Seconde Guerre Mondiale WWII

Jouer la guerre. Une aberration? Nullement!

Une distraction millénaire qui n'a rien de nuisible (Tous droits réservés ©benoitrondeau.com)

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“N’habillez pas vos enfants en soldats, la guerre n’est pas un spectacle”, a déclaré le président du Comité du Débarquement au moment du 80e anniversaire du Jour-J. Et d’ajouter : “On ne joue pas à la guerre.”

Personnellement, je pense qu’interdire aux enfants de jouer à la guerre, aux soldats, est une absurdité. En toute logique cela supposerait aussi de proscrire le château fort, le casque romain et le pistolet de cow-boy, et pourquoi pas ne pas vendre des épées et des boucliers en jouets lors des fêtes médiévales… Le chevalier n’était-il pas brutal, le soldat romain un conquérant d’un âge esclavagiste et le cow-boy l’acteur du drame infligé aux Amérindiens? On comprend d’emblée à quel point ce genre de considérations serait ridicule et non avenu.

Il est des familles où il est interdit de jouer avec une arme en jouet (souvent pour des considérations politiques et/ou religieuses, marquées par une intolérance et une incompréhension). C’est le droit des parents, mais on se demande à quel point brider les jeunes leur fait du réellement du bien, ni dans quelle mesure cela en fait de meilleures personnes (qui est un sous-entendu sous-jacent à une telle démarche), en particulier dans leur rapport à la violence en général et dans le respect dû aux soldats qui ont combattu, quelque soit l’époque considérée.

Jouer à la guerre en étant enfant ne fait jamais de vous un militariste (mes copains d’enfance, à une époque de mode du petit soldat, peuvent être des adultes très orientés à gauche après avoir tué par milliers en jeu…), un être plus violent qu’un autre (ou potentiellement criminel), ni quelqu’un qui sera inconscient de ses ravages et des souffrances induites. Il ne sera pas plus attiré par les idéologies malsaines pour lesquelles se sont battus les soldats qu’il incarne ou qu’il manipule. Tout est en fait question d’éducation et d’environnement familial. L’aventure et l’héroïsme (en jeu…) seront ses seuls desseins, de même que l’amusement générée par l’affrontement factice. Nul attrait pour la guerre en réalité, n’en déplaise aux critiques.

Au contraire, enfiler la panoplie du légionnaire romain, du GI de la bataille de Normandie ou du Tunique Bleue sera l’occasion d’un bon moment de détente et participera à l’intérêt porté à l’histoire, nombre de passions passant par le jeu. Plus tard, la reconstitution constituera toujours une marque d’intérêt historique et non une fascination morbide pour la guerre.

Bien sûr, le contexte peut radicalement changer la donne et expliquer les appétences plus ou moins marquées pour le jeu guerrier. J’ai pour ma part grandi en Normandie, élevé par des parents et des grands-parents ayant vécu la Seconde Guerre mondiale et leurs souvenirs, avec des images de guerre héroïques ou dédramatisées sur le petit écran (Le Jour le Plus Long, De l’Or pour les Braves,…), en un temps où, je le rappel, jouer aux figurines de soldats était légion… Cela compte.

Une quinzaine d’années sur ces deux clichés pris en Normandie. Un port du casque très différent : un jeu d’un côté, une reconstitution historique de l’autre….

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Les jeux video de combats, de guerre et d’histoire sont très appréciés à tous les âges (et que dire de la vogue des laser-games, bien que, dans ce cas, le rapport à l’histoire n’existe plus…), ainsi que les wargames avec figurines ou sur plateau(je suis friand des deux), qu’ils soient d’ordre tactique, opérationnel ou stratégique.

Le wargame offre une occupation des plus gratifiantes. Outre le plaisir, on y apprend beaucoup et cette pratique favorise la réflexion de l’historien sur les guerres et les armées qu’il étudie.

Pour les adultes, jouer la guerre est-il également néfaste? Certainement pas! Je vous recommande à cet égard de découvrir ce très bel ouvrage qu’Antoine Bourguilleau consacre au wargame:

Certes, on peut légitimement se questionner sur ce que pensent les personnes qui ont souffert de la guerre, en particulier des soldats, lorsqu’ils voient des enfants ou des adolescents, voir des adultes, jouer à la guerre, jouer à leur guerre. Certains n’en ont cure, certains sont peut-être flattés d’être des modèles, d’autres, sans doute, ne comprennent pas ou désapprouvent, pensant sûrement -mais de façon erronée, à leur insu- que ces gens-là n’ont que faire de l’horreur de la guerre.