Seconde Guerre Mondiale

GIUSEPPE DE STEFANIS

Carrefour des pistes Bir Hacheim et Capuzzo, 10 juin 1942

Benoît Rondeau Copyright

Carrefour des pistes Bir Hacheim et Capuzzo, 10 juin 1942

Au soir du 9 juin, les positions de la division blindée « Ariete » du général De Stefanis ont été remaniées au sud de Trigh Capuzzo et à l’est de Trigh Bir Hacheim. L’unité a adopté un dispositif semi-circulaire pour parer d’éventuelles attaques provenant du nord-est, de l’est et du sud-est. Le 132° Reggimento Carri compte alors 56 M13/40 et M14/41. La division aligne en outre quelques semoventi et des pièces d’artillerie autoportées. 

En face, sur la zone située à cheval du carrefour Trigh Bir Hacheim – Trigh Capuzzo, les Britanniques disposent à Knightsbridge de la Guards Brigade (avec 16 canons de 25-pdr, 32 canons antichars de 6-pdr et 4 canons antiaériens de 3.7-inch), ainsi que des restes de la 2nd Armoured Brigade du général Briggs (à peine 7 chars Stuart, 17 Grant et 25 Crusader opérationnels) et, à l’ouest de Trigh Bir Hacheim de la 4th Armoured Brigade du général Gatehouse (60 Grant et 44 Stuart) soutenue par de l’artillerie. C’est cette dernière qui constitue la force PRIMROSE dont la mission est de soulager les FFL du « box » de Bir Hacheim durement pressés par l’ennemi depuis une dizaine de jours. Le 10 juin, Gathehouse, soutenu par une diversion de la  2nd Armoured Brigade, reçoit l’ordre de s’emparer d’une hauteur au sud-ouest de « Knightsbridge », ce qui permettra de nettoyer le secteur des chars italiens qui s’y trouvent. Le combat va prendre une ampleur insoupçonnée et démontrer une fois de plus la valeur de l’ « Ariete ». La division italienne a alors pour mission de maintenir ses positions dans une attitude purement défensive.

A l’aube du 10 juin, les éléments du 132° Rgt. Carri sont disposés en arc de cercle avec, sur le flanc gauche, une compagnie du VIII Btg. carri (Tenente Boggia), face au nord en direction de Trigh Capuzzo. Les chars de deux autres bataillons italiens (à l’exception d’une compagnie en réserve) sont regroupés avec les canons automoteurs des et VI Gr. sur un axe est- sud-est- sud. A 07h00, après des tirs d’artillerie, le dispositif de l’ « Ariete » est attaqué pendant une heure, probablement par le Squadron C du Queen’s Bays. Dans le même temps, les 72 tanks des 1st et 6th RTR se préparent et se lancent à l’attaque une heure plus tard sous le couvert de fumigènes, alors que les Italiens sont pilonnés depuis deux heures par l’artillerie. Tandis que des tanks affrontent le VIII Btg, des blindés placés en second échelon quittent le marabout de la cote 158 ; il est composé de Grant et de Stuart, ces derniers, agiles et rapides, agissant sur les côtés. Ils butent directement contre les chars italiens qui, avec l’aide des semoventi, tuent dans l’œuf toute tentative de débordement, contraignant ainsi les Grant à défiler en ligne oblique et ainsi à exposer leurs flancs, plus vulnérables. Depuis les positions antichars du V Btg. Bersaglieri, le commandant en second de la 14a Btr. donne l’alerte tandis que les obus de l’artillerie britannique pleuvent sur les positions. Les chars M13/40 et M14/41 interviennent en ouvrant un feu cadencé et en exécutant un mouvement d’avant en arrière afin d’offrir une cible moins favorable ; les premières silhouettes de chars ennemis font leur apparition au milieu de la poussière. A droite de la ligne de front des antichars, les chars M reculent jusqu’à 200m des positions défensives, occultant ainsi le pointage contre les Grant, tandis que les Stuart, dont la silhouette est plus basse, passent en double file devant les Bersaglieri. Le canon de 88/55 du Sergente Zangrossi tire deux obus traçants qui sèment le chaos : un premier char ennemi prend feu, puis un second et un troisième est immobilisé. Il est 09h40 et les Anglais sont pressés sur leur flanc droit par toute une batterie de canons de 88 estiment-ils, qui met hors de combat deux Grant, probablement du Squadron C, qui commence à se retirer. La pièce de 88/55 prend pour cible une autre formation blindée tandis que les blindés italiens se sont organisés en deux demi-cercles. Le feu se prolonge par intermittence parce que le canon a été repéré et les chars adverses l’arrosent à la mitrailleuse, blessant l’Artigliere Vasile. Comme une vengeance immédiate, un char prend feu, puis deux autres. Dans les dix minutes qui suivent, un Grant et un Stuart sont détruits tandis qu’un char italien est touché. Un chef de pièce de premier ordre, en la personne du Sottotenente Franco Pistoja, secondé par un sous-officier expérimenté, courageux et intelligent, en l’occurrence le Sergente Zangrossi, parvient à s’adjuger près de la moitié des succès de la journée. En raison du feu précis et intense d’un seul canon de 88/55, le 6th R.T.R. est contraint à la retraite, alors qu’une batterie du RHA fournit toujours un appui feu efficace. Même les canons de 47/32 des Bersaglieri concourent efficacement à stopper la progression des chars anglais grâce à l’habileté de leurs pointeurs, en particulier le Caporal Maggiore Baldan, le Bersagliere Buldini et le Bersagliere Benassi. LeCapitano De Serventi, responsable du secteur, reçoit la confirmation du mouvement de retraite des blindés ennemis. 

