Début avril 1945, après avoir franchi le Rhin, le VI Corps du général Brooks s’enfonce sans difficultés au coeur du Reich, en direction de Munich. Brooks pense que la traversée du Neckar et l’exploitation consécutive plus en avant ne vont représenter qu’une formalité. Lourde erreur d’appréciation…
Les batailles menées par l’US Army en Allemagne au-delà du Rhin sont méconnues. Nous suivrons ici –à partir des archives- les traces de la 10th Armored Division du général Morris. Le 5 avril, alors que le CCR (doté d’une seule Task Force) et le 90th Cavalry sont engagés dans la zone Assamstadt-Stuppach, les CCA et CCB (chacun avec trois Task Forces) sont chargés de nettoyer la rive ouest du Neckar et de franchir le cours d’eau, puis de procéder à une manoeuvre d’enveloppement entre le Jagst et le Neckar et enfermer la 17. SS Pz. Gre-Div dans une nasse.
La poussée jusqu’à Crailsheim
Au cours de la journée du 5 avril, après avoir traversé le Neckar, le général Piburn, qui commande le CCA, reçoit la mission de poursuivre en direction du sud-ouest et de l’ouest. Le chef du CCA décide de confier l’avant-garde à la Task Force Hankins, pendant que la Task Force Roberts se chargera de s’assurer du secteur compris entre Assamstadt et Dorzbach et que la Task Force Riley se tiendra en réserve, prête à exploiter un succès acquis par l’une ou l’autre colonne. Le Combat Command s’ébranle le 6 avril, mais la progression de la Task Force Hankins s’avère difficile : l’unité est contrainte d’évoluer dans l’obscurité, en file indienne, sur une route étroite en terrain boisé, sans compter les inévitables abattis érigés par les Allemands. Ces derniers ne se manifestent que par des tirs sporadiques de mitrailleuses et de mortiers, jugés très inefficaces par les Américains. Quant aux « roadblocks », ils provoquent l’embourbement des véhicules qui tentent de les contourner par les bas-côtés. Bref, l’avance est lente.
Avisant les difficultés que rencontre la Task Force Hankins, Piburn ordonne à la Task Force Roberts de se diriger vers Dorzbach, à la recherche d’un autre passage. Las, l’unité s’égard dans l’obscurité puis rebrousse chemin vers l’est et parvient à enfin Dorzbach, où l’ennemi résiste encore. La Task Force tente toute la nuit de contourner l’obstacle, mais en vain. Lorsque la ville tombe enfin, les Américains ont la déconvenue de constater que la route principale qui mène à Hollenbach est impraticable en raison d’un pont détruit. Il n’a y donc d’autre alternative que de retourner au point de départ : Assamstadt.
Pendant ce temps, la Task Force Hankins a repris son avance et s’empare Hollenbach sans coup férir. Poursuivant sa progression, l’unité bouscule deux faibles barrages routiers seulement défendus par des soldats équipés d’armes légères et de Panzerfaust. La percée semble enfin acquise, car l’unité traverse sans difficultés plusieurs localités. En fin d’après-midi, pendant que des GI’s procèdent à des opérations de nettoyage à Neidenfels Burleswagen, le gros de la Task Force Hankins fonce sur Crailsheim, où la résistance s’avère tout aussi faible et désorganisée.
Lorsque les Américains établissent un périmètre défensif à la nuit tombante, la Task Force Reiley reçoit enfin l’ordre d’exploiter le succès acquis. Las, la progression est ralentie sur la même mauvaise route serpentant à travers les bois par où est passé Hankins la nuit précédente, d’autant que l’ennemi s’est infiltré dans la zone. Reiley établit néanmoins la jonction avec Hankins. En raison de la distance, les communications des deux unités avec le QG du CCA sont coupées. De leur propre chef, Reiley et Hankins décident d’établir un plan de défense. Le premier éclate son groupe : un tiers renforce la Task Force Hankins à Crailsheim même, tandis que le reste s’établit à Sattelweiler et à Satteldorf. Selon le plan initial, Reiley aurait dû poursuivre l’avance, mais Piburn n’est plus en mesure de diriger le gros de sa formation. Quant à l’ennemi, indubitablement surpris par l’avance américaine, il tarde à comprendre que Crailsheim est entre les mains des GI’s : quelques véhicules de commandement et leurs occupants sont ainsi faits prisonniers par les avant-postes au cours de la nuit. Un bus de la Wehrmacht est même intercepté : il venait quérir le linge… Pendant ce temps, le CCB franchit le Neckar en force –mais de façon très lente- dans la nuit du 6 au 7 avril, puis se rassemble près d’Assamstadt.
