Au début de l’année 1945, il est devenu évident que l’Allemagne a perdu la guerre. Des combats sans espoir, mais acharnés, sont cependant menés jusqu’au printemps, notamment en Courlande. En douze mois, l’armée allemande a perdu un nombre considérable d’hommes et de matériel sur le front de l’Est. Le Reich est désormais coupé de ses sources d’approvisionnement en pétrole de Roumanie, tandis que ses voies de communications et ses industries d’armement sont en ruines. L’économie est désormais totalement désorganisée. La production d’essence synthétique est anéantie et les usines d’armement ne parviennent plus à écouler leur production. En février 1945, la Reichsbahn fait l’amer constat qu’elle ne dispose plus que de 28 000 wagons utilisables contre 136 000 six mois plus tôt. Les officiers auxquels Hitler accorde encore sa confiance sont alors très peu nombreux. Il exige une défense fanatique, jusqu’au dernier homme et sans esprit de recul. La reprise prochaine de la guerre sous-marine exige que les positions tenues en Courlande, sur le littoral de la Baltique, et en Norvège soient sauvegardées. Hitler ne cesse de faire miroiter à ses généraux la perspective chimérique de l’arrivée d’armes miracles qui permettront un renversement du cours de la guerre. Certes, les bombes V1, les fusées V2, les sous-marins de type XXI et XXIII, les avions à réaction Me-262, ainsi que les puissants chars et chasseurs de chars de la Panzerwaffesont de formidables outils de combat. On prévoit même une nouvelle génération de Panther et certains blindés sont déjà été équipés des premiers dispositifs infra-rouge. Mais il est désormais bien trop tard. Fin janvier 1945, le front de l’Est retrouve la priorité qu’il a perdue depuis l’automne 1943. Au cours de l’automne 1944 encore, la préparation de l’offensive des Ardennes accapare toutes les ressources du Reich : c’est ainsi que 2 500 blindés sont acheminés en renfort à l’Ouest, sur un front d’à peine plus de 400 kilomètres, contre à peine 1 000 à l’est, pour un front qui dépasse les 3 000 kilomètres ! Désormais, la lutte contre les Soviétiques absorbe les dernières ressources d’une Wehrmacht à l’agonie. Les divisions de Panzer ne cessent certes de voire leur dotation théorique baisser, pour ne plus disposer que de l’équivalent de 50 Panzer ou Sturmgeschütze dans la dernière version de la Panzer-Division, celle du 15 mars 1945. De nouvelles unités apparaissent sur les tableaux d’effectifs de la Wehrmacht et de la Waffen SS, souvent avec des noms ronflants, et d’une puissance réelle ne dépassant bien souvent pas celle d’une brigade. Au printemps 1945, l’armée allemande a encore 2 millions d’hommes à l’Est, dont 750 000 dans des ports ou des forteresses, comme Koenigsberg ou la Courlande. Le Heeresgruppe Nord reste le théâtre de combats violents et acharnés, mais loin des principaux champs de bataille.
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Les exactions soviétiques
La guerre à l’Est est inexpiable depuis son déclenchement mais on assiste indéniablement à un terrible cortège d’horreurs dont se rend responsable l’Armée Rouge quand elle entre en Allemagne. Les civils allemands fuient la soldatesque soviétique au cours d’un hiver glacial au cours duquel 2 millions de personnes sont massacrées dans des conditions atroces. Les viols sont commis par centaines de milliers et des victimes sont mêmes suppliciées, tandis que des familles entières périssent carbonisées dans leurs maisons incendiées, quand elles ne sont pas fauchées par les mitrailleuses. Les déportés et les prisonniers de guerre alliés peuvent même à l’occasion subir la furie meurtrière de l’Armée rouge. Ce déferlement d’horreurs répond certes aux nombreuses atrocités commises par les Allemands en Union Soviétique mais n’en reste pas moins encouragé au plus haut niveau. La brutalité des Soviétiques ne fait que renforcer l’ardeur des soldats allemands qui combattent avec fanatisme un adversaire sans merci. Il n’est plus question d’accorder le moindre quartier.
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L’offensive finale de l’Armée rouge
A la fin de 1944, les Soviétiques préparent leur offensive d’hiver, au cours de laquelle ils prévoient une avancée depuis Varsovie jusqu’à l’Oder, à 65 km à peine de la capitale du Reich. La bataille finale pour l’Allemagne est sur le point d’être déclenchée. Outre atteindre le cours de l’Oder, l’offensive vise à isoler les forces allemandes engagées au nord de l’Allemagne, le long de la Baltique. L’offensive est lancée le 12 janvier 1945, légèrement plus tôt que prévu, à la demande d’Eisenhower, dont les armées sont engagées dans un combat acharné dans les Ardennes. Les Russes attaquent en bénéficiant d’une écrasante supériorité numérique dans tous les domaines : 11/1 en infanterie, 7/1 en chars, 20/1 en artillerie. Koniev et Joukov disposent de 2,5 millions d’hommes en première ligne, 7 000 chars et canons automoteurs et 5 000 avions. Les munitions sont suffisantes pour mener une offensive à très grande échelle et la mobilité des troupes s’est nettement accrue. Face à ce déferlement de force et de puissance, la Wehrmacht n’est en mesure que d’opposer dans le secteur central du front que 400 000 hommes, 500 chars et à peine 400 avions. Au centre du front précisément, pour défendre les axes directs d’attaque contre l’Allemagne, Hitler compte sur la résistance fanatique du Heeresgruppe A du général Harpe. La défense de la Prusse Orientale est confiée au Heeresgruppe Mitte du général Reinhardt, qui défend 570 km de front depuis Memel. Reinhardt, conscient de la mobilité de ses adversaires, craint un isolement de ses forces par une attaque en tenaille. Il préconise donc un repli de la 4. Armee et une évacuation par le Heeresgruppe Nord des têtes de pont de Courlande afin de renforcer le dispositif de son groupe d’armées. Les deux requêtes sont rejetées par Hitler. L’offensive soviétique s’abat avec une violence inouïe sur le front allemand. En quelques jours, le Heeresgruppe A est laminé. Son dernier commandant, le général Harpe, est relevé de ses fonctions par Hitler et remplacé par Schoerner, qui vient de Courlande. Depuis le 15 janvier, le Heeresgruppe Nord, isolé en Courlande, est passé sous le commandement du général Rendulic. Le 25 janvier, le Heeresgruppe Areçoit la désignation de Heeresgruppe Mitte, tandis que ce dernier devient le Heeresgruppe Nord. L’ancien Heeresgruppe Nord est désormais le Heeresgruppe « Kurland ».