Alors que la situation se normalise sur le front du V Bersaglieri, le 6th RTR en phase de repli, doit expédier le Squadron C  en soutien du 1st RTR., qui atatque depuis le flanc gauche britannique. Les Stuart du Squadron A essuient un tir efficace provenant du sud-ouest de la part de quatre PzKpfw III allemands situés près de Bir el-Hamat, à une distance de 2 300 m environ. Le Squadron A fait lui aussi mouvement lorsqu’il est pris sous le feu nourri et précis de la division « Ariete » qui frappe 7 Stuart. Quant au Squadron C, qui accourt pour assurer le flanc du régiment, ses chars perdent leur alignement dans la manoeuvre et cinq Grant seulement parviennent sur la ligne de front. Les pertes montent. Quatre Grant du Squadron B sont incendiés par des tirs croisés italiens, maintenant soutenus par l’artillerie des deux divisions blindées du DAK, ainsi que d’une compagnie du Panzer-Regiment 8. L’attaque britannique prend fin à 11h30 . 

La ligne de défense italienne a brisé une action offensive d’envergure, tant par le volume de feu de l’artillerie que par les moyens blindés utilisés. Avant la tombée de la nuit, la pièce de 88/55 s’en retourne à la 14a Btr., escortée par la Fiat 1100 du commandement de régiment. Outre le commandant de la batterie, le Sottotenente Plinio Isola, nombre d’officiers supérieurs, dont De Stefanis, sont présents afin de féliciter les combattants qui ont fait preuve de vaillance et de sang-froid. 

            Les Britannique sont perdu 26 chars, détruits ou endommagés, soit 17 Grant et 9 Stuart, ainsi que 55 hommes d’équipage. Les Italiens accusent la perte de 24 chars légèrement touchés et réparables rapidement, un canon de 75/27 amoché et un camion lourd détruit ainsi que 31 pertes dans les rangs des soldats. Le succès est de taille. Des récompenses sont décernées aux vainqueurs. Les servants de la pièce de 88/55 sont ainsi tous proposés pour la Medaglia di Bronzo al Valor Militare, d’autres médailles étant attribuées aux tankistes ou aux Bersaglieri, ainsi qu’aux artilleurs (ceux du au personnel du V Gruppo semoventi da 75/18).

Cette journée du 10 juin 1942 est donc intense pour les hommes de l’Ariete, dont le courage et l’esprit de sacrifice permettent de bloquer et de réduire sensiblement la capacité opérationnelle de deux régiments de chars britanniques tout en permettant le développement de l’attaque finale contre la position de Bir Hacheim. Elle met aussi en exergue les capacités des soldats italiens, déterminés et efficaces, notamment lorsqu’ils sont équipés de matériel valable comme le canon de 88/55.