Walter Klein, sous-officier du personnel médical au Kampfgruppe Heintz, unité de la 275. ID rattachée à la Panzer Lehr, rapporte son expérience du terrain de la percée de la 1st Army en juillet 1944. Nous avons respecté le style de son texte et seulement apporté quelques commentaires.
« Dans la matinée du 24 juillet 1944, je venais juste d’arriver à la position depuis le poste des premiers secours, lorsque nous avons été frappés par l’artillerie. Notre section anti-aérienne a eu 2 tués, 3 blessés graves et un blessé léger. Ma propre compagnie, à savoir la compagnie lourde du Kampfgruppe Heinz, n’a perdu qu’un seul homme. Avec l’aide de deux brancardiers et de l’unité médicale de la compagnie voisine, nous sommes retournés au poste des premiers secours pour y amener les blessés. Nous y sommes parvenus vers 9h00. A 9h15, il y avait une telle activité aérienne au-dessus de la ligne de front que pour revenir à notre position nous avons dû emprunter la route Saint-Lô-Vire. Nous portions les signes distinctifs prescrits et savions que les aviateurs américains n’ouvriraient pas le feu sur nous.
Il y avait environ 18-25 Lightning au-dessus du secteur de notre compagnie qui mitraillaient systématiquement chaque haie. Notre position se situait dans un secteur boisé et il était 11 heures lorsque nous quittâmes la route pour l’atteindre et suivre un chemin creux. Selon les ordres, j’ai présenté mon rapport au poste de commandement de la compagnie. Cependant, dans le chemin creux, j’ai découvert 5 artilleurs parachutistes de la 5. Fallschirmjäger-Division, blessés par des éclats de bombes. J’ai pansés leurs plaies et, comme ils étaient capables de marcher, je les ai envoyé vers le poste des premiers secours en compagnie d’un brancardier. Je ne sais pas quelle heure il était quand est survenue la grande attaque aérienne, mais il devait être 13 heures. Mes camarades, qui étaient positionnés au bout du chemin creux, m’on crié de les rejoindre. Ils avaient aménagé un abri sur un côté du chemin. Ce qui est survenu au cours des heures suivantes fût terrifiant. D’après nos calculs, 1 000 à 1 200 bombardiers ont pris part à l’attaque. Plus tard, lorsque j’étais prisonnier, j’ai lu dans un journal américain que cette « pluie de bombes » a été provoquée par 2 000 bombardiers. L’effet était dévastateur : toutes nos pièces de Flak et d’artillerie étaient détruites. Les Panzers, qui avaient essayé de s’éloigner, ont été détruit par des avions de chasse. Lorsqu’une vague d’avions était passée, nous pouvions entendre les cris des blessés et leurs appels à l’aide au personnel médical. J’ai eu juste le temps de transporter dans l’abri un camarade blessé, qui avait été sévèrement touché à la cuisse, qu’une seconde vague a commencé à bombarder. Il était impossible de prodiguer la moindre aide tant que le raid se poursuivait. Quelques compagnies de la 5. Fallschirmjäger-Division qui avaient essayé de se replier au nord, dans la direction de Marigny, furent intégralement anéanties par des Lightning, des chasseurs et des bombardiers. Ce jour-là, ma compagnie a perdu un officier et 34 sous-officiers et hommes du rang. L’attaque a duré approximativement 3 heures.
Nombre de nos jeunes camarades sont devenus fous et si les Américains avaient procédé à une attaque nocturne, ils n’auraient rencontré aucune résistance. A 19h50, j’ai apporté le dernier blessé au poste de secours. L’unité avait changé de position. L’opinion générale de mes camardes, et même des officiers, était que ce serait la fin si l’ennemi procédait à une nouvelle attaque. Nous n’avions plus d’armes lourdes. Il ne nous restait plus qu’un seul mortier lourd. Le front de Saint-Lô a beaucoup souffert de cette attaque. L’effet de l’attaque sur notre moral était pire que la perte des armes.