Nouvelles offensives en Courlande
Le 23 janvier 1945, les Soviétiques déclenchent une quatrième offensive en Courlande. Le Heeresgruppe « Kurland » alignait 245 Panzer et 505 StuG opérationnels au 15 janvier. L’objectif est le port de Libau. A l’ouest, une contre-attaque de la 14. Panzer-Division et de la « Nordland » permet de refouler l’assaillant, les Allemands revendiquant la destruction de trois brigades blindées. Le 3 février, tout est fini : la quatrième offensive est terminée, sans qu’elle ait débouché sur le moindre résultat tangible. Les Russes, qui ont perdu a priori 40 000 hommes et plus de 500 chars, se désintéressent alors quelque peu de la poche, ne maintenant que le seul 2ème Front de la Baltique pour contenir les Allemands, qui ont toutes les peines à ravitailler par la mer le groupe d’armées encerclé et à combler les pertes en hommes et en équipement. Rendulic, qui a alors en, charge le Heeresgruppe « Kurland », est remplacé par von Viettinghoff, qui redonne ensuite son poste au précédent, avant que le général Hilpert (le commandant de la 16. Armee) ne prenne ensuite le Heeresgruppe à sa charge en avril.
Le 20 février, on dénombre 390 000 soldats allemands en Courlande, contre encore 505 000 au 12 janvier, car les moyens du Heeresgruppe sont ponctionnés pour renforcer les forces qui se battent désespérément à l’intérieur des frontières du Reich : cinq divisions sont évacuées de janvier à avril (qui s’ajoutent aux six transférées en décembre).
En février puis en mars, deux autres offensives sont lancées par les Soviétiques contre des défenseurs épuisés, mais Gorokov échoue au cours de ces deux tentatives. Hitler, reconnaissant dans la combattivité de ses Landser, décide d’instaurer une bande de bras « Kurland » devant être cousue sur les uniformes… Mais le dictateur refuse catégoriquement d’évacuer le groupe d’armée, en dépit des suppliques de Guderian et, surtout, de Dönitz, qui réitère pourtant sa demande, arguant, le 28 mars, qu’il dispose pour ce faire de 28 navires jaugeant 110 000 tonneaux. La Wehrmacht demeure donc en Courlande, mais affaiblie. Le front à tenir est bien trop étendu pour être solidement tenu avec les effectifs encore disponibles.
Le nouveau Heeresgruppe Nord également encerclé
A cette date, le précédent Heeresgruppe Mitte, devenu Heeresgruppe Nord, se trouve également placé dans une situation désespérée. Les meilleures unités de Reinhardt partent pour Lodz, secourir l’ex-Heeregruppe A. Le 19, les Soviétiques ont percé les lignes allemandes sur un front très large et sont en Prusse Orientale. Sur le point de se désintégrer, la 2. Armee se replie en désordre. Les forces de Rokossovski atteignent les faubourgs d’Elbing le 23 janvier et la mer Baltique, au nord de cette ville, près de Tolkemit, le 26 janvier : la Prusse Orientale est alors coupée du reste du Reich ! Le Heeresgruppe Nord y est enfermé. Plus au sud, la branche gauche de Rokossovski progresse également bien sur la rive nord de la Vistule, prenant Torun et s’approchant de Grudziadz. En dépit de contre-attaques menées par le nouveau Heeresgruppe Vistule, confiée à Himmler puis à Heinrici, Rokossovski atteint à nouveau la Baltique le 1ermars, coupant les voies de communications de la 2. Armee, de Dantzig et de Gdynia, ainsi que des bases de ravitaillement des Heeresgruppen Nord et Kurland.
Au nord-est, les forces de Tcherniakovsky s’emparent de rapidement de Tilsit, en dépit d’une résistance non dénuée de courage et de détermination. Fin janvier, Koenigsberg est isolé. Entre-temps, Hitler a relevé Reinhardt de son commandement et l’a confié à Rendulic, éphémère commandant du Heeregruppe « Kurland ». Les Soviétiques se heurtent ensuite à Heilsberg, habilement fortifiée et défendue avec opiniâtreté entre le 10 et le 20 février. Tcherniakovsky est lui-même victime d’un éclat d’obus reçu en pleine poitrine le 18 février et la Stavka décide d’amalgamer le 1er Front de la Baltique avec le 3ème Front de Biélorussie et d’en confier le commandement au maréchal Vassilievski. Le 20 février, la 4. Panzerarmeeest encerclée dans une poche de 50 km sur 25 autour d’Heilingenbeil. Hitler n’autorise une percée que le 29 mars. Le sauvetage par mer en direction du Frische Nehrung est un succès mais 140 000 soldats et un important matériel ont été perdus. Koenigsberg ne tarde pas à tomber à son tour, le 10 avril. Les combats s’éternisent ensuite jusqu’en mai sur le Frische Nehrung, cette étroite péninsule au sud de Pillau.
