Le « tank crewman » est moins célébré que le « Panzerschütze » allemand, mais son mérite et ses faits d’armes ne sont pourtant pas moindres. Etre tankiste britannique signifie le plus souvent combattre à bord d’un engin inférieur à ceux des Allemands et susceptible d’être facilement mis hors de combat par le moindre Pak embusqué. Pendant la seconde partie de la guerre, la multiplication des armes antichars portatives (lance-roquettes Panzerfaust ou Panzerschreck) ne fait qu’accentuer la dangerosité du service au sein du Royal Tank Corps.
Les hommes doivent aussi compter avec l’esprit de « cavalerie » qui règne au sein de certains états-majors britanniques, avec la recherche d’un certain panache, ainsi qu’à une méconnaissance ou un déni des réalités tactiques. Des unités mènent de véritables charges dignes d’un autre âge, ce qui mène à de tragédies, comme la destruction de la 23rd Armoured Brigade à Ruweisat en juillet 1942 (première bataille d’El Alamein), ou à un sacrifice comme l’attaque de la 9th Armoured Brigade sur Tell-el-Aqqaqir en novembre 1942 (seconde bataille d’El Alamein), ou encore à un franc succès, comme 26th Armoured Brigade à Fondouk et au-delà en avril 1943. La campagne de la libération de l’Europe fournit aussi d’autres exemples de charges folles réussies : celle de la prise d’un pont sur le canal Meuse-Escaut par les Sherman de la Guards Armoured Division, le 10 septembre 1944.
Combattre à bord d’un tank
Pour nombre de tankiste chaque combat offre la perspective d’une fin terrible, à bord de l’engin en proie aux flammes. Heureux les chanceux dont l’explosion des munitions embarquées leur épargne l’agonie d’une mort affreuse. Si un obus pénètre dans le compartiment de combat, il va ricocher à l’intérieur, semant la destruction et mettant le feu aux munitions et au carburant, ainsi qu’à tout ce qui est inflammable. Si on survit à l’impact, on ne dispose alors que d’un laps de temps extrêmement court pour s’extirper du tank : quelques secondes à peine… Les tanks disposent souvent d’une issue de secours située dans le plancher de la caisse, mais si cette dernière est ouverte alors que le feu s’est déclaré, cela peut provoquer un appel d’air aux conséquences dramatiques. Sortis de l’engin en perdition, tout danger n’est alors pas écarté. Dans les deux camps, on n’hésite pas à mitrailler les équipages qui s’enfuient des tanks détruits : si un char peut être relativement facilement remplacé, il faut des mois pour former de bons tankistes.
La caisse des premiers secours doit être facile d’accès. On se brûle ou on se blesse facilement à l’intérieur du tank dans le feu de l’action : le recul de la pièce principale ou un mouvement de tourelle intempestif suffit. La mort peut survenir aussi au bivouac, lorsqu’un équipage qui s’est installé pour la nuit sous son engin, se croyant ainsi à l’abri, péri écrasé car le sol s’avère trop meuble pour supporter le poids du char. Le moment du bivouac est aussi celui de la maintenance, un fardeau pour des équipages souvent exténués. Tandis que deux hommes s’affairent à nettoyer le tube du canon, les autres membres d’équipage doivent inspecter le moteur et les chenilles. Au campement, il faut en effet vider l’engin des douilles de mitrailleuses vides, refaire le plein d’obus et d’essence, soit « environ un heure, après quoi nous étions prêts à manger », rapporte Kenneth Riley, un tankiste du 48 RTR opérant en Italie.
