Seconde Guerre Mondiale WWII

Les divisions blindées alliées en Afrique du Nord

Les divisions blindées sont le coeur vital de l’armée

Benoît Rondeau Copyright

L’image de la 8th Army est liée à celle des hommes de la 7th Armoured Division, les “Desert Rats”. Les combats épiques de la guerre du désert ne sont certes pas l’apanage des formations blindées, il n’est qu’à songer le rôle tenu par la 9th Australian Division à Tobrouk ou par la 2nd New-Zealand Division de Crusader à la Tunisie. La guerre du désert est cependant une guerre mobile et, si toutes les divisions britanniques sont motorisées, les divisions blindées sont le coeur vital de l’armée, son fer de lance. Pourtant, Rommel inflige des défaites à répétition aux formations blindées de la 8th Army, jouissant pourtant de la supériorité numérique et disposant d’un matériel pas toujours aussi inférieur à celui de l’ennemi qu’on a pu le prétendre. A leur arrivée sur le front de Tunisie, les forces américaines doivent subir à leur tour l’épreuve de la confrontation avec les Panzer.

Organisation d’une Armoured Division, forces et faiblesses

         Pendant l’opération Compass, la première Armoured Division engagée en Afrique du Nord, la 7th, issue de la Mobile Force stationnée en Egypte depuis plusieurs années et, donc acclimatée et en théorie entraînée au désert, comprend deux brigades blindées (4th et 7th), chacune à trois régiments et une batterie antichar, un Support Group (2 bataillons d’infanterie et un régiment d’artillerie) ainsi que diverses unités de soutien (reconnaisance, DCA, train…). En dépit de son nom, le Support Group combat souvent à part. Au cours de l’opération Battleaxe, la structure de la division ne varie guère si ce n’est que la 4th Armoured Brigade est placée sous le commandement de la 4th Indian Brigade au début des opérations. Le déficit en fantassins par rapport aux blindés (2 bataillons pour 6) est patent dans l’organisation d’une Armoured Division. Début 1941, la 2nd Armoured Division relève la 7th. La division, privée d’une brigade envoyée en Grèce, est écrasée en quelques jours par la première offensive de Rommel en avril 1941 et ne sera jamais reconstituée. Le problème de la disproportion entre fantassins et blindés prend de l’ampleur au moment de l’opération Crusader puisque, pour celle-ci, la 7th Armourded Division dispose maintenant de trois brigades blindées (4th, 7th et22nd). Le Support Group compte deux régiments d’artillerie en sus de deux bataillons d’infanterie et d’un régiment antichar. Les autres composantes de la division consistent en un autre régiment antichar, une unité de DCA, des troupes des services et pas moins de trois régiments de reconnaisance. Au final, la composition de la division semble trop importante pour un seul état-major, d’autant que les unités combattront en ordre très dispersé.

         Début 1942, la nouvelle organisation de l’Armoured Division cherche à pallier à ces insuffisances. Auchinleck pense que la réponse à la nécessité d’améliorer la coopération entre les armes est la décentralisation. Le Support Groupdisparaît et la division ne compte plus qu’une seule Armoured Brigade. Cette dernière aligne toujours trois régiments de chars mais possède désormais un bataillon d’infanterie motorisée, de l’artillerie, etc…. En outre, la division possède uneLorried Infantry Brigade forte de trois bataillons d’infanterie. Le nombre de bataillons de fantassins a donc doublé. Les autres composantes consistent en quatre régiments d’artillerie, une régiment antichar, un régiment antiaérien, un régiment de reconnaissance et les services habituels. Cette organisation reste très théorique puisque, en fait, certaines divisions auront une deuxième brigade blindée dans leur tableau d’effectifs. A Gazala, la 7th Armoured Division a une brigade blindée (la 4th) tandis que la 1st Armoured Division, fraîchement arrivée, en aligne deux (2nd et 22nd). Au cours de la seconde bataille d’El Alamein, c’est la 1st Armoured Division qui n’a plus qu’une brigade blindée (la 2nd), la 7th Armoured en possédant deux (la 4th Light et la 22nd) de même que la nouvelle 10th Armoured Division (8th et 24th Brigades). Notons qu’une autre brigade blindée, la 9th, est rattachée à la 2nd New-Zealand Division pour la bataille, faisant de celle-ci une unité hybride, proche d’une division blindée. Une quatrième Armoured Division, la 8th, est en fait arrivée en Egypte, mais elle n’a jamais combattu en formation unifiée, ses deux brigades blindées, les 23rd et 24th étant versées à d’autres unités.