Opérations offensives dans la zone Crailsheim-Ilshofen
A l’aube du 7 avril, les éléments du CCA établis à Crailsheim sont rétifs à l’idée de poursuivre l’avance, bien que les ordres soient clairs sur ce point. Les officiers des deux Task Forces craignent de disperser leurs troupes et de se faire éliminer par petits groupes. Par ailleurs, essence et munitions doivent être utilisés avec parcimonie, les camions de la logistique s’étant repliés vers les stocks de l’arrière, mais sans rallier de nouveau les deux Task Forces. Ce matin-là, Piburn, toujours sans nouvelles, se rend lui-même sur place à bord d’un Piper Cub. Si la progression a cessé, ses hommes ne sont pas restés inactifs et mènent des raids ou nettoient des villages de la présence ennemie : ainsi, la Team Halovitz sécurise un aérodrome en neutralisant une pièce de 88 mm et 14 avions dans le processus. Piburn ordonne à la Task Force Riley d’attaquer Schwabish Hall, pendant que l’autre unité assure la défense de Crailsheim. Riley s’exécute à 12h30. Ses colonnes surprennent un train en route et l’anéantissent au canon. L’avance est peu perturbée, la prise d’Ilshofen se traduisant par le départ précipité d’un QG de corps allemand. La Task Force est cependant prise à partie par des Me-109 qui bombent et mitraillent la colonne américaine, mais sans la ralentir de façon notable. Arrivée à Wolperthausen, la Team Felice apprend d’un avion d’observation qu’il existe un pont intact sur la rivière Kocher à Croffelbach. Situé dans un défilé, l’ouvrage d’art explose cependant au nez et à la barbe des GI’s chargés de s’en emparer. Des tirs de Panzerfaust s’abattent alors sur la colonne américaine depuis les hauteurs qui bordent la route, tandis que des obus de mortiers frappent les approches du pont. Repoussés avec la perte d’un tank, les GI’s refluent sur Wolperthausen. En soirée, la Task Force Riley reçoit l’appoint du CCR, qui a dû batailler dans les bois sur la route menant à Crailsheim.
Le QG du CCA, ainsi que de Task Force Roberts doivent également rallier Crailsheim, mais les Américains sont de nouveau la proie des Allemands qui se sont infiltrés dans les zones forestières. La colonne subit même une attaque aérienne réalisée par deux avions à réaction et six Me-109. Peu après, des tirs éclatent des deux côtés de la route : l’embuscade cause la perte d’un char léger, d’un half-track et d’un camion de ¼ t. Les Américains parviennent néanmoins à Crailsheim vers 18h00.
Une autre unité doit bientôt arriver dans la ville : le lendemain, 7 avril, le CCR reçoit l’ordre d’assurer la relève de la Task Force Hankins. Plus facile à dire qu’à faire : en but à des contre-attaques, le CCR dissimule son repli en mettant intentionnellement le feu à Roth (difficilement conquis par les GI’s et théâtre d’une vigoureuse contre-attaque nocturne allemande le 6 avril). Il connaît ensuite d’autres difficultés en suivant les traces du CCA en se heurtant à une vive résistance dans les bois où deux blindés sont détruits. Arrivé en terrain clair, la vitesse de progression n’est pas aussi rapide qu’escompté en raison de la présence de « road-blocks » et du fait de l’activité aérienne de la Luftwaffe. Parvenu à destination, le CCR, à court de ravitaillement, n’est pas en mesure de s’acquitter de la relève et est donc placé sous la direction du CCA. La Task Force Thackston du CCR dépêche toutefois la Team Connolly en force de blocage à Wolpertshausen, en coordination avec la Team Felice de la Task Force Riley. Les autres éléments du CCR coupent la voie ferrée ou rejoignent Ilshofen. A l’évidence, l’ennemi s’est remis de la surprise de la veille.
