La 7. Armee du général Brandenberger reste souvent dans l’ombre des 6. et 5. Panzerarmee pendant la bataille des Ardennes. Certes, elle ne tient en aucune manière le rôle principal, celui de la percée décisive en direction d’Anvers. Cependant, sa mission de flanc-garde, ingrate et avant tout défensive, est essentielle et méconnue. Nous nous proposons ici de la relater en évoquant plus particulièrement l’engagement des la 5 FJD est la 352. VGD.
Les effectifs à disposition du général Brandenberger
La meilleure unité avec la 5 FJD est la 352. VGD du général Schmidt tient les positions dans les Ardennes. De ce fait, elle doit préparer la montée en ligne d’unités de la 7. Armee et de la 5. Panzerarmee. Ainsi, elle prépare des positions d’artillerie et opère le repérage de cibles. Elle doit également préparer les moyens de franchissements (canots, etc …), installer des câbles téléphoniques, préparer des postes de commandement… sans compter les exercices militaires. Cela fait beaucoup pour les jeunes recrues et tout ceci présente le risque d’épuiser la troupe avant même son engagement. La 352. VGD doit traverser l’Our et s’emparer des passages sur la Sûre à Diekirch et Ettelbrück le plus tôt possible afin d’atteindre l’objectif Bettborn-Pratz-Bissen et protéger ainsi le flanc de la 5 FJD. Selon le commandant même de la 352. VGD, les hommes ont entre 22 et 30 ans, mais ils ont été trop brièvement entraînés et restent sans expérience. La qualité et l’expérience des officiers et des sous-officiers sont très variables. Le général observe un bon esprit combattif aux 914. et 915. Infanterie-Regiment. L’artillerie a manqué de temps pour s’entraîner et certains équipages de Panzerjäger 38 (t) n’ont jamais combattu. Les artilleurs manquent de maîtrise dans les techniques de le pointage. L’équipement est presque complet. Il manque cependant 25% des MP 44, un tiers des Panzerjäger 38 (t)et un tiers des radios pour diriger les tirs. On compte 54 Panzerschreck par régiment, 18 mortiers de 8 cm, 12 lIG 18 de 7.5 cm et 2 lLG 33 de 15 cm.
La 276. VGD commandée par le Generalmajor Möhring, tué le 18 décembre quand son véhicule est frappé par un tir d’artillerie. Le nouveau chef est l’Oberst Dempwolff. Après que les choses tournent mal dans la Suisse luxembourgeoise et dans le secteur Ermsdorf-Eppeldorf-Medernach, la division est repliée à travers la Sûre et, après s’être regroupée, elle est renvoyée au feu dans le secteur nord près de Pintsch, Wilwerwitz et au-delà. La réorganisation a eu lieu près de la Vistule en Prusse Occidentale fin 1944. Au final, cette unité s’avèrera décevante, insuffisamment entraînée et mal encadrée. La 276. VGD combattra dans le secteur Wallendorf-Grundhof. Avec la 212 VGD (General Sensfuss, dans le secteur d’Echternach, soit à l’extrême droite du front d’attaque du Heeresgruppe B) forment le LXXX AK commandé par le General der Infanterie Dr Beyer.
Les 79 et 9. VGD sont respectivement des réserves du Heeres-Gruppe B et de l’OKW. Elles ne sont appelées à prendre positions de départ qu’autour du 24 décembre pour la 1ère et début janvier pour la 2nde. Leur mission est de renforcer ainsi le dispositif défensif des unités déjà en ligne. En effet, à partir du 19 décembre, il y a une brèche entre la 5. FJD et la 352. VGD. Pour la combler et ainsi éviter que les Américains ne la mettre à profit, des unités sont appelées d’urgence depuis l’Allemagne. La 79. VGD, commandée par l’Oberst Weber puis par l’Oberst Hummel, est rapidement constituée le 12 décembre ( !) dans les Sudètes. En raison de la menace que fait planer l’aviation alliée, elle ne se déplace que de nuit. Mise en route le 16 décembre, elle est à Cologne le 20, à Trèves le 23. La 9. VGD commandée par l’Oberst Kolb est une également une nouvelle unité bien encadrée. L’esprit combatif de la division souffre toutefois par l’utilisation éclatée de ses unités au regard des circonstances et des besoins de la situation.
5. Fallschirmjäger-Division, fer de lance de la 7. Armee
La 5 FJD doit attaquer l’ennemi de Roth sur l’Our à Stolzembourg sur les hauteurs à l’ouest de l’Our, percer les positions ennemies, notamment à Vianden, et foncer jusqu’à la Sauer afin d’atteindre la ligne Martelange-Rosières-Sibret. Il est prévu d’envoyer des troupes jusqu’à Neufchâteau, St Hubert et Libramont. La 5 FJD doit assurer le flanc sud de la 5. Panzerarmee qui attaque Bastogne.
Les pertes essuyées en Normandie sont sévères. Les remplaçants proviennent pour l’essentiel d’unités terrestres de la Luftwaffe et de personnels non-naviguant des unités aériennes. Du personnel de la Kriegsmarine est également versé à l’unité. Si les hommes ont une moyenne d’âge de 20 ans et ont un bon esprit combatif, tous manquent d’entraînement parachutiste et d’expérience du combat terrestre. Eduard Krüger, une des nouvelles recrues, ne perçoit son MP 44 que le 15 décembre –la veille de l’offensive- et découvre cette arme pour la première fois… Début novembre, la majeure partie de la division est dans le secteur d’Oldenburg. Le chef est le General-Major Heilmann, la juge uniquement capable de missions défensives. Gersdorff, le chef d’état-major de la 7. Armee, donne pour sa part le jugement suivant : « faible valeur combattive en raison d’un manque d’entraînement, leadership de faible qualité et une mobilité réduite. Armement plutôt satisfaisant, lourdement armé en Panzerfaust ». Les effectifs sont portés à 16 000 hommes au sein des FJR 13, 14 et 15. , l’Artillerie-Regiment 5 (en partie motorisée), un bataillon de mortiers lourds (36 mortiers 12 cm 42), une unité Panzerjager avec des Pak 40, une unité Flak para avec 3 batteries 8.8 cm, une de quadruple 2cm et une de 12 canons 3.7 cm entièrement motorisée, un bataillon du génie, une unité de reconnaissance ainsi que les unités de soutien habituelles. La division peut également compter sur l’appui des canons d’assautde la Sturmgeschütze Brigade 1, qui lui est rattachée.