Autres formations blindées alliées

            Les forces britanniques combattant en Libye et en Egypte engagent d’autres unités blindées que les Armoured Divisions. Les Australiens et les Néo-Zelandais engagent ainsi respectivement 19 Crusaders et Stuart et 29 Stuart au sein de Divisional Cavalry Regiments pendant la seconde bataille d’El Alamein.

            Les Anglais bénéficient surtout de l’appoint d’Army Tank Brigades, conçues, entraînées et équipées spécialement dans la tâche de soutenir l’infanterie. Dotées de Matildas et de Valentines. La forteresse de Tobrouk dispose de la 32rd Army Tank Brigade, avec des Cruisers et des Vickers Mk VI B en sus des Matildas, soit 54 chars au moment de Battleaxe et 126 pendant Crusader. La 1st Army Tank Brigade compte 135 chars avec le 13th Corpspendant Crusader. Pendant la bataille de Gazala, ces deux brigades, chargées de soutenir les divisions d’infanterie déployées sur la ligne de Gazala, alignent 276 tanks. La 23rd Armoured Brigade, équipée de Valentines, tient un rôle similaire au cours des deux batailles d’El Alamein. En Tunisie, le 5th British Corps commandé par le général Allfrey, de la 1st Army, dispose pour sa part des Churchill de la 25th Army Tank Brigade du général Maxwell.

Les Francais Libres disposent de quelques Crusaders à El Alamein. Les seuls blindés français engagés en Tunisie sont des Somua, très efficaces en 1940 mais désormais obsolètes. Pour soulager leur allié au matériel défaillant et dans l’intérêt de la solidité du front, les Britanniques décident de fournir 60 chars Valentines aux Francais. Le Groupement blindé français qui combat en Tunisie est placé sous le commandement du général Le Couteulx. 

Maintenance

            La maintenance et le ravitaillement sont des problèmes qui présentent de grandes difficultés pour les armées qui combattent dans un environnement désertique. Sans un système efficace de récupération, de réparation et d’envoi de renforts, une unité blindée ne peut rester opérationnelle longtemps. Dans l’armée britannique, cette responsabilité est du ressort du Royal Army Ordnance Corps. Lorsqu’un char nécessite des réparations, il est pris en charge par le Light Aid Detachment (LAD) de son régiment. Si les réparations nécessaires dépassent les capacités des ateliers du LAD, on envoie un message radio codé à l’officier chargé de la récupération des engins au niveau de la brigade. La brigade envoie ensuite un détachement avec du matériel de réparations jusqu’à ce que le blindé soit transporté sur un porte-char jusqu’aux ateliers de la brigade. Les véhicules irrécupérables sont cannibalisés afin de fournir des pièces détachée pour de futures réparations sur d’autres engins. En cas de réparation dépassant les capacités au niveau de la brigade, en cas de pénétration ou de destruction du matériel radio par exemple, le tank est envoyé dans d’autres ateliers aux échelons arrière.

            Les services de transports savent sauvegarder les chenilles des chars en les transportant par voies ferrées ou sur des porte-chars sur la plus longue distance possible. Un exemple de transport d’unité jusqu’au front de manière à préserver les chenilles des chars peut être donné pour le cas du 50 RTR. Ce régiment doit rejoindre la 23rd Armoured Brigade au cours de l’avance de celle-ci vers Tripoli après la victoire à El Alamein. Les tanks sont placés sur les transporteurs à proximité d’El Alamein à la fin du mois de novembre et ils ne sont déchargés que le 8 janvier près de Nofilia en Tripolitaine, après un voyage de pas moins de 1 600 kilomètres ! Au moment de monter au front pour Crusader, les tankistes de la 4th Armoured Brigade, equipee des nouveaux M3 Honeys, decouvrent avec stupéfaction que les chenilles en caoutchouc, bien que plus solides que les autres lors des manoeuvres sur le terrain, se sont abîmées sur le sol rocailleux. Il ne faut que quelques jours pour expédier de nouvelles chenilles depuis l’arrière via la voie ferrée.