Pendant ce temps, les troupes du 1er Front de Biélorusse de Joukov attaquent aussi vers l’ouest. Faute d’effectifs suffisants, les défenses établies en Posnanie cèdent et l’Armée rouge progresse de 50 à 70 kilomètres par jour, à la faveur d’une logistique remarquable. Les Soviétiques atteignent ainsi l’Oder le 31 janvier, à la hauteur de Francfort et de Kustrin, après une avance de 500 kilomètres. Berlin n’est alors plus distante que de 65 kilomètres ! A Berlin, la ruée de l’Armée Rouge vers l’ouest provoque la stupeur. La Wehrmacht vient de perdre son dernier capital espace et Berlin est désormais quasiment sur la ligne de front. Le maintien du Heeresgruppe « Kurland » dans sa poche devient plus incongru que jamais…
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Les évacuations allemandes
Les combats en Prusse-Orientale sont le cadre de dramatiques opérations de sauvetage réalisées par la Kriegsmarine. Il s’agit tout aussi bien de transporter des troupes acculées à la mer dans un autre secteur visant à être renforcé qu’à permettre à un maximum de civils et de militaires allemands d’échapper aux atrocités de la captivité russe. Du début de l’ultime offensive soviétique à la capitulation, la marine allemande a ainsi été en mesure de transporter 2 millions de réfugiés, blessés et soldats à l’abri jusqu’en Allemagne. Dans le même temps, 325 000 hommes sont également convoyés en renforts. Les drames sont cependant nombreux et certains torpillages comptent parmi les naufrages les plus meurtriers de l’Histoire. Le 30 janvier 1945, le paquebot Wilhelm Gustloff est torpillé et sombre avec 7 000 passagers. Il s’agit de la plus grande catastrophe maritime de l’Histoire survient le 16 avril avec le torpillage du paquebot Goya, dont le naufrage entraîne la mort de 7 000 passagers. 165 rescapés à peine sont recueillis ! Toutefois, 600 000 civils allemands périssent dans le même temps en Prusse-Orientale, tandis que 350 000 autres sont déportés en Russie, avec des centaines de milliers de combattants.
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La fin du Heeresgruppe Nord à Koenigsberg
Début avril 1945, la situation est des plus confuses à Koenigsberg. L’administration ne fonctionne plus que difficilement. Il y a peut-être encore 130 000 civils, 150 000 travailleurs civils français et de l’est, ainsi que des prisonniers de guerre. Avec la garnison, tous vont bientôt subir l’enfer. Le Gauleiter et commissaire à la défense en Prusse Orientale, Erich Koch, exhorte la population à lutter avec fanatisme jusqu’au bout depuis son hôtel de Pillau et assure le Führer de la loyauté et de la détermination des défenseurs de Koenigsberg. Avec fanatisme, il préconise d’exécuter tous ceux qui arborent le drapeau blanc. La place forte est placée sous le commandement du général Lasch. Le 3ème Front de Biélorussie de Tcherniakovsky consacre la majeure partie de ses efforts à faire tomber la forteresse de Koenigsberg. Alors que le Reich s’effondre à l’ouest comme à l’est, c’est le 6 avril à 7h30 que la puissance de feu de l’armée soviétique se déchaîne sur les positions allemandes. Des milliers de bouches à feu –canons, orgues de Staline, mortiers- pilonnent la ville et ses défenses. L’assaut est menée par pas moins de trois armées : les 39ème et 50ème ainsi que la 11ème armée de la Garde. 30 divisions sont engagées. Le soutien aérien est conséquent, fourni en l’occurrence par la 1ère armée aérienne de Khrioukine, dans laquelle est rattachée la fameuse escadrille française « Normandie-Niemen ». Les combats sont acharnés. La défense est assurée par les 61., 69., 548. et 561. ID. Ce premier jour de l’assaut, la route côtière entre Pillau et Koenigsberg est coupée. Les positions des 548. et 561.ID sont enfoncées. Le 7 avril, Koenigsberg est soumise une nouvelle fois à un raid aérien de grande ampleur, parachevant la réduction en cendres de la cité. La 18ème armée aérienne du général Golovanov largue ainsi 550 tonnes de bombes ce jour-là tandis que les escadrilles de la 1ère armée aérienne du général Khrioukine fournissent un appui tactique direct aux unités d’assaut. Le soutien aérien fournit à la progression des forces terrestres russes est conséquent puisque l’aviation soviétique effectue 4 758 sorties dans le secteur de Koenigsberg le 7 avril, déversant 1 658 tonnes de bombes. La progression des unités soviétiques vers le centre de Koenigsberg est cependant lente en raison de la lutte acharnée et de la défense fanatique et désespérée des troupes allemandes. Aucun quartier n’est accordé dans un camp comme dans l’autre. Les Russes atteignent la zone portuaire. En fin de journée, les fantassins russes et les blindés qui les soutiennent sont toutefois parvenus à s’emparer de trois forts, de la gare de triage, de la zone industrielle ainsi que de nombreux quartiers d’habitations. Le 8 avril, les combats se poursuivent et l’avance des Soviétiques semble inexorable. Les points d’appui succombent les uns après les autres. Les défenseurs ont maintenant épuisés leurs munitions et les vivres font défaut. Dans ces conditions, le matin du 10 avril, le général Lasch se résigne à signer enfin la reddition de Koenigsberg. La signature de la reddition est d’ailleurs réitérée pour les actualités soviétiques en présence du maréchal Vassilievski au château de Carmitten, dans la péninsule de Samland, où se trouve précisément le quartier-général du 3ème Front de Biélorussie. La prise de Koenigsberg s’est accompagnée de nombreuses atrocités. Plus de 30 000 civils périssent ainsi au cours des derniers jours du siège. Le sort des survivants, expulsés ou déportés, n’est guère enviable. Toutefois, les combats ne cessent pas immédiatement à Koenigsberg. Des éléments du Volksturm, de la police et de la SS poursuivent ainsi la lutte jusqu’au 10 avril. Hitler, fou de rage, condamne Lasch à mort et fait interner la famille du général.
Ultimes combats pour Pillau pour le Heeresgruppe Nord
Peu de temps après, le 15 avril, c’est au tour des défenses établies à l’est de la péninsule de Samland de céder sous la poussée soviétique. Le commandement des forces allemandes entre Hela et le Samland est assuré par le général von Saucken, à la tête de la de la 2. Armee, rebaptisé Ost-Preussen-Armee. La tâche est des plus ardues puisque Koenigsberg est tombée, ainsi que Dantzig depuis le 28 mars (les combats s’y éternisent cependant jusqu’au 3 avril). En outre, Gotenhafen est aussi occupée par les Soviétiques de la 70ème armée. Il n’y a donc plus à ce moment-là le moindre front unifié sur les côtes de la Baltique. Le seul point défensif notable qui demeure encore entre les mains de la Wehrmacht est la forteresse de Pillau, tenue par le général Chill, commandant du 55. Armee-Korps. Von Saucken dispose encore de 21 divisions nominales, sans compter les unités de la Luftwaffe. En fait de divisions, ces unités sont plutôt l’équivalent de Kampfgruppen oscillant entre 3 et 5 000 hommes pour bon nombre d’entre-elles. En outre, l’armement lourd fait absolument défaut et consiste seulement en quelques pièces antichars et d’artillerie, ainsi qu’une poignée de mortiers. L’offensive russe pour la conquête de la péninsule du Samland est déclenchée le 16 avril. Les positions défensives sont écrasées par l’artillerie de quatre armées soviétiques. En outre, 500 avions soviétiques soutiennent l’attaque en intervenant toutes les demi-heures. La résistance devient impossible et absolument sans espoir. Le front cède en à peine quelques heures et la cohésion des troupes se désintègre. Des milliers de civils et de soldats allemands fuient en direction de Pillau. Ceux qui ne peuvent s’échapper déposent les armes le 17 avril, près de Fischhausen.