Le 1er décembre, il manque cependant des vêtements d’hiver, des Pak, des radios, des mortiers… Le manque de mobilité représente un autre handicap. Au FJR 13 du Major Wahl, le ravitaillement en armes, équipement et rations est satisfaisant au début. Quant au matériel radio, les pertes obligeront vite de recourir à des messagers. Ce régiment, mis à disposition de la 352. VGD comme flanc-garde le 17 décembre sur ordre du LXXXV AK (revient à la 5 FJD le 20-21 décembre). De fait, il joue un rôle essentiel en éliminant une multitude de poches de résistance américaines dans le secteur Fouhren-Walsdorf-Bastendorf, assurant ainsi l’ouverture d’une voie sécurisée.
Privée au dernier moment de l’appui conséquent de la 15. Panzer-Grenadier-Division (ce qui aurait pu être décisif), la 7. Armee se voit doter une seule formation blindée à l’origine réserve de l’OKW : la Führer Grenadier Brigade, mais celle-ci ne doit pas entrer en lice en début d’offensive et n’est accordée que tardivement dans la bataille. Cette brigade est commandée par l’Oberst Kahler, blessé grièvement le 22 décembre, date de l’entrée en ligne de l’unité dans le secteur d’Eschdorf, puis par le Generalmajor Mäder. Elle aligne 67 Pz et StuG, un bataillon de reconnaissance, un bataillon d’infanterie à pied, une unité de Panzerjäger, une compagnie du génie blindé, un bataillon de remplacement et une unité de Flak (8.8 et 3.7 cm). La valeur combative de l’unité pourtant bien armée souffre d’un commandement peu efficace et d’un manque de carburant qui gêne la mobilité.
La 7. Armee compte également un certain nombre d’unités qui lui sont directement subordonnées, telles que les Volkswerfer Brigaden 8 et 18 (Nebelwerfer de 15 et 21 cm) et les Volksartillerie Korps 406 et 408, avec des batteries cependant non mobiles. Une brigade du génie, avec deux bataillons peu entraînés à la mise en place de ponts, est également mise à disposition. Mais la valeur combattante de la colonne de pionniers d’assaut est satisfaisante. La 7 Armee dispose de 434 tubes (outre les pièces légères), sans compter les Nebelwerfer.
Disposition de la 7. Armee pour l’offensive
Le LXXXV AK du général Kniess a sur sa droite le XLVII Panzerkorps de Lüttwitz et à sa gauche le LXXX AK du General der Infanterie Beyer. D’après les rapports, des défenses en profondeurs de la 28th US ID lui font face avec des centres de résistance notamment à Fouhren, Bettel, Hosdorf et Pütscheid. La mission du LXXXV AK est de percer entre Wallendorf et Stolzembourg et aller de l’avant en direction du sud-ouest vers la ligne Rédange-Attert, Martelange et Libramont afin de faire écran et de protéger le flanc de la 5. Panzerarmee de Manteuffel.
Pour camoufler les préparatifs, les mouvements de troupes se font de nuit et l’approvisionnement en munitions de l’artillerie ne s’effectue que par convois hippomobiles dans un rayon de 5 km de la HKL, la ligne principale de bataille. Les sabots des chevaux sont recouverts pour étouffer le bruit et de la paille est répandue sur les routes. En outre, les unités nouvellement arrivées dans leur secteur ont ordre de ne pas s’entrainer avec des tirs d’armes à feu. Aucune reconnaissance n’est autorisée à travers la frontière luxembourgeoise à partir du 1er décembre. Par ailleurs, on se sépare des éléments peu fiables, comme les Allemands ethniques. Pour ne pas éveiller de soupçons, la 352. VGD qui occupe tout le front du corps depuis le 26 novembre ne peut rejoindre ses positions d’attaque que la nuit précédant l’attaque. Aucune activité de construction de pont à proximité des zones retenues pour le franchissement n’est autorisée.
Deux ponts du génie doivent pourtant être établis, ainsi que des passerelles pour l’infanterie par le 5ème Bataillon de pionniers parachutiste à Roth sur l’Our et par le génie de la 352. VGD, ainsi que des éléments du génie d’armée à Ammeldingen et Gentingen. L’élément de surprise est un facteur essentiel pour l’assaut qui doit être mené à bord de canots et de portières Des projecteurs devront créer un clair de lune artificiel pour faciliter cette attaque fluviale.
La préparation d’artillerie doit également tenir un rôle de première importance. L’artillerie doit fournir un appui-feu à l’infanterie en frappant en force les positions défensives situées juste en face des zones retenues pour effectuer la percée. Puis sa mission est de pilonner des objectifs plus lointains, comme des postes de commandement américain et des positions fortifiées. Ensuite, elle a pour tâche de semer le chaos dans le front ennemi et réduire l’artillerie américaine au silence. Le barrage, trois séries de tirs de 10 minutes chacune, doit débuter à 5h30 sur toute l’étendue du front, de Monschau à Echternach. Deux points de percées sont retenus pour chaque division de la 7. Armee. Le barrage lui-même doit débuter à 5h par le LXXXV AK, le plus rapidement possible pour la 1ère vague. 8 à 10 000 obus prévus par zone de percée en 10 minutes ! Les Nebelwerfer doivent commencer leurs tirs qu’à la fin de la préparation d’artillerie. Après le passage de l’Our, chaque zone de la percée sera soutenue par les tirs de Nebelwerfer grâce à des observateurs. Par ailleurs, une batterie de pièces de 12 cm en position fixe près d’Enzen, dominant la route Diekirch-Ettelbrück-Niederfeulen, et doit soutenir la progression de la 352. VGD. Il est prévu deux unités de ravitaillement, soit 20 salves, avec une de plus planifiée par le Heeres Gruppe B au profit de la 7. Armee. On estime que la moitié suffit au barrage initial.
Mentionnons le cas très particulier du LIII AK du General Graf von Rothkirch un Trach. Ce corps d’armée ne l’est que de nom le 16 décembre puisqu’il n’aligne en tout et pour tout que deux bataillon de mitrailleurs ainsi qu’une unité pénale (Straf-Bataillon 999). Ce dernier, constitué d’hommes du génie, doit construire un pont en bois sur la Sûre pour véhicules légers mais cela s’avère impossible en raison des attaques de chasseurs américains qui ne cessent de détruire l’ouvrage. Notons toutefois que, le 22 décembre, le LIII AK gagne singulièrement en importance. Abandonnant l’aile gauche de la 7. Armee, il s’en voit confier l’aile droite. Il se retrouve donc au cœur de la bataille et comprend désormais la 5. FJD et la Führer Brigadier Brigade.