L’impression de claustrophobie peut être pesante, même à bord des engins les plus spacieux, notion toute relative car ils restent tous exigus. Les parois intérieures ne sont pas forcément sales et huileuses : au contraire, l’engin est maintenu le plus propre possible afin que la peinture blanche produise le plus grand effet lumineux possible. Lorsque le moteur tourne, il appelle de l’air via la tourelle, ce qui peut frigorifier l’équipage en hiver. Celui-ci est par ailleurs virtuellement aveugle. C’est pourquoi les chefs de chars sont contraints de sortir leur tête, voire le buste, de leur écoutille de tourelle, faute d’être en mesure de diriger leur tank efficacement à travers les épiscopes. La tâche de diriger un char est ardue, même sans avoir à manipuler l’armement du blindé : l’attention du chef est en effet partagée entre la carte, les jumelles, la radio et l’intercom…
Quant à la pratique-universelle et nécessaire- d’exposer sa tête hors de la tourelle, elle présente des risques évidents : on pourrait multiplier à l’envi les exemples de chefs de chars tués par une balle de sniper ou étêté par un éclat ou un obus. Lors de l’attaque sur Hammam Lif, à la toute fin de la campagne de Tunisie, une mésaventure plus originale survient au lieutenant Waterson en franchissant un chemin fer à bord de son Sherman : « En traversant la voie ferrée, je me suis retrouvé avec environ quatre câbles de télégraphe contre le cou, m’étranglant progressivement. Cela m’empêchait de parler au conducteur par l’intercom pour lui dire de faire marche arrière. Fort heureusement, je portais des gants en cuir et, avec l’énergie du désespoir, j’ai réussi à repousser les câbles au-dessus de ma tête et évité d’être catapulté hors de la tourelle, ou pire encore, être décapité. » Il faut aussi s’exposer à l’extérieur alors que l’acier fend l’air de toutes part, si on se rapporte à l’anecdote pour le moins inhabituelle que rapporte le lieutenant John Semken, tankiste au Nottinghamshire Yeomanry (Sherwood Rangers). Semken raconte combien les obus de 75 mm sont fragiles et que le risque est de le coincer s’il est cabossé. Dans ce cas, en tentant de l’extraire en ouvrant la culasse, on court le risque de se retrouver avec la douille seule entre les mains, la charge propulsive se répandant sur le sol du compartiment de combat du tank. La seule solution pour décoincer l’ogive de l’obus demeurée coincé dans l’âme du canon est de sortir et d’enfoncer la tige de nettoyage dans le tube. Pratique indubitablement déplaisante sous le feu de l’ennemi…
On aménage l’espace intérieur pour embarquer l’équipement personnel, l’essentiel étant disposé dans des caisses à rangement à l’extérieur, et plus encore dans divers sacs arrimés tant bien que mal aux côtés d’effets plus encombrants tels que couvertures et autres toiles de tente ou filets de camouflage. Le sommet en la matière est atteint par les formations engagées dans le désert, dans un environnement démuni dans lequel tous les impedimenta du soldat en campagne doivent être embarqués. Pour ce qui est des commodités, la pratique courante est d’uriner dans une douille vide. En Italie, le Major Hamilton fixe un siège de toilette sur la caisse de son char, mais utilisable à l’évidence uniquement en période calme…
L’uniformité n’empêche pas de donner une touche personnelle à son engin. Cela peut prendre la forme d’une décoration provenant du butin pris à l’ennemi, comme un casque, ou encore une poupée. Les blindés arborent également tous un nom de baptême, commençant normalement avec la lettre de leur compagnie : A pour Company A, B pour Company B, etc. Les prénoms féminins ont la cote, mais l’imagination et l’originalité donnent ici toute leur mesure : Calamity Jane, Satan’s Chariot… La palme de l’inattendu peut être décernée au Sherman du QG de la 5th Armoured Brigade à l’automne 1944 : les huit engins sont nommés à partir de Blanche Neige et des Sept Nains.
L’avantage du nombre
Les tankistes du Commonwealth combattent le plus souvent avec l’avantage d’une nette supériorité numérique. Au cours de la guerre du désert, la 8th Army bénéficie presque toujours d’une supériorité numérique en chars confortable : 735 contre 390 pour Crusader, 849 contre 560 à Gazala, 650 contre 93 à Bouerat… Pour l’offensive à El Alamein le 23 octobre 1942, la 8th Army ne compte pas moins de 1 029 tanks opérationnels (outre les engins démineurs), plus du double du parc blindé germano-italien. Les Britanniques possèdent en outre 200 autres tanks en réserve immédiate, tandis que 1 000 autres sont en réparation ou sont en cours de modification dans des ateliers en Egypte. Un avantage qui perdure en Tunisie, en Sicile, en Italie et au cours de la campagne du nord-ouest. Une supériorité d’autant plus marquée qu’elle s’accompagne d’un avantage souvent plus écrasant en artillerie, en soutien aérien, ainsi que dans l’approvisionnement en munitions.