La bataille pour Pillau débute le 20 avril. Les défenseurs bénéficient ici un temps de puissantes batteries de défenses côtières, qui ouvrent le feu jusqu’à épuisement des munitions. Les défenseurs doivent absolument tenir. Pillau est à ce moment le réceptacle des restes du Heeresgruppe Nord et des civils qui fuient avec terreur l’avance russe. La citadelle de Pillau est en fait sur la ligne de front depuis une dizaine de jours déjà, les Soviétiques, bien que concentrant leurs moyens pour réduire Koenigsberg, parvenant peu à peu à repousser les positions de défenses allemandes. Le 24 avril, les Soviétiques sont parvenus à proximité du port. Des milliers de civils et 20 000 soldats sont transbordés sur le Nehrung jusqu’à ce que les embarcations soient coulées et les batteries de Flak les protégeant réduites au silence. Koch, toujours en vie, prend alors en charge les civils réfugiés.
Les soldats allemands se battent désormais sur l’isthme, sur une longueur de 32 kilomètres. Après la chute de Pillau, les Soviétiques de la 11ème armée de la Garde lancent un pont de bateau sur le Tief, entre Pillau et le Nehrung, et une quantité impressionnante d’hommes, de blindés et de canons peut donc se déverser sur la péninsule. Les unités du génie allemandes et de l’organisation Todt s’emploient pour leur part à édifier des fossés antichars en travers de la péninsule tous les quatre ou cinq kilomètres. En outre, une route en rondins de bois est promptement édifiée sur toute la longueur de la péninsule. La 4. Panzer-Division monte en ligne avec ses quelques Panther et Sturmgeschütze et se retranche dans les dunes et la forêt. Les restes d’unités prestigieuse, telles que les divisions blindées « Grossdeutschland » et « Herman Goering » vont y mener leurs derniers combats. Il s’agit de mener un combat retardataire afin de permettre l’évacuation des civils. Le 29 avril, une tentative de débarquement russe sur les arrières des allemands est repoussée avec des pertes. Dans la péninsule, les combats sont très acharnés et les Allemands, écrasés sous les bombes et les tirs de l’artillerie, résistent avec l’énergie du désespoir. Les croiseurs de la Kriegsmarine soutiennent les défenseurs mais ils se trouvent bientôt à court de munitions. Les restes du Heeresgruppe Nord ne cessent de refluer vers le sud-ouest et, le 4 mai, le dernier territoire allemand de Prusse-Orientale est conquis par les Soviétiques.
Les redditions : la fin des deux Heeresgruppen qui ont porté la dénomination de Heeresgruppe Nord
Le 18. Gebirgs-Korps du général Hochbaum, qui tient la tête de pont côtière à l’est de l’embouchure de la Vistule, autour du Stutthof, depuis le 26 avril réceptionne les unités qui se replient de l’isthme. A gauche de la Vistule, à Hela, une autre tête de pont de 20 kilomètres de long et de 8 de profondeur est défendue par le 23. Armee-Korps du général Melzer. La Kriegsmarine s’emploie alors à évacuer les derniers défenseurs et les civils encore présents dans les têtes de pont, dont Doenitz, nouveau chancelier du Reich, a alors décidé l’évacuation, afin d’éviter à ces survivants la terrible épreuve de la captivité aux mains des Soviétiques. La marine allemande rempli sa mission avec courage et brio, mais cette évacuation ne se fait pas sans pertes ni drames. Pourtant, quand le dernier bateau de secours appareille, il reste encore 150 000 soldats allemands dans les deux têtes de pont. Le 10 mai 1945, le général von Sauckel, qui a tenu à rester auprès de ses hommes jusqu’au bout, négocie la capitulation de l’Ost-Preussen-Armee.
En Courlande, après l’annonce de la mort de Hitler et la décision de son successeur, Karl Dönitz, de sauver les forces encerclées, les évacuations se poursuivent jusqu’à la fin, la 14. Panzer-Division étant ainsi transportée presqu’intégralement par la Kriegsmarine, de même que la 11. ID (et un quota de 125 hommes pour chacune des autres divisions). Le 8 mai, des Ju-52 en provenance de Norvège se posent sur l’ultime aérodrome intact. Mais, dépourvus d’escorte (la dernière escadrille de chasse a évacué le matin même), les transporteurs sont abattus au-dessus de la Baltique par la VVS au cours de leur vol de retour… Le 10 mai, enfin, le général allemand Hilpert capitule devant le Soviétique Govorov. 200 000 hommes partent en captivité. 70 000 chevaux sont encore dans la poche, ainsi que 34 300 véhicules. Les Soviétiques mettent la main sur un butin important car l’inventaire des 16. et 18. Armeen établit que chacune d’elle possède encore plus de 4 millions de cartouches pour fusils et environ 9 millions de munitions pour mitrailleuses. Les Allemands ont aussi en stocks 70 000 Panzerfaust, 28 500 roquettes de Panzerschreck et près de 400 000 grenades à manche. La confrontation acharnée survenue en Courlande entre la Wehrmacht et l’Armée rouge parvient donc à son terme. 150 000 hommes ont été tués ou blessés depuis l’isolement du mois d’octobre, soit un peu moins que le seul 1er Front de la Baltique (160 000). Les Allemands revendiquent en tout d’avoir mis hors de combat 400 000 soldats soviétiques et détruit 2 600 blindés. La Wehrmacht aurait de son côté perdu 500 Panzer et StuG.