Ordre de bataille de la 7. Armee dans les Ardennes au 31 décembre 1944 LIII. Armeekorps 5. Fallschirmjäger-Division Führer-Grenadier-Brigade 9. Volks-Grenadier-Division LXXXV. Armeekorps 79. Volks-Grenadier-Division 352. Volks-Grenadier-Division LXXX. Armeekorps 276. Volks-Grenadier-Division 212. Volks-Grenadier-Division
Ordre de bataille de la 7. Armee dans les Ardennes au 21 janvier 1945 A disposition de la 7. Armee 9. Volks-Grenadier-Division Panzer-Lehr-Division XXXXVII. Panzerkorps LIII. Armeekorps 276. Volks-Grenadier-Division 79. Volks-Grenadier-Division LXXX. Armeekorps 352. Volks-Grenadier-Division 2. Panzer-Division 212. Volks-Grenadier-Division
Un mois de combats pour Diekirch pour la 352. VGD
Le soir du 16 décembre, le 915 VGR se trouve dans une zone boisée au nord de Bastendorf, où il doit demeurer le 17 puisque le génie n’a pas achevé le pont sur l’Our à Gentingen, mais aussi du fait de la résistance américaine. Les GI’s tiennent en effet Bastendorf proprement dit, des parties de Longsdorf et la route depuis Tandel vers Diekirch. Sur la gauche, le 916 VGR est confronté à une rude opposition sur les hauteurs au sud de Hoesdorf et Bettendorf. Sur le plateau ouvert de Hoesdorf, mines et mortiers causent des pertes. Les nouvelles recrues mal entraînées manquent également d’allant. Au contraire, les Américains se défendent avec dextérité. Criegeren, qui commande le 916 VGR, n’est absolument pas à la hauteur de la situation, à telle enseigne que c’est le QG de la division qui doit lui dicter la marche à suivre… Le soir du 16, des reconnaissances permettent d’établir que les hauteurs ne peuvent être prises par un assaut frontal. Aux premières heures du 17, le 914 VGR, tenu jusque-là en réserve, est appelé pour nettoyer Longsdorf. Il aurait dû intervenir plus tôt, mais les zones de franchissement sont congestionnées par la première vague. C’est donc au bataillon de remplacement et à l’école de combat de la division qu’incombe la mission de sécuriser les points de franchissements. Ce jour-là, le 914 VGR parvient à en finir avec la dernière poche de résistance à Longsdorf. Le 916 VGR, qui n’a que peu progressé, tente d’atteindre son objectif par le nord et rejoint le 914 VGR, mais la liaison avec le 915 VGR n’est pas encore possible puisque, ce dernier est toujours coincé devant Bastendorf et Tandel, en raison de la défense américaine et du manque d’armes de soutien. Avant de s’en retourner, les unités antichars n’ont été en mesure que d’allumer deux Sherman à Tandel et à l’intersection baptisée « Seltz ». Le 17 décembre toutefois, à Gentingen, le bataillon du génie est enfin parvenu à terminer un pont suffisamment solide pour permettre le passage des véhicules, bien que l’ouvrage soit toujours sous le feu ennemi et qu’un océan de boue attende les engins sur l’autre rive. Le matin du 18, les éléments du 916 VGR demeurés en retrait parviennent enfin à éliminer toute opposition ennemie près d’Hoedorf, diminuant du même coup les tirs sur le pont. Le 914 VGR, opposé à 3 Sherman à l’intersection « Seltz », n’est toujours pas en mesure de prendre la route de puis Longsdorf et prendre contact avec le 915 VGR à Bastendorf. Quand les tirs américains cessent sur le pont, 6 Panzerjäger 38 (t) peuvent enfin passer et, entretemps, le FJR 13 s’est emparé de Fouhren et a établi le contact avec les 914 et 915 VGR. A propos de la 352. VGD à Schmidt, le commandant de la division, peu satisfait des performances de ses hommes, n’hésite pas à affirmer que « dans ce combat il fut montré encore qu’une unité manquant d’expérience est très sensible à ses flancs et agit de façon effrayée et stupide quand elle est confrontée à l’ennemi ».
En début de matinée du 19 décembre, le contact est enfin établi entre les trois régiments de la 352. VGD. Une action coordonnée de l’ensemble de la division peut donc être envisagée, sous réserve toutefois que l’artillerie divisionnaire commandée par le compétent Oberst Santmann, ait traversé l’Our. Mais il s’avère que les défenses ennemies sont de plus en plus solides et de lourdes pertes doivent être consenties au nord de Diekirch et au pont de Blees. Le 20 décembre, Diekirch est finalement conquise sans combat, les Américains l’ayant évacués la nuit précédente. Une unité envoyée vers l’avant indique que le pont d’Ettelbrück n’est que légèrement endommagé, permettant le passage de la seule l’infanterie. Schmidt décide de ne pas attendre plus longuement et de prendre Ettelbrück à revers en avançant sur la rive sud de la Sûre avec le 916 VGR. Bien que défendu, Ettelbrück tombe le 21 décembre et le pont endommagé est réparé. La route vers le nord-est est donc libre. Par conséquent, le 22 décembre, la division continue son avance vers Attert. A Mertzig, le 915 VGR est encerclé partiellement. Il parvient cependant à pousser jusqu’à Pratz, une position avancée qui ne peut être tenue que quelques heures. Comme le 915 VGR, les deux autres régiments sont également confrontés à des tanks. Ils doivent se replier sur la tête de pont d’Ettelbrück. Ceci marque la fin de l’avance de la 352. VGD. Les raisons de l’échec s’expliquent notamment par les délais pour construire le pont à Gentingen et donc l’arrivée tardive des Hetzer et de l’artillerie.
La 5. Fallschirmjäger-Division frappée en force par la contre-attaque de Patton
Le 19 décembre, la 5. FJD forme trois colonnes et se met en route vers ses objectifs. Wiltz tombe et, finalement la 5. FJD peut s’estimer satisfaite car ses objectifs sont en grande partie atteints : il faut maintenant se mettre sur la défensive et se préparer à repousser la contre-attaque ennemie qui ne manquera pas de survenir depuis le sud.
