LA BATAILLE DE CASSINO : LES DIABLES VERTS EN ACTION
L’historiographie n’a retenue que la geste des Fallschirmjäger. En France, il ne semble y avoir d’intérêt et de considération que pour le seul CEF. Une double injustice
L’héroïque défense des Fallschirmjäger à Cassino a fait les choux gras de la propagande nazie. L’historiographie n’a retenue que la geste des Fallschirmjäger. En France, il ne semble y avoir d’intérêt et de considération que pour le seul CEF. Une double injustice qui dissimule les faits d’armes des autres troupes alliées et allemands, plus particulièrement les unités affrontant l’ennemi dans d’autres secteurs de la redoutable ligne Gustav.
Le 31 janvier 1944, la 1. FJD du General Heidrich quitte le secteur de l’Adriatique après avoir reçu l’ordre d’assurer la relève de la 90. Panzergrenadier-Division dans le secteur du Monte Cassino. Constamment sur la brèche depuis les premiers combats en Sicile en juillet 1943, la division de Fallschirmjäger est très affaiblie (à peine 6 000 hommes), est renforcée d’éléments de la Heer, dont 4 bataillons de fantassins et de Gebirgsjäger, mais surtout des blindés qui lui font défaut : StuG Abt 242, PzJg Abt 144 et PzJg Abt 525 (équipé de Marder II et de Hornisse). L’avant-garde est essentiellement constituée du KG Schulz, qui était quant à lui déployé à Anzio, face à la tête de pont alliée. Le 10, toutes les unités allemandes déployées dans le massif sont subordonnées à l’Oberstleutnant Schulz, dont les premiers paras sont en ligne depuis trois jours.
Première victoire dans la défense de Cassino
Les Fallschirmjäger ne tardent pas à être impliqués dans de rudes combats pour Cassino en affrontant l’offensive lancée par le New Zealand Corps de Freyberg. Les Néo-Zélandais attaquent les premiers le 15 février, après le bombardement controversé du monastère de Saint-Benoît, avec la gare de Cassino pour objectif. Ce dernier est atteint, mais les Néo-Zélandais, encerclés, sont contraints à la retraite dès le lendemain. Au nord du front d’attaque, un désastre s’abat également sur la 4th Indian ID de Tucker. L’objectif est la côte 593, baptisée Snakeshead Ridge, au nord du Monte Cassino. Les Indiens attaquent courageusement sur les pentes qui mènent au monastère mais la défense des Fallschirmjäger (le seul KG Schulz à ce moment-là) est implacable. En 10 minutes, empêtré dans des pièges, astucieusement placés entre des buissons, et soumis aux rafales des mitrailleuses allemandes, le 1/2 Gurkhas perd 150 hommes. Le 18 février, un silence temporaire s’établit sur le champ de bataille de Cassino. Les troupes de Kesselring ont remporté une nouvelle fois une victoire retentissante à la suite d’une contre-attaque déterminée.
Si certaines unités de la 1. FJD participent donc déjà à la 2e bataille de Cassino, c’est le 20 février que Heidrich et ses paras prennent la défense de la ville à leur en charge à la place des Landser de la 90. PzGren-Div de Baade, au grand dam de celui-ci qui n’a nullement démérité. Le 28 du mois, tout le secteur est passé sous la coupe de la 1. FJD. Le FJR 3 assure la défense de la ville proprement dite, tandis que le FJR 4 se déploie sur les hauteurs, près du monastère. La force de première ligne ne dépasse guère les 2 800 hommes.
Les Fallschirmjäger : défenseurs indomptables de Cassino
Il s’écoule un mois avant que le corps néo-zélandais ne renouvelle ses assauts, Freyberg attendant que les conditions météorologiques soient favorables à un soutien aérien massif qu’il juge indispensable, puisque le plan prévoit un bombardement de la ville de Cassino. La 1. FJD se redéploye : un régiment tient le nord-ouest du Monte Cassino et le monte Cairo, un autre reste positionné dans le monastère et dans Cassino et le troisième tient le Monte Cassino lui-même. Le 15 mars, à partir de 8 heures du matin, près de 500 bombardiers alliés déversent 1 000 t de bombes. La ville de Cassino est réduite à l’état de gravats. A midi, 900 pièces d’artillerie prennent le relais et pilonnent à leur tour les positions allemandes. Les effets sont dévastateurs, enveloppant les survivants dans une poussière épaisse. « L’obscurité de la nuit nous enveloppa, rapportera un para, et nos bouches avaient le goût de la terre brûlée ».