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La fin est proche
Au début de l’année 1945, il est devenu évident que l’Allemagne a perdu la guerre. Des combats sans espoir, mais acharnés, sont cependant menés jusqu’au printemps, notamment en Courlande. En douze mois, l’armée allemande a perdu un nombre considérable d’hommes et de matériel sur le front de l’Est. Le Reich est désormais coupé de ses sources d’approvisionnement en pétrole de Roumanie, tandis que ses voies de communications et ses industries d’armement sont en ruines. L’économie est désormais totalement désorganisée. La production d’essence synthétique est anéantie et les usines d’armement ne parviennent plus à écouler leur production. En février 1945, la Reichsbahn fait l’amer constat qu’elle ne dispose plus que de 28 000 wagons utilisables contre 136 000 six mois plus tôt. Les officiers auxquels Hitler accorde encore sa confiance sont alors très peu nombreux. Il exige une défense fanatique, jusqu’au dernier homme et sans esprit de recul. La reprise prochaine de la guerre sous-marine exige que les positions tenues en Courlande, sur le littoral de la Baltique, et en Norvège soient sauvegardées. Hitler ne cesse de faire miroiter à ses généraux la perspective chimérique de l’arrivée d’armes miracles qui permettront un renversement du cours de la guerre. Certes, les bombes V1, les fusées V2, les sous-marins de type XXI et XXIII, les avions à réaction Me-262, ainsi que les puissants chars et chasseurs de chars de la Panzerwaffesont de formidables outils de combat. On prévoit même une nouvelle génération de Panther et certains blindés sont déjà été équipés des premiers dispositifs infra-rouge. Mais il est désormais bien trop tard. Fin janvier 1945, le front de l’Est retrouve la priorité qu’il a perdue depuis l’automne 1943. Au cours de l’automne 1944 encore, la préparation de l’offensive des Ardennes accapare toutes les ressources du Reich : c’est ainsi que 2 500 blindés sont acheminés en renfort à l’Ouest, sur un front d’à peine plus de 400 kilomètres, contre à peine 1 000 à l’est, pour un front qui dépasse les 3 000 kilomètres ! Désormais, la lutte contre les Soviétiques absorbe les dernières ressources d’une Wehrmacht à l’agonie. Les divisions de Panzer ne cessent certes de voire leur dotation théorique baisser, pour ne plus disposer que de l’équivalent de 50 Panzer ou Sturmgeschütze dans la dernière version de la Panzer-Division, celle du 15 mars 1945. De nouvelles unités apparaissent sur les tableaux d’effectifs de la Wehrmacht et de la Waffen SS, souvent avec des noms ronflants, et d’une puissance réelle ne dépassant bien souvent pas celle d’une brigade. Au printemps 1945, l’armée allemande a encore 2 millions d’hommes à l’Est, dont 750 000 dans des ports ou des forteresses, comme Koenigsberg ou la Courlande. Le Heeresgruppe Nord reste le théâtre de combats violents et acharnés, mais loin des principaux champs de bataille.
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Les exactions soviétiques
La guerre à l’Est est inexpiable depuis son déclenchement mais on assiste indéniablement à un terrible cortège d’horreurs dont se rend responsable l’Armée Rouge quand elle entre en Allemagne. Les civils allemands fuient la soldatesque soviétique au cours d’un hiver glacial au cours duquel 2 millions de personnes sont massacrées dans des conditions atroces. Les viols sont commis par centaines de milliers et des victimes sont mêmes suppliciées, tandis que des familles entières périssent carbonisées dans leurs maisons incendiées, quand elles ne sont pas fauchées par les mitrailleuses. Les déportés et les prisonniers de guerre alliés peuvent même à l’occasion subir la furie meurtrière de l’Armée rouge. Ce déferlement d’horreurs répond certes aux nombreuses atrocités commises par les Allemands en Union Soviétique mais n’en reste pas moins encouragé au plus haut niveau. La brutalité des Soviétiques ne fait que renforcer l’ardeur des soldats allemands qui combattent avec fanatisme un adversaire sans merci. Il n’est plus question d’accorder le moindre quartier.
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L’offensive finale de l’Armée rouge
A la fin de 1944, les Soviétiques préparent leur offensive d’hiver, au cours de laquelle ils prévoient une avancée depuis Varsovie jusqu’à l’Oder, à 65 km à peine de la capitale du Reich. La bataille finale pour l’Allemagne est sur le point d’être déclenchée. Outre atteindre le cours de l’Oder, l’offensive vise à isoler les forces allemandes engagées au nord de l’Allemagne, le long de la Baltique. L’offensive est lancée le 12 janvier 1945, légèrement plus tôt que prévu, à la demande d’Eisenhower, dont les armées sont engagées dans un combat acharné dans les Ardennes. Les Russes attaquent en bénéficiant d’une écrasante supériorité numérique dans tous les domaines : 11/1 en infanterie, 7/1 en chars, 20/1 en artillerie. Koniev et Joukov disposent de 2,5 millions d’hommes en première ligne, 7 000 chars et canons automoteurs et 5 000 avions. Les munitions sont suffisantes pour mener une offensive à très grande échelle et la mobilité des troupes s’est nettement accrue. Face à ce déferlement de force et de puissance, la Wehrmacht n’est en mesure que d’opposer dans le secteur central du front que 400 000 hommes, 500 chars et à peine 400 avions. Au centre du front précisément, pour défendre les axes directs d’attaque contre l’Allemagne, Hitler compte sur la résistance fanatique du Heeresgruppe A du général Harpe. La défense de la Prusse Orientale est confiée au Heeresgruppe Mitte du général Reinhardt, qui défend 570 km de front depuis Memel. Reinhardt, conscient de la mobilité de ses adversaires, craint un isolement de ses forces par une attaque en tenaille. Il préconise donc un repli de la 4. Armee et une évacuation par le Heeresgruppe Nord des têtes de pont de Courlande afin de renforcer le dispositif de son groupe d’armées. Les deux requêtes sont rejetées par Hitler. L’offensive soviétique s’abat avec une violence inouïe sur le front allemand. En quelques jours, le Heeresgruppe A est laminé. Son dernier commandant, le général Harpe, est relevé de ses fonctions par Hitler et remplacé par Schoerner, qui vient de Courlande. Depuis le 15 janvier, le Heeresgruppe Nord, isolé en Courlande, est passé sous le commandement du général Rendulic. Le 25 janvier, le Heeresgruppe Areçoit la désignation de Heeresgruppe Mitte, tandis que ce dernier devient le Heeresgruppe Nord. L’ancien Heeresgruppe Nord est désormais le Heeresgruppe « Kurland ».