Celle-ci se matérialise le 23 décembre. La progression des colonnes américaines s’avèrent moins satisfaisantes qu’escompté par George Patton. Les destructions effectuées par le génie américain lors du repli et les intempéries gênent l’avance des blindés. Les parachutistes allemands font également preuve de ténacité et s’avèrent être de sérieux adversaires. A proximité de Martelange, une compagnie de Fallschirmjäger retarde avec brio la pointe du CCA/4th US Arm Div. Les combats durent toute l’après-midi et se poursuivent dans la nuit. Lorsqu’une tête de pont est enfin établie au-delà des deux ponts –que les Allemands n’ont pas manqué de détruire- on se rend compte que l’aspect escarpé des rives nécessite de poser un pont Bailey : impossible de construire un pont de bateaux Tradeway ou une portière. Il faudra donc attendre jusqu’à l’après-midi du 23 décembre : les paras allemands ont donc fait perdre 24 heures à Patton ! Dans le même temps, le CCB avance sans difficulté majeure jusqu’à Burnon, où le pont est également détruit. Il ne reste plus que 10 kilomètres à couvrir jusqu’à Bastogne. Le 23 décembre, l’accrochage est sérieux à Chaumont. Les Fallschirmjäger tiennent le choc, d’autant que les Sherman s’enlisent dans la boue et que des canons sont astucieusement disposés sur les collines aux alentours. 11 Sherman et 65 hommes sont perdus. Une contre-attaque soutenue par 10 Sturmgeschütze et apparemment 5 Tiger du s.Panzerjäger Abteilung 653 permet aux paras allemands de reprendre Chaumont. Le 24 décembre, le CCA s’est emparée de Warnach, distant de 15 kilomètres de Bastogne. Mais les Fallschirmjäger reçoivent des renforts, dont la Führer Grenadier Brigade. Les combats dans Warnach sont acharnés. Dissimulés dans les bâtiments, les paras laissent passer les premiers Sherman avant de détruire soudainement des half-tracks. Les Américains ont du batailler pour chaque maison au corps à corps. Les Fallschirmjäger s’accrochent, se faufilant même de nouveau dans les maisons que les GI’s croient avoir sécurisés. Finalement, Warnach a coûté 68 pertes aux vainqueurs, contre 135 Allemands tués et autant capturés.
C’est finalement le CCR du colonel Blanchard qui réalisera la jonction avec Bastogne, non sans mal. Le 24 décembre, le CCR s’empare de Bigonville après un combat de rues très disputé. 328 Fallschirmjäger sont faits prisonniers. Le CCR doit roquer autour de la division pour finalement attaquer sur le flanc gauche de celle-ci. L’avance du CCR ne commence que le 25 décembre (il est en effet usuel de garder le CCR en réserve au sein de la 4th Arm Div). La prise de Remonville est ardue car le bataillon de Fallschirmjäger qui s’y trouve oppose une vive résistance. Cependant, les paras d’un bataillon du FJR 14 sont si durement matraqué par l’artillerie, les tirs de mitrailleuses et les grenades des Américains que le bataillon est anéanti sans coup férir. 327 hommes sont capturés. L’avance se poursuit le lendemain : Clochimont est prise et Assenois est traversée sans coup férir par une petite colonne américaine qui parvient jusqu’à Bastogne.
La 5. FJD poursuit les combats au sud du saillant et n’est pas au bout de ses peines. Le 9 janvier, elle est doublement surprise par une attaque américaine et par l’entrée en lice d’une nouvelle division de Patton : la 90th US ID. La tempête de neige ne représente pas un handicap suffisant pour les « Tough Ombres » de la 90th. Le lendemain, ils parviennent à s’emparer des hauteurs dominant la seule voie de repli de l’ennemi en dehors du saillant. Dans la nuit du 10 au 11, les Allemands évacuent. La 25th US ID, attaquant depuis le nord-ouest, réalise sa jonction avec la 90th US ID : un millier d’Allemands sont capturés.
La 352. VGD est elle-aussi confrontée à la contre-attaque. Dès le 23 décembre, le 915 VGR, encerclé, reçoit l’ordre de briser l’encerclement vers Ettelbrück, chose accompli en dépit de lourdes pertes et l’abandon de presque toutes ses armes lourdes (canons, obusiers, mortiers de 12 cm…). Les tentatives américaines pour résorber la tête de pont sont cependant vouées à l’échec. Le 24 décembre, les GI’s prennent Mestroff. A partir du 25 décembre, la supériorité aérienne alliée se fait à nouveau sentir. Aucun véhicule ne peut se montrer dans une rue de jour. Le manque de munitions d’artillerie et de carburant devient critique. Le 18 janvier, la 5th US ID attaque la 352. VGD des deux côtés de Diekirch. Un épais brouillard a favorisé les attaquants et les défendeurs ne peuvent rien voir. Les poches de résistance allemandes le long de la Sûre sont ainsi contournées. Dans la bataille, la division perd également la plus grande partie de son unité du génie qui est en ligne. A part quelques isolés, la majeure partie de la 352. VGD est repoussée les 19 et 20 janvier. Le 22 janvier, la 352. VGD est à nouveau sur l’Our et ramenée sur le Westwall.
La 7. Armee n’a pas déméritée
Si le front de la 7. Armee est moins célèbre que Bastogne, La Gleize ou Saint-Vith, on y souffre beaucoup. Les hommes manquent de vêtements chauds. Un vétéran de plusieurs hivers à l’Est se rappelle que le froid humide de l’Eiffel est plus insupportable que ce qu’il a subit en Russie par -40°C. On mange mal également. C’est dans la nuit du 21 décembre 1944 que Paul Engelhardt, un des soldats de Brandenberger, reçoit son premier repas chaud depuis le début de l’attaque. Bien que moins bien dotée que les autres armées engagées dans « Herbstnebel », 7. Armee soutient le choc de la contre-attaque de Patton et ne se replie que lentement non sans occasionner des pertes à l’ennemi. Mais la mission de Brandenberger est virtuellement impossible au regard des moyens dont il dispose…
Conseil bibliographique:
De nombreux livres ont été écrits sur la bataille des Ardennes. Pour la 7. Armee, il est intéressant de lire Gaul Roland, The Battle of the Bulge in Luxembourg: The Southern Flank December 1944-January 1945 , Schiffer, 2004 (un tome The Americans et un autre The Germans). Enfin, pour la bataille des Ardennes en général, rien ne vaut les publications de l’excellent Hugues Wenkin, mais aussi de son équipe du Mook 44.
