Seconde Guerre Mondiale

HANS CRAMER

Agedabia, 27-29 décembre 1941

Benoît Rondeau Copyright

Agedabia, 27-29 décembre 1941

Fin décembre 1941, le Panzergruppe Afrika est sur le point de terminer son mouvement de repli consécutif à l’offensive « Crusader » menée par la 8th Army. La Cette retraite se traduit par un abandon de la Cyrénaïque, mais l’Afrika-Korps demeure dangereux, particulièrement pour les Armoured Regiments qui n’ont fait qu’accumuler les revers tactiques au cours des semaines précédentes.

Le 24 décembre, le Kamfgruppe Kümmel de la 15. Panzer-Division bouscule une formation britannique qui tente d’entraver son mouvement de retraite depuis Benghazi, via Solluch et Agedabia. Six Crusader et cinq automitrailleuses sont perdus pour les Britanniques, contre deux Panzer III, devant être abandonnés car tombés en panne. Le 26 décembre, déployé à Giof el Matar, le Panzer-Regiment 8 de l’Oberst Cramer, qui a réceptionné une compagnie blindée en renforts, compte dans ses rangs 58 Panzer, dont 14 Panzer II bien peu utiles dans un affrontement entre tanks. Or, dès le lendemain, Cramer est exposé à de nouvelles attaques de la part des Britanniques, qui semblent vouloir capitaliser leur succès remporté à Tobrouk. La 22nd Armoured Brigade (80 Cruisers et 30 Stuart), soutenu par un barrage d’artillerie, se lance à l’attaque du régiment. Cramer n’est pas seul. Les Flak et l’artillerie ripostent, de même que les Pak qui ouvrent le feu sur les tanks, ralentissant leur progression. Le contre-barrage allemand est rapidement suivi d’une frappe des Panzer. La confrontation est rude, mais intense et destructrice : 38 tanks britanniques restent sur le terrain selon les Allemands, pour beaucoup détruits à bout portant. Cramer n’a concédé que des pertes légères en retour : 3 Panzer détruits et seulement trois Panzerschützen tués. Lorsque le crépuscule arrive, le régiment occupe le flanc droit de la 15. Panzer-Division et forme un hérisson pour la nuit, comme l’exige la prudence tactique dans le désert.

Le 28 décembre, après une nuit inconfortable dans des températures tombant en-dessous de zéro, l’Afrika-Korps reprend l’affrontement vers midi et Cramer marque de nouveau des points dans sa poursuite de la 22nd Armoured Brigade au wadi Faregh. En effet, Erwin Rommel veut encore gagner du temps pour assurer le repli de l’infanterie sur El Agheila. Aussi accepte-t-il la requête de contre-attaque formulée par Ludwig Crüwell (le commandant du DAK), qui remarque une brèche entre la 22nd Guards Brigade et la 22ndArmoured Brigade. La 22th Armoured Brigade. Les Britanniques occupent cependant une bonne position dominante. Le Panzer-Regiment 8 parvient à gagner rapidement du terrain, et ce en dépit de l’intensité du feu adverse. Sur le flanc gauche, si l’ennemi est finalement expulsé de sa position défensive, ce n’est qu’à l’issue d’une âpre lutte. Las, pour les Allemands, les Panzer doivent concéder les gains acquis. La 2. Kompanie renforce alors le flanc droit, où n’est engagé que la 1. Kompanie, tandis que six automoteurs du Panzerjäger-Abteilung 33 assure le flanc droit du régiment lorsque la 3. Kompanie doit assumer la pris en charge de l’ancienne portion de front dévolue à la 2. Kompanie. Les Britanniques décident alors de se replier sur un autre relief, en arrière. Les Allemands découvrent alors leur force : de 70 à 80 tanks et automitrailleuses. Cramer reçoit de l’ordre du général von Vaerst, le Kommandeur de la division, de poursuivre l’attaque, alors même que les munitions commencent à manquer. Les Britanniques sont repoussés sans ménagement et tentent d’orienter leur mouvement en direction du sud-est, faisant pression sur la 3. Kompanie. Toutefois, sur plus de dix kilomètres de repli, chaque tentative de rétablissement esquissée par les Britanniques se solde par un échec dès lors que les Panzer arrivent à portée de combat : ils sont repoussés de crête en crête, tandis que les pertes s’accumulent. Toutefois, la vitesse supérieure desCrusader leur permet au bout d’un moment de distancer les poursuivants. Le mouvement de repli s’accélère toutefois lorsqu’apparaissent d’autres Panzer sur le flanc droit anglais. Sur le flanc gauche, les chars de Cramer frappent en force et obligent les Britanniques à tenter une fuite éperdue plein est. Le chef du Panzer-Regiment 8 entre alors en discussion avec le Major Kriebel, le Ia (chef des opérations de la 15. Panzer-Division) : faut-il continuer à poursuivre l’ennemi ? Prenant avis de Vaerst, les combats continuent, mais une pause survient lorsque Cramer s’approche du wadi Faregh, car une attaque de Stukas est sur le point de survenir et une frappe fratricide reste un danger récurrent lors d’une intervention aérienne en plein désert. Lorsque l’avance reprend, les tanks britanniques sont repoussés vers le nord-est, mais la tombée de la nuit annonce la fin de la poursuite : le régiment de Cramer doit de nouveau former un hérisson. En cette fin de journée, une colonne ennemie évolue à environ 2 000 mètres des positions allemandes, en faisant une cible trop éloignée pour les Panzerschützen qui ne peuvent que la regarder passer, mais un Pak Zug du Maschinengewehr-Bataillon 2 se déploie pour engager l’ennemi. Ainsi s’achève cette journée de combat : Cramer revendique la destruction de 28 chars et de 4 « portées » pour la perte de 7 Panzer, dont 2 PanzerII.

Après une nouvelle nuit froide, alors que la 7th Armoured Division persiste dans son offensive sur la position d’Agedabia, l’Oberst Cramer lance ses Panzer dans une contre-attaque, qui repousse les Britanniques vers les redoutables 8,8 cm des Flak-Regimenter 18, 33 et 35, qui attendent leurs proies et en enflamment 19. De leur côté, les tankistes de Cramer, qui ne perdent qu’un Panzer III (outre deux autres pour raisons mécaniques) ajoutent 9 chars et 5 antichars à leur palmarès déjà étoffé depuis le début de l’opération « Crusader » et ses premiers combats, le 19 novembre. Lorsque le crépuscule arrive, les Britanniques ont renoncé et le silence s’abat sur le champ de bataille (ils auraient en fait perdu environ 70 blindés depuis la première attaque sur Agedabia, moins que les revendications allemandes). L’Afrika-Korpsa une nouvelle fois démontré sa supériorité tactique sur le champ de bataille, en particulier avec ses Panzer menés sous la férule de l’Oberst Cramer, qui deviendra en Tunisie en 1943 l’ultime commandant de ce corps d’armée allemand illustre entre tous.