Nouvelles offensives en Courlande
Le 23 janvier 1945, les Soviétiques déclenchent une quatrième offensive en Courlande. Le Heeresgruppe « Kurland » alignait 245 Panzer et 505 StuG opérationnels au 15 janvier. L’objectif est le port de Libau. A l’ouest, une contre-attaque de la 14. Panzer-Division et de la « Nordland » permet de refouler l’assaillant, les Allemands revendiquant la destruction de trois brigades blindées. Le 3 février, tout est fini : la quatrième offensive est terminée, sans qu’elle ait débouché sur le moindre résultat tangible. Les Russes, qui ont perdu a priori 40 000 hommes et plus de 500 chars, se désintéressent alors quelque peu de la poche, ne maintenant que le seul 2ème Front de la Baltique pour contenir les Allemands, qui ont toutes les peines à ravitailler par la mer le groupe d’armées encerclé et à combler les pertes en hommes et en équipement. Rendulic, qui a alors en, charge le Heeresgruppe « Kurland », est remplacé par von Viettinghoff, qui redonne ensuite son poste au précédent, avant que le général Hilpert (le commandant de la 16. Armee) ne prenne ensuite le Heeresgruppe à sa charge en avril.
Le 20 février, on dénombre 390 000 soldats allemands en Courlande, contre encore 505 000 au 12 janvier, car les moyens du Heeresgruppe sont ponctionnés pour renforcer les forces qui se battent désespérément à l’intérieur des frontières du Reich : cinq divisions sont évacuées de janvier à avril (qui s’ajoutent aux six transférées en décembre).
En février puis en mars, deux autres offensives sont lancées par les Soviétiques contre des défenseurs épuisés, mais Gorokov échoue au cours de ces deux tentatives. Hitler, reconnaissant dans la combattivité de ses Landser, décide d’instaurer une bande de bras « Kurland » devant être cousue sur les uniformes… Mais le dictateur refuse catégoriquement d’évacuer le groupe d’armée, en dépit des suppliques de Guderian et, surtout, de Dönitz, qui réitère pourtant sa demande, arguant, le 28 mars, qu’il dispose pour ce faire de 28 navires jaugeant 110 000 tonneaux. La Wehrmacht demeure donc en Courlande, mais affaiblie. Le front à tenir est bien trop étendu pour être solidement tenu avec les effectifs encore disponibles.
Le nouveau Heeresgruppe Nord également encerclé
A cette date, le précédent Heeresgruppe Mitte, devenu Heeresgruppe Nord, se trouve également placé dans une situation désespérée. Les meilleures unités de Reinhardt partent pour Lodz, secourir l’ex-Heeregruppe A. Le 19, les Soviétiques ont percé les lignes allemandes sur un front très large et sont en Prusse Orientale. Sur le point de se désintégrer, la 2. Armee se replie en désordre. Les forces de Rokossovski atteignent les faubourgs d’Elbing le 23 janvier et la mer Baltique, au nord de cette ville, près de Tolkemit, le 26 janvier : la Prusse Orientale est alors coupée du reste du Reich ! Le Heeresgruppe Nord y est enfermé. Plus au sud, la branche gauche de Rokossovski progresse également bien sur la rive nord de la Vistule, prenant Torun et s’approchant de Grudziadz. En dépit de contre-attaques menées par le nouveau Heeresgruppe Vistule, confiée à Himmler puis à Heinrici, Rokossovski atteint à nouveau la Baltique le 1ermars, coupant les voies de communications de la 2. Armee, de Dantzig et de Gdynia, ainsi que des bases de ravitaillement des Heeresgruppen Nord et Kurland.
Au nord-est, les forces de Tcherniakovsky s’emparent de rapidement de Tilsit, en dépit d’une résistance non dénuée de courage et de détermination. Fin janvier, Koenigsberg est isolé. Entre-temps, Hitler a relevé Reinhardt de son commandement et l’a confié à Rendulic, éphémère commandant du Heeregruppe « Kurland ». Les Soviétiques se heurtent ensuite à Heilsberg, habilement fortifiée et défendue avec opiniâtreté entre le 10 et le 20 février. Tcherniakovsky est lui-même victime d’un éclat d’obus reçu en pleine poitrine le 18 février et la Stavka décide d’amalgamer le 1er Front de la Baltique avec le 3ème Front de Biélorussie et d’en confier le commandement au maréchal Vassilievski. Le 20 février, la 4. Panzerarmeeest encerclée dans une poche de 50 km sur 25 autour d’Heilingenbeil. Hitler n’autorise une percée que le 29 mars. Le sauvetage par mer en direction du Frische Nehrung est un succès mais 140 000 soldats et un important matériel ont été perdus. Koenigsberg ne tarde pas à tomber à son tour, le 10 avril. Les combats s’éternisent ensuite jusqu’en mai sur le Frische Nehrung, cette étroite péninsule au sud de Pillau.
Pendant ce temps, les troupes du 1er Front de Biélorusse de Joukov attaquent aussi vers l’ouest. Faute d’effectifs suffisants, les défenses établies en Posnanie cèdent et l’Armée rouge progresse de 50 à 70 kilomètres par jour, à la faveur d’une logistique remarquable. Les Soviétiques atteignent ainsi l’Oder le 31 janvier, à la hauteur de Francfort et de Kustrin, après une avance de 500 kilomètres. Berlin n’est alors plus distante que de 65 kilomètres ! A Berlin, la ruée de l’Armée Rouge vers l’ouest provoque la stupeur. La Wehrmacht vient de perdre son dernier capital espace et Berlin est désormais quasiment sur la ligne de front. Le maintien du Heeresgruppe « Kurland » dans sa poche devient plus incongru que jamais…
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Les évacuations allemandes
Les combats en Prusse-Orientale sont le cadre de dramatiques opérations de sauvetage réalisées par la Kriegsmarine. Il s’agit tout aussi bien de transporter des troupes acculées à la mer dans un autre secteur visant à être renforcé qu’à permettre à un maximum de civils et de militaires allemands d’échapper aux atrocités de la captivité russe. Du début de l’ultime offensive soviétique à la capitulation, la marine allemande a ainsi été en mesure de transporter 2 millions de réfugiés, blessés et soldats à l’abri jusqu’en Allemagne. Dans le même temps, 325 000 hommes sont également convoyés en renforts. Les drames sont cependant nombreux et certains torpillages comptent parmi les naufrages les plus meurtriers de l’Histoire. Le 30 janvier 1945, le paquebot Wilhelm Gustloff est torpillé et sombre avec 7 000 passagers. Il s’agit de la plus grande catastrophe maritime de l’Histoire survient le 16 avril avec le torpillage du paquebot Goya, dont le naufrage entraîne la mort de 7 000 passagers. 165 rescapés à peine sont recueillis ! Toutefois, 600 000 civils allemands périssent dans le même temps en Prusse-Orientale, tandis que 350 000 autres sont déportés en Russie, avec des centaines de milliers de combattants.
