Katja Hoyer, Au-delà du Mur, Passés Composés, 2025 J’aime l’Allemagne. Je lis donc toujours avec plaisir les bons ouvrages qui traitent de la culture allemande et des Allemands. L’autrice avait déjà retenu mon attention avec son très bon Blood and Iron. Elle récidive avec brio!
Katja Hoyer nous gratifie d’un ouvrage remarquable, fruit d’une recherche et d’un travail conséquent. La RDA, l'”autre Allemagne”, est largement inconnue, si ce n’est à travers les clichés des Trabant, “Le Vent de la Liberté ” et autres “Good bye Lenine” (bons films au demeurant). La lecture de ce livre a ravivé des souvenirs, ceux de la chute du Mur, des manifestations qui l’avaient précédée, et de la réunification, que l’adolescent germanophile que j’étais a suivi avec une attention.
Ce livre regorge de détails stupéfiants et de révélations, dont je laisse la primeur aux lecteurs : on découvre la Guerre Froide de l’autre côté de la colline, “au-delà du Mur”, pour reprendre le titre très bien choisi de l’ouvrage. Il est donc question des ces Allemands qui étaient alors nos ennemis du bloc soviétique.
On en apprend avec Katja Hoyer, et cela brise bien des idées reçues, à l’endroit d’un bloc de l’Est uniformément considéré comme un repoussoir (c’était mon opinion au temps de la Guerre Froide, et il l’est resté). Nous découvrons ainsi les viscicitudes économiques d’une Allemagne de l’Est en proie à bien des difficultés, mais aussi des réussites sociales indéniables (notamment à ‘endroit des femmes), en dépit de la chape de plomb d’une dictature et d’une idéologie que tout démocrate occidental qui se doit ne peut que mépriser. Il reste que le point de vue depuis l’Est (et l’autrice est née en ex-RDA) est essentiel pour appréhender comme il se faut cette période de l’Histoire. Nous avons donc là un éclairage nouveau et plus qu’utile, particulièrement pour les enseignants comme moi.
Le lecteur retrouvera nombre de personnalités qu’il connaît bien : Angela Merkel (dont la jeunesse est sans doute méconnue en France: vous découvrirez un périple incroyable dans le Caucase…), Honecker, Ulbricht, Gorbatchev…
L’autrice a la bonne idée de traiter des communistes allemands depuis le temps des nazis et durant la Seconde Guerre mondiale, car ce sont parmi ces hommes que se trouveront ceux qui vont bâtir la RDA. Le parcours de certains, ballotés entre trois dictatures, est stupéfiant… Une des grandes révélations (pour moi) a été la politique de Staline à l’endroit de l’Allemagne de l’Est, le dictateur rouge n’étant pas aussi favorable à une soviétisation des systèmes communistes européens que je ne l’avais soupçonné jusqu’alors. L’un des récits les plus palpitants est celui des événements à Berlin, en particulier l’édification du Mur. Les lecteurs apprécieront aussi tout ce qui a trait au quotidien des Allemands de l’Est, de leurs loisirs, des moments d’insouciance et de bonheur qu’on peut connaître même dans un système liberticide. Ces pages justifient l’achat du livre. La multiplicité des cas abordés est aussi un des intérêts du travail de l’autrice, d’autant qu’elle navigue entre la grande Histoire des dirigeants et de la politique internationale et la petite Histoire de tout un chacun.
Katja Hoyer a la bonne idée de baser ses récits à partir de témoignages, qui font souvent office d’entames aux sujets abordés, ce qui confère une vie, du rythme et de l’authenticité à l’ensemble. Certes, les comparaisons avec l’Ouest ne me semblent pas toujours pertinentes, dans la mesure où, pour rien au monde, un Occidental n’aurait échangé son système politique et socio-économique avec ce qui avait cours à l’Est, au niveau de vie déplorable selon nos standards. On comprend toutefois le choc de l’effondrement de l’Etat-providence de la RDA et le désarroi qui s’ensuivit. On comprend aussi à quel point on se leurre en imaginant que la RDA ne fût qu’une déviance, une “erreur”, et que la “vraie” Allemagne n’était que la RFA, que la réunification ne fût qu’un retour “à la normale”. Katja Hoyer a raison de souligner que l’existence conjointe de ces deux Allemagne a constitué le tiers de l’existence de l’Allemagne, soulignant que l’Allemagne unifiée ne date jamais que de 1871 et que celle-ci n’a pas gommée les particularismes locaux pas plus que des siècles d’Histoire.
Et l’Ostalgie? Liée à des souvenirs d’une jeunesse passée, elle s’explique parfaitement, et ne signifie aucunement, comme on pourrait le penser “à l’Ouest”, un attachement au communisme et à la dictature, pas plus que les témoignages d’anciens des Jeunesses hitlériennes, incroyablement favorables au contexte allemand des années 1930, ne traduit autre chose que la mémoire de moments de bonheur insouciant de la part de ceux qui n’étaient alors que des enfants.
Au final, une excellente lecture fort instructive.