8 avril 1945 : les Allemands contre-attaquent
La première contre-attaque d’envergure sur Crailsheim est lancée vers 5h30 le 8 avril. Elle débute par une intense préparation d’artillerie et de Nebelwerfer, sous le couvert de laquelle des centaines de Waffen SS et de Landser partent à l’assaut depuis l’est, le nord-est et le sud-est. Au nord-est, les assaillants, qui n’ont même pas pris la peine de se déployer, a priori ignorant des positions américaines, sont intégralement annihilés. En revanche, les autres attaques s’avèrent plus menaçantes. Les avant-postes sont bousculés et les Allemands parviennent dans les faubourgs. Un combat acharné se développe jusqu’à midi, lorsque la Task Force Hankins prend le dessus. Sur ordre du VI Corps, les 550 prisonniers, montés à bord des camions de la logistique, doivent être évacués sur Assamstadt, ce qui suppose traverser la zone boisée toujours soumises à des infiltrations ennemies. L’inévitable se produit : le convoi tombe dans une embuscade, au cours de laquelle la plupart des prisonniers sont tués ou parviennent à s’enfuir.
Pendant ces combats, le général Piburn reçoit de nouveaux ordres. Il doit reprendre la poussée sur Schwabisch Hall et poursuivre vers l’ouest pour établir la liaison avec la 100th ID. La Task Force Riley est chargée de la mission, seule tant que la Task Force Hankins ne sera pas relevé par un CCR qui n’a pas encore sécurisé les voies de communications. Riley est vite stoppé par des tirs de bazooka sur un terrain encaissé, d’autant plus difficile à négocier qu’il ne dispose que d’une compagnie de fantassins. Il reçoit ensuite l’ordre d’envoyer la Team Graham s’emparer d’un pont repéré intact sur la Kocher. Le scénario de Croffelbach se répète : le pont vole en éclat au moment où les Américains pensent s’en emparer…
Piburn, isolé à Crailsheim, se trouve dans une mauvaise posture : la route vers Assamstadt est coupée et les approvisionnements commencent à manquer. Il suggère alors un ravitaillement aérien via l’aérodrome allemand situé à proximité de la ville. Fort heureusement, la contre-attaque attendue pour la nuit ne se matérialise pas, même si les Américains subissent des tirs d’artillerie. Finalement, c’est le CCB qui parvient à Crailsheim avec du ravitaillement. Le CCA relance alors ses unités vers l’avant. La Task Force Roberts, suivie de la Task Force Riley, entreprend l’attaque de Ruppertshofen. Les deux Task Forces sont surprises par 25 avions de la Lutwaffe, qui causent des pertes sensibles, la confusion prenant de l’ampleur avec les combats terrestres concomitants, au point qu’une partie de la Task Force Roberts s’égare sur une mauvaise route…Le lieutenant-colonel Roberts s’expose en ordonnant en personne à la formation de faire demi-tour et tombe, fauché par le tir précis d’un sniper. La Task Force repend l’avance jusqu’à l’occupation de hauteurs où elle attend la prise de contact avec la 63rd ID. Lorsque la nuit tombe au soir du 9 avril, la 10th Armored Division n’a pas été en mesure de s’emparer de la ligne Schwabisch Hall-Backnang. Pis, on apprend que l’ennemi concentre 3 000 hommes à proximité de Crailsheim.
L’abandon de Crailsheim
Le 10 avril, la Task Force Henkins est confrontée à l’effort principal de l’ennemi qui renouvelle ses assauts. Dans la zone de la Team Hill, la ligne principale est atteinte : il faut batailler dur dans les rues, au corps à corps. L’artillerie fait la différence en frappant la route d’approche des Allemands, tandis que les réserves interviennent. Pendant ce temps, les positions d’Ilshofen sont également assaillies avec vigueur. Piburn réclame alors des renforts d’infanterie à Morris, si celui-ci entend tenir Crailsheim. Faute de disposer de fantassins et estimant que le maintien dans la ville ne justifie pas les pertes et les moyens engagés, le VI Corps ordonne un repli, à la grande surprise des officiers allemands qui observent le départ des tanks. Cette bataille méconnue dément sans ambages l’idée d’une absence de combattivité des Allemands sur le front de l’Ouest au printemps 1945.