Le 25 juillet, les Américains ont commencé leur percée [on remarque que l’auteur ne mentionne que le bombardement du 24 juillet dans ses souvenirs, et non celui du 25 juillet, le véritable « carpet bombing » qui inaugure l’opération « Cobra ». Il y a visiblement confusion car le bombardement du 25 est bien survenu à 9h40, ce qui semble correspondre au témoignage que l’auteur date au 24]. Au lever du jour, comme la veille, d’innombrables chasseurs et avions d’observations survolaient le champ de bataille. Quasiment chaque trou d’homme a été bombardé. A 14h00, lorsque j’accompagnais quelques blessés au poste des premiers soins, j’ai découvert que des tanks américains étaient déjà en train de rouler le long de la route Saint-Lô-Vire. Canisy a été repris vers 15 heures par des détachements d’assaut de l’infanterie [le Kampfgruppe Heinz lance en effet une contre-attaque], mais n’a pas pu être tenu parce que la pression de l’ennemi était trop forte. Un poste d’observation installé dans un ordre a rapporté une grande concentration de tanks au nord de Canisy. Lorsque nos détachements d’assaut se sont repliés de Canisy, ils se sont trouvés sous les tirs des tanks qui les suivaient. A 19h00, l’ennemi s’était avancé à droite et à gauche de part et d’autre de Canisy. Les unités de Fallschirmjäger, qui étaient en position sur notre gauche, ont été capturées par l’ennemi et nous étions menacés du même sort si nous ne nous replions pas. Mais l’ordre de se replier en direction de Vire transmis par un lieutenant du régiment d’infanterie de la 352. Infanterie-Division [l’auteur parle de « 352ème régiment » : confusion avec la division –ou plutôt le Kampfgruppe- ou voulait-il signifier un régiment de la 352. ID sans préciser lequel ?] ne sous est pas parvenu avant 21h15 le 26 juillet. Nous sommes parvenus à nous replier à la tombée de la nuit, harassés par les mortiers de tranchées ennemis. Toutefois, nous dûmes abandonner aux Américains le poste des premiers secours avec 78 blessés graves. Deux brancardiers, qui avaient été légèrement touchés, un officier, un chirurgien et la moitié de l’équipement médical de la troupe ont été laissés avec les blessés. J’ai reçu l’ordre de suivre le reste du Kampfgruppe avec 14 blessés capables de se déplacer.
Dans la matinée du 27 juillet, nous avons occupé une nouvelle position au nord-ouest de Vire. J’ai laissé les blessés à un poste de premiers soins d’une unité de Fallschirmjäger. Ce jour-là, il n’y a pas eu d’activité de combat notable.
Le moral des camarades blessés, qui furent récupéré dans la zone de combat grâce aux brancardiers, était bon lorsqu’ils n’étaient pas trop gravement atteints. La plupart ont donné libre cours à leurs sentiments en déclarant que la résistance, toute la guerre, était une « échec ». Un caporal, décoré de la Deutshe Kreuz en or pour avoir détruits cinq tanks avec des mines antichars sur le front de l’Est m’a dit : « Je vais te dire un chose le « Sani », ce n’est plus la guerre ici en Normandie. L’ennemi est supérieur en hommes et en matériels. Nous sommes tout simplement envoyés à la mort avec des armes en nombre insuffisant. Notre haut-commandement ne fait rien pour nous aider. Pas d’avions, pas assez de munitions pour notre artillerie. » Et de conclure : « Eh bien, pour moi la guerre est finie. »
Un fantassin de ma compagnie, qui était sévèrement blessé à l’épaule, déclara : « Ce bout d’acier qui m’a touché aurait dû frapper la tête du Führer le 20 juillet et la guerre serait déjà finie. »
Un autre camarade, qui m’a aidé à transporter ce fantassin dit de son côté : « Je me fous de tout. Deux de mes frères ont été sacrifié à Stalingrad et c’était bien inutile. Et ici, c’est la même histoire. »
Il y avait presque personne pour être navré d’être blessé. Beaucoup des jeunes camarades demandaient si leurs blessures étaient suffisantes. Ils voulaient savoir s’ils allaient être renvoyés à la maison ou seulement envoyés au poste de secours principal. Les hommes qui étaient légèrement touchés étaient renvoyés en unité au bout de cinq jours. Les hommes qui avaient perdu un doigt ou qui avaient été traversé par une balle dans les jambes sans cassure des os étaient renvoyés. Les hommes blessés par une éraflure n’étaient envoyés qu’au poste de la section. Par conséquent, les jeunes estimaient qu’il était préférable d’être sérieusement touché afin d’être envoyé à un hôpital de campagne, ou à la maison, ce qui serait le mieux.