L’exemple de la bataille de Normandie suffit à résumer les avantages et les difficultés rencontrés par les équipages de tanks anglais. Pour l’opération Goodwood, la plus grande bataille de chars de la bataille de Normandie, le VIII Corps possède 750 chars moyens. 450 autres tanks moyens seront en soutien des divisions d’infanterie engagées dans les attaques de flanc. Soit un total de 1 200 tanks (sans compter les Stuart et les TD M 10). Les Allemands disposent de pas moins de 344 Panzer et StuG opérationnels, mais seulement 160 à proximité immédiate de l’assaut initial.
Des Cruisers A10 aux Cromwell, des Infantry Tanks Matilda aux Churchill, des tanks américains M3 Stuart aux M4 Sherman, les équipages britanniques doivent le plus souvent combattre à bord de « montures » moins bien armées et au blindage le plus souvent, El Alamein représentant l’exception majeure à ce constat accablant. Il faut aussi compter avec les limitations techniques de l’époque. Les blindés ne sont pas équipés de système de repérage et de vision nocturne : les équipages sont aveugles de nuit. Faute de gyroscopes, le tir en mouvement est très peu précis. Les optiques alliées restent aussi inférieurs à ceux des Allemands. Si la redoutable pièce de 17 pounder semble rétablir l’équilibre, elle n’est aucunement la panacée : les Sherman « Firefly » et les Comet sont des engins rares (84 « Firefly » en ligne en Normandie le 11 juin et seulement 232 au 30 juillet). Par ailleurs, le flash du tir révèle la position du tank à l’adversaire et le souffle de départ soulève invariablement un nuage de poussière. La longueur du tube trahit également le 17 pounder…
Des pertes élevées
Les pertes sont souvent conséquentes. Le BEF perd 689 chars en 1940 et la 8th Army 1 188 tanks à Gazala en 1942. Au 20 juillet 1944, après l’interruption de l’opération Goodwood, le RAC indique les pertes depuis le 6 juin à 931 Sherman, 140 Churchill et 205 Cromwell, soit 1 276 tanks, c’est à dire la bagatelle de 41% des engins déployés en Normandie. Les pertes sont telles que le 21st Army Group ne peut se permettre de réitérer une autre opération de ce genre. Le mois de juillet se solde par une moyenne de 35% d’engins perdus au sein des régiments équipés de Sherman, contre 25% selon les prévisions (mais seulement 7% d’après les études précédant Overlord). Le 21st Army Group manque donc de M4 puisque 246 engins seulement ont été envoyé pour remplacer les 493 définitivement détruits en date du 20 juillet. 388 chars Sherman sont donc cédés par les Américains en urgence pour remédier à la situation. En juillet, le 2nd Armoured Replacement Group n’est en mesure de livrer que 16 tanks par jour aux unités en ligne. Les blindés endommagés s’accumulent à l’arrière. Le RAC manque aussi de tankistes entraînés : cinq régiments blindés devront être dissous pour répondre aux besoins.
Pour autant, les Britanniques savent rendre coup pour coup. Au cours d’Epsom, disposant d’un avantage initial de 3 contre 1, les unités blindées britanniques ont particulièrement soufferts sur la côte 112 et 150 blindés anglais sont détruits ou nécessitent plus de 24 heures de réparation. Mais, en face, les pertes allemandes sont alarmantes : 120 Panzer sont touchés. Les Panzer ne sont pas immunisés contre les frappes à courtes portées ni les embuscades. Le 23 juin, peu de temps avant Epsom, et alors même que les opérations menées par la 51st ID vont s’avérer infructueuses, le 13th/18th Royal Hussars remporte un succès de taille sur les Panzer du Kampfgruppe Luck, évoluant en colonne : les Anglais revendiquent 13 chars à leur palmarès, contre aucune perte chez eux.
