Seconde Guerre Mondiale WWII

PSYCHOLOGIE : COMMENT LA VISION DE L’ADVERSAIRE INFLUENCE-T-ELLE LA STRATEGIE ET LA TACTIQUE ? 

Les erreurs de jugement sur le potentiel de l’ennemi 

Vaincre à la guerre ne résulte pas du seul rapport de force sur le champ de bataille, ni même du potentiel économique et industriel des belligérants. L’aspect psychologique s’avère tout aussi décisif. La manière dont est perçu l’adversaire l’illustre sans équivoque. Examinons ce phénomène au travers de quelques exemples. 

L’origine des erreurs de jugement sur le potentiel de l’ennemi 

Jauger convenablement l’adversaire, ses capacités défensives ou offensives, sa logistique, son moral, son aptitude à créer de nouvelles armées, absorber ses pertes et dépêcher des renforts ou encore son niveau d’entraînement, la qualité de ses armes et le caractère de ses chefs, etc : autant de domaines dans lesquels une erreur d’appréciation peut s’avérer désastreuse. 

Surestimer un adversaire peut amener à temporiser, attaquer en un autre secteur du front, renoncer à l’affronter, voire à solliciter l’appui des alliés… Ce faisant, bien des opportunités, qui ne se représenteront pas, sont manquées. Sous-estimer l’ennemi pousse à négliger le soin apporté à la préparation d’une offensive ou adopter une stratégie inadaptée, ou encore engager trop peu de moyens dans une opération. 

            On discerne plusieurs raisons essentielles qui peuvent amener un belligérant à sous-estimer son adversaire : 1) un mépris basé sur une forme de racisme (les nazis envers les Soviétiques) ; 2) la faillite du renseignement (les Waffen SS à Arnhem, en 1944); 3) une trop forte confiance dans ses armes (les Allemands, certains que Tiger et Panther sont à même de faire la différence); 4) les effets déformants de la propagande (les Italiens ne seraient que de piètres combattants, comme l’illustre à l’envi les actualités et les journaux britanniques) ; 5) la désinformation du fait des manœuvres d’intoxication ou de dissimulation de l’adversaire (en 1944, l’OKH vis-à-vis des force soviétiques déployées devant le Heeresgruppe Mitte avant « Bagration ») ; 6) négliger un point fort de l’ennemi comme sa logistique (en 1944, les Japonais pensent que les Britanniques n’auront pas la capacité de ravitailler Kohima et Imphal par les airs) ; 7) des renseignements mal interprétés (en 1941, Rommel croit que les Australiens s’apprêtent à réembarquer et à abandonner Tobrouk ); etc. 

            La perception biaisée de l’ennemi se base en partie sur la qualité de son matériel et en particulier de son armement. En Afrique puis en Europe de l’Ouest, Crusader, Cromwell, Sherman et autres Tanks Destroyers pourraient laisser penser que les blindés alliés ne sont pas à la hauteur des PanzerA contrario, Tiger et canons de 88 laissent confortent de nombreux combattants dans l’idée que la Wehrmacht est puissante. Car la mésestimation des capacités de l’ennemi, que ce soit en le surestimant ou au contraire en le sous-estimant, n’est pas qu’une simple affaire d’états-majors et de généraux ou de politiques présidant à la stratégie. L’image donnée d’une armée percole jusqu’au niveau du simple combattant. L’incidence se traduit alors au niveau tactique, ce qui provoque des désastres ou, au contraire, laisse s’envoler des opportunités de succès importants.  

La surestimation de ses propres capacités opérationnelles de la part d’une armée est un autre vecteur de revers ou de désastre, ainsi de l’armée nipponne en 1941 ou encore la Wehrmacht après ses éclatantes victoires de 1940-41, cette dernière conservant durablement son sentiment de supériorité. La Luftwaffe est ainsi engagée au-delà de ses capacités en tentant d’assurer des ponts aériens vers Stalingrad et la Tunisie au cours de l’hiver 1942/1943. 