160 des 300 paras du II/FJR 3 déployés dans la ville périssent ou sont ensevelis. Après le bombardement, l’Hauptmann Foltin rassemble 80 paras dans une grotte à l’arrière de l’hôtel Excelsior. Avec des sapeurs, il concentre donc 105 soldats dans ce secteur stratégique : une initiative qui coûtera sans doute l’offensive aux Néo-Zélandais. Côté matériel lourd, il faudra compter avec un unique Stug et un PZ IV du Pz-Abt 115 de la 15. Panzergrenadier-Division. Tous les autres blindés sont détruits. Dans la ville, il y avait 3 StuG, et des StuH III de 10,5 cm sont déployés à la périphérie, près du palais du Baron. Réagissant immédiatement, l’Oberst Heilmann, le commandant du FJR 3, nomme son adjudant, l’Hauptmann Rennecke, Kampfkommandant de Cassino, où il expédie le moindre soldat qu’il puisse se permettre d’envoyer en renfort, dont le II./FJR 2.
A Cassino, les Néo-Zélandais sont abasourdis de constater que des défenseurs ont survécu et des combats d’une violence inouïe se déroulent dans les ruines. Ces décombres gênent considérablement la progression des blindés et favorisent. 150 parachutistes bloquent ainsi deux bataillons, dont une compagnie est même encerclée. Le succès et l’échec se jouent donc de peu : il suffit d’un blindé et d’une poignée de combattants déterminés et déployés au bon endroit ainsi que de la pusillanimité des assaillants pour que l’issue du combat bascule…
La 2nd NZ Division réussit certes à s’emparer de Castle Hill, qui domine la ville, et de la gare de Cassino, tandis que la 4th Indian ID prend le contrôle temporaire de Hangman’s Hill, au pied du monastère, mais, en revanche, les tentatives en direction de celui-ci échouent toutes. Les contre-attaques allemandes contre Hangman’s Hill ne sont pas couronnées de succès mais la position est isolée et, le 24 mars, les Indiens l’abandonnent. Ce nouvel échec a coûté cher à Freyberg, qui perd 1 714 hommes en quelques jours. Le seul FJR 3 est saigné à blanc avec 434 hommes de perdus, dont 50 tués. La 3e bataille de Cassino s’avère donc être un nouvel échec pour les Alliés et témoigne de la valeur des Fallschirmjäger.
En avril 1944, les Fallschirmjäger restent donc invaincus à Cassino après plusieurs mois de combats. La percée semble dès lors impossible dans le secteur de Cassino. Les Alliés vont devoir frapper ailleurs s’ils veulent enfin enfoncer la ligne Gustav et marcher sur Rome, mais le haut-commandement s’entête à considérer comme déterminante une attaque frontale vers la vallée du Liri. Lorsque les Alliés lancent l’opération « Diadem » à la mi-mai, les Fallschirmjäger brisent un nouvel assaut ennemi en repoussant les Polonais. Mais la percée du CEF à travers les monts Aurunci rend la ligne Gustav intenable. C’est donc invaincus que les redoutables Fallschirmjäger de Heidrich se replient dans la nuit du 17 au 18 mai, abandonnant leurs positions du Monte Cassino. La 1. FJD n’aligne alors plus que 894 combattants au sein de ses unités de fantassins et de pionniers.
Cassino : une victoire défensive à mettre au crédit des seuls Fallschirmjäger ?
Dans l’imagerie collective, la bataille de Cassino est, du côté allemand, rattachée à une défense farouche d’une poignée de paras. Il va de soi que la 1. FJD n’a pu prendre ne charge l’intégralité des positions de la ligne Gustav. Force est de constater qu’aucune unité de Fallschirmjäger n’est impliquée dans les combats de janvier 1944, qui sont couramment affublés de l’épithète de « 1ère bataille de Cassino ». Face aux Britanniques, à l’embouchure du Garigliano, c’est la 94. ID qui est à l’oeuvre, rapidement renforcée par des éléments de la HG, de la 29 PzGren et de la 44. ID, de même que de la 90. PzGren et du Sturmgeschütz-Abteilung 242. Pendant ce temps, sur le flanc droit de la 5th Army, le CEF du général Juin sera confronté essentiellement à la 5. Gebirgsjäger-Division et à la 44. ID« Hoch und Deutschmeister ».