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Début avril 1945, après avoir franchi le Rhin, le VI Corps du général Brooks s’enfonce sans difficultés au coeur du Reich, en direction de Munich. Brooks pense que la traversée du Neckar et l’exploitation consécutive plus en avant ne vont représenter qu’une formalité. Lourde erreur d’appréciation…
Les batailles menées par l’US Army en Allemagne au-delà du Rhin sont méconnues. Nous suivrons ici –à partir des archives- les traces de la 10th Armored Division du général Morris. Le 5 avril, alors que le CCR (doté d’une seule Task Force) et le 90th Cavalry sont engagés dans la zone Assamstadt-Stuppach, les CCA et CCB (chacun avec trois Task Forces) sont chargés de nettoyer la rive ouest du Neckar et de franchir le cours d’eau, puis de procéder à une manoeuvre d’enveloppement entre le Jagst et le Neckar et enfermer la 17. SS Pz. Gre-Div dans une nasse.
La poussée jusqu’à Crailsheim
Au cours de la journée du 5 avril, après avoir traversé le Neckar, le général Piburn, qui commande le CCA, reçoit la mission de poursuivre en direction du sud-ouest et de l’ouest. Le chef du CCA décide de confier l’avant-garde à la Task Force Hankins, pendant que la Task Force Roberts se chargera de s’assurer du secteur compris entre Assamstadt et Dorzbach et que la Task Force Riley se tiendra en réserve, prête à exploiter un succès acquis par l’une ou l’autre colonne. Le Combat Command s’ébranle le 6 avril, mais la progression de la Task Force Hankins s’avère difficile : l’unité est contrainte d’évoluer dans l’obscurité, en file indienne, sur une route étroite en terrain boisé, sans compter les inévitables abattis érigés par les Allemands. Ces derniers ne se manifestent que par des tirs sporadiques de mitrailleuses et de mortiers, jugés très inefficaces par les Américains. Quant aux « roadblocks », ils provoquent l’embourbement des véhicules qui tentent de les contourner par les bas-côtés. Bref, l’avance est lente.
Avisant les difficultés que rencontre la Task Force Hankins, Piburn ordonne à la Task Force Roberts de se diriger vers Dorzbach, à la recherche d’un autre passage. Las, l’unité s’égard dans l’obscurité puis rebrousse chemin vers l’est et parvient à enfin Dorzbach, où l’ennemi résiste encore. La Task Force tente toute la nuit de contourner l’obstacle, mais en vain. Lorsque la ville tombe enfin, les Américains ont la déconvenue de constater que la route principale qui mène à Hollenbach est impraticable en raison d’un pont détruit. Il n’a y donc d’autre alternative que de retourner au point de départ : Assamstadt.
Pendant ce temps, la Task Force Hankins a repris son avance et s’empare Hollenbach sans coup férir. Poursuivant sa progression, l’unité bouscule deux faibles barrages routiers seulement défendus par des soldats équipés d’armes légères et de Panzerfaust. La percée semble enfin acquise, car l’unité traverse sans difficultés plusieurs localités. En fin d’après-midi, pendant que des GI’s procèdent à des opérations de nettoyage à Neidenfels Burleswagen, le gros de la Task Force Hankins fonce sur Crailsheim, où la résistance s’avère tout aussi faible et désorganisée.
Lorsque les Américains établissent un périmètre défensif à la nuit tombante, la Task Force Reiley reçoit enfin l’ordre d’exploiter le succès acquis. Las, la progression est ralentie sur la même mauvaise route serpentant à travers les bois par où est passé Hankins la nuit précédente, d’autant que l’ennemi s’est infiltré dans la zone. Reiley établit néanmoins la jonction avec Hankins. En raison de la distance, les communications des deux unités avec le QG du CCA sont coupées. De leur propre chef, Reiley et Hankins décident d’établir un plan de défense. Le premier éclate son groupe : un tiers renforce la Task Force Hankins à Crailsheim même, tandis que le reste s’établit à Sattelweiler et à Satteldorf. Selon le plan initial, Reiley aurait dû poursuivre l’avance, mais Piburn n’est plus en mesure de diriger le gros de sa formation. Quant à l’ennemi, indubitablement surpris par l’avance américaine, il tarde à comprendre que Crailsheim est entre les mains des GI’s : quelques véhicules de commandement et leurs occupants sont ainsi faits prisonniers par les avant-postes au cours de la nuit. Un bus de la Wehrmacht est même intercepté : il venait quérir le linge… Pendant ce temps, le CCB franchit le Neckar en force –mais de façon très lente- dans la nuit du 6 au 7 avril, puis se rassemble près d’Assamstadt.