LA 7. ARMEE DANS LES ARDENNES : LE FLANC SUD
La 7. Armee du général Brandenberger reste souvent dans l’ombre des 6. et 5. Panzerarmee pendant la bataille des Ardennes. Certes, elle ne tient en aucune manière le rôle principal, celui de la percée décisive en direction d’Anvers. Cependant, sa mission de flanc-garde, ingrate et avant tout défensive, est essentielle et méconnue. Nous nous proposons ici de la relater en évoquant plus particulièrement l’engagement des la 5 FJD est la 352. VGD.
Les effectifs à disposition du général Brandenberger
La meilleure unité avec la 5 FJD est la 352. VGD du général Schmidt tient les positions dans les Ardennes. De ce fait, elle doit préparer la montée en ligne d’unités de la 7. Armee et de la 5. Panzerarmee. Ainsi, elle prépare des positions d’artillerie et opère le repérage de cibles. Elle doit également préparer les moyens de franchissements (canots, etc …), installer des câbles téléphoniques, préparer des postes de commandement… sans compter les exercices militaires. Cela fait beaucoup pour les jeunes recrues et tout ceci présente le risque d’épuiser la troupe avant même son engagement. La 352. VGD doit traverser l’Our et s’emparer des passages sur la Sûre à Diekirch et Ettelbrück le plus tôt possible afin d’atteindre l’objectif Bettborn-Pratz-Bissen et protéger ainsi le flanc de la 5 FJD. Selon le commandant même de la 352. VGD, les hommes ont entre 22 et 30 ans, mais ils ont été trop brièvement entraînés et restent sans expérience. La qualité et l’expérience des officiers et des sous-officiers sont très variables. Le général observe un bon esprit combattif aux 914. et 915. Infanterie-Regiment. L’artillerie a manqué de temps pour s’entraîner et certains équipages de Panzerjäger 38 (t) n’ont jamais combattu. Les artilleurs manquent de maîtrise dans les techniques de le pointage. L’équipement est presque complet. Il manque cependant 25% des MP 44, un tiers des Panzerjäger 38 (t) et un tiers des radios pour diriger les tirs. On compte 54 Panzerschreck par régiment, 18 mortiers de 8 cm, 12 lIG 18 de 7.5 cm et 2 lLG 33 de 15 cm.
La 276. VGD commandée par le Generalmajor Möhring, tué le 18 décembre quand son véhicule est frappé par un tir d’artillerie. Le nouveau chef est l’Oberst Dempwolff. Après que les choses tournent mal dans la Suisse luxembourgeoise et dans le secteur Ermsdorf-Eppeldorf-Medernach, la division est repliée à travers la Sûre et, après s’être regroupée, elle est renvoyée au feu dans le secteur nord près de Pintsch, Wilwerwitz et au-delà. La réorganisation a eu lieu près de la Vistule en Prusse Occidentale fin 1944. Au final, cette unité s’avèrera décevante, insuffisamment entraînée et mal encadrée. La 276. VGD combattra dans le secteur Wallendorf-Grundhof. Avec la 212 VGD (General Sensfuss, dans le secteur d’Echternach, soit à l’extrême droite du front d’attaque du Heeresgruppe B) forment le LXXX AK commandé par le General der Infanterie Dr Beyer.
Les 79 et 9. VGD sont respectivement des réserves du Heeres-Gruppe B et de l’OKW. Elles ne sont appelées à prendre positions de départ qu’autour du 24 décembre pour la 1ère et début janvier pour la 2nde. Leur mission est de renforcer ainsi le dispositif défensif des unités déjà en ligne. En effet, à partir du 19 décembre, il y a une brèche entre la 5. FJD et la 352. VGD. Pour la combler et ainsi éviter que les Américains ne la mettre à profit, des unités sont appelées d’urgence depuis l’Allemagne. La 79. VGD, commandée par l’Oberst Weber puis par l’Oberst Hummel, est rapidement constituée le 12 décembre ( !) dans les Sudètes. En raison de la menace que fait planer l’aviation alliée, elle ne se déplace que de nuit. Mise en route le 16 décembre, elle est à Cologne le 20, à Trèves le 23. La 9. VGD commandée par l’Oberst Kolb est une également une nouvelle unité bien encadrée. L’esprit combatif de la division souffre toutefois par l’utilisation éclatée de ses unités au regard des circonstances et des besoins de la situation.
5. Fallschirmjäger-Division, fer de lance de la 7. Armee
La 5 FJD doit attaquer l’ennemi de Roth sur l’Our à Stolzembourg sur les hauteurs à l’ouest de l’Our, percer les positions ennemies, notamment à Vianden, et foncer jusqu’à la Sauer afin d’atteindre la ligne Martelange-Rosières-Sibret. Il est prévu d’envoyer des troupes jusqu’à Neufchâteau, St Hubert et Libramont. La 5 FJD doit assurer le flanc sud de la 5. Panzerarmee qui attaque Bastogne.
Les pertes essuyées en Normandie sont sévères. Les remplaçants proviennent pour l’essentiel d’unités terrestres de la Luftwaffe et de personnels non-naviguant des unités aériennes. Du personnel de la Kriegsmarine est également versé à l’unité. Si les hommes ont une moyenne d’âge de 20 ans et ont un bon esprit combatif, tous manquent d’entraînement parachutiste et d’expérience du combat terrestre. Eduard Krüger, une des nouvelles recrues, ne perçoit son MP 44 que le 15 décembre –la veille de l’offensive- et découvre cette arme pour la première fois… Début novembre, la majeure partie de la division est dans le secteur d’Oldenburg. Le chef est le General-Major Heilmann, la juge uniquement capable de missions défensives. Gersdorff, le chef d’état-major de la 7. Armee, donne pour sa part le jugement suivant : « faible valeur combattive en raison d’un manque d’entraînement, leadership de faible qualité et une mobilité réduite. Armement plutôt satisfaisant, lourdement armé en Panzerfaust ». Les effectifs sont portés à 16 000 hommes au sein des FJR 13, 14 et 15. , l’Artillerie-Regiment 5 (en partie motorisée), un bataillon de mortiers lourds (36 mortiers 12 cm 42), une unité Panzerjager avec des Pak 40, une unité Flak para avec 3 batteries 8.8 cm, une de quadruple 2cm et une de 12 canons 3.7 cm entièrement motorisée, un bataillon du génie, une unité de reconnaissance ainsi que les unités de soutien habituelles. La division peut également compter sur l’appui des canons d’assautde la Sturmgeschütze Brigade 1, qui lui est rattachée.
