Seconde Guerre Mondiale

RUDOLPH WITZIG

Djefna, novembre 1942

Benoît Rondeau Copyright

Djefna, novembre 1942

A la mi-novembre 1942, sous le commandement du Major-General Evelegh, les premiers éléments de la 1st British Army de Kenneth Anderson tentent de réduire l’étroite tête de pont aménagée en Tunisie par le XC. AK du General der Panzertruppe Nehring. Parmi les premiers arrivés sur le sol de la Résidence, dès le 9 novembre, en réaction à « Torch », des Fallschirmjäger. Parmi ces unités, le Fallschirm Pionier Bn11 du Major Witzig, le héros de la prise de la forteresse belge d’Eben-Emael, en 1940. Le bataillon, fort den théorie e 716 hommes, est incomplet puisqu’une compagnie est intégrée à la Fallschirm-Brigade« Ramcke », qui retraite depuis El Alamein. L’unité de Witzig est rapidement engerbée dans une formation ad hoc qui est levée en Tunisie : la Division « von Broich ». 

Le Fallschirm Pionier Bn 11 du Major Witzig, auquel seront subordonné la 4/. Panzer-Abteilung 190 et la 5/.Artillerie-Regiment 190, est immédiatement dirigé vers l’ouest, mais, loin de prendre de vitesse l’adversaire, il subit un revers coûteux (dont de rares et précieux engins blindés) au carrefour de Djebel Abiod. Si les Fallschirmjäger se sont laissés surprendre, dûment renforcé par des Panzer et des Flak de 88 mm, ils verrouillent fermement la route et bloque toute progression. 

Dans l’esprit de Nehring, Mateur constitue la clé du maintient de la tête de pont. Il confie la défense de ses abords à Witzig et à ses paras, ainsi qu’aux Fallschirmjäger du Regiment Barenthin. Les soldats d’élite de la Luftwaffe vont alors écrire une nouvelle page brillante de leur carrière opérationnelle.

Le succès est remporté aux dépends de la 36th Brigade, qui renouvelle son effort en direction de Bizerte sur la côte. La poussée s’annonce a priori d’emblée difficile, l’ennemi étant redoutable en dépit de ses effectifs ténus. Le 20 novembre, les Fallschirmjäger de Witzig et les Paracadutisti du lieutenant-colonel Delmas surprennent en effet les Britanniques et s’emparent de trois hauteurs et de cent prisonniers à proximité d’Abiod, où le front est demeuré stabilisé. 

Pourtant, le 22, les Britanniques lance une offensive généralisée. Witzig est contraint de rétrocéder les gains et d’ordonner un repli. Les Fallschirmjäger font de nouveau montre de tous leurs talents de soldats. Le plus bel exploit de Witzig, qui détermine sans difficulté la ligne à tenir à tout prix, est encore à venir. Le Major ne dispose que de deux de ses compagnies : la 1 Kompanie de l’Oberleutnant Ernst et la 4Kompanie de l’Oberleutnant Hart, le général von Broich gardant par devers lui la 3 Kompanie en réserve, notamment dans la perspective de mener des coups de main.

Les combats défensifs tournent vite à l’avantage de l’Allemand : le 29 novembre, avec 4 000 hommes, la 36th Brigade de Kent Lemon attaque à 10 contre 1 mais rencontre une très forte opposition à Djefna. La défense s’articule autour de deux éminences, les Djebel Azzaq et Azred (Green Hill et Bald Hillpour les Britanniques). Au fond de la vallée, la localité de Jefna, où l’étroite voie ferrée s’enfonce dans un tunnel. Les trois compagnies du 8th Argylls and Sutherland Highlanders  tombent dans un guet-apens tendu par les Fallschirmjäger, qui rendent ainsi coup pour coup aux Britanniques qui leur avaient tendu une embuscade au Djebel Abiod une semaine plus tôt. 

Lorsque les Argyll parviennent devant Djefna, après une avance de 25 kilomètres, la troupe fait une pause pour déjeuner, persuadée de n’avoir en face d’elle qu’un mince cordon défensif. Le colonel Mackellar ordonne simplement à la A Company de continuer dans la vallée avec ses Bren Carriers. Pressés par le temps, car il importe de contrôler l’objectif avant la nuit, les Britanniques négligent de procéder à une reconnaissance ainsi qu’à envoyer des guetteurs surveiller les hauteurs. Des fantassins se déploient dans un champ labouré au côté des chenillettes qui progressent sur la route. Quelques rafales sont tirées en direction des positions supposées de l’ennemi mais, devant l’absence de réaction, rien ne semble à crainte. Soldats de premier ordre, les Fallschirmjäger ont su retenir leurs doigts sur les gâchettes… Il faut attendre encore un peu. Puis, dès que le premier Bren Carrier est sur le point d’atteindre la lisière de Djefna, les ordres de Witzig fusent : un obus de Pak réduit l’engin à l’état de carcasse, tandis qu’un antichar italien neutralise la dernière chenillette de la colonne. Celle-ci est soumise à un feu d’enfer des MG et des mortiers dissimulés de part et d’autre du chemin, semant la mort, le chaos et la destruction. L’affaire est entendue en l’espace de 20 minutes. Seuls huit soldats de la A Company A regagnent les lignes anglaises…