Surestimer son ennemi ou comment manquer des opportunités 

On connaît les appréhensions du haut-commandement allemand lorsque le Führer lui dévoile son intention de procéder à la conquête de l’Ouest, inquiétude qui ne cessera de perdurer avant le lancement du « Fall Gelb » le 10 mai 1940. Pis, la crainte d’un nouveau revers digne de celui essuyé sur la Marne en septembre 1914 ainsi que le manque de hardiesse de généraux impressionnés par la témérité d’un Rommel ou d’un Guderian témoignent de l’ancrage bien profond dans les esprits que l’armée française est une grande armée, une force pleine de ressources, et qu’elle peut s’avérer dangereuse. Craintes illusoires qui vont pousser à l’une des grandes erreurs de la campagne : plusieurs « Haltbefehl », qui ne sont certes pas de l’unique responsabilité d’un Hitler par la suite tant décrié, songeons ne serait-ce qu’à Rundstedt, tout aussi timoré, sauvent l’armée française et surtout l’armée britannique d’un plus grand désastre encore en permettant l’évacuation de Dunkerque. Les conséquences stratégiques d’une surestimation de l’ennemi sont particulièrement graves dans ce cas précis : la Grande Bretagne sauve son armée et reste donc dans la guerre. 

Un nom peut valoir plusieurs divisions, voire provoquer bien des appréhensions chez un adversaire. Qualité qu’Hitler prête à Rommel. On sait combien ses adversaires lui ont attribué un génie tactique inconsidéré au cours de la guerre du désert. Montgomery, qui a difficilement remporté sa victoire à El Alamein, subit lui-aussi le syndrome : la timidité de se décisions lors des premiers jours, si cruciaux, qui ont suivi sa victoire, de même que le manque de hardiesse tout au long d’une poursuite qui s’est éternisée sur 2 500 kilomètres en donnent une illustration flagrante. « Monty », incapable de mesurer le degré de sa victoire ni de saisir le changement de situation générale alors qu’un nouveau front s’ouvre en Tunisie, craint un retour gagnant d’un ennemi apparemment définitivement défait, comme en février 1941 ou en janvier 1942.  Lorsqu’à l’automne 1943, Hitler nomme le « Renard du Désert » au poste d’inspecteur du Mur de l’Atlantique, il compte encore sur l’aura de ce nom auprès de l’adversaire. 

L’armée allemande déployée à l’Ouest fait peur, à tout le moins elle inspire le respect sur le plan militaire et elle est jugée dangereuse. Sa réputation d’excellence remonte au XVIIIe siècle et à Frédéric II de Prusse. Mais cette réputation a plus à voir avec les victoires de la première partie de la guerre. La préparation d’ « Overlord » est minutieuse et part du postulat que le combat sera âpre face à un adversaire déterminé. Pourtant, les Alliés surestiment la capacité opérationnelle de la Westheer car ils sont dans l’ignorance de querelles de doctrine d’emploi des réserves : la menace de Panzer sera beaucoup moindre qu’escompté le Jour J. L’arrivée sur le front des formations blindées allemandes sera par ailleurs plus échelonnée que prévu. Après l’épreuve du Jour J, alors que le front allemand est d’une extrême fragilité entre Carentan et Bayeux, les Alliés, qui disposent pourtant de tous les moyens de renseignements possibles, manquent de saisir une incroyable opportunité de s’avancer rapidement en profondeur en balayant les restes des 352. et 716. ID encore insuffisamment épaulés par les renforts déployés en priorité autour de Caen. 

Les effets d’une surestimation des capacités réelles de l’ennemi se traduisent également sur le plan tactique. Un revers inattendu ou une défaite sans appel peut faire éclore un sentiment d’infériorité qui peut être à l’origine d’une surestimation de l’adversaire. Les régiments blindés du Royal Armoured Corps passent d’humiliations en défaites cinglantes face à leurs adversaires de l’Afrika-Korps de l’opération « Battleaxe » (juin 1941) à la première bataille d’El Alamein (juillet 1942) : les unités de Panzer semblent invincibles, alors qu’une révision de la doctrine permettrait d’envisager une parade qui mettrait un terme à ce cycle infernal. Les incidences tactiques sont graves : abandon de l’infanterie alliée à son sort (drame récurrent : citons simplement la bataille de Ruweisat à El Alamein en juillet 1942), refus de se risquer ou encore poursuite par trop timorée d’un ennemi aux capacités blindées pourtant sérieusement diminuées (fin de la 2e bataille d’El Alamein). Les tentatives de remédiation par Montgomery, qui implique davantage l’artillerie antichar dans ces confrontations face aux Panzer, et l’entrée en lice du Sherman, qui domine un temps le champ de bataille, ne suffisent pas à inverser le sentiment d’infériorité qui s’est installé. Bien que plusieurs explications permettent de rendre compte de la faible combattivité de l’unité en Normandie, une pareille mésaventure semble frapper la 7th Armoured Division, les fameux « rats du désert », après l’échec subi devant les Tiger de Wittmann à Villers-Bocage.  