Le 1er décembre, il manque cependant des vêtements d’hiver, des Pak, des radios, des mortiers… Le manque de mobilité représente un autre handicap. Au FJR 13 du Major Wahl, le ravitaillement en armes, équipement et rations est satisfaisant au début. Quant au matériel radio, les pertes obligeront vite de recourir à des messagers. Ce régiment, mis à disposition de la 352. VGD comme flanc-garde le 17 décembre sur ordre du LXXXV AK (revient à la 5 FJD le 20-21 décembre). De fait, il joue un rôle essentiel en éliminant une multitude de poches de résistance américaines dans le secteur Fouhren-Walsdorf-Bastendorf, assurant ainsi l’ouverture d’une voie sécurisée.
Privée au dernier moment de l’appui conséquent de la 15. Panzer-Grenadier-Division (ce qui aurait pu être décisif), la 7. Armee se voit doter une seule formation blindée à l’origine réserve de l’OKW : la Führer Grenadier Brigade, mais celle-ci ne doit pas entrer en lice en début d’offensive et n’est accordée que tardivement dans la bataille. Cette brigade est commandée par l’Oberst Kahler, blessé grièvement le 22 décembre, date de l’entrée en ligne de l’unité dans le secteur d’Eschdorf, puis par le Generalmajor Mäder. Elle aligne 67 Pz et StuG, un bataillon de reconnaissance, un bataillon d’infanterie à pied, une unité de Panzerjäger, une compagnie du génie blindé, un bataillon de remplacement et une unité de Flak (8.8 et 3.7 cm). La valeur combative de l’unité pourtant bien armée souffre d’un commandement peu efficace et d’un manque de carburant qui gêne la mobilité.
La 7. Armee compte également un certain nombre d’unités qui lui sont directement subordonnées, telles que les Volkswerfer Brigaden 8 et 18 (Nebelwerfer de 15 et 21 cm) et les Volksartillerie Korps 406 et 408, avec des batteries cependant non mobiles. Une brigade du génie, avec deux bataillons peu entraînés à la mise en place de ponts, est également mise à disposition. Mais la valeur combattante de la colonne de pionniers d’assaut est satisfaisante. La 7 Armee dispose de 434 tubes (outre les pièces légères), sans compter les Nebelwerfer.
Disposition de la 7. Armee pour l’offensive
Le LXXXV AK du général Kniess a sur sa droite le XLVII Panzerkorps de Lüttwitz et à sa gauche le LXXX AK du General der Infanterie Beyer. D’après les rapports, des défenses en profondeurs de la 28th US ID lui font face avec des centres de résistance notamment à Fouhren, Bettel, Hosdorf et Pütscheid.
La mission du LXXXV AK est de percer entre Wallendorf et Stolzembourg et aller de l’avant en direction du sud-ouest vers la ligne Rédange-Attert, Martelange et Libramont afin de faire écran et de protéger le flanc de la 5. Panzerarmee de Manteuffel.
Pour camoufler les préparatifs, les mouvements de troupes se font de nuit et l’approvisionnement en munitions de l’artillerie ne s’effectue que par convois hippomobiles dans un rayon de 5 km de la HKL, la ligne principale de bataille. Les sabots des chevaux sont recouverts pour étouffer le bruit et de la paille est répandue sur les routes. En outre, les unités nouvellement arrivées dans leur secteur ont ordre de ne pas s’entrainer avec des tirs d’armes à feu. Aucune reconnaissance n’est autorisée à travers la frontière luxembourgeoise à partir du 1er décembre. Par ailleurs, on se sépare des éléments peu fiables, comme les Allemands ethniques. Pour ne pas éveiller de soupçons, la 352. VGD qui occupe tout le front du corps depuis le 26 novembre ne peut rejoindre ses positions d’attaque que la nuit précédant l’attaque. Aucune activité de construction de pont à proximité des zones retenues pour le franchissement n’est autorisée.
Deux ponts du génie doivent pourtant être établis, ainsi que des passerelles pour l’infanterie par le 5ème Bataillon de pionniers parachutiste à Roth sur l’Our et par le génie de la 352. VGD, ainsi que des éléments du génie d’armée à Ammeldingen et Gentingen. L’élément de surprise est un facteur essentiel pour l’assaut qui doit être mené à bord de canots et de portières Des projecteurs devront créer un clair de lune artificiel pour faciliter cette attaque fluviale.
La préparation d’artillerie doit également tenir un rôle de première importance. L’artillerie doit fournir un appui-feu à l’infanterie en frappant en force les positions défensives situées juste en face des zones retenues pour effectuer la percée. Puis sa mission est de pilonner des objectifs plus lointains, comme des postes de commandement américain et des positions fortifiées. Ensuite, elle a pour tâche de semer le chaos dans le front ennemi et réduire l’artillerie américaine au silence. Le barrage, trois séries de tirs de 10 minutes chacune, doit débuter à 5h30 sur toute l’étendue du front, de Monschau à Echternach. Deux points de percées sont retenus pour chaque division de la 7. Armee. Le barrage lui-même doit débuter à 5h par le LXXXV AK, le plus rapidement possible pour la 1ère vague. 8 à 10 000 obus prévus par zone de percée en 10 minutes ! Les Nebelwerfer doivent commencer leurs tirs qu’à la fin de la préparation d’artillerie. Après le passage de l’Our, chaque zone de la percée sera soutenue par les tirs de Nebelwerfer grâce à des observateurs. Par ailleurs, une batterie de pièces de 12 cm en position fixe près d’Enzen, dominant la route Diekirch-Ettelbrück-Niederfeulen, et doit soutenir la progression de la 352. VGD. Il est prévu deux unités de ravitaillement, soit 20 salves, avec une de plus planifiée par le Heeres Gruppe B au profit de la 7. Armee. On estime que la moitié suffit au barrage initial.