Au même moment, juste au sud de Cassino, les Texans de la 36th US ID sont confrontés aux combattants de la 15. PzGren-Div. Des soldats aussi tenaces que les paras qui ne se contenteront pas de tenir leurs positions mais qui n’hésiteront pas à mener des contre-attaques, comme le veut la doctrine de combat défensif allemande. Plus au nord, devant Cassino, la 34th US ID est confronté à la 44. ID, renforcée par le Grenadier-Regiment 211 de la 71. ID qui est déployé à Cassino même. Lorsque la 34th US ID franchit le Rapido le 24 janvier 1944 et que le 2 février au soir, les Américains parviennent à pénétrer temporairement dans Cassino, défendue par de simples Landser, les premiers paras interviennent, mais en nombre encore limité, en ce début du mois de février, alors que se poursuit la 1ère bataille de Cassino. Le 5 février, des GIs du 168th Inf Rgt sont cloués au sol au Monte Cassino par les tirs du Fallschirm-MG-Btl 1 du Major Werner et doivent se replier.
Les 9 et 10 février, les Fallschirmjäger sont à la peine dans leur défense du Massa Albaneta face au 2nd Bn du 142nd Inf Rgt mené par le Captain Armstrong. Une poignée de pionniers ne suffit pas à assurer le succès à l’Obersleutnant Schulz. Ce n’est qu’à l’arrivée d’éléments du Pz-Gren-Rgt 200 de la 90. PzGren-Div que la situation tourne définitivement en faveur des Allemands, von Senger-und-Eterlin ayant parfaitement compris que le sort de la ligne Gustav se jouait à Cassino et non à l’embouchure du Garigliano.
La 2e bataille de Cassino ne sera pas non plus le fait que des Fallschirmjäger. Les Néo-Zélandais ayant relevés les Américains dans le secteur depuis la mi-février, c’est donc à eux qu’incombe d’accomplir l’immense tâche. Pour son offensive, Freyberg prévoie d’engager la 2nd New-Zealand Division, la 4th Indian Division de Tucker, le CCB (180 chars) de la 1st US Armored Division et la 4th New-Zealand Armoured Brigade. Les combattants de la 71. ID ne manquent toujours pas de mordant. Ils seront ainsi d’abord une trentaine, Pioniere et Schütze, appuyé par 2 StuG, à contre-attaquer les Maoris dans le secteur de la gare en direction du remblai de chemin de fer. In fine, 112 Allemands vont finalement tomber pour reprendre la gare, contre 129 Néo-Zélandais, qui perdent encore 124 hommes lors du décrochage.
A partir de la fin du mois de février, les succès défensifs seront en revanche essentiellement le fait des Fallschirmjäger, ainsi que des unités en soutien, à commencer par les Nebelwerfer, les Sturmgeschütze et autres unités d’artillerie. L’Oberst Heilmann explique l’importance cruciale du soutien d’artillerie à Cassino : « l’officier observateur d’artillerie détaché auprès du FJR 3 réussit à régler les tirs d’un nombre de plus en plus important de batteries du secteur. Il intégra même ceux des canons de la division voisine, des sections de mitrailleuses lourdes et des mortiers de la division dans un plan de feux unique et très homogène ». Incontestablement, le soutien de l’artillerie et des mortiers sera décisif et indispensable au cours des terribles combats défensifs de Cassino. Ainsi, loin de l’image d’Epinal, les succès retentissants remportés par la Wehrmacht autour du fameux monastère sont loin d’être le seul fait des Fallschirmjäger.
Conclusion
Si la Crète représente la quintessence de l’assaut aéroporté allemand, alors Cassino marque indubitablement l’acmé du combat défensif mené par les Fallschirmjäger. La 1. FJD repousse tous les assauts alliés entre janvier et mai 1944. Les terribles combats de mars 1944, puis ceux de la 4e et dernière bataille de Monte Cassino menée du 11 au 18 mai face aux Polonais, tous victorieux pour les Fallschirmjäger, témoignent de très haute valeur militaire des unités paras allemandes. Ni les bombardements d’artillerie, ni les raids aériens, ni les attaques d’infanterie soutenues par des blindés n’ont été en mesure de déloger les « Diables Verts ». Ce n’est que la menace d’un contournement de leurs positions consécutivement à la percée des troupes françaises de Juin qui les contraindra à la retraite.