De Compass à Battleaxe

         L’importance accordée au chars et aux divisions blindées en Afrique du Nord est parfaitement illustré en cet été 1940 au cours duquel Churchill et le haut-commandement britannique décident d’envoyer d’urgence des renforts en blindés en Egypte afin d’assurer la défense du canal de Suez et du Moyen-Orient alors même que le Royaume-Uni, dont l’armée très démunie a perdu l’essentiel de son matériel lourd sur le continent, est sous la menace de l’invasion de laWehrmacht consécutivement à l’effondrement inattendu de la France. Les espérances de Churchill mises en Wavell et la Western Desert Force ne seront pas déçus. La fluidité des opérations menées par la 7th Armoured Division au cours de l’opération Compass et jusqu’à Beda Fomm ne remettent pas en cause l’entraînement suivi avant-guerre ni la tendance à la dispersion des différentes composantes de la division pour mener à bien ses missions. Les premiers succès remportés par la 7th Armoured Division et les Matildas du 7 RTR semblent conforter les Britanniques dans le bien-fondé de leur concept de chars d’infanterie et de Cruisers ainsi que dans leur capacité à mener des opérations mobiles dans le désert. Les difficultés de maintenance dans le désert réduisent pourtant considérablement les capacités opérationnelles des unités blindées. En outre, l’aspect trop dispersé des formations tactiques ainsi que l’incapacité à coordonner l’action des blindés avec les autres armes éclatent au grand jour à l’occasion des premiers affrontements avec l’Afrika Korps, qui représente un adversaire de taille. Si l’expériementée 7th Armoured Division, est retirée du front pour être remise en condition a Alexandrie (elle ne compte plus que 12 Cruisers et 40 Vickers Mk VI B sur 150 chars), la 2nd Armoured Division qui prend la relève n’est pas assez acclimatée et souffre d’une dotation en matériel particulièrement mauvaise. La division est balayée en quelques jours par les manoeuvres de l’ennemi et la multiplication des ennuis mécaniques. Placée en première ligne pour assurer la défense de la Cyrénaïque en mars 1941, les déboires de l’unité sont à la mesure de son impréparation à la tâche qui lui est assignée. A la décharge de son commandant, le général Gambier-Parry, il est juste de souligner qu’une partie non négligeable de ses effectifs en blindés sont engagés dans la malheureuse aventure de Grèce, ne laissant qu’une brigade blindée, avec trois régiments de chars dont un 6 RTR doté de M13/40 italiens, et son Support Group. L’unité, bien que vaillante, se délite face aux manœuvres habiles de Rommel, de telle sorte que son potentiel est sévèrement amoindri par les pertes occasionnées suite à des ennuis mécaniques de toute nature. Si les ordres donnés par les officiers supérieurs britanniques en charge des opérations peuvent paraître discutables avec le recul et le confort de la réflexion post-événementielle, il demeure indiscutable que la 2nd Armoured Division est la division blindée qui a obtenue le moins de succès en Afrique du Nord. La division, véritablement exsangue, n’est pas reconstituée, les survivants étant versés à la 7th Armoured Division, qui se reforme en Egypte. Opérant en appui de l’infanterie et dans le cadre rassurant -pour les Britanniques- d’une guerre de position, la 32nd Army Tank Brigade, force blindée de la garnison assiégée de Tobrouk, joue au contraire pleinement son rôle. En revanche, la 7th Armoured Division est nettement surclassée au cours des opérations Brevity et Battleaxe. Dispersion et manque de coordination sont à nouveau flagrants face à un adversaire qui combine avec brio Pak et Panzer. Churchill et le GHQ ont pourtant pris un nouveau risque sérieux en envoyant un renfort conséquent en blindés  (du convoi Tiger) à travers la Méditerranée via le détroit de Gibraltar, gagnant ainsi 40 précieuses journées par rapport à un convoi empruntant la longue mais plus sûre route qui contourne le cap de Bonne Espérance. Le “score” final de Battleaxe est sans appel. Bien plus, la légende du Matilda “reine des batailles” arrive à son terme. Perdant sa couronne, le blindé anglais, qui restera pourtant dans l’arsenal pendant l’année qui suit, démontre l’erreur de concept du char d’infanterie, trop lent et mal armé avec sa pièce de 2 livres incapable de tirer des obus explosifs, le seuls permettant de neutraliser une pièce d’artillerie. Le Crusader s’est pour sa part montré peu fiable mécaniquement.