90 % de descriptions de combat qu’ils faisaient étaient les mêmes. Les Panzers allemands étaient trop gros pour être employés en Normandie. Lorsqu’ils évoluaient le long des chemins creux, ils n’avaient aucun champ de vision, pas plus qu’ils ne pouvaient opérer entre les haies. En comparaison, les tanks Sherman, avec leur silhouette haute et étroite, jouissaient de tous les avantages. En revanche, les haies permettaient aux groupes de « casseurs de chars » de s’approcher des tanks ennemis sans être vus. Les grenades à main constituaient sans nul doute notre meilleure arme pour détruire des tanks. Le fantassin américain n’était considéré ni entreprenant ni brave. Personnellement, je ne partage pas cette opinion. Selon moi, le commandement américain ne voulait scarifier qu’aussi peu d’hommes que possible. Si l’infanterie américaine ne s’approchait pas de nos positions, ce n’était pas par lâcheté mais parce qu’ils avaient reçus l’ordre de se replier dès qu’ils étaient confrontés à une forte résistance et d’attendre que l’aviation et les armes lourdes aient épuisé l’ennemi. Nos fantassins ne pouvaient compter sur aucune aide et celui qui a vu l’infanterie russe ne pouvait avoir une meilleure opinion de l’infanterie américaine.
Le 27 juillet 1944. Durant la nuit du 26 au 27, nous avons reçu l’ordre par radio de rejoindre une partie de la Panzergrenadier-Division « Göts von Berlichingen » au nord-ouest de Vire. Nous devions coopérer avec eux et le reliquat de la 352. ID, sous le commandement du capitaine Lepper (à partir de ce jour, les restes du Kampgruppe Heinz furent incorporés au Gruppe Lepper), pour percer à travers la menace d’encerclement près de Vire, de façon à permettre de s’échapper aux restes des divisions « Hitlerjugend » [le témoin commet ici une erreur : cette unité est engagée sur le front de Caen], « Götz von Berlichingen », « Das Reich » et 5. Fallschirmjäger.
A midi, nous commençâmes l’attaque. On nous avait promis un détachement d’artillerie et une compagnie de pionniers avec des armes lourdes en renforts. Ces derniers consistent en fait à 16 artilleurs sans canons et 12 soldats de la compagnie de pionniers sans lance-flammes sous le commandement d’un lieutenant. Nous avons essayé de nous rapprocher des lignes ennemies, couverts autant que possible. Toutefois, ayant observé nos mouvements, l’infanterie américaine s’est repliée en direction de Marigny et nous avons été durement frappé par l’artillerie. Un coup direct tua tous nos officiers, à l’exception du capitaine Lepper, du capitaine Hicketier et du commandant du régiment d’infanterie de la 352. ID [même problème que signalé plus haut. L’auteur parle de « régiment » : confusion avec la division ou voulait-il signifier un régiment de la 352. ID sans préciser lequel ?]. Pendant l’attaque, je n’ai vu aucun Tiger du détachement de Panzers de la division SS « Götz von Berlichingen » [et pour cause : cette division n’en engerbe aucun. Les Tiger sont alors face aux Britanniques et uniquement au sein de bataillons de chars lourds indépendants] et seulement un char des services médicaux [il s’agit vraisemblablement d’un semi-chenillé SPW]. L’ennemi reçut plus de renforts depuis la direction de Granville et, deux heures plus tard, à 14 heures, il passa à l’offensive. Nous sommes néanmoins parvenus à stopper cette attaque. Le rapport de force était approximativement de 20 contre 1, sans mentionner le fait que nos seules armes consistaient en deux mortiers de tranchées de 8 cm. 50 à 60 tanks ennemis étaient face au secteur de ma compagnie (nous étions 36 hommes au début de l’attaque, en incluant le commandant de compagnie). Le terrain boisé et les haies qui constellaient la zone de combat ont ralenti l’avance des tanks ennemis. Nous nous sommes assemblés dans la vallée de la Vire. Nous n’avons connu cette information qu’au début du combat. Il ne restât qu’environ 10% de notre force de combat. Il ne demeurait que 11 hommes dans ma compagnie. L’armée était une fois de plus sacrifiée pour sauver les unités SS et leur éviter d’être capturées. Nous dûmes de nouveau laisser 178 blessés derrière nous. Nous passâmes la nuit dans un bois qui bordait la Vire.
