Livre Seconde Guerre Mondiale WWII

Recension “Auschwitz 1945” d’Alexandre Bande

Alexandre Bande, Auschwitz 1945, Passés Composés, 2025

Un bel ouvrage bienvenu en ce 80e des commémorations de la libération d’Auschwitz et en ces temps où le négationnisme, le déni de la culpabilité du régime de Vichy et les sirènes de l’antisémitisme menacent la démocratie, sans parler de ces sombres individus encore capables d’admirer des SS.

Le livre est centré sur l’année 1945 et c’est la sa force et son originalité, outre la solidité des informations fournies, dûment documentées et sourcées.

L’auteur nous offre un très beau, mais aussi très difficile récit, des derniers instants du drame d’Auschwitz. Il sait de quoi il parle, en qualité d’indiscutable spécialiste mais aussi pour avoir réitéré les voyages sur les lieux sinistres de la mise en oeuvre industrielle de la “Solution Finale”.

Dans ce livre remarquable, Alexandre Bande nous décrit par le menu le complexe d’Auschwitz (et ses trois camps principaux), revenant sur la mise en place et le fonctionnement de cette “usine de la mise à mort”. L’évocation des Sonderkommandos et des piles de cadavres m’ont immédiatement fait pensé au si sympathique et regretté Simon Igel, arrêté le jour de ses 16 ans, que j’avais, jadis, fait intervenir auprès de mes élèves: un homme remarquable dont le témoignage, précieux, reste gravé dans toutes les mémoires de ceux qui ont eu la chance de l’écouter.

Faisant la part belle aux témoignages, il nous offre un récit vivant des dernières semaines de l’existence d’Auschwitz, nous décrit comment les nazis ont procédé pour masquer l’immensité de leurs crimes et, passage particulièrement attendu, nous narre l’arrivée des Soviétiques, l’un des points forts du livre. Ce faisant, il nous explique en détail ce que ces derniers voient et ne voient pas. Je n’avais jamais saisi à quel point ces soldats de l’Armée rouge n’avaient pas conscience de ce qu’ils avaient découvert. La façon dont les documentaires et reportages ont été réalisés est également éclairant: la plupart des scènes sont reconstituées des semaines, voire des mois, après les faits.

Le propos d’Alexandre Bande m’a rappelé mes années de jeune chercheur à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, lorsque, trois années durant, pendant mon Service National puis en parallèle de la préparation du concours du Capes, j’ai été confronté à l’horreur concentrationnaire et eu l’opportunité de rencontrer de nombreux déportés, des moments inoubliables et poignants.

Ces déportés n’étaient pas des Juifs, mais des déportés résistants ou politiques et je me souviens de membres de diverses d’associations de déportés qui déploraient qu’on puisse systématiquement associer “déportation” et “juif” et ignorer ainsi que nombre de déportés -davantage en fait- ne l’ont pas été du fait qu’ils étaient des Juifs… Alexandre Bande nous rappelle qu’en 1945, et pour longtemps encore, c’est la situation inverse qui prévalait: la spécificité de la déportation des Juifs -et l’horreur sans nom de leur extermination- n’apparaît que peu à peu, les survivants étant peu nombreux aux côtés de ceux des camps de concentration (Buchenwald, Dachau…), des déportés du STO et des prisonniers de guerre.

Le passage sur les “marches de la mort” est édifiant et bien amené. Il et un rappel que, pour les déportés juifs d’Auschwitz survivants, comme d’ailleurs pour les autres déportés (en Allemagne, ceux-là: résistants, raflés, droits communs, etc), 1945 représente une des épreuves les plus terribles qu’ils eurent à traverser et que nombreux sont ceux qui périssent à l’aube d’une liberté attendue… Ces pages m’ont de nouveau ramené au temps de mon travail à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, lorsque, chargé d’une tâche portant sur les derniers temps des camps, j’ai lu et relu tous ces témoignages et ces récits sur les drames de l’évacuation des camps et le martyre des déportés affaiblis contraints de subir un ultime calvaire.

“Survivre après Auschwitz ” et la question de la mémoire des lieux et des événements (l’auteur n’oublie d’ailleurs pas les Tsiganes) constituent l’épilogue d’une synthèse très réussie sur ce que fût Auschwitz et les enjeux de mémoires qui en découlent, bref une centaine de pages qui se lisent vite et bien : on y trouve vraiment l’essentiel et une réflexion pertinente.