Mackellar engage immédiatement les Y et B Companies. S’il est trop tard pour la A Company, il garde l’espoir de refouler un adversaire qu’il croit à sa portée. La X Company est clouée au sol, tandis que la B Company se hasarde à l’assaut de « Bald Hill », sans succès. Alors que l’obscurité commence à poindre, sauvant ainsi le bataillon de la destruction, Mackellar n’a d’autre alternative que d’ordonner la retraite. Ses pertes se montent à 150 hommes, dont ses trois commandants de compagnies. Witzig revendique 30 tués et 86 prisonniers chez l’ennemi, ainsi que 8 Bren Carriers détruits dès le premier jour. 

Kent Lemon ne s’avoue pas vaincu et, le lendemain 30 novembre, il lance de nouveau la 36th Brigade à l’assaut, en l’occurrence les Royal West Kents qui perdent 161 hommes dans leur montée sur « Bald Hill ». Peine perdue : ils sont repoussés sans mal par les Fallschirmjäger déployés sur l’éminence, que Witzig a renforcé depuis le premier accrochage de la veille. De l’autre côté de la vallée, sur « Green Hill », l’Allemand a la partie encore plus facile puisque les assaillants n’atteignent même pas la crête… Le combat n’en est cependant pas moins acharné et les baïonnettes sont sorties de leurs gaines…

L’avance est donc stoppée dans le secteur nord. Une relative petite unité de Fallschirmjäger a tenu en échec une brigade renforcée. Un exploit qui ne coûte à Witzig « que » 14 tués, 20 blessés et un disparu, quoique les pertes commencent à s’accumuler depuis les premiers accrochages avec les Alliés. La position, pour le renforcement de laquelle des Juifs de Tunisie seront requis pour des travaux forcés, restera inexpugnable pendant six mois, jusqu’au printemps, les Fallschirmjäger ne devant l’abandonner qu’en raison de dégradation de la situation générale. Personne, pas même leurs homologues britanniques du 3rd Parachute Battalion du lieutenant-colonel Pine-Coffin, les « Red Devils », qui assaillent en vain « Green Hill » les 4 et 5 janvier 1943. La colline, parsemées de nids de mitrailleuses protégés par des champs de mines, barbelés et autres « booby traps », représente un objectif encore plus redoutable qu’en novembre précédant. En revanche, le sol est si détrempé par les intempéries d’un hiver tunisien particulièrement humide que les Fallschirmjäger ne peuvent espérer aucun soutien de la part des blindés des autres composantes de la Kampfgruppe Witzig.

L’assaut des paras britanniques est lancé de nuit, sur un sol détrempé. La B Company de Dobie reçoit ordre de s’infiltrer par le flanc nord, tenu par la 1 Kompanie commandée par Konrad, tandis que la A Company de Terrell prend position à l’ouest, face à « Green Hill ». Quatre mitrailleuses allemandes ouvrent le feu à bout portant sur le flanc droit, obligeant les assaillants à se diviser afin de prendre les défenseurs en tenaille. A chaque escarmouche qui éclate face à chaque section britannique, une seule MG ouvre le feu dans un premier temps, d’autres mitrailleuses ajoutant leurs tirs seulement après. Si les Britanniques parviennent à s’infiltrer sur le flanc adverse, ils subissent une première contre-attaque énergique, mais mal préparée, de la part de 80 paras de Witzig, néanmoins repoussés à la grenade et à la baïonnette. Un deuxième assaut des Fallschirmjäger du Leutnant Leute, qui commande alors la 4 Kompanie (déployée sur le flanc sud de la colline), soutenu par un barrage mouvant prodigué par les mortiers qui sème le chaos, obtient le résultat escompté : les « Red Devils » rescapés, en grande partie isolés, s’esquivent… Les Fallschirmjäger ont de nouveau remporté un succès sur Green Hill, mais au prix de 61 hommes, en n’ayant infligé que 23 pertes à leurs adversaires.

La journée reste donc à Witzig, qui a écrit avec ses hommes à Djefna un des plus belles pages de l’épopée des Fallschirmjäger au cours de la Seconde Guerre mondiale. Un fait d’armes qui ne le cède en rien à celui d’Eben-Emael.