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La fin du Heeresgruppe Nord à Koenigsberg
Début avril 1945, la situation est des plus confuses à Koenigsberg. L’administration ne fonctionne plus que difficilement. Il y a peut-être encore 130 000 civils, 150 000 travailleurs civils français et de l’est, ainsi que des prisonniers de guerre. Avec la garnison, tous vont bientôt subir l’enfer. Le Gauleiter et commissaire à la défense en Prusse Orientale, Erich Koch, exhorte la population à lutter avec fanatisme jusqu’au bout depuis son hôtel de Pillau et assure le Führer de la loyauté et de la détermination des défenseurs de Koenigsberg. Avec fanatisme, il préconise d’exécuter tous ceux qui arborent le drapeau blanc. La place forte est placée sous le commandement du général Lasch. Le 3ème Front de Biélorussie de Tcherniakovsky consacre la majeure partie de ses efforts à faire tomber la forteresse de Koenigsberg. Alors que le Reich s’effondre à l’ouest comme à l’est, c’est le 6 avril à 7h30 que la puissance de feu de l’armée soviétique se déchaîne sur les positions allemandes. Des milliers de bouches à feu –canons, orgues de Staline, mortiers- pilonnent la ville et ses défenses. L’assaut est menée par pas moins de trois armées : les 39ème et 50ème ainsi que la 11ème armée de la Garde. 30 divisions sont engagées. Le soutien aérien est conséquent, fourni en l’occurrence par la 1ère armée aérienne de Khrioukine, dans laquelle est rattachée la fameuse escadrille française « Normandie-Niemen ». Les combats sont acharnés. La défense est assurée par les 61., 69., 548. et 561. ID. Ce premier jour de l’assaut, la route côtière entre Pillau et Koenigsberg est coupée. Les positions des 548. et 561.ID sont enfoncées. Le 7 avril, Koenigsberg est soumise une nouvelle fois à un raid aérien de grande ampleur, parachevant la réduction en cendres de la cité. La 18ème armée aérienne du général Golovanov largue ainsi 550 tonnes de bombes ce jour-là tandis que les escadrilles de la 1ère armée aérienne du général Khrioukine fournissent un appui tactique direct aux unités d’assaut. Le soutien aérien fournit à la progression des forces terrestres russes est conséquent puisque l’aviation soviétique effectue 4 758 sorties dans le secteur de Koenigsberg le 7 avril, déversant 1 658 tonnes de bombes. La progression des unités soviétiques vers le centre de Koenigsberg est cependant lente en raison de la lutte acharnée et de la défense fanatique et désespérée des troupes allemandes. Aucun quartier n’est accordé dans un camp comme dans l’autre. Les Russes atteignent la zone portuaire. En fin de journée, les fantassins russes et les blindés qui les soutiennent sont toutefois parvenus à s’emparer de trois forts, de la gare de triage, de la zone industrielle ainsi que de nombreux quartiers d’habitations. Le 8 avril, les combats se poursuivent et l’avance des Soviétiques semble inexorable. Les points d’appui succombent les uns après les autres. Les défenseurs ont maintenant épuisés leurs munitions et les vivres font défaut. Dans ces conditions, le matin du 10 avril, le général Lasch se résigne à signer enfin la reddition de Koenigsberg. La signature de la reddition est d’ailleurs réitérée pour les actualités soviétiques en présence du maréchal Vassilievski au château de Carmitten, dans la péninsule de Samland, où se trouve précisément le quartier-général du 3ème Front de Biélorussie. La prise de Koenigsberg s’est accompagnée de nombreuses atrocités. Plus de 30 000 civils périssent ainsi au cours des derniers jours du siège. Le sort des survivants, expulsés ou déportés, n’est guère enviable. Toutefois, les combats ne cessent pas immédiatement à Koenigsberg. Des éléments du Volksturm, de la police et de la SS poursuivent ainsi la lutte jusqu’au 10 avril. Hitler, fou de rage, condamne Lasch à mort et fait interner la famille du général.
Ultimes combats pour Pillau pour le Heeresgruppe Nord
Peu de temps après, le 15 avril, c’est au tour des défenses établies à l’est de la péninsule de Samland de céder sous la poussée soviétique. Le commandement des forces allemandes entre Hela et le Samland est assuré par le général von Saucken, à la tête de la de la 2. Armee, rebaptisé Ost-Preussen-Armee. La tâche est des plus ardues puisque Koenigsberg est tombée, ainsi que Dantzig depuis le 28 mars (les combats s’y éternisent cependant jusqu’au 3 avril). En outre, Gotenhafen est aussi occupée par les Soviétiques de la 70ème armée. Il n’y a donc plus à ce moment-là le moindre front unifié sur les côtes de la Baltique. Le seul point défensif notable qui demeure encore entre les mains de la Wehrmacht est la forteresse de Pillau, tenue par le général Chill, commandant du 55. Armee-Korps. Von Saucken dispose encore de 21 divisions nominales, sans compter les unités de la Luftwaffe. En fait de divisions, ces unités sont plutôt l’équivalent de Kampfgruppen oscillant entre 3 et 5 000 hommes pour bon nombre d’entre-elles. En outre, l’armement lourd fait absolument défaut et consiste seulement en quelques pièces antichars et d’artillerie, ainsi qu’une poignée de mortiers. L’offensive russe pour la conquête de la péninsule du Samland est déclenchée le 16 avril. Les positions défensives sont écrasées par l’artillerie de quatre armées soviétiques. En outre, 500 avions soviétiques soutiennent l’attaque en intervenant toutes les demi-heures. La résistance devient impossible et absolument sans espoir. Le front cède en à peine quelques heures et la cohésion des troupes se désintègre. Des milliers de civils et de soldats allemands fuient en direction de Pillau. Ceux qui ne peuvent s’échapper déposent les armes le 17 avril, près de Fischhausen.