Crusader, Gazala et Alamein I : les leçons mal comprises

         L’opération Crusader puis la bataille de Gazala voient l’entrée en lice de chars en quantités toujours plus importantes au sein de l’armée britannique du désert, désormais renommée 8th Army à partir de novembre 1941. L’intégration des nouveaux modèles de chars américains, M3 Stuart/Honey et Grant/Lee, dans les nouveaux schémas tactiques et dans l’organisation des régiments blindés n’apporte pas les espoirs mis dans ces nouveaux matériels. La tactique employée pour Crusader ne diffère pas de celle qui a mené au désastre de Battleaxe. Si Cunningham entend provoquer un combat de chars décisif à Gabr Saleh en y concentrant ses brigades blindées, il se rétracte bien malencontreusement et disperse ses blindés en l’absence de réaction de Rommel, ce dernier subissant les effets du brouillard de guerre et, paradoxalement, des opérations dissimulations menées par les Britanniques pour masquer les préparatifs de leur offensive. Alors que l’Ariete affronte victorieusement la 22nd Armoured Brigade à Bir el Gobi, l’Afrika Korps inflige des revers répétés aux trois brigades blindées de la 7th Armoured Division pendant les deux semaines qui suivent. Finalement, c’est invaincu sur le terrain mais affaibli et en proie à d’immenses difficultés de ravitaillement que Rommel se résigne à la retraite. Le déroulement de la bataille a vu l’incapacité dramatique de la 7th Armoured Division à venir au soutien des brigades d’infanterie laissées à leur sort. Les pertes en chars essuyées par les deux camps illustrent une nouvelle fois l’écart qu’il reste à couvrir aux Britanniques pour égaler leurs adversaires en matière d’opérations mobiles mettant en lice de vastes formations blindées. La défaite infligée à la 2nd Armoured Brigade par une Panzerarmee en retraite fin décembre et la volte-face de janvier-février qui voit Rommel revenir à la hauteur de Gazala après avoir a nouveau infligee une cuisante défaite à la 2nd Armoured Brigade, qui perd ses 150 chars en deux jours, n’est pas de nature à rassurer les commandants des unités blindées de la 8th Army. Crusader est pourtant étudiée avec sérieux et des enseignements sont tirés.