28 juillet 1944. Dans la matinée du 28 juillet, nous tentions de trouver une brèche pour échapper à l’encerclement en marchant le long des haies. Nos officiers ont repoussé notre suggestion de nous rendre en raison du manque de munitions et du caractère désespéré de notre situation. Nous évitions les villages. Dans la soirée, alors que nos hommes s’approchaient, des terroristes qui se sont ensuite enfuis nous ont tiré dessus depuis une ferme. Nous n’eûmes rien à manger pendant cinq jours, mis à part des fruits verts et nos « rations de fer » prises sur nos camarades morts. Nous avons passé la nuit et la journée du 29 juillet dans un bois de chênes.
29 juillet 1944. Nous n’avons continué notre chemin qu’à la faveur de la nuit. Un paysan français nous a indiqué qu’il y avait une bèche dans l’encerclement près de Vire. Il nous indiqua l’endroit exact sur la carte du commandant du régiment d’infanterie de la 352. ID.
30 juillet 1944. Dans la matinée, 150 hommes nous ont rejoint alors que nous traversions un bois. C’était des égarés de plusieurs unités. Lorsqu’à 6h00 nous sommes arrivés à l’endroit que nous avait décrit le fermier français, nous avons été soumis à un feu nourri depuis des broussailles qui étaient occupées par des Américains. J’ai posé des pansements aux blessés, tandis que personne ne me tirait dessus. Je voudrais répéter le fait que l’infanterie, les tanks et les aviateurs américains se battaient de façon correcte. Déjà, lors de la bataille pour Saint-Lô, nous avions fait l’expérience que tous ceux qui portaient la croix rouge pouvaient venir en aide à leurs blessés sans se faire tirer dessus. Les pertes de notre personnel médical étaient dues à l’artillerie ou aux attaques de bombardiers. J’ai été fait prisonnier à 7h00. Le capitaine américain, qui commandait la position, nous a permis de ramasser nos blessés avec l’assistance d’un chirurgien et de trois officiers médecins de l’armée américaine. J’ai également aidé à ramener les blessés américains. 18 heures plus tard, cette tâche était finie et j’ai été transféré vers une zone de rassemblement pour prisonniers de guerre. »
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Walter Klein, sous-officier du personnel médical au Kampfgruppe Heintz, unité de la 275. ID rattachée à la Panzer Lehr, rapporte son expérience du terrain de la percée de la 1st Army en juillet 1944. Nous avons respecté le style de son texte et seulement apporté quelques commentaires.
« Dans la matinée du 24 juillet 1944, je venais juste d’arriver à la position depuis le poste des premiers secours, lorsque nous avons été frappés par l’artillerie. Notre section anti-aérienne a eu 2 tués, 3 blessés graves et un blessé léger. Ma propre compagnie, à savoir la compagnie lourde du Kampfgruppe Heinz, n’a perdu qu’un seul homme. Avec l’aide de deux brancardiers et de l’unité médicale de la compagnie voisine, nous sommes retournés au poste des premiers secours pour y amener les blessés. Nous y sommes parvenus vers 9h00. A 9h15, il y avait une telle activité aérienne au-dessus de la ligne de front que pour revenir à notre position nous avons dû emprunter la route Saint-Lô-Vire. Nous portions les signes distinctifs prescrits et savions que les aviateurs américains n’ouvriraient pas le feu sur nous.
Il y avait environ 18-25 Lightning au-dessus du secteur de notre compagnie qui mitraillaient systématiquement chaque haie. Notre position se situait dans un secteur boisé et il était 11 heures lorsque nous quittâmes la route pour l’atteindre et suivre un chemin creux. Selon les ordres, j’ai présenté mon rapport au poste de commandement de la compagnie. Cependant, dans le chemin creux, j’ai découvert 5 artilleurs parachutistes de la 5. Fallschirmjäger-Division, blessés par des éclats de bombes. J’ai pansés leurs plaies et, comme ils étaient capables de marcher, je les ai envoyé vers le poste des premiers secours en compagnie d’un brancardier. Je ne sais pas quelle heure il était quand est survenue la grande attaque aérienne, mais il devait être 13 heures. Mes camarades, qui étaient positionnés au bout du chemin creux, m’on crié de les rejoindre. Ils avaient aménagé un abri sur un côté du chemin. Ce qui est survenu au cours des heures suivantes fût terrifiant. D’après nos calculs, 1 000 à 1 200 bombardiers ont pris part à l’attaque. Plus tard, lorsque j’étais prisonnier, j’ai lu dans un journal américain que cette « pluie de bombes » a été provoquée par 2 000 bombardiers. L’effet était dévastateur : toutes nos pièces de Flak et d’artillerie étaient détruites. Les Panzers, qui avaient essayé de s’éloigner, ont été détruit par des avions de chasse. Lorsqu’une vague d’avions était passée, nous pouvions entendre les cris des blessés et leurs appels à l’aide au personnel médical. J’ai eu juste le temps de transporter dans l’abri un camarade blessé, qui avait été sévèrement touché à la cuisse, qu’une seconde vague a commencé à bombarder. Il était impossible de prodiguer la moindre aide tant que le raid se poursuivait. Quelques compagnies de la 5. Fallschirmjäger-Division qui avaient essayé de se replier au nord, dans la direction de Marigny, furent intégralement anéanties par des Lightning, des chasseurs et des bombardiers. Ce jour-là, ma compagnie a perdu un officier et 34 sous-officiers et hommes du rang. L’attaque a duré approximativement 3 heures.