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Le « tank crewman » est moins célébré que le « Panzerschütze » allemand, mais son mérite et ses faits d’armes ne sont pourtant pas moindres. Etre tankiste britannique signifie le plus souvent combattre à bord d’un engin inférieur à ceux des Allemands et susceptible d’être facilement mis hors de combat par le moindre Pak embusqué. Pendant la seconde partie de la guerre, la multiplication des armes antichars portatives (lance-roquettes Panzerfaust ou Panzerschreck) ne fait qu’accentuer la dangerosité du service au sein du Royal Tank Corps.
Les hommes doivent aussi compter avec l’esprit de « cavalerie » qui règne au sein de certains états-majors britanniques, avec la recherche d’un certain panache, ainsi qu’à une méconnaissance ou un déni des réalités tactiques. Des unités mènent de véritables charges dignes d’un autre âge, ce qui mène à de tragédies, comme la destruction de la 23rd Armoured Brigade à Ruweisat en juillet 1942 (première bataille d’El Alamein), ou à un sacrifice comme l’attaque de la 9th Armoured Brigade sur Tell-el-Aqqaqir en novembre 1942 (seconde bataille d’El Alamein), ou encore à un franc succès, comme 26th Armoured Brigade à Fondouk et au-delà en avril 1943. La campagne de la libération de l’Europe fournit aussi d’autres exemples de charges folles réussies : celle de la prise d’un pont sur le canal Meuse-Escaut par les Sherman de la Guards Armoured Division, le 10 septembre 1944.
Combattre à bord d’un tank
Pour nombre de tankiste chaque combat offre la perspective d’une fin terrible, à bord de l’engin en proie aux flammes. Heureux les chanceux dont l’explosion des munitions embarquées leur épargne l’agonie d’une mort affreuse. Si un obus pénètre dans le compartiment de combat, il va ricocher à l’intérieur, semant la destruction et mettant le feu aux munitions et au carburant, ainsi qu’à tout ce qui est inflammable. Si on survit à l’impact, on ne dispose alors que d’un laps de temps extrêmement court pour s’extirper du tank : quelques secondes à peine… Les tanks disposent souvent d’une issue de secours située dans le plancher de la caisse, mais si cette dernière est ouverte alors que le feu s’est déclaré, cela peut provoquer un appel d’air aux conséquences dramatiques. Sortis de l’engin en perdition, tout danger n’est alors pas écarté. Dans les deux camps, on n’hésite pas à mitrailler les équipages qui s’enfuient des tanks détruits : si un char peut être relativement facilement remplacé, il faut des mois pour former de bons tankistes.
La caisse des premiers secours doit être facile d’accès. On se brûle ou on se blesse facilement à l’intérieur du tank dans le feu de l’action : le recul de la pièce principale ou un mouvement de tourelle intempestif suffit. La mort peut survenir aussi au bivouac, lorsqu’un équipage qui s’est installé pour la nuit sous son engin, se croyant ainsi à l’abri, péri écrasé car le sol s’avère trop meuble pour supporter le poids du char. Le moment du bivouac est aussi celui de la maintenance, un fardeau pour des équipages souvent exténués. Tandis que deux hommes s’affairent à nettoyer le tube du canon, les autres membres d’équipage doivent inspecter le moteur et les chenilles. Au campement, il faut en effet vider l’engin des douilles de mitrailleuses vides, refaire le plein d’obus et d’essence, soit « environ un heure, après quoi nous étions prêts à manger », rapporte Kenneth Riley, un tankiste du 48 RTR opérant en Italie.