         Toutefois, rien n’est encore assimilé lors de la bataille de Gazala. La 8th Army jouit pourtant encore une fois d’une supériorité numérique confortable en blindés. Les Armoured Brigades sont toutefois à nouveau dispersées, au grand dam d’Auchinleck, auquel Ritchie affirme pourtant qu’il n’y a pas lieu de s’en inquiéter et que la concentration des forces s’effectuera en temps voulu. Il n’en sera rien. Si l’introduction du canon antichar de 6 livres et, surtout, du M3 Grant cause des soucis aux Panzer, elle ne change en aucune manière la donne. Les brigades blindées britanniques sont hachées menues en ordre dispersé. Qui plus est, aucune coordination effective n’est constatée entre les brigades blindées ni avec les autres armes. Les boxes sont annihilés les uns après les autre: celui de la 150th Brigade, puis celui de Bir Hackeim le 10 juin et, entre le 12 et le 14 juin, c’est au tour du box de Knightsbridge de succomber, avec des pertes énormes en chars pour les Britanniques. Dès lors, un complexe d’infériorité et une tendance, bien compréhensible à éviter le contact avec les Panzer vont se répandre au sein des formations blindées britanniques. Les chars encore disponibles sont regroupés au sein de la seule 1st Armoured Division et, bien que nettement supérieure en chars par rapport aux Allemands, l’unité se replie, d’abord sur Mersa Matrouh, puis jusqu’à El Alamein. Dès lors, les récriminations de l’infanterie envers les équipages de chars sont sources d’un fort ressentiment qui se double de frictions entre troupes du Commomwealth et celles du Royaume-Uni, ces dernières étant les seules à fournir du personnel aux divisions blindées. 

         Les combats de juillet, s’ils permettent de stopper Rommel à portée de ses objectifs, laissent circonspect quant aux performances de l’arme blindée britannique qui se montre absolument incapable de soutenir efficacement l’infanterie. Aucune contre-attaque ne parvient à percer le front ennemi de façon décisive. Les tankistes anglais ont la fâcheuse habitude à partir au combat trop tardivement, voire à ne pas intervenir, et refusent l’idée de tout mouvement nocturne, certes porteur de confusion. Toutefois, si, début juillet, Rommel était parvenu à encercler le box d’El Alamein, la 1st Armoured Division aurait immanquablement été anéantie en contre-attaquant l’Afrika Korps. Compte-tenu des immenses pertes consenties par la 8th Army en chars, matériels et ravitaillement depuis Gazala, on voit mal comment le 10th Corps et le personnel pléthorique des services arrière auraient pu s’opposer efficacement à Rommel, d’autant que les ateliers de maintenance et de réparation, surchargés, seraient mis à portée de l’ennemi.

Pertes comparées en blindés1

Battleaxe: 101 tanks perdus contre 12 Panzer

Crusader: le 30th Corps ne compte plus que 44 chars le 23 novembre contre 477 le 18.

                Environ 800 tanks finalement détruits pour 340 pour l’Axe.

Gazala: 115 à 170 tanks détruits le 5 juin au cours de l’opération Aberdeen.

            Perte de plus de 120 tanks à Knightsbridge le 12 juin.

            1 188 tanks perdus au total contre environ 500 chars de l’Axe.

Alamein I: 120 à 140 chars perdus le 22 juillet contre 3 Panzer.

    200 tanks détruits au total.

Alam Halfa: 67 tanks détruits contre 49 chars de l’Axe.

Alamein II: 245 tanks détruits les deux premiers jours contre 101 chars de l’Axe.

                   75 tanks des 94 de la 9th Armoured Brigade détruits au cours de Supercharge.

                   Au final, entre 500 et 600 tanks détruits contre 450 à 520 chars germano-italiens perdus, dont 75 abandonnés pendant la retraite.

Tébourba: les Alliés perdent entre 165 et 184 chars contre quelques uns aux Allemands.

Kasserine: plus de 300 tanks et automoteurs alliés contre 20 Panzer définitivement détruits et de nombreux endommagés