Opérations offensives dans la zone Crailsheim-Ilshofen
A l’aube du 7 avril, les éléments du CCA établis à Crailsheim sont rétifs à l’idée de poursuivre l’avance, bien que les ordres soient clairs sur ce point. Les officiers des deux Task Forces craignent de disperser leurs troupes et de se faire éliminer par petits groupes. Par ailleurs, essence et munitions doivent être utilisés avec parcimonie, les camions de la logistique s’étant repliés vers les stocks de l’arrière, mais sans rallier de nouveau les deux Task Forces. Ce matin-là, Piburn, toujours sans nouvelles, se rend lui-même sur place à bord d’un Piper Cub. Si la progression a cessé, ses hommes ne sont pas restés inactifs et mènent des raids ou nettoient des villages de la présence ennemie : ainsi, la Team Halovitz sécurise un aérodrome en neutralisant une pièce de 88 mm et 14 avions dans le processus. Piburn ordonne à la Task Force Riley d’attaquer Schwabish Hall, pendant que l’autre unité assure la défense de Crailsheim. Riley s’exécute à 12h30. Ses colonnes surprennent un train en route et l’anéantissent au canon. L’avance est peu perturbée, la prise d’Ilshofen se traduisant par le départ précipité d’un QG de corps allemand. La Task Force est cependant prise à partie par des Me-109 qui bombent et mitraillent la colonne américaine, mais sans la ralentir de façon notable. Arrivée à Wolperthausen, la Team Felice apprend d’un avion d’observation qu’il existe un pont intact sur la rivière Kocher à Croffelbach. Situé dans un défilé, l’ouvrage d’art explose cependant au nez et à la barbe des GI’s chargés de s’en emparer. Des tirs de Panzerfaust s’abattent alors sur la colonne américaine depuis les hauteurs qui bordent la route, tandis que des obus de mortiers frappent les approches du pont. Repoussés avec la perte d’un tank, les GI’s refluent sur Wolperthausen. En soirée, la Task Force Riley reçoit l’appoint du CCR, qui a dû batailler dans les bois sur la route menant à Crailsheim.
Le QG du CCA, ainsi que de Task Force Roberts doivent également rallier Crailsheim, mais les Américains sont de nouveau la proie des Allemands qui se sont infiltrés dans les zones forestières. La colonne subit même une attaque aérienne réalisée par deux avions à réaction et six Me-109. Peu après, des tirs éclatent des deux côtés de la route : l’embuscade cause la perte d’un char léger, d’un half-track et d’un camion de ¼ t. Les Américains parviennent néanmoins à Crailsheim vers 18h00.
Une autre unité doit bientôt arriver dans la ville : le lendemain, 7 avril, le CCR reçoit l’ordre d’assurer la relève de la Task Force Hankins. Plus facile à dire qu’à faire : en but à des contre-attaques, le CCR dissimule son repli en mettant intentionnellement le feu à Roth (difficilement conquis par les GI’s et théâtre d’une vigoureuse contre-attaque nocturne allemande le 6 avril). Il connaît ensuite d’autres difficultés en suivant les traces du CCA en se heurtant à une vive résistance dans les bois où deux blindés sont détruits. Arrivé en terrain clair, la vitesse de progression n’est pas aussi rapide qu’escompté en raison de la présence de « road-blocks » et du fait de l’activité aérienne de la Luftwaffe. Parvenu à destination, le CCR, à court de ravitaillement, n’est pas en mesure de s’acquitter de la relève et est donc placé sous la direction du CCA. La Task Force Thackston du CCR dépêche toutefois la Team Connolly en force de blocage à Wolpertshausen, en coordination avec la Team Felice de la Task Force Riley. Les autres éléments du CCR coupent la voie ferrée ou rejoignent Ilshofen. A l’évidence, l’ennemi s’est remis de la surprise de la veille.
