ses meilleurs avions dès le premier jour de la guerre : la campagne des Philippines vient de commencer. 

Les Américains s’accrochent à Bataan

Après le bombardement du chantier naval de Cavite, sur la baie de Manille, les unités les plus importantes de la flotte appareillent pour les Indes néerlandaises. Après des débarquements préliminaires au nord, à Aparri, dès le 10 décembre, et à l’extrême sud de Luçon et à Mindanao, la 14ème armée japonaise du général Homma (16ème et 48ème divisions) débarque dans le golfe de Lingayen et dans la baie de Lamon, premières étapes de l’avance vers Manille. MacArthur décide rapidement de replier ses troupes sur la presqu’île de Bataan, mais la panique qui s’empare des unités de ravitaillement fait que seule une fraction des vivres et du matériel peut être évacuée. Manille est évacuée le 31 décembre, à la grande surprise des Japonais. 

Le 1st Corps du général Wainwright tient l’aile droite des positions américaines de la presque île de Bataan, tandis que le flanc gauche est confié au 2nd Corps du général Parker. Wainwright dispose de trois divisions philippines (1ère, 31ème et 91ème ) ainsi que le reliquat du 26th Cavalry Regiment et de l’artillerie. Parker commande quant à lui quatre divisions philippines (11ème, 21ème, 41ème et 51ème ) et le 57th Infantry Regiment des Philippines Scouts. Les flancs protégés par la mer et un massif volcanique infranchissable, le mont Natib, au centre, les Américains ont réussi à établir de solides positions défensives. Une seconde ligne est établie 13 kilomètres plus au sud, tenue par la division des Philippines. La pointe de la péninsule est en outre défendue par des unités d’infanterie de circonstances formées à partir de marins, d’aviateurs et de troupes des services, hâtivement instruits à la pratique des combats terrestres. Il s’agit en effet de se prémunir contre tout débarquement japonais sur les arrières. Toutefois, le manque de matériel médical et d’approvisionnement va bientôt éroder le potentiel défensif par l’affaiblissement les organismes des combattants américano-philippins. Homma installe son QG à Manille le 2 janvier, peu après que MacArthur ait déplacé le sien à Corregidor. Il n’est pas pressé et ne conteste pas quand sa meilleure division, la 48ème, est envoyée combattre dans les Indes néerlandaises. Il est persuadé que la conquête des Philippines est bientôt achevée. Les troupes alliées ne l’entendent pas de cette oreille. La position de défense principale résiste en effet pendant trois semaines. Et ce n’est que lorsque les Japonais découvrent un chemin sur les pentes du mont Natib que les Américains sont contraints de se replier. Le 26 janvier, les forces américano-philippines se retrouvent sur leur dernière position défensive. Des unités japonaises débarquent loin sur les arrières américains, au sud-ouest de l’île, mais elles sont repoussées. Un régiment japonais s’infiltre pour sa part derrière Wainwright et il faut dix jours pour résorber la poche.

 C’est à cette période que MacArthur envoie un message à ses troupes de Bataan depuis Corregidor. Il affirme avec véhémence que des milliers d’hommes et des centaines d’avions sont en route pour venir les renforcer. Il leur assure en outre qu’ils disposent d’assez de ravitaillement pour tenir jusqu’à leur arrivée. Ce mensonge éhonté ternira la réputation de MacArthur auprès de ses hommes. Non seulement il n’y a aucun renfort de prévu pour les Philippines, les stratèges de Washington ayant établi que leur perte est désormais inévitable, mais la poursuite des combats à Bataan n’a aucune incidence stratégique. Pour Marshall, à Washington, sauver la situation aux Philippines nécessiterait un effort militaire massif, impossible à réunir en temps voulu, et, de surcroît, cette opération se ferait au détriment de l’Atlantique, déclaré front principal. 

 Début février, la 14ème armée de Homma est exténuée. L’épaisse jungle de Bataan connaît donc un intermède de calme. Le 11 mars, MacArthur quitte les Philippines avec sa famille. Quezon, le président des Philippines, est également évacué, non sans avoir versé 500 000 dollars à MacArthur et d’autres sommes moins importantes à d’autres officiers, sans doute pour s’assurer du soutien du général pour un jour libérer son pays. Le commandement des forces américaines aux Philippines est alors confié au général Wainwright au grand dam de MacArthur, qui espérait garder la direction des opérations menées dans l’archipel philippin depuis l’Australie, en dépit des difficultés de liaisons que cela aurait supposé. Fin mars, Wainwright envoie un rapport alarmant: les rations de ses troupes sont réduites à 1 000 calories par jour, ce qui est bien entendu plus qu’insuffisant pour des combattants. Alors que ses unités sont diminuées, Wainwright doit en outre affronter un ennemi qui ne cesse de se renforcer à la suite de la chute de Hong-Kong et de Singapour.

