Livre

Recension “Le Jeune Staline”

Staline avant Staline. La genèse et la jeunesse d'un dictateur.

Simon Sebag Montefiore, Le Jeune Staline, Passés Composés, 2025

J’ai déjà lu nombre d’ouvrages consacrés au dictateur soviétique, mais celui-ci a l’intérêt de nous présenter la jeunesse mouvementée du personnage, et ce jusqu’à la Révolution d’Octobre, bref Staline avant Staline. Le récit de l’enfance nous plonge dans l’époque tsariste, dans un Caucase multiethnique. Ce faisant, le lecteur découvre un tableau de la société du temps du dernier tsar, les relations entre les peuples, l’emprise des Russes, l’économie, la religion… Les portraits de certains prêtres, mais aussi de truands, sont édifiants. Les informations sur des villes telles que Bakou la pétrolière (et les Nobel), Tiflis ou sont des plus intéressantes, de même que l’évocation des lieux de déportation de Staline en Sibérie, forts variés, au quotidien rude mais sans équivalence avec l’enfer des goulags que développera le “petit père des peuples”.

Staline, alias Sosso ou Koba (et quantité d’autres noms et pseudos), est d’origine modeste, a trimé dur auprès de son père et comme séminariste (on se prend presque de pitié pour cet homme qui sera un des grands criminels…), mais on découvre très tôt qu’il a une forte personnalité, qu’il sait se distinguer des autres, qu’il possède un caractère rebelle et aventureux. On découvre un Staline poète, chanteur et bon vivant, un homme à femmes (même si l’auteur ne nie contre toute évidence!).

Les turpitudes sexuelles de Sosso finissent d’ailleurs par lasser, et sèment le doute quant au nombre de maîtresses et compagnes affichées. Plus généralement, bien des éléments du récit, quoiqu’étayés, soulèvent des questions. Quel est leur fiabilité? Les témoins, quant il ne s’agit pas de Staline lui même, sont peut-être acquis à sa cause, mais on en tout état de cause le mérite d’exister et permettre d’appréhender des pans entiers de la vie de Staline qui, sans cela, nous seraient complètement inconnus, à tout le moins méconnus.

Il est fascinant de lire ceux qui ont été dans l’intimité du dictateur et de découvrir l’existence difficile, mais riche et aventureuse qui fût la sienne.

L’homme avait tout du gangster, mais aussi du révolutionnaire tout acquis à sa cause (qui en rêverait presque chaque nuit comme Axelrod ou Lénine). Le récit du braquage de Tiflis est très bien mené. Staline apparaît comme un véritable caïd, un hommes capable de s’imposer. Le cheminement qui fait de lui le Bolchevik incontournable dans le Caucase, et donc un des piliers essentiels du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), est essentiel à comprendre.

On apprécie à ce propos les récits de ses rencontres avec Lénine et les relations entre les deux hommes (mais Lénine n’a aucunement des origines nobles comme le suggère l’auteur), ainsi que les pages consacrées au mouvement révolutionnaire, son fanatisme (un bolchevique “pur et dur”) et son rôle (ou son absence) des grands événements de 1905 et de 1917.

Au final, un livre qui nous fait découvrir Staline avant son arrivée au pouvoir.

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