Katja Hoyer, Au-delà du Mur, Passés Composés, 2025
J’aime l’Allemagne. Je lis donc toujours avec plaisir les bons ouvrages qui traitent de la culture allemande et des Allemands. L’autrice avait déjà retenu mon attention avec son très bon Blood and Iron. Elle récidive avec brio!
Katja Hoyer nous gratifie d’un ouvrage remarquable, fruit d’une recherche et d’un travail conséquent. La RDA, l'”autre Allemagne”, est largement inconnue, si ce n’est à travers les clichés des Trabant, “Le Vent de la Liberté ” et autres “Good bye Lenine” (bons films au demeurant). La lecture de ce livre a ravivé des souvenirs, ceux de la chute du Mur, des manifestations qui l’avaient précédée, et de la réunification, que l’adolescent germanophile que j’étais a suivi avec une attention.
Ce livre regorge de détails stupéfiants et de révélations, dont je laisse la primeur aux lecteurs : on découvre la Guerre Froide de l’autre côté de la colline, “au-delà du Mur”, pour reprendre le titre très bien choisi de l’ouvrage. Il est donc question des ces Allemands qui étaient alors nos ennemis du bloc soviétique.
On en apprend avec Katja Hoyer, et cela brise bien des idées reçues, à l’endroit d’un bloc de l’Est uniformément considéré comme un repoussoir (c’était mon opinion au temps de la Guerre Froide, et il l’est resté). Nous découvrons ainsi les viscicitudes économiques d’une Allemagne de l’Est en proie à bien des difficultés, mais aussi des réussites sociales indéniables (notamment à ‘endroit des femmes), en dépit de la chape de plomb d’une dictature et d’une idéologie que tout démocrate occidental qui se doit ne peut que mépriser. Il reste que le point de vue depuis l’Est (et l’autrice est née en ex-RDA) est essentiel pour appréhender comme il se faut cette période de l’Histoire. Nous avons donc là un éclairage nouveau et plus qu’utile, particulièrement pour les enseignants comme moi.
Le lecteur retrouvera nombre de personnalités qu’il connaît bien : Angela Merkel (dont la jeunesse est sans doute méconnue en France: vous découvrirez un périple incroyable dans le Caucase…), Honecker, Ulbricht, Gorbatchev…
L’autrice a la bonne idée de traiter des communistes allemands depuis le temps des nazis et durant la Seconde Guerre mondiale, car ce sont parmi ces hommes que se trouveront ceux qui vont bâtir la RDA. Le parcours de certains, ballotés entre trois dictatures, est stupéfiant… Une des grandes révélations (pour moi) a été la politique de Staline à l’endroit de l’Allemagne de l’Est, le dictateur rouge n’étant pas aussi favorable à une soviétisation des systèmes communistes européens que je ne l’avais soupçonné jusqu’alors. L’un des récits les plus palpitants est celui des événements à Berlin, en particulier l’édification du Mur. Les lecteurs apprécieront aussi tout ce qui a trait au quotidien des Allemands de l’Est, de leurs loisirs, des moments d’insouciance et de bonheur qu’on peut connaître même dans un système liberticide. Ces pages justifient l’achat du livre. La multiplicité des cas abordés est aussi un des intérêts du travail de l’autrice, d’autant qu’elle navigue entre la grande Histoire des dirigeants et de la politique internationale et la petite Histoire de tout un chacun.
Katja Hoyer a la bonne idée de baser ses récits à partir de témoignages, qui font souvent office d’entames aux sujets abordés, ce qui confère une vie, du rythme et de l’authenticité à l’ensemble. Certes, les comparaisons avec l’Ouest ne me semblent pas toujours pertinentes, dans la mesure où, pour rien au monde, un Occidental n’aurait échangé son système politique et socio-économique avec ce qui avait cours à l’Est, au niveau de vie déplorable selon nos standards. On comprend toutefois le choc de l’effondrement de l’Etat-providence de la RDA et le désarroi qui s’ensuivit. On comprend aussi à quel point on se leurre en imaginant que la RDA ne fût qu’une déviance, une “erreur”, et que la “vraie” Allemagne n’était que la RFA, que la réunification ne fût qu’un retour “à la normale”. Katja Hoyer a raison de souligner que l’existence conjointe de ces deux Allemagne a constitué le tiers de l’existence de l’Allemagne, soulignant que l’Allemagne unifiée ne date jamais que de 1871 et que celle-ci n’a pas gommée les particularismes locaux pas plus que des siècles d’Histoire.
Et l’Ostalgie? Liée à des souvenirs d’une jeunesse passée, elle s’explique parfaitement, et ne signifie aucunement, comme on pourrait le penser “à l’Ouest”, un attachement au communisme et à la dictature, pas plus que les témoignages d’anciens des Jeunesses hitlériennes, incroyablement favorables au contexte allemand des années 1930, ne traduit autre chose que la mémoire de moments de bonheur insouciant de la part de ceux qui n’étaient alors que des enfants.
Au final, une excellente lecture fort instructive.
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