Un adversaire sous-estimé : cause de biens des désastres… 

Lorsque, Rommel pose le pied en Afrique le 6 février 1941, le General Wavell, Commander in Chief Middle East, ne prend pas la mesure de l’immédiateté du danger : ULTRA (le service de décryptage des messages codés allemands) lui a révélé que le DAK n’entrera en action qu’à la fin du printemps. Sur injonctions de Londres, le général anglais peut donc se lancer dans une aventure grecque, bien à contrecoeur.       Privé de ses meilleurs éléments envoyés en Grèce ou remis en condition en Egypte, le HQ Cyrenaica Command, qui succède à la Western Desert Force victorieuse des Italiens, n’est pas en mesure d’offrir une défense digne de ce nom. On connaît la suite : fin mars, outrepassant ses ordres initiaux, Rommel, avec l’aval de ses supérieurs, entame sa première reconquête de la Cyrénaïque. La sous-estimation de l’ennemi a coûté aux Britanniques presque l’intégralité des gains de leur victoire de l’hiver de 1940-1941. Ne reste que Tobrouk… 

En Crète, dont la bataille qui débute le 20 mai 1941 scelle la campagne de Grèce, ce sont au contraire les Allemands qui pêchent par excès de confiance. Ils ignorent que l’ennemi connaît leurs intentions. Pis, ce dernier est bien plus fort qu’escompté mais, heureusement pour la Wehrmacht, le général Freyberg, qui assume le commandement de la garnison de l’île, déploie maladroitement ses troupes et s’attend à ce qu’une opération amphibie soit concomitante à l’assaut aéroporté. In fine, les paras allemands de Student l’emportent, grâce au soutien des Gebirgsjäger ainsi que des escadrilles de la Luftwaffe. Mais cette sous-estimation de leur ennemi a sonné le glas de l’arme aéroportée dans son rôle traditionnel. L’hécatombe prend les allures d’une victoire à la Pyrrhus : plus de 6 000 Fallschirmjäger sont tués ou blessés. 

L’un des cas les plus célèbres de sous-estimation des capacités d’un adversaire reste celui du haut-commandement allemand lors de la mise au point puis de la mise en œuvre de « Barbarossa ». A l’aube de l’embrasement à l’Est, qui décidera du l’issue de la guerre, l’Armée rouge n’est nullement jaugée à sa juste valeur. Plusieurs éléments expliquent ce mécompte de la part des Allemands : la défaite subie par les Soviétiques face à la Finlande, les purges subies par l’Armée rouge, l’incroyable victoire remportée par la Wehrmacht sur la France en 1940, victoire masquant bien des carences et insuffisances, et, enfin, des considérations raciales et politiques, qui donnent à la Wehrmacht le sentiment de ne devoir être confronté qu’à des « sous-hommes ». En 1944 encore, trois ans après le début de la guerre à l’Est, alors même que l’Armée rouge est devenue particulièrement redoutable, il n’est pas certain que Manstein, pourtant auréolé de ses victoires, en ait pris toute la mesure : le stratège allemand pense encore pouvoir damer le pion à son adversaire, pour peu que la Führer lui accorde le commandement suprême de l’intégralité du front. En début de campagne, n’anticipant aucunement une campagne d’hiver, insuffisamment équipés pour mener une « Blitzkrieg » dans les immensités russes, les Allemands n’ont pas été en mesure de vaincre les Soviétiques dans l’espace d’une campagne en 1941. Cette grave sous-estimation leur a tout simplement coûté la guerre… 

            Parmi les forces armées des grandes nations, l’US Army, la plus puissante au monde en 1945, est indiscutablement l’une des moins redoutables en septembre 1939. Force est de constater que ses futurs adversaires, à tout le moins l’empire du Japon et le III. Reich, mésestiment complètement l’impressionnante capacité industrielle des Etats-Unis et surtout la montée en puissance de son outil de combat, et ce aussi bien sur le plan de l’efficience au combat que du nombre de soldats et de matériels engagés. 