La fin à Luçon et à Bataan

            Le 3 avril, les Japonais déclenchent une nouvelle offensive contre un adversaire sans espoir. Les Américains s’accrochent néanmoins, ne pouvant laisser les Philippins à leur sort sans que cela ait des conséquences politiques désastreuses : les Etats-Unis n’abandonnent pas leurs alliés. Cependant, affaiblis par la malnutrition et les maladies, les défenseurs se montrent incapables d’opposer une résistance sérieuse. C’est ainsi que le 2nd Corps du général Parker, chargé de la défense du tronçon est de la ligne Bagac-Orion, est bousculé par les attaques ennemies et se trouve rapidement dispersé. Dans ces conditions, le 1st Army Corps n’a d’autre alternative que de se replier à son tour devant la menace qui se profile sur son flanc désormais à découvert. Au beau milieu de ce chaos arrive un message vibrant de MacArthur ordonnant aux forces de Luçon, commandées par le général King, de déclencher une attaque massive contre la ville d’Olongapo. On voit bien là la limite d’un commandement tactique de la part d’un général qui se trouve à des milliers de kilomètres du front ! L’état des troupes de Wainwright est à ce moment-là déplorable et il est bien sûr impensable d’envisager tout retour offensif de leur part. Qu’on en juge plutôt : environ 80% des hommes sont atteints de paludisme, 75% souffrent de dysenterie et quelque 35% ont le béribéri. Plus de 12 000 hommes sont dans les hôpitaux quand survient la fin des combats. Le 8 avril, le général King consulte ses différents commandants sur l’état de leurs unités. Tous lui affirment que la fin est proche. Il en déduit qu’il n’est même pas possible d’envisager de le retarder de façon notable. Dans ces conditions, la lutte est vaine et King décide donc de capituler le 9 avril. Les Japonais sont donc maîtres de Luçon, mis à part Corregidor et les îlots qui en dépendent. 

Corregidor, ultime bastion

            Tant que Corregidor est tenue par les Américains, la flotte japonaise ne peut avoir accès à Manille et à son excellent mouillage. Le quartier général, l’hôpital, le centre de transmissions et les magasins se trouvent dans le tunnel de Malinta. Le centre vital de commandement est donc à l’épreuve des bombardements dans des kilomètres de galeries. Mais le tunnel de Malinta est encombré de personnel des services, de blessés et de rescapés. Très vite, l’atmosphère devient chaude, humide et mal ventilée. Les réserves d’eau sont aussi un souci car elles sont insuffisantes pour des effectifs aussi importants. Enfin, la centrale électrique n’est pas à l’abri des tirs des Japonais, qui réunissent in nombre conséquent de pièces d’artillerie sur la pointe sud de la presque île de Bataan et soumettent Corregidor à un bombardement en règle pendant plus de trois semaines. L’aviation nippone intervient elle aussi au-dessus des positions américaines. C’est ainsi que la plupart des batteries de Corregidor, l’équipement de commande de tir et les réseaux de communications sont peu à peu détruits. Le sol de l’île est labouré par les tirs et un groupe de Philippins est même emmuré vivant quand des blocs de falaise se détachent et viennent obstruer la grotte où ils se sont réfugiés. 

Les Japonais débarquent sur l’île

            Le 6 mai, le général Homma estime que le moment est venu d’en finir avec les défenseurs américains de Corregidor. L’attaque se porte sur la côte nord de l’île, près d’une étroite langue de terre. Cependant, les Japonais prennent du retard et les deux bataillons du 61ème Régiment impliqués dans l’attaque, soit 2 000 combattants, sont surpris par la nuit tombante et par la marée. Le débarquement s’effectue donc dans une certaine confusion dans un lieu appelé Cavalry Point. Le 4th Marines Regiment, amené de Chine par l’amiral Hart, attend ses adversaires de pied ferme. Renforcé par des centaines de Philippins, de marins, d’artilleurs et d’hommes d’intendance sans expérience du combat d’infanterie, les Marines s’apprêtent à donner une chaude réception aux Japonais. Le clair de lune aidant, les Américains n’ont aucun mal à distinguer leurs cibles. Les dernières batteries de l’île ouvrent donc le feu avec de petits canons de défense côtière et sèment le carnage au sein du 2ème bataillon japonais : les embarcations des assaillants sont pulvérisées et à peine la moitié des soldats nippons atteint le rivage. Le 1er bataillon japonais n’est pas logé à meilleure enseigne et subit lui aussi des pertes importantes. Il parvient toutefois à se ménager une tête de pont. Les Japonais parviennent ensuite à s’enfoncer vers l’ouest de Corregidor. L’objectif est de s’emparer de la crête marquant le centre de l’étroit prolongement de l’île, à l’emplacement de la batterie « Denver ». Les Américains tentent en vain de reprendre la position puis se résignent à s’établir sur une autre ligne de défense, plus à l’ouest. 

            Les Japonais consolident leurs positions et soumettent les défenseurs à des tirs meurtriers. Au lever du jour, quelques blindés et des pièces d’artillerie légère ont été débarqués dans l’île. A 10h30, les défenses américaines ne sont plus qu’à quelques mètres du tunnel de Malinta. La situation des défenseurs n’est alors guère brillante : l’artillerie est presque intégralement mise hors de combat et les réserves d’eau et de munitions sont presque épuisées. Dans le camp adverse, la pénurie de munitions commence à se faire sentir et les embarcations font défaut.

La défaite américaine est consommée

American prisoners of war with their hands tied behind their backs, during the march. They are identified as (L to R): Samuel Stenzler, Frank Spear & James Gallagher. US Marine Corps photo.

            Cependant, à 10 heures, ce même jour, le général Wainwright envoie un dernier message à Washington : « Dites à la nation que mes troupes et moi-même avons accompli tout ce qui était humainement possible et que nous n’avons pas failli aux meilleures traditions des Etats-Unis et de son armée…Avec un profond regret et un respect nullement diminué envers mes vaillantes troupes, je vais me présenter au commandant japonais. » Pour Wainwright et ses 11 000 hommes, la dure épreuve de la captivité commence alors : elle ne s’achèvera qu’en 1945 après bien des souffrances. La campagne des Philippines constitue une déroute complète pour l’armée américaine. En aucune manière la résistance désespérée de Bataan et de Corregidor n’ont retardé les projets d’invasion japonais. La bataille des Philippines a en revanche un indéniable impact psychologique. La défense héroïque des troupes américaines à Corregidor remonte le moral des Américains et renforce leur volonté de vaincre.