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L’héroïque défense des Fallschirmjäger à Cassino a fait les choux gras de la propagande nazie. L’historiographie n’a retenue que la geste des Fallschirmjäger. En France, il ne semble y avoir d’intérêt et de considération que pour le seul CEF. Une double injustice qui dissimule les faits d’armes des autres troupes alliées et allemands, plus particulièrement les unités affrontant l’ennemi dans d’autres secteurs de la redoutable ligne Gustav.
Le 31 janvier 1944, la 1. FJD du General Heidrich quitte le secteur de l’Adriatique après avoir reçu l’ordre d’assurer la relève de la 90. Panzergrenadier-Division dans le secteur du Monte Cassino. Constamment sur la brèche depuis les premiers combats en Sicile en juillet 1943, la division de Fallschirmjäger est très affaiblie (à peine 6 000 hommes), est renforcée d’éléments de la Heer, dont 4 bataillons de fantassins et de Gebirgsjäger, mais surtout des blindés qui lui font défaut : StuG Abt 242, PzJg Abt 144 et PzJg Abt 525 (équipé de Marder II et de Hornisse). L’avant-garde est essentiellement constituée du KG Schulz, qui était quant à lui déployé à Anzio, face à la tête de pont alliée. Le 10, toutes les unités allemandes déployées dans le massif sont subordonnées à l’Oberstleutnant Schulz, dont les premiers paras sont en ligne depuis trois jours.
Première victoire dans la défense de Cassino
Les Fallschirmjäger ne tardent pas à être impliqués dans de rudes combats pour Cassino en affrontant l’offensive lancée par le New Zealand Corps de Freyberg. Les Néo-Zélandais attaquent les premiers le 15 février, après le bombardement controversé du monastère de Saint-Benoît, avec la gare de Cassino pour objectif. Ce dernier est atteint, mais les Néo-Zélandais, encerclés, sont contraints à la retraite dès le lendemain. Au nord du front d’attaque, un désastre s’abat également sur la 4th Indian ID de Tucker. L’objectif est la côte 593, baptisée Snakeshead Ridge, au nord du Monte Cassino. Les Indiens attaquent courageusement sur les pentes qui mènent au monastère mais la défense des Fallschirmjäger (le seul KG Schulz à ce moment-là) est implacable. En 10 minutes, empêtré dans des pièges, astucieusement placés entre des buissons, et soumis aux rafales des mitrailleuses allemandes, le 1/2 Gurkhas perd 150 hommes. Le 18 février, un silence temporaire s’établit sur le champ de bataille de Cassino. Les troupes de Kesselring ont remporté une nouvelle fois une victoire retentissante à la suite d’une contre-attaque déterminée.
Si certaines unités de la 1. FJD participent donc déjà à la 2e bataille de Cassino, c’est le 20 février que Heidrich et ses paras prennent la défense de la ville à leur en charge à la place des Landser de la 90. PzGren-Div de Baade, au grand dam de celui-ci qui n’a nullement démérité. Le 28 du mois, tout le secteur est passé sous la coupe de la 1. FJD. Le FJR 3 assure la défense de la ville proprement dite, tandis que le FJR 4 se déploie sur les hauteurs, près du monastère. La force de première ligne ne dépasse guère les 2 800 hommes.
Les Fallschirmjäger : défenseurs indomptables de Cassino
Il s’écoule un mois avant que le corps néo-zélandais ne renouvelle ses assauts, Freyberg attendant que les conditions météorologiques soient favorables à un soutien aérien massif qu’il juge indispensable, puisque le plan prévoit un bombardement de la ville de Cassino. La 1. FJD se redéploye : un régiment tient le nord-ouest du Monte Cassino et le monte Cairo, un autre reste positionné dans le monastère et dans Cassino et le troisième tient le Monte Cassino lui-même. Le 15 mars, à partir de 8 heures du matin, près de 500 bombardiers alliés déversent 1 000 t de bombes. La ville de Cassino est réduite à l’état de gravats. A midi, 900 pièces d’artillerie prennent le relais et pilonnent à leur tour les positions allemandes. Les effets sont dévastateurs, enveloppant les survivants dans une poussière épaisse. « L’obscurité de la nuit nous enveloppa, rapportera un para, et nos bouches avaient le goût de la terre brûlée ».