L’impression de claustrophobie peut être pesante, même à bord des engins les plus spacieux, notion toute relative car ils restent tous exigus. Les parois intérieures ne sont pas forcément sales et huileuses : au contraire, l’engin est maintenu le plus propre possible afin que la peinture blanche produise le plus grand effet lumineux possible. Lorsque le moteur tourne, il appelle de l’air via la tourelle, ce qui peut frigorifier l’équipage en hiver. Celui-ci est par ailleurs virtuellement aveugle. C’est pourquoi les chefs de chars sont contraints de sortir leur tête, voire le buste, de leur écoutille de tourelle, faute d’être en mesure de diriger leur tank efficacement à travers les épiscopes. La tâche de diriger un char est ardue, même sans avoir à manipuler l’armement du blindé : l’attention du chef est en effet partagée entre la carte, les jumelles, la radio et l’intercom…
Quant à la pratique-universelle et nécessaire- d’exposer sa tête hors de la tourelle, elle présente des risques évidents : on pourrait multiplier à l’envi les exemples de chefs de chars tués par une balle de sniper ou étêté par un éclat ou un obus. Lors de l’attaque sur Hammam Lif, à la toute fin de la campagne de Tunisie, une mésaventure plus originale survient au lieutenant Waterson en franchissant un chemin fer à bord de son Sherman : « En traversant la voie ferrée, je me suis retrouvé avec environ quatre câbles de télégraphe contre le cou, m’étranglant progressivement. Cela m’empêchait de parler au conducteur par l’intercom pour lui dire de faire marche arrière. Fort heureusement, je portais des gants en cuir et, avec l’énergie du désespoir, j’ai réussi à repousser les câbles au-dessus de ma tête et évité d’être catapulté hors de la tourelle, ou pire encore, être décapité. » Il faut aussi s’exposer à l’extérieur alors que l’acier fend l’air de toutes part, si on se rapporte à l’anecdote pour le moins inhabituelle que rapporte le lieutenant John Semken, tankiste au Nottinghamshire Yeomanry (Sherwood Rangers). Semken raconte combien les obus de 75 mm sont fragiles et que le risque est de le coincer s’il est cabossé. Dans ce cas, en tentant de l’extraire en ouvrant la culasse, on court le risque de se retrouver avec la douille seule entre les mains, la charge propulsive se répandant sur le sol du compartiment de combat du tank. La seule solution pour décoincer l’ogive de l’obus demeurée coincé dans l’âme du canon est de sortir et d’enfoncer la tige de nettoyage dans le tube. Pratique indubitablement déplaisante sous le feu de l’ennemi…
On aménage l’espace intérieur pour embarquer l’équipement personnel, l’essentiel étant disposé dans des caisses à rangement à l’extérieur, et plus encore dans divers sacs arrimés tant bien que mal aux côtés d’effets plus encombrants tels que couvertures et autres toiles de tente ou filets de camouflage. Le sommet en la matière est atteint par les formations engagées dans le désert, dans un environnement démuni dans lequel tous les impedimenta du soldat en campagne doivent être embarqués. Pour ce qui est des commodités, la pratique courante est d’uriner dans une douille vide. En Italie, le Major Hamilton fixe un siège de toilette sur la caisse de son char, mais utilisable à l’évidence uniquement en période calme…
L’uniformité n’empêche pas de donner une touche personnelle à son engin. Cela peut prendre la forme d’une décoration provenant du butin pris à l’ennemi, comme un casque, ou encore une poupée. Les blindés arborent également tous un nom de baptême, commençant normalement avec la lettre de leur compagnie : A pour Company A, B pour Company B, etc. Les prénoms féminins ont la cote, mais l’imagination et l’originalité donnent ici toute leur mesure : Calamity Jane, Satan’s Chariot… La palme de l’inattendu peut être décernée au Sherman du QG de la 5th Armoured Brigade à l’automne 1944 : les huit engins sont nommés à partir de Blanche Neige et des Sept Nains.
L’avantage du nombre
Les tankistes du Commonwealth combattent le plus souvent avec l’avantage d’une nette supériorité numérique. Au cours de la guerre du désert, la 8th Army bénéficie presque toujours d’une supériorité numérique en chars confortable : 735 contre 390 pour Crusader, 849 contre 560 à Gazala, 650 contre 93 à Bouerat… Pour l’offensive à El Alamein le 23 octobre 1942, la 8th Army ne compte pas moins de 1 029 tanks opérationnels (outre les engins démineurs), plus du double du parc blindé germano-italien. Les Britanniques possèdent en outre 200 autres tanks en réserve immédiate, tandis que 1 000 autres sont en réparation ou sont en cours de modification dans des ateliers en Egypte. Un avantage qui perdure en Tunisie, en Sicile, en Italie et au cours de la campagne du nord-ouest. Une supériorité d’autant plus marquée qu’elle s’accompagne d’un avantage souvent plus écrasant en artillerie, en soutien aérien, ainsi que dans l’approvisionnement en munitions.