Mentionnons le cas très particulier du LIII AK du General Graf von Rothkirch un Trach. Ce corps d’armée ne l’est que de nom le 16 décembre puisqu’il n’aligne en tout et pour tout que deux bataillon de mitrailleurs ainsi qu’une unité pénale (Straf-Bataillon 999). Ce dernier, constitué d’hommes du génie, doit construire un pont en bois sur la Sûre pour véhicules légers mais cela s’avère impossible en raison des attaques de chasseurs américains qui ne cessent de détruire l’ouvrage. Notons toutefois que, le 22 décembre, le LIII AK gagne singulièrement en importance. Abandonnant l’aile gauche de la 7. Armee, il s’en voit confier l’aile droite. Il se retrouve donc au cœur de la bataille et comprend désormais la 5. FJD et la Führer Brigadier Brigade.
Un mois de combats pour Diekirch pour la 352. VGD
Le soir du 16 décembre, le 915 VGR se trouve dans une zone boisée au nord de Bastendorf, où il doit demeurer le 17 puisque le génie n’a pas achevé le pont sur l’Our à Gentingen, mais aussi du fait de la résistance américaine. Les GI’s tiennent en effet Bastendorf proprement dit, des parties de Longsdorf et la route depuis Tandel vers Diekirch. Sur la gauche, le 916 VGR est confronté à une rude opposition sur les hauteurs au sud de Hoesdorf et Bettendorf. Sur le plateau ouvert de Hoesdorf, mines et mortiers causent des pertes. Les nouvelles recrues mal entraînées manquent également d’allant. Au contraire, les Américains se défendent avec dextérité. Criegeren, qui commande le 916 VGR, n’est absolument pas à la hauteur de la situation, à telle enseigne que c’est le QG de la division qui doit lui dicter la marche à suivre… Le soir du 16, des reconnaissances permettent d’établir que les hauteurs ne peuvent être prises par un assaut frontal. Aux premières heures du 17, le 914 VGR, tenu jusque-là en réserve, est appelé pour nettoyer Longsdorf. Il aurait dû intervenir plus tôt, mais les zones de franchissement sont congestionnées par la première vague. C’est donc au bataillon de remplacement et à l’école de combat de la division qu’incombe la mission de sécuriser les points de franchissements. Ce jour-là, le 914 VGR parvient à en finir avec la dernière poche de résistance à Longsdorf. Le 916 VGR, qui n’a que peu progressé, tente d’atteindre son objectif par le nord et rejoint le 914 VGR, mais la liaison avec le 915 VGR n’est pas encore possible puisque, ce dernier est toujours coincé devant Bastendorf et Tandel, en raison de la défense américaine et du manque d’armes de soutien. Avant de s’en retourner, les unités antichars n’ont été en mesure que d’allumer deux Sherman à Tandel et à l’intersection baptisée « Seltz ». Le 17 décembre toutefois, à Gentingen, le bataillon du génie est enfin parvenu à terminer un pont suffisamment solide pour permettre le passage des véhicules, bien que l’ouvrage soit toujours sous le feu ennemi et qu’un océan de boue attende les engins sur l’autre rive. Le matin du 18, les éléments du 916 VGR demeurés en retrait parviennent enfin à éliminer toute opposition ennemie près d’Hoedorf, diminuant du même coup les tirs sur le pont. Le 914 VGR, opposé à 3 Sherman à l’intersection « Seltz », n’est toujours pas en mesure de prendre la route de puis Longsdorf et prendre contact avec le 915 VGR à Bastendorf. Quand les tirs américains cessent sur le pont, 6 Panzerjäger 38 (t) peuvent enfin passer et, entretemps, le FJR 13 s’est emparé de Fouhren et a établi le contact avec les 914 et 915 VGR. A propos de la 352. VGD à Schmidt, le commandant de la division, peu satisfait des performances de ses hommes, n’hésite pas à affirmer que « dans ce combat il fut montré encore qu’une unité manquant d’expérience est très sensible à ses flancs et agit de façon effrayée et stupide quand elle est confrontée à l’ennemi ».
En début de matinée du 19 décembre, le contact est enfin établi entre les trois régiments de la 352. VGD. Une action coordonnée de l’ensemble de la division peut donc être envisagée, sous réserve toutefois que l’artillerie divisionnaire commandée par le compétent Oberst Santmann, ait traversé l’Our. Mais il s’avère que les défenses ennemies sont de plus en plus solides et de lourdes pertes doivent être consenties au nord de Diekirch et au pont de Blees. Le 20 décembre, Diekirch est finalement conquise sans combat, les Américains l’ayant évacués la nuit précédente. Une unité envoyée vers l’avant indique que le pont d’Ettelbrück n’est que légèrement endommagé, permettant le passage de la seule l’infanterie. Schmidt décide de ne pas attendre plus longuement et de prendre Ettelbrück à revers en avançant sur la rive sud de la Sûre avec le 916 VGR. Bien que défendu, Ettelbrück tombe le 21 décembre et le pont endommagé est réparé. La route vers le nord-est est donc libre. Par conséquent, le 22 décembre, la division continue son avance vers Attert. A Mertzig, le 915 VGR est encerclé partiellement. Il parvient cependant à pousser jusqu’à Pratz, une position avancée qui ne peut être tenue que quelques heures. Comme le 915 VGR, les deux autres régiments sont également confrontés à des tanks. Ils doivent se replier sur la tête de pont d’Ettelbrück. Ceci marque la fin de l’avance de la 352. VGD. Les raisons de l’échec s’expliquent notamment par les délais pour construire le pont à Gentingen et donc l’arrivée tardive des Hetzer et de l’artillerie.
La 5. Fallschirmjäger-Division frappée en force par la contre-attaque de Patton
Le 19 décembre, la 5. FJD forme trois colonnes et se met en route vers ses objectifs. Wiltz tombe et, finalement la 5. FJD peut s’estimer satisfaite car ses objectifs sont en grande partie atteints : il faut maintenant se mettre sur la défensive et se préparer à repousser la contre-attaque ennemie qui ne manquera pas de survenir depuis le sud.