160 des 300 paras du II/FJR 3 déployés dans la ville périssent ou sont ensevelis. Après le bombardement, l’Hauptmann Foltin rassemble 80 paras dans une grotte à l’arrière de l’hôtel Excelsior. Avec des sapeurs, il concentre donc 105 soldats dans ce secteur stratégique : une initiative qui coûtera sans doute l’offensive aux Néo-Zélandais. Côté matériel lourd, il faudra compter avec un unique Stug et un PZ IV du Pz-Abt 115 de la 15. Panzergrenadier-Division. Tous les autres blindés sont détruits. Dans la ville, il y avait 3 StuG, et des StuH III de 10,5 cm sont déployés à la périphérie, près du palais du Baron. Réagissant immédiatement, l’Oberst Heilmann, le commandant du FJR 3, nomme son adjudant, l’Hauptmann Rennecke, Kampfkommandant de Cassino, où il expédie le moindre soldat qu’il puisse se permettre d’envoyer en renfort, dont le II./FJR 2.
A Cassino, les Néo-Zélandais sont abasourdis de constater que des défenseurs ont survécu et des combats d’une violence inouïe se déroulent dans les ruines. Ces décombres gênent considérablement la progression des blindés et favorisent. 150 parachutistes bloquent ainsi deux bataillons, dont une compagnie est même encerclée. Le succès et l’échec se jouent donc de peu : il suffit d’un blindé et d’une poignée de combattants déterminés et déployés au bon endroit ainsi que de la pusillanimité des assaillants pour que l’issue du combat bascule…
La 2nd NZ Division réussit certes à s’emparer de Castle Hill, qui domine la ville, et de la gare de Cassino, tandis que la 4th Indian ID prend le contrôle temporaire de Hangman’s Hill, au pied du monastère, mais, en revanche, les tentatives en direction de celui-ci échouent toutes. Les contre-attaques allemandes contre Hangman’s Hill ne sont pas couronnées de succès mais la position est isolée et, le 24 mars, les Indiens l’abandonnent. Ce nouvel échec a coûté cher à Freyberg, qui perd 1 714 hommes en quelques jours. Le seul FJR 3 est saigné à blanc avec 434 hommes de perdus, dont 50 tués. La 3e bataille de Cassino s’avère donc être un nouvel échec pour les Alliés et témoigne de la valeur des Fallschirmjäger.
En avril 1944, les Fallschirmjäger restent donc invaincus à Cassino après plusieurs mois de combats. La percée semble dès lors impossible dans le secteur de Cassino. Les Alliés vont devoir frapper ailleurs s’ils veulent enfin enfoncer la ligne Gustav et marcher sur Rome, mais le haut-commandement s’entête à considérer comme déterminante une attaque frontale vers la vallée du Liri. Lorsque les Alliés lancent l’opération « Diadem » à la mi-mai, les Fallschirmjäger brisent un nouvel assaut ennemi en repoussant les Polonais. Mais la percée du CEF à travers les monts Aurunci rend la ligne Gustav intenable. C’est donc invaincus que les redoutables Fallschirmjäger de Heidrich se replient dans la nuit du 17 au 18 mai, abandonnant leurs positions du Monte Cassino. La 1. FJD n’aligne alors plus que 894 combattants au sein de ses unités de fantassins et de pionniers.
Cassino : une victoire défensive à mettre au crédit des seuls Fallschirmjäger ?
Dans l’imagerie collective, la bataille de Cassino est, du côté allemand, rattachée à une défense farouche d’une poignée de paras. Il va de soi que la 1. FJD n’a pu prendre ne charge l’intégralité des positions de la ligne Gustav. Force est de constater qu’aucune unité de Fallschirmjäger n’est impliquée dans les combats de janvier 1944, qui sont couramment affublés de l’épithète de « 1ère bataille de Cassino ». Face aux Britanniques, à l’embouchure du Garigliano, c’est la 94. ID qui est à l’oeuvre, rapidement renforcée par des éléments de la HG, de la 29 PzGren et de la 44. ID, de même que de la 90. PzGren et du Sturmgeschütz-Abteilung 242. Pendant ce temps, sur le flanc droit de la 5th Army, le CEF du général Juin sera confronté essentiellement à la 5. Gebirgsjäger-Division et à la 44. ID« Hoch und Deutschmeister ».