            Cette mésestimation éclate au grand jour lorsqu’Hitler déclare la guerre aux Etats-Unis le 11 décembre 1941, quatre jours après Pearl Harbor, alors même que les clauses de l’alliance avec l’empire nippon ne l’y contraignaient pas, même si le Reich est depuis des mois en quasi état de guerre avec un pays qui ne dissimule pas son soutien à la Grande-Bretagne.  

Le pari du Japon se base davantage encore sur un constat complètement erroné de la situation. En espérant mettre les Etats-Unis devant le fait accompli à l’issu de leurs conquêtes victorieuses en imaginant les amener à la table des négociations, l’empire du Soleil Levant sous-estime gravement l’état d’esprit des Américains, leur détermination et leur capacité à mener une guerre jusqu’à la victoire.  

Le haut-commandement allemand va lui aussi être aveugle sur la longue durée quant aux capacités de l’US Army.  Les succès temporaires, mais très nets, remportés en Tunisie, impriment d’emblée une piètre image de l’adversaire. En Normandie, et déjà pendant l’attente de l’Invasion, les Britanniques sont considérés comme les adversaires les plus dangereux. L’ultime illustration de cette représentation biaisée de la réalité survient durant « Herbstnebel », la contre-offensive des Ardennes. Contre toute attente, le GI se montrera à la hauteur, voire meilleur que le Waffen SS ou le Landser. Hitler se berce également d’illusion quand il parie sur l’absence de solidité d’une coalition qu’il juge contre nature. 

            A contrario, les Etats-Unis ont eu une forte propension à se tromper eux-aussi en sous-estimant leur ennemi. Paradoxalement, cela est particulièrement vrai à l’égard des Allemands, même si ces appréciations n’étaient pas unanimement partagées. De façon quelque peu cavalière, le général Marshall, et d’autres stratèges avec lui, pensent qu’il est tout à fait réaliste de procéder à l’invasion du continent européen via la France dès 1942 (projet « Roundup »), idée qui est encore la leur en 1943. Grave sous-estimation des capacités de la Wehrmacht, heureusement non partagée par les Britanniques qui réussissent à persuader Roosevelt de s’engager d’abord en Méditerranée, ce qui s’avèrera décisif et salutaire (cf notre article dans 2e GM N° 71). L’attitude de l’US Army reste encore bien cavalière au début de la campagne de Tunisie, ainsi qu’au cours de la préparation et des premiers combats pour « Overlord », en Normandie. Les Allemands auront tôt fait de leur faire comprendre la gravité de leur erreur. Décidément difficiles à être persuadés de la capacité de résilience de la Wehrmacht, les Américains et leurs alliés anglo-canadiens doivent subir les désenchantements de l’automne 1944 (le fameux « miracle de l’Ouest » de la Propagande nazie), après l’euphorie de la percée de Normandie, et surtout l’épreuve de la bataille des Ardennes. 