Celle-ci se matérialise le 23 décembre. La progression des colonnes américaines s’avèrent moins satisfaisantes qu’escompté par George Patton. Les destructions effectuées par le génie américain lors du repli et les intempéries gênent l’avance des blindés. Les parachutistes allemands font également preuve de ténacité et s’avèrent être de sérieux adversaires. A proximité de Martelange, une compagnie de Fallschirmjäger retarde avec brio la pointe du CCA/4th US Arm Div. Les combats durent toute l’après-midi et se poursuivent dans la nuit. Lorsqu’une tête de pont est enfin établie au-delà des deux ponts –que les Allemands n’ont pas manqué de détruire- on se rend compte que l’aspect escarpé des rives nécessite de poser un pont Bailey : impossible de construire un pont de bateaux Tradeway ou une portière. Il faudra donc attendre jusqu’à l’après-midi du 23 décembre : les paras allemands ont donc fait perdre 24 heures à Patton ! Dans le même temps, le CCB avance sans difficulté majeure jusqu’à Burnon, où le pont est également détruit. Il ne reste plus que 10 kilomètres à couvrir jusqu’à Bastogne. Le 23 décembre, l’accrochage est sérieux à Chaumont. Les Fallschirmjäger tiennent le choc, d’autant que les Sherman s’enlisent dans la boue et que des canons sont astucieusement disposés sur les collines aux alentours. 11 Sherman et 65 hommes sont perdus. Une contre-attaque soutenue par 10 Sturmgeschütze et apparemment 5 Tiger du s.Panzerjäger Abteilung 653 permet aux paras allemands de reprendre Chaumont. Le 24 décembre, le CCA s’est emparée de Warnach, distant de 15 kilomètres de Bastogne. Mais les Fallschirmjäger reçoivent des renforts, dont la Führer Grenadier Brigade. Les combats dans Warnach sont acharnés. Dissimulés dans les bâtiments, les paras laissent passer les premiers Sherman avant de détruire soudainement des half-tracks. Les Américains ont du batailler pour chaque maison au corps à corps. Les Fallschirmjäger s’accrochent, se faufilant même de nouveau dans les maisons que les GI’s croient avoir sécurisés. Finalement, Warnach a coûté 68 pertes aux vainqueurs, contre 135 Allemands tués et autant capturés.
C’est finalement le CCR du colonel Blanchard qui réalisera la jonction avec Bastogne, non sans mal. Le 24 décembre, le CCR s’empare de Bigonville après un combat de rues très disputé. 328 Fallschirmjäger sont faits prisonniers. Le CCR doit roquer autour de la division pour finalement attaquer sur le flanc gauche de celle-ci. L’avance du CCR ne commence que le 25 décembre (il est en effet usuel de garder le CCR en réserve au sein de la 4th Arm Div). La prise de Remonville est ardue car le bataillon de Fallschirmjäger qui s’y trouve oppose une vive résistance. Cependant, les paras d’un bataillon du FJR 14 sont si durement matraqué par l’artillerie, les tirs de mitrailleuses et les grenades des Américains que le bataillon est anéanti sans coup férir. 327 hommes sont capturés. L’avance se poursuit le lendemain : Clochimont est prise et Assenois est traversée sans coup férir par une petite colonne américaine qui parvient jusqu’à Bastogne.
La 5. FJD poursuit les combats au sud du saillant et n’est pas au bout de ses peines. Le 9 janvier, elle est doublement surprise par une attaque américaine et par l’entrée en lice d’une nouvelle division de Patton : la 90th US ID. La tempête de neige ne représente pas un handicap suffisant pour les « Tough Ombres » de la 90th. Le lendemain, ils parviennent à s’emparer des hauteurs dominant la seule voie de repli de l’ennemi en dehors du saillant. Dans la nuit du 10 au 11, les Allemands évacuent. La 25th US ID, attaquant depuis le nord-ouest, réalise sa jonction avec la 90th US ID : un millier d’Allemands sont capturés.
La 352. VGD est elle-aussi confrontée à la contre-attaque. Dès le 23 décembre, le 915 VGR, encerclé, reçoit l’ordre de briser l’encerclement vers Ettelbrück, chose accompli en dépit de lourdes pertes et l’abandon de presque toutes ses armes lourdes (canons, obusiers, mortiers de 12 cm…). Les tentatives américaines pour résorber la tête de pont sont cependant vouées à l’échec. Le 24 décembre, les GI’s prennent Mestroff. A partir du 25 décembre, la supériorité aérienne alliée se fait à nouveau sentir. Aucun véhicule ne peut se montrer dans une rue de jour. Le manque de munitions d’artillerie et de carburant devient critique. Le 18 janvier, la 5th US ID attaque la 352. VGD des deux côtés de Diekirch. Un épais brouillard a favorisé les attaquants et les défendeurs ne peuvent rien voir. Les poches de résistance allemandes le long de la Sûre sont ainsi contournées. Dans la bataille, la division perd également la plus grande partie de son unité du génie qui est en ligne. A part quelques isolés, la majeure partie de la 352. VGD est repoussée les 19 et 20 janvier. Le 22 janvier, la 352. VGD est à nouveau sur l’Our et ramenée sur le Westwall.
La 7. Armee n’a pas déméritée
Si le front de la 7. Armee est moins célèbre que Bastogne, La Gleize ou Saint-Vith, on y souffre beaucoup. Les hommes manquent de vêtements chauds. Un vétéran de plusieurs hivers à l’Est se rappelle que le froid humide de l’Eiffel est plus insupportable que ce qu’il a subit en Russie par -40°C. On mange mal également. C’est dans la nuit du 21 décembre 1944 que Paul Engelhardt, un des soldats de Brandenberger, reçoit son premier repas chaud depuis le début de l’attaque. Bien que moins bien dotée que les autres armées engagées dans « Herbstnebel », 7. Armee soutient le choc de la contre-attaque de Patton et ne se replie que lentement non sans occasionner des pertes à l’ennemi. Mais la mission de Brandenberger est virtuellement impossible au regard des moyens dont il dispose…
Conseil bibliographique:
De nombreux livres ont été écrits sur la bataille des Ardennes. Pour la 7. Armee, il est intéressant de lire Gaul Roland, The Battle of the Bulge in Luxembourg: The Southern Flank December 1944-January 1945 , Schiffer, 2004 (un tome The Americans et un autre The Germans). Enfin, pour la bataille des Ardennes en général, rien ne vaut les publications de l’excellent Hugues Wenkin, mais aussi de son équipe du Mook 44.
GEORG BRIEL
JOHN COMBE
MARIO BALOTTA
DAVID STIRLING
DAVID WHITEHEAD