Médenine: 1 tank détruit pour 40 Panzer

1. en comptant les engins tombés en panne

Alam Halfa et Alamein II : reprise de confiance dans des opérations statiques

         Alam Halfa montre enfin des brigades blindées anglaises capables de se concentrer face à un adversaire et de coordonner leurs efforts. Si les pertes en chars restent supérieures, elles paraissent équilibrées et raisonnables. La possibilité de mener à bien une offensive reste cependant encore sujette à caution. L’immense remise en condition de la 8th Army en préalable à l’opération Lightfoot, déclenchée par Monty le 23 octobre 1942, va finalement porter ses fruits, mais pas avant le lancement de l’opération Supercharge et douze jours d’affrontement. La 8th Army n’a en fait jamais disposé d’un parc de blindés aussi impressionnant. Le plan prévoit une étroite coordination entre les différentes armes. Le 10th Corps, le “corps de chasse” de Monty, reçoit, avec la 7th Armoured Division, la difficile mission de réduire à néant la puissance de l’Afrika Korps. La nette supériorité numérique des chars anglais, la maîtrise des cieux par la Desert Air Force, la supériorité des M4 Sherman disponibles en grand nombre, les contre-attaques allemandes coûteuses et les difficultés logistiques de l’Axe vont finalement prévaloir. Les pertes sont cependant sensibles. La 9th Armoured bligade est ainsi sacrifiée pour tenter de percer le rideau antichar devant Tell el Aqaqir. Montgomery et le Royaume-Uni ont leur victoire mais la poursuite, qui s’éternise jusqu’en Tunisie, marque encore une fois les limites des Armoured Divisions en matière d’opération mobiles.

L’arme blindée britannique à El Alamein

Monty dispose d’une nette supériorité en blindés pour son offensive. L’ensemble des chars de la 8th Army est réparti entre trois divisions blindées et deux brigades blindées indépendantes ainsi que quelques régiments. Le 23 octobre 1942, la 8th Army ne compte pas moins de 1 029 tanks opérationnels. En outre, les Britanniques ont 200 autres tanks placés en réserve immédiate tandis que 1 000 autres sont en réparation ou sont en cours de modification dans des ateliers en Egypte. Ils bénéficient de la supériorité qualitative depuis que les M4 Sherman américains ont rejoint les unités blindées de la 8th Army. 252 de ces engins équipent l’armée. En outre, les Britanniques ont également 170 M3 Lee/Grant, qui ont déjà démontré leur efficacité depuis la bataille de Gazala en mai-juin 1942. 

El Alamein voit aussi l’entrée en lice des premiers chars Churchills Mk III, armés d’une pièce de 6 livres, (les premiers Churchills ont combattu à Dieppe l’été précédant). Six de ces engins combattent au sein du QG de la 1st Armoured Division. Enfin, les Matildas participent à leur dernier combat au cours de l’offensive de Montgomery, non pas comme engins de combat mais comme chars de déminage, précurseurs des Shermans Flails qui interviendront en Normandie en 1944Les Matildas équipés de la sorte sont dénommés « Scorpion » et douze d’entre-eux participent à l’offensive de Montgomery. Ce sont les seuls Matildas qui demeurent encore en service au sein de la 8th Army. A côté des chars de combat, la 8th Army dispose, pour la première fois dans l’armée britannique, de canons automoteurs, en l’occurrence une centaine de M7 Priests américains armés d’une pièce de 105 mm et des Bishops équipés de canons de 25 livres montés sur châssis de Valentines. L’avantage de ces canons automoteurs est bien évidemment le gain de temps considérable gagné par rapport aux pièces attelés à des camions ou à des semi-chenillés qui mettent beaucoup plus de temps à être mis en batterie ou à se mettre à couvert une fois leur position repérée. En outre, le canon automoteur a l’avantage de pouvoir se mouvoir plus près du front et d’accompagner plus rapidement les unités qui vont de l’avant. 

La Tunisie et l’entrée en lice des US Armored Divisions

         Le 8 novembre, quatre jours après que Rommel ne soit contraint à la retraite à El Alamein, les Alliés débarquent en Afrique du Nord française. Echouant dans leur tentative de conquête rapide de la Tunisie, ils doivent mener une difficile campagne de six mois sur un terrain souvent accidenté peu propice à l’évolution des blindés. Les Britanniques y engagent la 6th Armoured Division au sein de la 1st Army. Certains de ses éléments forment l’ossature de la Blade Force, chargée de foncer au plus vite vers Tunis et Bizerte. L’échec de l’entreprise est patent. Comme d’accoutumée, les combattants allemands et leurs Panzer se montrent tactiquement un cranc au-dessus des formations blindées britanniques. 