Au même moment, juste au sud de Cassino, les Texans de la 36th US ID sont confrontés aux combattants de la 15. PzGren-Div. Des soldats aussi tenaces que les paras qui ne se contenteront pas de tenir leurs positions mais qui n’hésiteront pas à mener des contre-attaques, comme le veut la doctrine de combat défensif allemande. Plus au nord, devant Cassino, la 34th US ID est confronté à la 44. ID, renforcée par le Grenadier-Regiment 211 de la 71. ID qui est déployé à Cassino même. Lorsque la 34th US ID franchit le Rapido le 24 janvier 1944 et que le 2 février au soir, les Américains parviennent à pénétrer temporairement dans Cassino, défendue par de simples Landser, les premiers paras interviennent, mais en nombre encore limité, en ce début du mois de février, alors que se poursuit la 1ère bataille de Cassino. Le 5 février, des GIs du 168th Inf Rgt sont cloués au sol au Monte Cassino par les tirs du Fallschirm-MG-Btl 1 du Major Werner et doivent se replier.
Les 9 et 10 février, les Fallschirmjäger sont à la peine dans leur défense du Massa Albaneta face au 2nd Bn du 142nd Inf Rgt mené par le Captain Armstrong. Une poignée de pionniers ne suffit pas à assurer le succès à l’Obersleutnant Schulz. Ce n’est qu’à l’arrivée d’éléments du Pz-Gren-Rgt 200 de la 90. PzGren-Div que la situation tourne définitivement en faveur des Allemands, von Senger-und-Eterlin ayant parfaitement compris que le sort de la ligne Gustav se jouait à Cassino et non à l’embouchure du Garigliano.
La 2e bataille de Cassino ne sera pas non plus le fait que des Fallschirmjäger. Les Néo-Zélandais ayant relevés les Américains dans le secteur depuis la mi-février, c’est donc à eux qu’incombe d’accomplir l’immense tâche. Pour son offensive, Freyberg prévoie d’engager la 2nd New-Zealand Division, la 4th Indian Division de Tucker, le CCB (180 chars) de la 1st US Armored Division et la 4th New-Zealand Armoured Brigade. Les combattants de la 71. ID ne manquent toujours pas de mordant. Ils seront ainsi d’abord une trentaine, Pioniere et Schütze, appuyé par 2 StuG, à contre-attaquer les Maoris dans le secteur de la gare en direction du remblai de chemin de fer. In fine, 112 Allemands vont finalement tomber pour reprendre la gare, contre 129 Néo-Zélandais, qui perdent encore 124 hommes lors du décrochage.
A partir de la fin du mois de février, les succès défensifs seront en revanche essentiellement le fait des Fallschirmjäger, ainsi que des unités en soutien, à commencer par les Nebelwerfer, les Sturmgeschütze et autres unités d’artillerie. L’Oberst Heilmann explique l’importance cruciale du soutien d’artillerie à Cassino : « l’officier observateur d’artillerie détaché auprès du FJR 3 réussit à régler les tirs d’un nombre de plus en plus important de batteries du secteur. Il intégra même ceux des canons de la division voisine, des sections de mitrailleuses lourdes et des mortiers de la division dans un plan de feux unique et très homogène ». Incontestablement, le soutien de l’artillerie et des mortiers sera décisif et indispensable au cours des terribles combats défensifs de Cassino. Ainsi, loin de l’image d’Epinal, les succès retentissants remportés par la Wehrmacht autour du fameux monastère sont loin d’être le seul fait des Fallschirmjäger.
Conclusion
Si la Crète représente la quintessence de l’assaut aéroporté allemand, alors Cassino marque indubitablement l’acmé du combat défensif mené par les Fallschirmjäger. La 1. FJD repousse tous les assauts alliés entre janvier et mai 1944. Les terribles combats de mars 1944, puis ceux de la 4e et dernière bataille de Monte Cassino menée du 11 au 18 mai face aux Polonais, tous victorieux pour les Fallschirmjäger, témoignent de très haute valeur militaire des unités paras allemandes. Ni les bombardements d’artillerie, ni les raids aériens, ni les attaques d’infanterie soutenues par des blindés n’ont été en mesure de déloger les « Diables Verts ». Ce n’est que la menace d’un contournement de leurs positions consécutivement à la percée des troupes françaises de Juin qui les contraindra à la retraite.
KEITH EllIOTT
LALBAHADUR THAPA
RONALD MOORE
PHILIPPE LECLERC
Recension de “Eighth Army’s Greatest Victories. Alam Halfa to Tunis 1942-1943” d’Adrian Stewart