Nombre de nos jeunes camarades sont devenus fous et si les Américains avaient procédé à une attaque nocturne, ils n’auraient rencontré aucune résistance. A 19h50, j’ai apporté le dernier blessé au poste de secours. L’unité avait changé de position. L’opinion générale de mes camardes, et même des officiers, était que ce serait la fin si l’ennemi procédait à une nouvelle attaque. Nous n’avions plus d’armes lourdes. Il ne nous restait plus qu’un seul mortier lourd. Le front de Saint-Lô a beaucoup souffert de cette attaque. L’effet de l’attaque sur notre moral était pire que la perte des armes.
Le 25 juillet, les Américains ont commencé leur percée [on remarque que l’auteur ne mentionne que le bombardement du 24 juillet dans ses souvenirs, et non celui du 25 juillet, le véritable « carpet bombing » qui inaugure l’opération « Cobra ». Il y a visiblement confusion car le bombardement du 25 est bien survenu à 9h40, ce qui semble correspondre au témoignage que l’auteur date au 24]. Au lever du jour, comme la veille, d’innombrables chasseurs et avions d’observations survolaient le champ de bataille. Quasiment chaque trou d’homme a été bombardé. A 14h00, lorsque j’accompagnais quelques blessés au poste des premiers soins, j’ai découvert que des tanks américains étaient déjà en train de rouler le long de la route Saint-Lô-Vire. Canisy a été repris vers 15 heures par des détachements d’assaut de l’infanterie [le Kampfgruppe Heinz lance en effet une contre-attaque], mais n’a pas pu être tenu parce que la pression de l’ennemi était trop forte. Un poste d’observation installé dans un ordre a rapporté une grande concentration de tanks au nord de Canisy. Lorsque nos détachements d’assaut se sont repliés de Canisy, ils se sont trouvés sous les tirs des tanks qui les suivaient. A 19h00, l’ennemi s’était avancé à droite et à gauche de part et d’autre de Canisy. Les unités de Fallschirmjäger, qui étaient en position sur notre gauche, ont été capturées par l’ennemi et nous étions menacés du même sort si nous ne nous replions pas. Mais l’ordre de se replier en direction de Vire transmis par un lieutenant du régiment d’infanterie de la 352. Infanterie-Division [l’auteur parle de « 352ème régiment » : confusion avec la division –ou plutôt le Kampfgruppe- ou voulait-il signifier un régiment de la 352. ID sans préciser lequel ?] ne sous est pas parvenu avant 21h15 le 26 juillet. Nous sommes parvenus à nous replier à la tombée de la nuit, harassés par les mortiers de tranchées ennemis. Toutefois, nous dûmes abandonner aux Américains le poste des premiers secours avec 78 blessés graves. Deux brancardiers, qui avaient été légèrement touchés, un officier, un chirurgien et la moitié de l’équipement médical de la troupe ont été laissés avec les blessés. J’ai reçu l’ordre de suivre le reste du Kampfgruppe avec 14 blessés capables de se déplacer.
Dans la matinée du 27 juillet, nous avons occupé une nouvelle position au nord-ouest de Vire. J’ai laissé les blessés à un poste de premiers soins d’une unité de Fallschirmjäger. Ce jour-là, il n’y a pas eu d’activité de combat notable.