8 avril 1945 : les Allemands contre-attaquent
La première contre-attaque d’envergure sur Crailsheim est lancée vers 5h30 le 8 avril. Elle débute par une intense préparation d’artillerie et de Nebelwerfer, sous le couvert de laquelle des centaines de Waffen SS et de Landser partent à l’assaut depuis l’est, le nord-est et le sud-est. Au nord-est, les assaillants, qui n’ont même pas pris la peine de se déployer, a priori ignorant des positions américaines, sont intégralement annihilés. En revanche, les autres attaques s’avèrent plus menaçantes. Les avant-postes sont bousculés et les Allemands parviennent dans les faubourgs. Un combat acharné se développe jusqu’à midi, lorsque la Task Force Hankins prend le dessus. Sur ordre du VI Corps, les 550 prisonniers, montés à bord des camions de la logistique, doivent être évacués sur Assamstadt, ce qui suppose traverser la zone boisée toujours soumises à des infiltrations ennemies. L’inévitable se produit : le convoi tombe dans une embuscade, au cours de laquelle la plupart des prisonniers sont tués ou parviennent à s’enfuir.
Pendant ces combats, le général Piburn reçoit de nouveaux ordres. Il doit reprendre la poussée sur Schwabisch Hall et poursuivre vers l’ouest pour établir la liaison avec la 100th ID. La Task Force Riley est chargée de la mission, seule tant que la Task Force Hankins ne sera pas relevé par un CCR qui n’a pas encore sécurisé les voies de communications. Riley est vite stoppé par des tirs de bazooka sur un terrain encaissé, d’autant plus difficile à négocier qu’il ne dispose que d’une compagnie de fantassins. Il reçoit ensuite l’ordre d’envoyer la Team Graham s’emparer d’un pont repéré intact sur la Kocher. Le scénario de Croffelbach se répète : le pont vole en éclat au moment où les Américains pensent s’en emparer…
Piburn, isolé à Crailsheim, se trouve dans une mauvaise posture : la route vers Assamstadt est coupée et les approvisionnements commencent à manquer. Il suggère alors un ravitaillement aérien via l’aérodrome allemand situé à proximité de la ville. Fort heureusement, la contre-attaque attendue pour la nuit ne se matérialise pas, même si les Américains subissent des tirs d’artillerie. Finalement, c’est le CCB qui parvient à Crailsheim avec du ravitaillement. Le CCA relance alors ses unités vers l’avant. La Task Force Roberts, suivie de la Task Force Riley, entreprend l’attaque de Ruppertshofen. Les deux Task Forces sont surprises par 25 avions de la Lutwaffe, qui causent des pertes sensibles, la confusion prenant de l’ampleur avec les combats terrestres concomitants, au point qu’une partie de la Task Force Roberts s’égare sur une mauvaise route…Le lieutenant-colonel Roberts s’expose en ordonnant en personne à la formation de faire demi-tour et tombe, fauché par le tir précis d’un sniper. La Task Force repend l’avance jusqu’à l’occupation de hauteurs où elle attend la prise de contact avec la 63rd ID. Lorsque la nuit tombe au soir du 9 avril, la 10th Armored Division n’a pas été en mesure de s’emparer de la ligne Schwabisch Hall-Backnang. Pis, on apprend que l’ennemi concentre 3 000 hommes à proximité de Crailsheim.
L’abandon de Crailsheim
Le 10 avril, la Task Force Henkins est confrontée à l’effort principal de l’ennemi qui renouvelle ses assauts. Dans la zone de la Team Hill, la ligne principale est atteinte : il faut batailler dur dans les rues, au corps à corps. L’artillerie fait la différence en frappant la route d’approche des Allemands, tandis que les réserves interviennent. Pendant ce temps, les positions d’Ilshofen sont également assaillies avec vigueur. Piburn réclame alors des renforts d’infanterie à Morris, si celui-ci entend tenir Crailsheim. Faute de disposer de fantassins et estimant que le maintien dans la ville ne justifie pas les pertes et les moyens engagés, le VI Corps ordonne un repli, à la grande surprise des officiers allemands qui observent le départ des tanks. Cette bataille méconnue dément sans ambages l’idée d’une absence de combattivité des Allemands sur le front de l’Ouest au printemps 1945.
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