L’exemple de la bataille de Normandie suffit à résumer les avantages et les difficultés rencontrés par les équipages de tanks anglais. Pour l’opération Goodwood, la plus grande bataille de chars de la bataille de Normandie, le VIII Corps possède 750 chars moyens. 450 autres tanks moyens seront en soutien des divisions d’infanterie engagées dans les attaques de flanc. Soit un total de 1 200 tanks (sans compter les Stuart et les TD M 10). Les Allemands disposent de pas moins de 344 Panzer et StuG opérationnels, mais seulement 160 à proximité immédiate de l’assaut initial.
Des Cruisers A10 aux Cromwell, des Infantry Tanks Matilda aux Churchill, des tanks américains M3 Stuart aux M4 Sherman, les équipages britanniques doivent le plus souvent combattre à bord de « montures » moins bien armées et au blindage le plus souvent, El Alamein représentant l’exception majeure à ce constat accablant. Il faut aussi compter avec les limitations techniques de l’époque. Les blindés ne sont pas équipés de système de repérage et de vision nocturne : les équipages sont aveugles de nuit. Faute de gyroscopes, le tir en mouvement est très peu précis. Les optiques alliées restent aussi inférieurs à ceux des Allemands. Si la redoutable pièce de 17 pounder semble rétablir l’équilibre, elle n’est aucunement la panacée : les Sherman « Firefly » et les Comet sont des engins rares (84 « Firefly » en ligne en Normandie le 11 juin et seulement 232 au 30 juillet). Par ailleurs, le flash du tir révèle la position du tank à l’adversaire et le souffle de départ soulève invariablement un nuage de poussière. La longueur du tube trahit également le 17 pounder…
Des pertes élevées
Les pertes sont souvent conséquentes. Le BEF perd 689 chars en 1940 et la 8th Army 1 188 tanks à Gazala en 1942. Au 20 juillet 1944, après l’interruption de l’opération Goodwood, le RAC indique les pertes depuis le 6 juin à 931 Sherman, 140 Churchill et 205 Cromwell, soit 1 276 tanks, c’est à dire la bagatelle de 41% des engins déployés en Normandie. Les pertes sont telles que le 21st Army Group ne peut se permettre de réitérer une autre opération de ce genre. Le mois de juillet se solde par une moyenne de 35% d’engins perdus au sein des régiments équipés de Sherman, contre 25% selon les prévisions (mais seulement 7% d’après les études précédant Overlord). Le 21st Army Group manque donc de M4 puisque 246 engins seulement ont été envoyé pour remplacer les 493 définitivement détruits en date du 20 juillet. 388 chars Sherman sont donc cédés par les Américains en urgence pour remédier à la situation. En juillet, le 2nd Armoured Replacement Group n’est en mesure de livrer que 16 tanks par jour aux unités en ligne. Les blindés endommagés s’accumulent à l’arrière. Le RAC manque aussi de tankistes entraînés : cinq régiments blindés devront être dissous pour répondre aux besoins.
Pour autant, les Britanniques savent rendre coup pour coup. Au cours d’Epsom, disposant d’un avantage initial de 3 contre 1, les unités blindées britanniques ont particulièrement soufferts sur la côte 112 et 150 blindés anglais sont détruits ou nécessitent plus de 24 heures de réparation. Mais, en face, les pertes allemandes sont alarmantes : 120 Panzer sont touchés. Les Panzer ne sont pas immunisés contre les frappes à courtes portées ni les embuscades. Le 23 juin, peu de temps avant Epsom, et alors même que les opérations menées par la 51st ID vont s’avérer infructueuses, le 13th/18th Royal Hussars remporte un succès de taille sur les Panzer du Kampfgruppe Luck, évoluant en colonne : les Anglais revendiquent 13 chars à leur palmarès, contre aucune perte chez eux.
Transmettre l’Histoire: enseigner, publier…
Independant Tank Battalions en Normandie. Premiers combats, juin 1944.
LE “TOMMY” EN NORMANDIE. LE QUOTIDIEN.
Avril-mai 1943, l’offensive et la victoire finale des Alliés. “Strike” et “Vulcan”
Avril 1943, échec à Foundouk