Le moral des camarades blessés, qui furent récupéré dans la zone de combat grâce aux brancardiers, était bon lorsqu’ils n’étaient pas trop gravement atteints. La plupart ont donné libre cours à leurs sentiments en déclarant que la résistance, toute la guerre, était une « échec ». Un caporal, décoré de la Deutshe Kreuz en or pour avoir détruits cinq tanks avec des mines antichars sur le front de l’Est m’a dit : « Je vais te dire un chose le « Sani », ce n’est plus la guerre ici en Normandie. L’ennemi est supérieur en hommes et en matériels. Nous sommes tout simplement envoyés à la mort avec des armes en nombre insuffisant. Notre haut-commandement ne fait rien pour nous aider. Pas d’avions, pas assez de munitions pour notre artillerie. » Et de conclure : « Eh bien, pour moi la guerre est finie. »
Un fantassin de ma compagnie, qui était sévèrement blessé à l’épaule, déclara : « Ce bout d’acier qui m’a touché aurait dû frapper la tête du Führer le 20 juillet et la guerre serait déjà finie. »
Un autre camarade, qui m’a aidé à transporter ce fantassin dit de son côté : « Je me fous de tout. Deux de mes frères ont été sacrifié à Stalingrad et c’était bien inutile. Et ici, c’est la même histoire. »
Il y avait presque personne pour être navré d’être blessé. Beaucoup des jeunes camarades demandaient si leurs blessures étaient suffisantes. Ils voulaient savoir s’ils allaient être renvoyés à la maison ou seulement envoyés au poste de secours principal. Les hommes qui étaient légèrement touchés étaient renvoyés en unité au bout de cinq jours. Les hommes qui avaient perdu un doigt ou qui avaient été traversé par une balle dans les jambes sans cassure des os étaient renvoyés. Les hommes blessés par une éraflure n’étaient envoyés qu’au poste de la section. Par conséquent, les jeunes estimaient qu’il était préférable d’être sérieusement touché afin d’être envoyé à un hôpital de campagne, ou à la maison, ce qui serait le mieux.
90 % de descriptions de combat qu’ils faisaient étaient les mêmes. Les Panzers allemands étaient trop gros pour être employés en Normandie. Lorsqu’ils évoluaient le long des chemins creux, ils n’avaient aucun champ de vision, pas plus qu’ils ne pouvaient opérer entre les haies. En comparaison, les tanks Sherman, avec leur silhouette haute et étroite, jouissaient de tous les avantages. En revanche, les haies permettaient aux groupes de « casseurs de chars » de s’approcher des tanks ennemis sans être vus. Les grenades à main constituaient sans nul doute notre meilleure arme pour détruire des tanks. Le fantassin américain n’était considéré ni entreprenant ni brave. Personnellement, je ne partage pas cette opinion. Selon moi, le commandement américain ne voulait scarifier qu’aussi peu d’hommes que possible. Si l’infanterie américaine ne s’approchait pas de nos positions, ce n’était pas par lâcheté mais parce qu’ils avaient reçus l’ordre de se replier dès qu’ils étaient confrontés à une forte résistance et d’attendre que l’aviation et les armes lourdes aient épuisé l’ennemi. Nos fantassins ne pouvaient compter sur aucune aide et celui qui a vu l’infanterie russe ne pouvait avoir une meilleure opinion de l’infanterie américaine.
Le 27 juillet 1944. Durant la nuit du 26 au 27, nous avons reçu l’ordre par radio de rejoindre une partie de la Panzergrenadier-Division « Göts von Berlichingen » au nord-ouest de Vire. Nous devions coopérer avec eux et le reliquat de la 352. ID, sous le commandement du capitaine Lepper (à partir de ce jour, les restes du Kampgruppe Heinz furent incorporés au Gruppe Lepper), pour percer à travers la menace d’encerclement près de Vire, de façon à permettre de s’échapper aux restes des divisions « Hitlerjugend » [le témoin commet ici une erreur : cette unité est engagée sur le front de Caen], « Götz von Berlichingen », « Das Reich » et 5. Fallschirmjäger.