            La Blade Force contient également une comoposante américaine, en l’occurence le CCB de la 1st US Armored Division.   Lorsque l’US Army intervient en Afrique du Nord en novembre 1942, elle a disposé de plus de deux ans pour se préparer au conflit, étudier et assimiler les tactiques qui ont mené la Wehrmacht à la victoire et mettre au point une doctrine militaire cohérente. Si la composition d’une Armored Division s’inspire d’une Panzer-Division d’avant-guerre, l’organisation et la doctrine diffèrent sensiblement car les Américains entendent engager leurs unités en Combat Commands, groupes interarmes similaires aux Kampfgruppen, le char restant considéré comme étant la principale arme de la division. C’est ainsi que s’il y a 3 bataillons d’infanterie et 3 d’artillerie dans une division blindée, cette dernière compte en revanche 6 bataillons de chars. S’il doit y avoir à l’origine deux Combat Command, la 1st US Armored en compte quatre au moment de la bataille de Kasserine. L’emploi de la division blindée se doit d’être à l’image de la cavalerie. Il s’agit avant tout d’une arme offensive, destinée à l’exploitation d’une percée. La rapidité, la concentration et la surprise sont des facteurs clés. Il s’agit de s’enfoncer dans les arrières de l’ennemi et de menacer ainsi ses voies de communications, ses centres de commandement et ses lignes de ravitaillement. Les unités de chars, très mobiles, sont destinées à l’exploitation et au soutien de l’infanterie et doivent éviter la confrontation avec leurs homologues allemands. Ce sont les Tank Destroyer et les canons antichars qui ont la charge d’anéantir les formations de Panzer.Plusieurs éléments doivent être pris en considération en ce qui concerne le matériel engagé. Le bazooka, disponible en quantité, puisque la dotation théorique se monte à 197 au sein d’un Armored Regiment en mars 1942. En outre, le régiment d’artillerie comprend des automoteurs M7 Priest. Paradoxalement, les divisions blindées américaines engagées en Afrique n’ont pas profité du Desert Training Center, établi dans le désert de Mojave, dans le sud-californien, où les troupes disposent de vastes étendues et subissent un entraînement réaliste sous la férule de Patton. Le manuel d’instruction américain est dépassé. Il ne tient pas compte de la nécessité d’affronter le rideau antichar allemand et accorde peu de place au combat entre chars. Il ne tient pas compte des leçons tirés des wargames de 1941. Il ne prend pas en compte la nécessité de la combinaison interarme en dépit de l’existence de Combat Command. La rapidité et l’agressivité ont souvent mené à trop d’audace. Les unités ont tendance à foncer sur les lignes ennemies sans reconnaissance adéquate et s’appuient trop sur le mouvement plutôt que sur leur puissance de feu pour vaincre les Panzer. Les Allemands savent qu’un ennemi qui se presse dans le désert est visible de loin à cause de la poussière et laisse le temps de se préparer à le recevoir. Ils préfèrent une avance méthodique, sous le couvert de chars et d’antichars. 