Des revers qui impriment durablement l’image donnée par une armée 

            La sous-estimation d’une armée peut prendre un aspect pérenne lorsqu’elle persiste sur la durée, parfois jusqu’à la fin du conflit, voire même au-delà. L’origine remonte souvent à un événement marquant considéré comme exemplaire de l’armée considérée. La défaite sans appel subie par la France a durablement marqué l’opinion que les Allemands- mais aussi les autres belligérants- se sont faits des forces françaises. L’armée réputée la meilleure du monde est en fait médiocre. Certes, on prête à Hitler un commentaire élogieux à l’issue de la belle prestation des FFL à Bir Hacheim. Mais, pour les Alliés, l’armée française, même renaissante, n’est pas jugée apte aux missions les plus dures et sa combattivité, à tout le moins sa qualité opérationnelle, est sujette à caution. On peut illustrer ce propos par la légèreté avec laquelle les Britanniques entament l’invasion de la Syrie en 1941 (opération « Exporter »), avec l’exemple des tâches, toujours subalternes et secondaires, assignées à l’armée d’Afrique, certes très mal équipée, en Tunisie, mais aussi au CEF du général Juin en Italie, pourtant rééquipé à l’américaine, hautement combattif et remarquablement adapté à un théâtre des opérations très montagneux. On sait pourtant combien son intervention contribuera à débloquer la situation sur le front de Cassino au cours de l’opération « Diadem ». Même constat pour l’armée « B » (renommée 1ère armée française) du général de Lattre, lors des campagnes finales de 1944-45.  

            Les Italiens ont connu une expérience similaire : la multiplication des revers en début de conflit, allié à des présupposés méprisants à l’endroit de leurs capacités militaires ont eu un impact durable pendant le conflit (image qui perdure encore de nos jours dans le grand public). Et pourtant, force est de constater que la sous-estimation des troupes italiennes par les Alliés, mais aussi par les Allemands, si elle ne repose pas sur un constat absolument sans fondements, constitue en fait une erreur d’appréciation. De fait, quelle armée, même avec des troupes alpines dûment entraînées, aurait été en mesure de l’emporter dans les Alpes en 1940, avec quelques jours de préparation, ou encore parvenir à envahir la Grèce en lançant une campagne en terrain montagneux en plein automne de la même année ? La terrible défaite d’Egypte et de Libye au cours de l’hiver 1940-41 aurait-il été possible avec des troupes plus adaptées au théâtre des opérations (songeons un instant à la logistique et au nombre de véhicules alors déployés en Albanie et qui auraient pu faire la différence en Afrique) ? Les faits d’armes consécutifs de l’armée italienne en Afrique et en Union soviétique, souvent méconnus, n’ont nullement effacé cette piètre image. Les Italiens ont donc toujours été sous-estimés, d’où les déconvenues des Britanniques, qui dans le secteur sud d’El Alamein, face à la Folgore, qui face à l’Ariete de Bir el Gobi (1941) à El Alamein en passant par Gazala, ou encore à Enfidaville ou au-delà de Gafsa en fin de campagne de Tunisie. En revanche, cette prise en compte de la moindre solidité des unités italiennes, qui est un fait, a donné ses dividendes lors des attaques délibérées contre elles par Auchinleck, alors à la tête de la 8th Army, à El Alamein en juillet 1942 ou encore en Sicile un an plus tard. Les Allemands partagent cette réserve, pour ne pas dire cette condescendance, voire ce mépris.  

Conclusion : le caractère essentiel de la psychologie à la guerre 

La sous-estimation ou la surestimation de l’ennemi ont donc conduit à des désastres, à tout le moins de sérieuses déconvenues. Pour autant, juger l’ennemi inférieur ne signifie aucunement systématiquement le sous-estimer. Des jugements pertinents sont pris en compte à bon escient. L’opération « Uranus » en offre un excellent exemple : les Soviétiques frappent les Roumains, évidemment le maillon faible sur le front de Stalingrad. Le déferlement nippon sur le sud-est asiatique et dans le Pacifique procède lui aussi d’une analyse en partie pertinente du rapport de forces (ce qui ne signifie pas pour autant qu’il était impossible que les Japonais subissent un désastre en Malaisie ou ailleurs). Le ressort de la psychologie ne saurait être négligé dans le cadre de l’étude des guerres. Ses manifestations vont au-delà de la perception de l’ennemi. Propagande et guerre de désinformations visent à influer sur le cours de la guerre en agissant sur l’esprit de l’adversaire. Tout aussi importants pour l’aspect psychologique sont le moral et la motivation des soldats, mais aussi des civils, de même que le ressenti de ces populations face aux événements : au-delà des conséquences militaires immédiates, quel impact peut résulter par exemple de la chute d’une capitale ? Mais ceci est une autre histoire…