A midi, nous commençâmes l’attaque. On nous avait promis un détachement d’artillerie et une compagnie de pionniers avec des armes lourdes en renforts. Ces derniers consistent en fait à 16 artilleurs sans canons et 12 soldats de la compagnie de pionniers sans lance-flammes sous le commandement d’un lieutenant. Nous avons essayé de nous rapprocher des lignes ennemies, couverts autant que possible. Toutefois, ayant observé nos mouvements, l’infanterie américaine s’est repliée en direction de Marigny et nous avons été durement frappé par l’artillerie. Un coup direct tua tous nos officiers, à l’exception du capitaine Lepper, du capitaine Hicketier et du commandant du régiment d’infanterie de la 352. ID [même problème que signalé plus haut. L’auteur parle de « régiment » : confusion avec la division ou voulait-il signifier un régiment de la 352. ID sans préciser lequel ?]. Pendant l’attaque, je n’ai vu aucun Tiger du détachement de Panzers de la division SS « Götz von Berlichingen » [et pour cause : cette division n’en engerbe aucun. Les Tiger sont alors face aux Britanniques et uniquement au sein de bataillons de chars lourds indépendants] et seulement un char des services médicaux [il s’agit vraisemblablement d’un semi-chenillé SPW]. L’ennemi reçut plus de renforts depuis la direction de Granville et, deux heures plus tard, à 14 heures, il passa à l’offensive. Nous sommes néanmoins parvenus à stopper cette attaque. Le rapport de force était approximativement de 20 contre 1, sans mentionner le fait que nos seules armes consistaient en deux mortiers de tranchées de 8 cm. 50 à 60 tanks ennemis étaient face au secteur de ma compagnie (nous étions 36 hommes au début de l’attaque, en incluant le commandant de compagnie). Le terrain boisé et les haies qui constellaient la zone de combat ont ralenti l’avance des tanks ennemis. Nous nous sommes assemblés dans la vallée de la Vire. Nous n’avons connu cette information qu’au début du combat. Il ne restât qu’environ 10% de notre force de combat. Il ne demeurait que 11 hommes dans ma compagnie. L’armée était une fois de plus sacrifiée pour sauver les unités SS et leur éviter d’être capturées. Nous dûmes de nouveau laisser 178 blessés derrière nous. Nous passâmes la nuit dans un bois qui bordait la Vire.
28 juillet 1944. Dans la matinée du 28 juillet, nous tentions de trouver une brèche pour échapper à l’encerclement en marchant le long des haies. Nos officiers ont repoussé notre suggestion de nous rendre en raison du manque de munitions et du caractère désespéré de notre situation. Nous évitions les villages. Dans la soirée, alors que nos hommes s’approchaient, des terroristes qui se sont ensuite enfuis nous ont tiré dessus depuis une ferme. Nous n’eûmes rien à manger pendant cinq jours, mis à part des fruits verts et nos « rations de fer » prises sur nos camarades morts. Nous avons passé la nuit et la journée du 29 juillet dans un bois de chênes.
29 juillet 1944. Nous n’avons continué notre chemin qu’à la faveur de la nuit. Un paysan français nous a indiqué qu’il y avait une bèche dans l’encerclement près de Vire. Il nous indiqua l’endroit exact sur la carte du commandant du régiment d’infanterie de la 352. ID.
30 juillet 1944. Dans la matinée, 150 hommes nous ont rejoint alors que nous traversions un bois. C’était des égarés de plusieurs unités. Lorsqu’à 6h00 nous sommes arrivés à l’endroit que nous avait décrit le fermier français, nous avons été soumis à un feu nourri depuis des broussailles qui étaient occupées par des Américains. J’ai posé des pansements aux blessés, tandis que personne ne me tirait dessus. Je voudrais répéter le fait que l’infanterie, les tanks et les aviateurs américains se battaient de façon correcte. Déjà, lors de la bataille pour Saint-Lô, nous avions fait l’expérience que tous ceux qui portaient la croix rouge pouvaient venir en aide à leurs blessés sans se faire tirer dessus. Les pertes de notre personnel médical étaient dues à l’artillerie ou aux attaques de bombardiers. J’ai été fait prisonnier à 7h00. Le capitaine américain, qui commandait la position, nous a permis de ramasser nos blessés avec l’assistance d’un chirurgien et de trois officiers médecins de l’armée américaine. J’ai également aidé à ramener les blessés américains. 18 heures plus tard, cette tâche était finie et j’ai été transféré vers une zone de rassemblement pour prisonniers de guerre. »
Independant Tank Battalions en Normandie. Premiers combats, juin 1944.
LE “TOMMY” EN NORMANDIE. LE QUOTIDIEN.
Avril-mai 1943, l’offensive et la victoire finale des Alliés. “Strike” et “Vulcan”
Avril 1943, échec à Foundouk
Avril 1943, l’oued Akarit