La bataille pour Pillau débute le 20 avril. Les défenseurs bénéficient ici un temps de puissantes batteries de défenses côtières, qui ouvrent le feu jusqu’à épuisement des munitions. Les défenseurs doivent absolument tenir. Pillau est à ce moment le réceptacle des restes du Heeresgruppe Nord et des civils qui fuient avec terreur l’avance russe. La citadelle de Pillau est en fait sur la ligne de front depuis une dizaine de jours déjà, les Soviétiques, bien que concentrant leurs moyens pour réduire Koenigsberg, parvenant peu à peu à repousser les positions de défenses allemandes. Le 24 avril, les Soviétiques sont parvenus à proximité du port. Des milliers de civils et 20 000 soldats sont transbordés sur le Nehrung jusqu’à ce que les embarcations soient coulées et les batteries de Flak les protégeant réduites au silence. Koch, toujours en vie, prend alors en charge les civils réfugiés.
Les soldats allemands se battent désormais sur l’isthme, sur une longueur de 32 kilomètres. Après la chute de Pillau, les Soviétiques de la 11ème armée de la Garde lancent un pont de bateau sur le Tief, entre Pillau et le Nehrung, et une quantité impressionnante d’hommes, de blindés et de canons peut donc se déverser sur la péninsule. Les unités du génie allemandes et de l’organisation Todt s’emploient pour leur part à édifier des fossés antichars en travers de la péninsule tous les quatre ou cinq kilomètres. En outre, une route en rondins de bois est promptement édifiée sur toute la longueur de la péninsule. La 4. Panzer-Division monte en ligne avec ses quelques Panther et Sturmgeschütze et se retranche dans les dunes et la forêt. Les restes d’unités prestigieuse, telles que les divisions blindées « Grossdeutschland » et « Herman Goering » vont y mener leurs derniers combats. Il s’agit de mener un combat retardataire afin de permettre l’évacuation des civils. Le 29 avril, une tentative de débarquement russe sur les arrières des allemands est repoussée avec des pertes. Dans la péninsule, les combats sont très acharnés et les Allemands, écrasés sous les bombes et les tirs de l’artillerie, résistent avec l’énergie du désespoir. Les croiseurs de la Kriegsmarine soutiennent les défenseurs mais ils se trouvent bientôt à court de munitions. Les restes du Heeresgruppe Nord ne cessent de refluer vers le sud-ouest et, le 4 mai, le dernier territoire allemand de Prusse-Orientale est conquis par les Soviétiques.
Les redditions : la fin des deux Heeresgruppen qui ont porté la dénomination de Heeresgruppe Nord
Le 18. Gebirgs-Korps du général Hochbaum, qui tient la tête de pont côtière à l’est de l’embouchure de la Vistule, autour du Stutthof, depuis le 26 avril réceptionne les unités qui se replient de l’isthme. A gauche de la Vistule, à Hela, une autre tête de pont de 20 kilomètres de long et de 8 de profondeur est défendue par le 23. Armee-Korps du général Melzer. La Kriegsmarine s’emploie alors à évacuer les derniers défenseurs et les civils encore présents dans les têtes de pont, dont Doenitz, nouveau chancelier du Reich, a alors décidé l’évacuation, afin d’éviter à ces survivants la terrible épreuve de la captivité aux mains des Soviétiques. La marine allemande rempli sa mission avec courage et brio, mais cette évacuation ne se fait pas sans pertes ni drames. Pourtant, quand le dernier bateau de secours appareille, il reste encore 150 000 soldats allemands dans les deux têtes de pont. Le 10 mai 1945, le général von Sauckel, qui a tenu à rester auprès de ses hommes jusqu’au bout, négocie la capitulation de l’Ost-Preussen-Armee.
En Courlande, après l’annonce de la mort de Hitler et la décision de son successeur, Karl Dönitz, de sauver les forces encerclées, les évacuations se poursuivent jusqu’à la fin, la 14. Panzer-Division étant ainsi transportée presqu’intégralement par la Kriegsmarine, de même que la 11. ID (et un quota de 125 hommes pour chacune des autres divisions). Le 8 mai, des Ju-52 en provenance de Norvège se posent sur l’ultime aérodrome intact. Mais, dépourvus d’escorte (la dernière escadrille de chasse a évacué le matin même), les transporteurs sont abattus au-dessus de la Baltique par la VVS au cours de leur vol de retour… Le 10 mai, enfin, le général allemand Hilpert capitule devant le Soviétique Govorov. 200 000 hommes partent en captivité. 70 000 chevaux sont encore dans la poche, ainsi que 34 300 véhicules. Les Soviétiques mettent la main sur un butin important car l’inventaire des 16. et 18. Armeen établit que chacune d’elle possède encore plus de 4 millions de cartouches pour fusils et environ 9 millions de munitions pour mitrailleuses. Les Allemands ont aussi en stocks 70 000 Panzerfaust, 28 500 roquettes de Panzerschreck et près de 400 000 grenades à manche. La confrontation acharnée survenue en Courlande entre la Wehrmacht et l’Armée rouge parvient donc à son terme. 150 000 hommes ont été tués ou blessés depuis l’isolement du mois d’octobre, soit un peu moins que le seul 1er Front de la Baltique (160 000). Les Allemands revendiquent en tout d’avoir mis hors de combat 400 000 soldats soviétiques et détruit 2 600 blindés. La Wehrmacht aurait de son côté perdu 500 Panzer et StuG.
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LE “TOMMY” EN NORMANDIE. LE QUOTIDIEN.
Avril-mai 1943, l’offensive et la victoire finale des Alliés. “Strike” et “Vulcan”