La bataille de Tebourba de decembre 1942 et le désastre consécutif subit à Medjez el Bab ne sont pas de nature à encourager les tankistes américains. Après cette mésaventure, il ne reste plus que 44 chars au CCB, soit à peine le quart de ses effectifs initiaux. Si le CCB perd la plupart de ses blindés en décembre 1942, il gagne en expérience. Fin janvier, le CCB affronte l’ennemi pour le contrôle de cols essentiels. Les combats sont rudes, y compris face aux Italiens, mais les Alliés parviennent à reprendre pied sur certains djebels et contrôler à nouveau l’importante route de Pichon. Un succès certes limité, mais le premier pour les Américains du CCB de la 1st US Armored Division. Début février, la division blindée de Ward dispose d’une dotation presque complète en blindés après avoir dépouillé la 2ndArmored Division stationnée au Maroc d’une partie de ses tanks. Début février, la 1st Armored Division aligne donc 287 chars, soit 202 Sherman et Lee et 85 Stuart. Début 1943, la division est dispersée pour défendre un large front, à l’opposé de la doctrine américaine qui veut que les chars soient concentrés et en dépit du fait que la division blindée manque de fantassins pour assurer une édfense efficace et longue. CCB sous les ordres de la 1st Army autour de Maktar, CCA tient Sidi Bou Zid, QG et réserves à Sbeitla, CCC à Hajeb el Aioune pour soutenir les Français et CCD dans le secteur de Feriana et Gafsa pour soutenir la 1st US Infantry Division. C’est dans cette configuration que la division est surprise et saignée à blanc par l’offensive allemande qui entrera dans la postérité sous le nom de bataille de Kasserine. Plus de 100 blindés americains sont perdus dès le premier jour face à une démonstration de la Blitzkrieg sur une US Army inexpérimentée qui multiplie les erreurs tactiques. La victoire est finalement obtenue à l’arrachée, avant tout en raison des difficultés logistiques et du manque de coordination au sein des forces de l’Axe. La 1st US Armored est remise sur pied après Kasserine avec du personnel et des engins blindés de la 2nd US Armored Division et des autres bataillons indépendants. La 2nd Armored Division est en effet affecte au 1st Armored Corps de Patton en Tunisie avec 6 à 7 bataillons de chars au Maroc et en Algérie dans deux Tanks Groups.

A El Guettar, en mars, les Américains, affrontent victorieusement la 10. Panzer. Mais ce succès est avant tout celui des Tanks Destroyers et la 1st US Infantry Division. Contrairement à ce qu’il en a été pour les Britanniques, les Américains assimilent vite les leçons. La majeure partie des combats en Tunisie en mars-mai ne concerne pas beaucoup la 1st Armored Division en raison du relief montagneux, mis à part l’exploitation sur la plaine côtière au nord. La fin de la campagne ne sera plus le cadre de grands affrontements de blindés.

         Si l’écrasement de la 26th Armoured Brigade britannique au cours de la bataille de Kasserine ne montre toujours pas la marque de la moindre subtilité tactique, la 1st Armoured Division participe au contournement da la ligne Mareth. Hormis le terrain situé entre l’oued Akarit et Enfidaville, il faut attendre la percée de l’ultime ligne de défense de l’Axe début mai 1943 pour observer enfin une reprise des opérations mobiles d’exploitation par les divisions blindées alliées.

Effectifs de la 1st US Armored Division en Tunisie

La dotation théorique est de 830 officiers, 13 850 hommes, 158 chars légers M3 Stuart, 232 chars moyens, M3 Lee ou M4 Sherman, 119 automitrailleuses et Scout Cars M3, 604 Half-tracks M2 et M3, 54 Priest, 42 75mm Assault Gun, 126 SP AT Gun, 68 antichars de 37 mm. Les pertes sont nombreuses des le mois de decembre 1942. Les effectifs en chars de la division en Tunisie sont les suivants: 84 le 9 décembre 42, 328 le 29 janvier, 250 le 14 février, 173 le 19 février, 298 le 24 mars.

Conclusion: les divisions blindées alliées en Afrique du Nord

         Si les défaites répétées qu’ont subi les formations blindées alliées en Afrique et les difficultés éprouvées par leurs chefs, et ce à tous les niveaux, sont indéniables, il reste qu’elles constituent l’ossature, la force vitale des forces alliées en Afrique du Nord, leur rôle dans la victoire finale a été décisive. Mal entraînées, souvent mal commandées, voire dotée d’un armement inférieur qualitativement à celui déployé par les Allemands (ce qui est cependant loin d’être toujours le cas), les troupes blindées alliées ont appris par la manière forte. Pourtant, même avec un matériel disponible en grande quantité, efficace et performant (pensons aux Sherman, aux Grant et au canon 6 livres) et avec le soutien d’une force aérienne maîtresse des cieux, la supériorité tactique de l’adversaire est indiscutable. L’inconséquence du commandement fait que le coût de la victoire apparaît dès lors parfois prohibitif. Ces déboires répétés ne seront pourtant pas vains. Les enseignements de la campagne seront en fait capitaux pour le succès de la bataille décisive qui doit avoir lieu en France en 1944.