Livre

Recension “Histoire des Troupes de Marine”

Une des unités majeures de notre armée. Passionnant et très bien écrit.

Benoît Bodart (direction), Histoire des Troupes de Marine, Perrin, 2025

Quel bel ouvrage! Je découvre à cette occasion Benoît Bodart, dont il me faudra suivre les travaux. Le directeur de l’ouvrage a rassemblé pour ce livre plusieurs historiens de premier plan, dont Rémy Porte, dont j’apprécie toujours autant la plume.

Fer de lance de la conquête coloniale, de tous les combats, ayant dû s’adapter à des conditions déroutantes (les guerres mondiales, la lutte contre le terrorisme), aux origines peu connues, les troupes de marine méritaient qu’on leur consacre une synthèse de qualité. C’est chose faite.

C’est vraiment passionnant et très bien écrit, passionnant car on embrasse le temps long, on vogue vers toutes les latitudes et on suit les grandes campagnes menées par notre armée sur les quatre coins du globe. Combien d’unités françaises peuvent s’enorgueillir du fait?

Les auteurs nous font découvrir le commencement de cette aventure, au temps des rois, puis, plus tard, sous Napoléon Ier. Les raisons qui ont présidé à la formation des troupes de marine, les dénominations, les difficultés, les rôles assignés, mais aussi l’uniforme : le lecteur se voit exposé l’essentiel des premiers temps de ce corps si spécial de notre armée. La période du Second empire a aussi son intérêt, avec l’aventure mexicaine, mais aussi les premières interventions d’envergure en Extrême-Orient.

L’épopée des marsouins et des bigors, puis des coloniaux, pour moi, qui se passionne tant pour l’Empire britannique à l’ère victorienne, c’est avant tout les récits des conquêtes et aventures coloniales, éprouvantes, passées dans la légende, et souvent méconnues ou à tout le moins simplifiées. Benoît Bodart est ici captivant et, comme dans mes ouvrages, il a à coeur de développer par le menu le quotidien des soldats (souvent fait d’ennui), ici sous les Tropiques et dans tous les territoires où seront envoyés ces volontaires. Le recrutement et les liens avec les populations locales sont des passages à retenir.

Les deux guerres mondiales sont également traitées avec bonheur, les souffrances des tranchées, les préjugés à l’endroit des Noirs, les crimes de guerre commis par les Allemands à l’endroit de ces derniers,… On espère d’ailleurs à ce propos que le lecteur peu averti aura définitivement fait un sort à la confusion, au sein du grand public, qui existe parfois entre l’Armée d’Afrique et la Coloniale.

A ce sujet, notamment pour qui veut en savoir davantage sur les tirailleurs sénégalais, je ne peux que vous recommander de lire les travaux de Julie d’Andurain et d’Antony Guyon, que j’ai présentés sur mon blog : ici , ici et ici.

L’ouvrage dirigé par Benoît Bodard ne s’arrête pas avec la Seconde Guerre mondiale ni l’épreuve de la décolonisation. La dernière partie est l’une des plus éclairantes et des plus captivantes du récit: il s’agit de relater l’action de notre infanterie de marine depuis les années 1960, elle qui est en première ligne dans toutes les grandes occasions. C’est une période de professionnalisation des armées, d’un changement de paradigme avec la “guerre asymétrique”. On y retrouve évidemment Michel Goya (mentionné mais non en charge de la rédaction du chapitre), auteur bien connu qui est un ancien marsouin. Le résumé des opérations diverses des opérations menées depuis les années 1990, signé Christophe Lafaye, est particulièrement bienvenu : au-delà des troupes de marine, il s’agit de bien saisir le rôle de l’armée française dans les opérations extérieures, leur importance pour le statut de notre pays, mais aussi pour la stabilité mondiale.

Un excellent ouvrage.